‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 100 sur 421 · AM Y PASSANT, SI TU AS LE LOISIR · texte numérisé non relu

AM Y PASSANT, SI TU AS LE LOISIR

Je te suppli’ me faire ce plaisir De t’arrester, non pour pleurer ou rire, Mais seulement, s’il te plaist, pour me lire.

EsCOUTE DONC : VRAY EST QUE CE TOMBEAU Qu’lCY TU VOIS n’est TROP RICHE NE BEAU,

Ni ESTOFFÉ DE QUELQUE OUVRAGE EXQUIS;

Aussy celluy oncques ne l’a requis Auquel il sert de riche sépulture,

Car le bon homme avoit bien autre cure Que pour ces biens et trésors amasser Que nous v'ôyons de jour en jour passer;

Et toutesfois sa très grande preudence Luy mit en main des biens a suffisance, Dont riche fut en son temps renommé,

Ce neantmoins par trop pauvre estimé,

Yeu les honneurs, estats et dignitez,

VeU LES GRANS BIENS qu’il AVOIT MERITEZ.

De Besze eut nom, nom d’antique maison, Qui, nonobstant mainte forte saison Et la fureur de guerre continue En son honneur s’est tousjours maintenue, Et qu’ainsy SOIT; Bourgongne te dira Tout le surplus que ma plume taira.

De te conter sa vie vertueuse Par le menu seroit chose ennuieuse,

Non pas a toi qui n’en as cognoissance, Mais bien a moi qui en ai soubvenance,

Et ne scaurois avoir aucun plaisir En racontant mon ancien desplaisir.

Or donc, passant, pour achever mon conte, Tu n’aperçois ici ne DUC NE COMTE;

Tu NE VOIS PAS CHOSE QUI A L’CEIL PLAISE,

Ains seullement le tombeau d’un de Besze.

ÉP1TAPH1ER Dü VIEUX PARIS.

Tu VOIS UN RIEN; MAIS [BIEN] (,) DIRE JE T’OSE

Que ce rien fut jadis une grand chose.

PwCOLAO A BeZA, PATRUO CHARISSIMO, T HEODORUS BEZA , M (ER EN S PONEBAT, M D XLIII.

La Monnoye, Menagiana, t. IV, p. 229.

Page 1