LOURCINE-LES-SAINT-MARCEL
NOTICE HISTORIQUE
Vers l’année 1265, Gillette de Sens, ancienne gouvernante d’Isabelle et Blanche, filles de saint Louis, qui, après leur mariage, était entrée à l’abbaye de Longchamps comme professe, avait conçu le dessin de fonder un monastère dont elle prendrait la direction. L’autorité ecclésiastique s’était tout d’abord opposée à l’exécution de son projet, mais le pape Clément IV, par son bref du i5 avril 1268, manda à l’archevêque de Sens, Pierre de Gharny, de donner son consentement à cette fondation. La reine Marguerite, veuve de saint Louis, dont l’inter-
(1) D’après le plan de Turgot.
Dans un plan sur parchemin du domaine des Cordelières, qui fut dressé vers le milieu du xvi° siècle, à l’occasion d’un procès avec les Gobe-
lins, on trouve une vue très curieuse des bâtiments de l’abbaye. (Arcb. nat., S. 4683.) Ce plan sera reproduit en héliogravure dans la Topographie historique du vieux Paris.
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vention auprès du Saint-Siège avait provoqué cette solution favorable, voulut subvenir aux premiers besoins de la communauté et lui assura une dotation de 100 livres, le 1e1' mai 1271, à charge de célébrer des services religieux pour son défunt mari. Ce fut sans doute aussi sur les instances de cette princesse et en mémoire de sa femme Isabelle, morte récemment, que le roi de Navarre, Thibaud 11, donna à Gillette de Sens, au mois d’avril 1270, une maison et une grange avec leurs dépendances, sises à la Chapelle-Saint-Luc, près de Troyes, pour y établir son couvent, avec une rente annuelle de 100 livres et, que le 2 5 juin suivant, il ajouta h autres livres de rente pour la fondation d’une chapelle. La nouvelle communauté, que l’on appela les Filles de Gillette de Sens, cf dite aux Pallectauxn, fut installée dans cette résidence, le dimanche 21 avril 1275, par Jean de Nanteuil, évêque de Troyes; elle comprenait treize religieuses, dont quelques-unes venues de Longchamps avec la fondatrice, et un chapelain h). Mais la situation du couvent présentait de graves inconvénients : outre que l’église se trouvait fort éloignée, la région était très marécageuse, et par suite peu salubre. Aussi la reine Marguerite fut-elle heureuse, quelque temps après, de pouvoir profiter d’une circonstance favorable pour transférer les religieuses à Paris.
Vers l’année 1270, un chanoine de Saint-Omer, Galien de Pise, avait acheté, dans le bourg Saint-Marcel, un vaste terrain où il fit bâtir trois maisons avec l’intention d’v établir des sœurs de l’Ordre de Sainte-Glaire, qui suivraient la règle du monastère de l’Humilité-Notre-Dame de Longchamps 12L Le roi Philippe le Hardi, désireux de contribuer à l’exécution de ce pieux dessein, racheta lui-même les droits de cens que les églises de Saint-Marcel et de Sainte-Geneviève et l'Hôpital Saint-Jean-de-Jérusalem avaient sur ce domaine, et, par ses lettres du mois de septembre 128A, il amortit et exempta de toute redevance la propriété destinée au nouveau couvent PL Dans son testament du 29 novembre 1 287, Galien de Pise disposa de ses maisons de Lourcine conformément au projet
l1) En l’absence des titres originaux, les détails relatifs à la fondation du couvent de Troyes ne nous sont connus que par les analyses d’un ancien Inventaire des Cordelières de Lourcine rédigé en 1606. (Arcli. nat. , S. 46841.)
(2) Guillaume de Nangis attribue cette fondation à la reine Marguerite : trHæc, antequam decessisset , Parisius apud Sanctum Marcellum cœnobium Sororum minorum, in quo honestissime diu vixit, constiluit et fundavit.» (Ciironicon , Rec. des historiens des Gaules, t. XX, p. 577.)
Jaillot, d’autre part, prétend qu’il n’est pas certain rrque Ton doive faire à Galien de Pise l’honneur de celte fondation. n (T. IV, xvi, p. 76.)
Les lettres patentes de Philippe le Hardi et le testament de Galien ne laissent subsister cependant
aucun doute à cet égard. Le chanoine de Saint- Omer doit être regardé comme le véritable fondateur du monastère de Lourcine, et ce fut uniquement grâce à lui que la reine Marguerite put y transférer les religieuses de Troyes.
(3) In nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Philippus, Dei gralia Francorum Rex, notum facimus universis tam presentibus quam futuris, quod discretus vir magister Galienus de Pisis, clericus , Parisius commorans , in presentia noslra constituais asseruit et recognovit quod cum ipse de bonis sibi a Deo collatis , in loco ab ipso acquisito , construi faceret tria maneria contigua, clausa mûris, cum quodam prato ibidem inferius adjacenti, sita juxta villam Sancti Marcelli, prope Parisius, in censiva quondam ecclesiarum Sancti Marcelli, Sancte Ge-
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approuvé par le roi h). Ce fut alors que la reine Marguerite, spécialement chargée par le donateur d’assurer l’exécution de ses volontés, proposa de faire venir à Paris la communauté que dirigeait Gillette de Sens.
novefe et hierosolimilani Hospitalis Parisius, illud semper ejus propositum ab ipsius exordio struclure fuerat et ad hoc extiterat, hortatu sue matris inductus, quod fînaliter locus religiosus ibi esset Dei omnipotentis ejnsque gloriosissime Genitricis et Sanctorum omnium cultui dedicatus; unde idem magister Galienus conceptum sui et matris sue desiderium effectui mancipare cupiens, ut dicebat, coram nobis elegit et decrevit quod in loco predicto Sorores minores Ordinis Sancte Glare juxta reguiam in monasterio Humilitatis Beate Marie prope Sanctum Clodoardum observatam collocentur, Domino inibi perpeluo in eodem Ordine serviture , et nobis bumiliter supplicavit quatinus ad ejus tam pium propositum adimplendum favorem et manurn eciam adjutricem apponere dignaremur. Nos vero, qui relatu viri religiosi dilecti et familiaris nostri frafris Johannis de Cenomano, de Ordine Minorum, et aliorum quorumdam, presentientes banc intentionem dicti magistri Galieni et desiderantes cultum divinum augmentari, censura et totum jus quod predicte très ecclesie in dictis maneriis et prato vel babebant, vel babere poterant, redimi feceramus, vicissitudine mutua eisdem tribus ecclesiis aliis equivalentibus redditibus assignais a nobis , ejusdem magistri Galieni supplicationibus multo concurrentes affectu, ob remedium anime nostre et animarum recolende memorie domini et geniloris nostri , Isabellis quondam et Marie nunc consortium nostrarum, ac omnium antecessorum nostrorum, ut in nobis est, concedimus quod juxta predictam electionem et ordinationem ipsius magistri, quam laudabilem reputamus, ponanlur, ut dictum est, sorores, in loco supradicto, ipsumque locum ad hoc in manu mortua ab omni prestatione, redibencia et servicio liberum esse in posterum decernimus, adjicientes quod ordinatio predicti magistri Galieni facta de premissis , ut dicitur, in litteris curie Officialis episcopi parisiensis contenta , per omnia conservetur. Ad instantiam insuper ipsius magislri Galieni volumus quod nostre présentes littere, quas duplicari jussimus, ut idem magister Galienus altéras penes se dum vixerit, habeat, et littere Officialis predicte ac eciam dictarum trium ecclesiarum super quittatione sui census et juris confecte deponantur et custodiantur penes gardia-
num Fratrum minorum Parisius, uteidem magistro Galieno et suis quorum intererit, cum voluerint, ostendantur. Et, ut premissa perpetue stabilitatis robur obtineant, présentera paginam sigilli nostri auctoritate ac regii nominis caractère inferius annotata fecimus communiri. Actum apud Vicennas, anno Domini 128/1°, mense septembri, regni vero nostri anno 1 5° ; astantibus in Palatio nostro quorum nomina supposita sunt et signa. Dapifero nullo. S. Roberti camerarii. S. Johannis buticularii. S. Imber ti constabulaxii. v (Arcli. nat. , L, io5o.)
C1) Lorsque Galien de Pise rédigea son testament, les religieuses n’étaient pas encore établies dans la résidence qu’il leur avait destinée , et il dut renouveler à ce sujet l’expression de ses volontés :
trVolo quod sit religio de suo Ordine [Sancte Glare] perpetuo in meis tribus maneriis de Lorsinis, cum prato et parte nemoris ibi rétro, juxta Parisius, remota omni alia venditione, datione et alienatione quacumque; que tria maneria constiterunt mihi plus quam viginti quinque millia librarum turonensium. »
Le testateur légua en outre à la communauté une partie de ses biens, sous la réserve qu’elle serait installée à Lourcine dans un délai de six ans :
trltem volo quod omnia mea bona et immobilia, de quibus non est ordinatum supra nec in predicta
mea ordinatione, nec inferius ordinabitur . et
ustensilia domorum mearum sive consistant in vasis argenteis, sive in aliis quibuscumque bonis , minutis vel grossis , que multa sunt , sive sint apud Lorcinas , in meis tribus maneriis, sive Parisius, in domibus meis , vendantur per executores meos infrascriptos.
rrltem volo quod de residuo omnium bonorum accipiatur medietas ipsius residui et ilia medietas dividatur in duas partes et detur una earumdem partium Sororibus minoribus supradictis , si fucrint apud Lorcinas , in tribus meis maneriis inclusse perpetuo , ut dictum est supra , alias non.
tr Item volo quod si predicte Sorores minores non essent infra sex annos post obitum meum in dictis meis maneriis, ut supradictum est, collocale, quarta pars residui omnium bonorum meorum quam supra dixi me velle dari eisdem sororibus, deveniat in bonis executionis testamenti presentis. « D’autre part, Galien recommandait expressé-
A la requête de celle princesse et des reines Marie de Brabant et Jeanne de Navarre, le pape Nicolas IV, par une bulle du 5 mars 19.88, manda à son légat, le cardinal Jean Cliolel, d’autoriser l’établissement des religieuses à Lourcine. En présence de l’opposition du Chapitre de Saint-Marcel, il renouvela cet ordre par une autre bulle du 7 mars 1 989, et les sœurs purent enfin être installées dans leur nouvelle résidence par Simon de Perruche, évêque de Chartres, le ier mai suivant W. Par deux bulles du 9 1 décembre 1 990 , le pape approuva la fondation du couvent et lui donna la règle de l’Humilité-Notre-Dame, et, par une autre bulle du 98 juin 1991, il l’enleva à la juridiction de l’archevêque métropolitain de Sens et de l’évêque de Paris, pour le placer sous la dépendance immédiate du Saint-Siège (2b Ce privilège fut confirmé par Clément Y, le 93 juillet t3o8. Les Cordelières de
ment à ses exécuteurs testamentaires, et notamment à la reine Marguerite , la fondation des Cordelières , en insistant pour qu’il y fût donné suite le plus promptement possible :
tt . Ad facLurn maneriorum meorum pre-
diclorum, ut sit ibi predictus Ordo Sororum fratrum minorum, sicut supra conlinetur, executo-
res meos, factores et promotores constituo . .
præcipue ipsam dominam Reginam [Margaretam] , ob cujus dominas Reginæ reverentiam et bonorem et propter Deum duxi tempus in facto liiis dictis sororibus et post meum obitum perpetuo proroganclum, ut ipsa domina Regina sit in hoc facto propter Deum, per se et suos intenta et curiosa; et etiam faciant et procurent quam citius et melius poterunt, quod dicte sorores sint in dictis meis maneriis in eorum Ordine perpetuo collocate. n (Arcb. nat., L. io5o.)
(1) Félibien estime que le témoignage positif de Guillaume de Nangis «-semble faire remonter la fondation de ce monastère plus haut que 1289, qui est l’époque que lui assigne l’auteur des Antiquités de Paris. n (T. I, p. 465.)
Jaillot invoque, à l’appui de cette opinion, des arguments qui sont en contradiction formelle avec les documents auxquels il se réfère :
«■La fondation des Cordelières doit être regardée comme antérieure au testament de Galien de Lise; c’est ce qu’ont pensé les historiens de la ville, de l'église et de l’Université de Paris, les auteurs du Gallia christiana, Corrozet, Mézeray, etc. Comment présumer, en effet , que Galien de Pise eût donné, en 1287, ses maisons à des religieuses qui, selon Du Rreul et autres, n’y sont venues qu’en 1289; et, si ce n’est qu’une fondation future, ordonnée par son testament, soupçonnera-
t-011 qu’il ait chargé Marguerite de Provence de l’exécution et que cette reine ait attendu deux ans pour remplir un devoir qu’elle avoit accepté volontiers? N’est-il pas plus probable que cette fondation était déjà faite, et que, par les termes du testament de Galien de Pise, on ne doit entendre autre chose sinon qu’il laissa ses maisons pour augmenter l’enclos du monastère et les revenus des religieuses qu’il y voyoit établis? On m’objectera peut-être qu’il a fallu un certain temps pour construire un monastère, une chapelle, etc., et que l’intervalle entre le testament, qui est du mois de novembre 1287, et l’arrivée des religieuses Cordelières de Troyes à Paris, en 1289, n’a pas été trop long pour préparer les lieux réguliers quelles dévoient habiter. Je répondrai qu’il est plus vraisemblable que les Cordelières étoient déjà établies, qu’on les avoient tirées de Longchamps, où Isabelle de France, sœur de S. Louis, les avoit fondées en 1259, et que celles de Troyes n’y vinrent qu’après. -» (T. IV, xvi, p. 78.)
Ce raisonnement ne prouve qu’une chose, c’est que Jaillot n’a connu du testament de Galien de Pise que le premier extrait concernant les Cordelières, qui avait été transcrit par Du Rreul et par les auteurs du Gallia christiana. La suite de ce document constate, en effet, que les projets de Galien de Pise n’avaient pas encore été exécutés à la fin de l’année 1287, et, d’autre part, d’après la seconde bulle de Nicolas IV, l’installation des religieuses de Troyes au faubourg Saint-Marcel n’eut lieu effectivement qu’en l’année 1289.
Les bulles relatives à l’établissement des Cordelières existent en original aux Archives nationales (L. io5o). Le texte en a été publie par Sbaralea dans son Bullarium franc iscanum.
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Lourcine, comme celles de Longchamps, suivaient la règle de Sainte-Glaire, mitigée par Urbain IV, qui leur permettait de posséder des biens-fonds et des rentes W; d’où le nom d’Urbanistes qui leur fut donné pour les distinguer des simples Clarisses, astreintes, d’après l’observance primitive, au vœu de pauvreté absolue.
Philippe le Bel et sa femme, Jeanne de Navarre, fille et héritière de Thibaud II, confirmèrent à ces religieuses, par leurs lettres du mois de septembre 1289^, la propriété des biens que le roi de Navarre leur avait donnés, et le roi, par d’autres lettres du 22 décembre suivant, approuva leur translation de Troy es à Paris. La reine Marguerite, dès que la communauté fut installée à Lourcine, acheta près du couvent un terrain^ où elle fit bâtir une maison pour sa
l!) Bulle du 2 7 juillet 1263. (Sbaralea, Bullarium franciscanum , t. II, p. 477.)
t2) ffPliilippus, Dei gratia Francie et Navarre Rex, notum facimus universis tam presentibus quam futuris quod nos pium proposituni inclile recordationis Pbilippi, quondam regis Francie, carissimi domini et progenitoris nostri, optantis quod in domibus quondam magistri Galieni de Pysis, sitis apud Sanctum Marcellum , juxta Parisius , collocarentur religiose mulieres Ordinis Sancte Gare, volentes prosequi ut possit deduci ad finem debitum et optatum, intervenientibus ad boc precibus et instantia illustris domine Marguarete, regine Francie, carissime avie nostre , concedimus , quantum in nobis est , abbatisse et conventui Sororum minorum ejusdem Ordinis, in predictis domibus collocatis, quod libéré possint uti secundum placitum suum et utilitatem earum omnibus bonis mobilibus et immobilibus que fdie Gile de Senonis dicte ad Palestiaux, morantes quondam juxta Trecas, in liabitu Sororum minorum nunc translate de voluntate , ut accepimus , supradicte regine et earum consensu ad conventum Sororum minorum Sancte Gare predictum, habebant, tenebant seu etiam possidebant ante earum translationem. Volentes insuper pro nobis et carissima conjuge nostra Johanna, Dei gratia Francie et Navarre regina, de cujus bereditate hec movere noscuntur, ut cum dictis sororibus fdiabus dicte Gile sic translaté bona sua mobilia et immobilia predicta ad conventum predictum convertantur et in uliiitates Sororum ipsius conventus libéré absque impedimento aliquo convertantur et quod eciam omnia bona predicta possint personis ecclesiasticis seu aliis quibuscumque voluerint vendere et in ipsis transferre, prout melius et utilius sibi viderint expedire, consensu et auctoritale nostris in hiis uî-
terius minime requisilis vel eciam exprctatis aut
successorum nostrorum . Nos autem Johanna
predicta, Dei gratia Francie et Navarre regina, omnia et singula supradicla , prout superius sunt expressa, quantum in nobis est volumus, laudamus et eciam approbamus et ad majorera horum securitatem presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum , una cum sigillo predicti carissimi domini et conjugis nostri Regis. Datum apud Sanctum Agilum super Ligerim, anno Domini 1289°, mense septembre» (Arch. nat. , L. 1000.)
l3) ff Universis présentés litteras inspeeturis Officialis curie parisiensis salutem in Domino. Notum facimus quod in nostra presencia constituti Stephanus, dictus de Chailliaco de Gallandia, civis parisiensis, magistri Johannes et Adam, dicti de Chailliaco, fratres, et dicti ejusdem Stephani liberi, asseruerunt quod ipsi, tam ex proprio con~ questu dicti Stephani quam ex hereditate propria materna diclorum eorumdem fratrum, habebant, tenebant et possidebant communiler et pro indiviso quamdam masuram seu quoddam manerium, cum jardino et quadam pecia terre arabilis rétro sitis, situm apud Lourcines, prope Sanctum Marcellum, contigu um a parle anteriori mûris domus que fuit quondam magistri Galieni de Pisis defuncli, olim canonici ecclesie Sancti Audomari, ex unolatere, et facit cuneum vici per quem itur directe a Lorcinis ad molendinum de Grollebarbe ex alio latere, et ex eodem latere pro tendit se in longo a cbemino super dictuin vicum usque ad terrain Roberti, dicti Presbiteri, quarrerii, et Joliannis, dicti Rougis, sitam a parte posteriori ex uno latere, et a parte posteriori ex alio latere dicta pecia terre dicti manerii est contigua terre liberorum defuncli Hesberti, dicti Cent Mars, in censiva Hospitatis hierosolymitani in Francia, ad quatuor so-
résidence W, dont elle lui fit don le 16 février 1295, en réservant toutefois l’usufruit à sa fille Blanche^. Cette maison fut amortie par Philippe le Bel au
litlos et quatuor denarios annui census capitalis seu fundi terre iu festo beati Remigii et ad duo sextaria avene taxamenti débita annuatim in crastino Nalivitatis Domini tantummodo, ut dicebant, et ad tresdecim denarios pro galinis et unum sextarium avene taxamenti, contiguë vinee liberorum defuncti Hesberti Cent Mars predictarum , ex una parte, et vinee dicti Jobannis Bougis, ex alio latere, et a parte posteriori fossalo de Bievra, in censiva Sancti Marcelli, oneratum in tribus denariis parisiensibus tantummodo annui census debitis in festo beati Remigii, ut dicebant. Quam siquidem masuram seu manerium predictum, prout longo, lato, ante, rétro, inferius et superius in qualibet sui parte cum jardino, pecia terre arabilis et quarterio salceye rétro sitis cum omnibus et singulis viribus et pertinentiis eorumdem inter muros domus dicti defuncti magistri Galieni, vicum, terras ac fossatum supradictum se comportant, recognoverunt in jure coram nobis se vendidisse et nomine pure venditionis ex nunc in perpetuum quitavisse et concessisse excellentissime domine Margarete, Dei gracia Regine Francorum, et ab ipsa causam habituris, pro ducentis et quadraginta libris parisiensibus jam sibi traditis et solutis in pecunia numerata, sicut coram nobis injure fue-
runt confessi . Datum anno Domini 1290°,
mensis aprilis die mercurii post Pascham.» (Arcb. nat., S. 4676.)
(1) Lenain de Tillemont observe que la reine Marguerite a a voit tout auprès du monastère une maison qu elle avoit fait bastir du vivant de S. Louis, h ce qu’on prétend, et où on dit qu’elle demeurait d’ordinaire. » ( Vie de saint Louis, éd. de la Société de l’Histoire de France, t. V, p. 2B7.)
Jaillot suppose de même que la maison de la reine existait avant l’installation des Cordelières à Lourcine et avait appartenu à saint Louis :
crA l’égard de la maison que Marguerite de Provence avoit près de ce monastère et quelle donna aux Cordelières en 1294, laquelle y est aujourd'hui comprise et en forme la plus grande partie, il me paraît que c’est le Chatel que S. Louis avoit en ce lieu et dont il est fait mention dans différents actes et que la Reine pouvoit s’être réservé après la mort de ce prince, avec d’autant plus de justice que c’étoit elle qui l’avoit fait bâtir, ainsi qu’il pa¬
rait par les lettres qui constatent cette donation.» (T. IV, xvi, p. 79.)
D’après le contrat publié ci-dessus, il est bien évident que la reine Marguerite ne possédait aucune propriété à Lourcine avant l’acquisition du manoir et du jardin d’Etienne, Jean et Adam de Chailly, et par suite que la construction de sa maison est postérieure au 5 avril 1290.
D’autre part, M. de Gaulle a cru pouvoir identifier celte maison avec celle des Marmousets (actuellement rue des Gobelins), à laquelle une tradition populaire a donné le nom de la reine Marguerite, et il justifie son opinion par ce fait que la maison en question n’était séparée du couvent que par la Bièvre. ( Nouvelle histoire de Paris, t. II, p. 256.)
Mais c’est précisément ce détail qui rend sa conjecture inacceptable, puisque la maison de la reine, ainsi que le constatent les documents, était attenante rtau moustier et à l’abbaie des religieuses», auxquels elle fut annexée du vivant de la reine Blanche. (Arch. nat., S. 4676.)
La maison de la rue des Marmousets, au contraire, fut toujours en dehors de la clôture du couvent.
(2) tfMargareta, Dei gratia Francorum Regina, universis présentes litteras inspecturis salutem. Notum facimus quod nos orationum suffragia que in monasterio Sororum minorum Ordinis Sancte Clare , juxta Parisius sito , fiunt cotidie et fient in postera m , auctore Domino, cupientes anime nostre remedio profutura, nullorum partibus nec inductionibus sed divino instinctu, ut firmiter credimus, inclinate, domum nostram quam edificavimus, contiguam dicto monasterio, cum suis pertinenciis et appendiciis universis dictis sororibus et suis successoribus, pietatis intuitu, ob anime nostre remedium, ad divinum cultum perpetuo celebrandum ibidem, concedimus etdonamus,ab ipsis sororibus et earum successoribus perpetuo possidendam, ita tamen quod dicte sorores nec earum successores dictam domum nec ejus pertinencias possint vendere, donare, alienare, vel ad usum alium applicare, retento Blanche, filie nostre, post decessum nostrum, in dicta domo et ejus pertinenciis ad vitam suam tantummodo usufructu; quem siquidem usufructum dicta Blancha non possit vendere , donare
ABBAYE DES COBDELIÈBES DE LOURCINE
mois de septembre 1296. Le 28 mai 1292, la reine avait déjà doté la communauté de 200 livres de rente annuelle, et, le 29 janvier 1295, elle consacra une autre rente de 20 livres à la fondation d’une chapellenie W. Ce fut encore elle qui fit commencer à ses frais la construction de l’église conventuelle. Blanche, qui, après la mort de son mari, Fernand de La Cerda, fils du roi de Léon et de Castille, s’était retirée dans la maison dont sa mère lui avait laissé la jouissance, acheva la construction de l’église et fit édifier le cloître. Le 21 décembre 1 3 1 8 , elle donna à l’abbaye les terrains quelle avait acquis dans le voisinage de sa maison®, dont elle n’occupait qu’une partie pour laisser le reste au couvent, et, par son testament, dont Philippe le Bel approuva l’exécution au mois de février i323, elle légua a l’abbaye 125 livres tournois de rente, en même temps qu’elle affectait un revenu annuel de 60 livres à la fondation des chapellenies de Notre- Dame de Liesse et de Sainte-Catherine^.
Ces deux princesses ne furent pas d’ailleurs les seules bienfaitrices du couvent. Le h août 1292, Pierre de Ghambly, chambellan du roi, gratifia les Gorde-
vel etiam permutare nisi sororibus antedictis. In cujus rei testimonium presentibus litteris nostrum fecimus apponi sigillum. Datum apud monasterium predictum, anno Domini 1294°, die Cinerum.Tt (Arch, nat., L. io5o; - — Félibien, t. III, p. 3o3.)
(1) Peu après la mort de saint Louis, la reine Marguerite avait donné aux religieuses une somme de 3oo livres, ainsi que le constate l’Inventaire des titres :
fc Obligation passée par lesdites dames (Cordelieres) de faire les services pour Louys, Roy de France, mary de Margueritte, Royne de France, et autres y dénommez, moyennant la somme de 3oo livres qu’ elles ont reconnu en avoir pour ce receu, à dater du ter jour de mai 1271.») (Arch. nat. , S. 46841, fol. 4i v°.)
l2) rr A tous ceus qui ces présentes lettres verront et orront, Henri de Taperel, garde de la Prevosté de Paris, salut. Sachent tuit que par devant Estienne Leleu, dit de Maaute, et Pierre Le Prévost, clercs notaires jurés , establis de par nostre sire le Roy en son Chastelet de Paris. . . . , haute et puissante Madame Blanche d’Espaigne, de son bon gré, de sa pure et franche libéralité, sur ce regardé et considéré la bonne volonté de sadite mere et le don estre fait de li à grant dévotion, en confortant toutes lesdites lettres et en demourans icelles saines et en leurs vertus, volt, loa, ratifia, appuia et confirma à tous jours ledit don . , et d’abondant en
accroissant iceluy don , elle de son bon gré , de sa
pure et franche libéralité, pour Dieu et en nom de pure et perpétuelle aumosne et pour le remede de l’anie de li , recognut et confessa par devant lesdits clercs jurez elle avoir donné, cessé, transporté, quitté, outroié et delessié pardon fait entre les vis, dès ores en droit à tous jours, sans aucune espérance de jamais rappeler ne de venir encontre , ausdites religieuses et à leurs successeurs tout ce que elle avoit ou entendoit avoir par raison de conquest ou autrement, comment que ce feust dedans l’enclos, les appartenances et appendances de ladite meson, ensemble le closel et la saucoye seans dehors les murs de ladite meson, près d’iceux murs , avecque tout le droit , toute la seigneurie , justice, propriété, possession, saisine et toute l’action reelle et personele que elle y avoit . ,
ainsi toutesvoies que lesdites religieuses ni les successeurs d’icelles ne peevent vendre, donner, aliéner ou appliquer à autre usage ces choses données ou aucune d’elles dès ores en avant, fors le clausel et la saucoye dessusdis ..... En tesmoing desquels choses , nous , à la relation desdis clercs j urez , qui ces choses eoncordamment nous raporlerent par leurs sermens ainsi estre faites et accordées par devant eus, avons mis en ces présentes lettres le scel de la Prevosté de Paris avecque le propre scel de ladite madame Blanche. Donné en l’an de grâce 1 3 1 8 , le jeudi prochain avant Noël. r> (Arch. nat., S. 46y5.)
(3) Lenain de Tillemont a intercalé dans ses Preuves manuscrites de la vie de saint Louis
Hères de 100 sous parisis de rente, conformément aux dernières volontés de sa femme Sybille. Le 18 janvier 129.3, Jean, duc de Bretagne, comte de Richemont, leur assura une rente de i5 livres provenant d’un legs fait par sa nièce, Jeanne de Chatillon, comtesse d’Alençon et de Blois. Au mois d’août 1 3 1 1 , Louis,
comte d’Evreux, fils du roi Philippe le Hardi, les dota de ûo sous de rente légués par sa femme Marguerite d’Arlois, pour scrn anniversaire. Isabelle de Champien, fille de Jean de Nesle et veuve de Robert de Guines, seigneur de Sangatte et connétable de France, par son testament du 1 9 mars 1 3 1 5 , donna tous ses biens à l’abbaye où elle était entrée comme novice et fonda la chapelle de Saint- Jacques. Charles V qui avait octroyé aux Cordelières, au mois de décembre 1 3 7 1 , 1 amortissement de 100 livres W, leur donna aussi, par son testament, 3oo francs d’or, que Charles VI amortit, le 16 décembre i38M2). J^e 17 avril 1 3 9 4 , ce
un placard, imprimé en i65i, qui a pour titre : ABriefve et sommaire description du célébré et royal monastère des Cordelieres de Saint Marcel n. L’auteur de ce document, après avoir observé que si la reine Blanche ne fut pas inhumée dans l’église des Cordelières, c’est qu’au moment de sa mort, cet édifice n’était ni dédié ni consacré, ajoute : r. Aux principales vitres elle se void depeinte en la posture de priante, comme tenant en ses mains une forme d’eglise qu’elle présente à Dieu et où sont aussy figurées, et mesme aux lambris, ses armes avec celles de son mary le Roy de Castille, en un mesme écusson. n (Bibl. nat. mss. ; F. fr. 187/17, fol. 1 46. )
(1) Karolus, Dei gracia Francorum Rex, .
notum facimus universis presentibus et futuris quod nos more predecessorum nostrorum, regum Francie, cultus divinum in regno nostro augeri cupientes, ad supplicationem dilectarum religiosorum abbalisse et conventus Sororum minorum Ordinis Soncte Clare Sancti Marcelli prope Parisius et ob reverenciam gloriose Dei genitricis et Virginis Marie, que in ecclesia Sancti Marcelli predicta nocte dieque laudabili servicio lionoratur, eisdem supplicantibus duximus auctoritate et liberalitate noslra, certa sciencia et gracia speciali concedendum per présentes ut centum librarum parisiensium annui et perpetui redditus, ad augmentacionem divini servicii in eadem ecclesia celebrandi, per ipsas in feodo aut retrofeodo nostris aut alie— nis, insimul vel per partes acquisilas seu acquirendas in villa, prepositura et vicecomitatu parisiensibus aut alibi in regno nostro, aut eis legatas seu in posterum donalas, insimul vel per partes , in
uno loco vel pluribus locis, tenere, îœtinere et possidere tanquam rem suam, propriam et ecclesiasticam, valeant pacifice et quiete, absque eo quod dictum redditum vendendum seu extra manum ponendum aut nobis seu successoribus nostris, Francorum regibus, aliquam financiam prestandam pro eisdem compellantur seu compelli quomodolibet
possint in futurum . Datum Parisius, mense
decembris, anno Domini 1071°, regnique nostri octavo.n (Arch. nat., S. 4683.)
(2) rr Charles, par la grâce de Dieu Roy de France, scavoir faisons à tous presens et advenir que comme nostre très chier seigneur et pere, que Dieu absoille, en son testament original, pour le salut et remede de son ame, il fit plusieurs laiz et donna plusieurs rentes annuelles et perpétuelles à plusieurs et diverses églises de nostre royaume, ayt voulu et ordonné que toutes les rentes par luy en son dit testament données et laissées, acquises ou à acquérir en son vivant ou après son décès, en fief ou en justice, lesquelles dès lors il admortil en tant que foire se povoit, soient baillées à ceux auxquels données et laissées les a comme admorties, et que pour et à cause de ladite admortisation ne soient tenus de paier finance quelconque, laquelle dès lors leur donna et quitta, si comme il nous est
apparu par une clause dudit testament . ; et
que nostredit seigneur et pere en sonuit testament ayt donné et laissé à nos bien amées les religieuses , abbesse et convent de l’eglise des Sœurs myneurs encloses en la rue de Lourcine lez Saint Marcel, près de Paris, la somme de trois cens francs d’or, pour acquérir et acbepter certaine rente annuelle et perpétuelle pour faire celebrer en leur eglise
ABBAYE DES CORDELIÈBES DE LOURCINE
même roi les dota de 100 livres de rente amortie W, moitié pour l’entretien de deux religieuses et moitié pour la fondation de la chapelle de Saint-Louis de Marseille , faite par sa femme Isabeau de Bavière
Ces diverses libéralités, auxquelles vint s’ajouter dans la suite le produit de nombreuses donations et fondations pieuses, assurèrent aux Cordelières de
chascun an quatre messes solennelles du Saint Esperit, tant comme il vivroit, et apres son decetz de Requiem, pour I’ame de lny, laquelle rente lesdites religieuses ont achetée et acquise desdits trois cens
francs d’or, c’est assavoir . trois petits fiefs
avec leurs appartenances , assis en la chastellenie
de Montlehery . , Nous, louans et approuvans
le bon propos et intencion de nostredit seigneur et pere, desirans et voulans icelluy avoir et sortir son pîain effect auxdictes religieuses pour elles et leurs successeresses , de nostre auctorité royal, plaine puissance et grâce especial, avons octroié et octroions par ces présentes que icelle rente par elles acquise et achaptée desdits trois cens francs d’or dessusdits puissent avoir et tenir perpétuellement et a tousjours, sans aucunement estre tenues ou contrainctes d’icelle vendre, aliéner ou mettre hors de leurs mains, ne pour ce à nos gens ou nous près ne ou temps aucun païer aucune finance , laquelle par ces présentes nous leur donnons et quictons . Donné à Paris, le 1 6e jour de dé¬
cembre, l’an de grâce 1 38 A , elle quint de nostre régné . * (Arcb. nai, S. 4683.)
(1) rr Charles, par la grâce de Dieu Roy de France, savoir faisons à tous presens et à venir que pour l’affection que nous avons aux prières et oroisons de nos bien amées les religieuses abbesse et convent de l’eglise des Cordelieres de Sainct Marcel lez Paris, de l’Ordre de Sainte Clere, et à ce que elles puissent mieulx vacquer et entendre au divin service, et que nous et nostre très chiere et très amée compaigne la Royne et aussi nos enfans soyons participons à leurs dictes prières et biensfais, pour la fondation d’une chapelle fondée par nostre dicte compaigne en ladicte eglise , en honneur de Dieu et de sainct Loys de Marseille, pour estre dicte et celebrée une messe dudict sainct Loys chascun jour, perpétuellement, en ladicte chapelle , avecques autres services et suffrages selon le temps , en estimacion, prix et valeur de cinquante livres pari sis de rente, et autres cinquante livres parisis de rente pour le vivre et gouvernement de deux filles religieuses qui ont esté mises, vestues et receues en ladicte eglise , l’une dès nostre naissance
ni.
et l’autre à la naissance de nostre très cher et très amé fils, le Dalphin de Viennois, Nous, de nostre autorité royal, certaine science et grâce especial et plaine puissance, avons auxdictes religieuses octroyé et par la teneur de ces lettres octroyons que lesdictes cinquante livres parisis de rente pour ladicte chapelle et lesdictes autres cinquante livres parisis de rente pour lesdictes deux filles religieuses, qui font en somme cent livres parisis de rente annuelle et perpétuelle, acquises ou à acquérir par lesdictes religieuses en nostre fié et censive, sans liaulte justice de quelconque personne, que pourront estre acquises par juste tiltre d’achat, elles puissent tenir paisiblement comme amorties
et leur amortissons par ces mesmes lettres .
Donné à Paris, le 17“ jour du mois d’avril, l’an de grâce 1 3g3 et le i4e de nostre régné. » (Arch. nat., L. io5i.)
(2) fflsabel, par la grâce de Dieu Royne de France, scavoir faisons à tous presens et à venir que comme en intencion et propos de fonder une chapelle à honneur de Dieu et ou nom de monsieur Sainct Loys de Marseille, jadis arcevesque de Thouiouze , en heglise de nos bien amées en Dieu les religieuses Suers mineurs de l’Ordre Sainte Clere, à Loursines lez Saint Marcel, près de Paris, nous ayons pieçà faict faire et construire un autel en ladicte eglise, près du grant autel d’icelle, et sur icelli autel mettre un imaige dudict monsieur saint Loys, nous desirans accomplir nostre dict propos et estre perpétuellement participante et accompaignée ez prières et autres bienfaiz de ladicte eglise, avons ordonné une messe estre dicte et celebrée à perpétuité, d’ores en avant, chascun jour, à heure de matin, audict autel, avec certains autres suifraiges et services , selon le temps , à la dévotion du prestre qui dira ladicte messe, pour la fondation de laquelle chapelle et pour faire celebrer ladicte messe par la maniéré que dict est, mon seigneur, à nostre requeste, a admorti à ladicte eglise cinquante livres parisis de rente annuelle et perpétuelle , desquelles il a ordonné vingt cinq livres parisis estre achetées et acquises pour et ou nom de ladicte eglice et payées par ses trésoriers, si comme
IMI’MMEIUE KATIOXALE.
Lourcine d’importants revenus. Mais il ne paraît pas néanmoins que ces ressources aient toujours permis de subvenir aux besoins de la communauté W.
par ses lellres sur ce l’aides et octroyées auxdictes religieuses puet apparoir; et pour acheter et avoir les autres vingt cinq livres parisis de rente, nous avons donné et par la main de nostre bien amé chevalier et maislre de nostre hostel, messire Guillaume Cassinel , faict bailler comptant auxdictes religieuses la somme de cinq cens florins d’or frans, et parmi ce lesdictes religieuses se son! tenues contentes . Donné à Paris, l’an de grâce i3g4,
au mois de janvier.» (Arch. nat. , L. io5i.)
(1) Au cours de la guerre de Cent ans, les rentes des Cordelières sur le Trésor n’étaient payées que très irrégulièrement, ainsi que le prouve le mandement suivant du régent :
rr Charles, aisné fils du Pioy de France, Regent du Royaume, duc de Normandie et Dauphin de Viennois, à nos arnez et féaux les Gens des comptes à Paris et les maislres des eaues et forez de mon seigneur et de nous et aux verdiers des forez de Saint Germain e:t Laye ou à leurs lieutenans salut et dilection. Oye la supplication des religieuses Cordelieres, abbesse et couvent de Saint Marcel lez Paris, disans que toutes les rentes de la fondation de leur eglise, lesquelles furent jadis achetées pour elles et en leur nom, c’est assavoir chacun denier vingt et huit, furent anciennement et sont assises et assignées à prendre tant sur le trésor de Monseigneur et de nous à Paris, comme sur les receptes de Paris, de Chartres, de Yernon et de Troyes, et que des arrerages d’icelles rentes leur est deue de termes passés la somme de six mil livres et plus des monnoies qui ont couru aux termes , si comme par cedules ou escrits tant dudict Trésor comme des receveurs qui ont esté pour le temps esdictes receptes puet apparoir, de laquelle somme elles n’ont peu ne ne pueent estre privées, et par defaut de paiement de leursdictes rentes, comme elles n’en aient aucunes autres dont elles puissent vivre, leur a convenu vendre et engaiger tous leurs biens meubles de leurdicte eglise, c’est assavoir livres, calices, reliquaires, lis et toutes autres choses dont elles ont peu avoir aucunes finances, et aussi partie de leurs autres rentes, et avec ce se sont endebtées envers plusieurs personnes, en moiennes, grandes et diverses debtes montans à plus de trois mil livres forte monnoie, par quoy elles sont à si grant misere que par defaut de vivre
leur convient mendier et départir de leur religion , en cessant du tout à faire le divin service en icelle, si par nous ne leur est briefment secouru de remede piteable et gracieux; Nous, attendues les choses dessusdictes, ayans compassion d’icelles religieuses, vous mandons et estroitement enjoignons et h chascun de vous en commectant, se mestier est, que sans aucun delay vous faciez mesurer et mettre en vente tant de bois en ladicte forest en Laye, au mieux et plus briefment et convenablement qu’il pourra estre fait, c’est assavoir ou lieu plus aisié à vuidier et moins dommageable pour nostre dict seigneur et pour nous , que lesdictes religieuses filles puissent et prendre avoir franchement la somme de mil deniers d’or au mouton, et iceluy bois délivrer par enchiere à un des marchans d’icelle forest, en luy donnant et assignant temps convenable pour vuidier ledit bois , laquelle somme en rabat et déduction de ce qui leur peut estre deu à cause de leursdictes rentes, nous voulons et commandons estre délivrée et baillée franchement a ycelles religieuses par la main de celuy de tous les verdiers à qui il appartiendra ou du marchant à qui ladicte vente demourera comme
plus offrant et dernier enchérisseur . Donné
à Paris le dernier jour d’octobre, l’an de grâce i35g.ii (Arch. nat., S. 4683.)
Par une bulle du 21 novembre i458, le pape Pie II, à la requête des religieuses, avait autorisé leurs parents à franchir la clôture et à rester avec elles jusqu’au coucher du soleil, pour bien se rendre compte de leur pauvreté et leur venir en aide. ( Ibid. )
Un siècle après, le pape Pie V, dans sa bulle du 4 mars 1 56g, signalait de même la situation malheureuse de l’abbaye :
n- . In dicto monasterio sexaginta moniales
vel circa ex redditus hujusmodi piisque Ghristi fidelium largitionibus et eleemosinis tantum necessaria sibi comparantes existunt, ac tara propter ea quam ob rerum varietates quibus Francie regnum novissime laborasse et adhuc laborare dinoscitur, illiusque dissidia et precipue Ghristi fidelium inibi existentium charitate refrigerescente , abbatissa et moniales hujusmodi non modica pénurie et egestatis incommoda, ut verisimile est, suslineant, dictique monasterii ecclesia aliaque edifica et clausura
ABBAYE DES CORDELIÈRES DE LOURCINE
Philippe le Bel, par ses lettres patentes du mois de mars i3i8, avait pris l’abbaye sous sa protection. Ce privilège fut renouvelé par les rois Jean, au mois de mars i36i, Charles VI, les 28 mai 1 3 83 t1) et i3 avril 1 3 8 4 , et Charles Vil au mois de décembre 1 4 3 7 . Henri II, par ses lettres patentes du mois de février i552, enregistrées au Parlement le 8 août 1 5 5 3 , confirma les franchises et immunités accordées par ses prédécesseurs (2h
L’abbaye, par suite de sa position hors de l’enceinte fortifiée de Paris, se trouvait exposée aux violences des gens de guerre. Le 2 5 janvier 1 3 5 6 , lors des ravages commis par les Anglais, durant la captivité du roi Jean, les religieuses, qui ne se sentaient pas en sûreté, se réfugièrent dans l’intérieur de la ville. Durant les troubles de la Ligue, elles furent encore contraintes à deux reprises de prendre le même parti, en i56û et 1576. Enfin, du 17 juillet au mois d’oc-
que lata et amplissima existant, vetuslate et temporis injuria coliabantur et, nisi illis prompta reparatione succurratur, ruinam, que nonnisi maxima pecuniarum summa et quantilate reparari posset, minentur. « (Arch. nat. , L. io5o.)
La situation empira encore au xvie siècle, ainsi cpie les religieuses le rappelaient dans une Déclaration des biens du 26 février i64o :
rtLes rentes foncières ayant esté alliennez pour les réparations et nécessitez du couvent advenues par les inondations de la riviere de Gentilly et par le pillage arrivé deux fois en leur maison ès années 1589 et 1590, pendant les derniers troubles du royaume, le revenu ne suffit pas à beaucoup près pour payer les frais dudict convent, entretenir le service divin, nourir les religieuses et faire les réparations necessaires à faire au convent et bastiment d’icelluy. Il n’a esté donné aulcunes maisons, héritages ou rentes foncières depuis l’année 1 620 . 55 (Ibid,., S. 4675.)
Le 6 mars 1778, les Cordelières sollicitaient un prêt des Cordeliers du Grand Couvent, qui leur fut accordé et quelles remboursèrent en 1782. Elles exposaient à ce propos leur embarras «• par suite des créanciers qui exigeoient d’elles une somme de 3,ooo livres et qui etoient prests à les constituer dans des frais considérables; que si elles avoient cette somme, elles jouiroient paisiblement d’un terrain dans lequel elles sont rentrées, qui leur produira une rente annuelle de deux mille livres ; que si le Grand convent se trouvoit dans le cas de placer une semblable somme, elles seraient pénétrées de reconnoissance. 55 (Ibid., LL. i5i3, fol. 3i v".)
D’après la Déclaration des biens du 2 1 janvier 1790, les revenus du couvent s’élevaient à 2 3,4 5 3 s. 4 d. ; les dettes passives à 2i,6gott 8 s., et les charges à 5,ig5tt 76 s. (Ai’ch. nat., S. 4675.)
(1) Charles, etc., scavoir faisons à tous presens et avenir que comme les religieuses abbesse et convent des Cordellieres de l’eglise Sainte Claire à Lourcines lez Saint Marcel, près de Paris, aient esté fondées par nos seigneurs prédécesseurs , Roys de France , et pour la grant amour et dévotion qu’ils ont eu à ladicte eglise et pour la reverence de monseigneur sainct Loys, la Royne Marguerite et madame Blanche d'Espaigne, qui en leur propre hostel,où ladicte eglise est à présent, les ordonnèrent là estre et demeurer et les y fondèrent premièrement, y aient par plusieurs fois repairié et demouré, et aussi à présent nostre très chiere ayolle, la duchesse de Bourbon, et Katherine, nostre suer, y soient demourans, et y soit nourrie nostredicte suer, en laquelle eglise prennent très grau plaisir, pour quoy nous avons voulu et voulons avoir à ladicte eglise et auxdictes religieuses
singulière affection . , Nous, considerans les
choses dessusdites et en faveur du divin service. . . avons octroyé et octroyons de grâce especial , plaine puissance et auctorité royal par ces présentes que ladicte eglise, leurs biens, rentes, possessions quelconques soient tenus et reputez comme nos propres biens, gardez, pourchaciez et deffendus envers
tous . Donné à Paris, le 28° jour demay, l’an
de grâce 1 383 , et le tiers de nostre régné. 55 (Ibid., JJ. 122 , fol. 1 43 v°.)
(2) Le texte de l’arrêt d’enregistrement a été publié par Félibien. (T. IV, p. 762.)
tobre 1590 b), lors du siège de Paris, elles quittèrent le couvent, qui fut pillé en leur absence par les soldats du roi de Navarre.
D’autre part, le voisinage de la Bièvre était une cause permanente d’insalubrité et de maladies par suite des inondations qui envahissaient tout le couvent b). Ces désagréments répétés inspirèrent aux religieuses le projet de changer de résidence. Le 10 novembre 1627, Catherine d’Abra de Raconis leur fit don d’une maison quelle venait d’acheter dans le cloître Saint-Marcel, avec l’obligation d’y établir un couvent secondaire, et, le i5 décembre 1628, elles obtinrent de l’archevêque de Paris, Jean François de Gondi, l’autorisation de se transporter dans cet immeuble. Mais, comme il leur parut incommode et insuffisant, elles renoncèrent à s’y installer; néanmoins, le a3 mai 1 6 3 1 , l’archevêque leur laissa la faculté de l’utiliser comme annexe de l’abbaye et d’y recevoir des novices, en attendant qu’elles eussent trouvé dans l’intérieur de la ville une résidence plus propice. Le 28 mars i632, Louis XIII leur permit d’établir dans Paris une maison de secours. Peu après, Pierre Poncher, conseiller du Roi et auditeur en la Chambre des Comptes, frère d’une religieuse de Lourcine, s’oiïrit pour fonder le nouveau couvent, en vertu du pouvoir qu’il avait obtenu à cet effet du frère Faron, provincial des Cordeliers. Le 19 juin, Marguerite Poncher fut autorisée à sortir de l’abbaye pour prendre la direction de la nouvelle communauté que son frère gratifia, par contrat du 3i décembre, d’un immeuble situé dans la paroisse de Saint-Paul, à l’angle des rues des Francs-Bourgeois et Payenne, près de l’hôtel cl’Angoulême b).
(1) Une délibération du Bureau de U Hôtel-Dieu constate que Ton avait accordé à cette époque l’hospitalité à trois religieuses :
trCedit jour, 2 4 juillet 1690,0 esté ordonné que pendant les guerres de Paris il sera nourry audict Hostel Dieu trois filles religieuses du convent des Cordellieres Sainct Marcel, pour chascun jour, comme les pauvres dudict Hostel Dieu et ce jusques «à ce qu'elles puissent retourner à leurdict convent. r (L. Brièle, Collection de documents pour servir à l’histoire des hôpitaux de Paris, t. I, p. 21.)
(2) Du Breul nous a conservé le souvenir de deux de ces inondations, qui causèrent de grands ravages dans le faubourg Saint-Marcel :
rr En l’an 1626, la petite rivière de Bievre, dite vulgairement de Gentilly, pour ce que de ce village elle vient traverser le fauxbourg de S. Marcel, se desborda si extraordinairement que la pluspart des maisons dudit fauxbourg estoienl inondées jusques à leur second estage.
tf En l’an 1679, le mercredy 8 d’avril, sur les dix h unze heures de nuict, ceste petite rivière
s’enfla et desborda si extraordinairement et furieusement qu’elle inonda presque tous les villages circonvoisins d’icelle, et y fit un signalé dommage, mais notamment au fauxbourg de S. Marcel lez Paris, par lequel elle s’espandit jusques au monastère de Saincte Glere, au grand eifroy des pauvres
religieuses d’iceluy . Tous les dommages que
fit ceste subite inondation, que l’on appelle le deluge de S. Marcel, furent estimez à peu près à soixante mil escus.» (P. 3 06. )
Un opuscule contemporain nous apprend que «■les Cordelieres ont fait raport qu’en icelle nuit se sont trouvées oppressez des eaux en faisant le service divin, comme elles ont coutume de faire toutes les nuicts, h l’heure de minuict; se voyant oppressez, ont sonné les cloches, l’espasse de trois heures durant, pour et à icelle fin que le peuple des fauxbourgs vint au secours pour faire passage à la grande abondance d’eaux. . . » (Le Desastre merveilleux et effroyable d'un deluge advenu ès fauxbourgs S‘ Marcel; Paris, Pinart, 1079.)
•1 2 3) Gel immeuble avait été vendu à Pierre Pon-
ABBAYE DES CORDELIÈRES DE LOURCINE
Le 20 décembre, l’abbesse de Lourcine avait donné son consentement à cette fondation sous la condition expresse qu’elle recevrait asile avec sa communauté dans la maison de Paris, lorsque quelque événement imprévu les obligerait à quitter momentanément le faubourg Saint-Marcel, ce qui arriva vingt ans plus tard, du 8 juillet au 1 1 octobre i652, au moment des troubles de la Fronde. Le nouveau couvent fut désigné sous le titre de la Nativité de Jésus, et, le 17 août 1 6 3 3 , le Parlement enregistra le bref de l’archevêque, les lettres du roi et le contrat de donation relatifs à son établissement W, et, le 28 août suivant, l’archevêque de Paris autorisa les Cordelières à s’v installer.
La communauté résida un peu plus d’un demi-siècle dans la maison de la rue Pavenne qu’elle avait complètement transformée. Mais, comme la chapelle, très étroite d’ailleurs, se trouvait fort mal placée et que les trois rues par lesquelles le couvent était limité 11’avaient pas permis de trouver le terrain nécessaire pour construire les lieux réguliers^, les religieuses décidèrent de quitter le quartier du Marais et de se transporter au faubourg Saint-Germain où elles acquirent par décret, le 1 5 mai 1686, l’hôtel de Beauvais, sis rue de Grenelle. Après avoir conclu un concordat, le 28 juin 1687, avec le curé de Saint-Suipice, qui s’était d’abord refusé à les admettre sur sa paroisse et obtenu au mois d’août l’autorisation du roi, elles prirent possession de leur nouvelle résidence. Le couvent conserva son titre primitif, mais les religieuses furent communément désignées dès lors sous le nom de ce Petites Cordelières de la rue de Grenelle -n. Au cours du xvme siècle, la communauté se trouva sans ressources suffisantes pour subsister, et il fallut même vendre une partie de ses biens mobiliers pour
cher, te 4 septembre i632, pour 28,000 livres, par Claude Le Charron , conseiller du Roi et maître des requêtes ordinaires de son hôtel, et par Jean Bochard, seigneur de Champigny, conseiller du roi, et sa femme Marguerite Le Charron.
Il consistait en rrune place et ediflïce d’escurye, assis en ceste ville de Paris, rue des Francs Bourgeois, faisant l’encogneure de la rue Pave'e, consistant ladicte place en une porte cochere pour l’entrée, a costé de laquelle y a une escurye de six travées de long, couverte d’ardoize en comble, dont deux travées appliquées à une chambre et
garde robbe au dessus de i’escurye . ; un han-
gard clos d’aiz en ladicte place, couvert en pavillon d’ardoize, un grenier en iceluy.» (Arch. nat. , S. 4676.)
(l) Le texte de l’arrêt d’enregistrement a été publié par Félibien. (T. V, p. 89.)
(î) Dans la requête présentée à l’archevêque pour être autorisées à changer de résidence, les
religieuses rappelaient les divers inconvénients de leur couvent, quelles prétendaient avoir de tout temps considéré comme provisoire, «■ disant que depuis plusieurs années estant dans des incommoditez extraordinaires, et ne pouvant parvenir à faire construire aucuns lieux réguliers dans ledit lieu, tant à cause qu’elles sont entre quatre rues , scavoir ladite rue des Francs Bourgeois, la rue Payenne, la rue Sans Porte et la rue Pavée, en sorte quelles ne peuvent s’accroistre d’aucun costé, qu’elles n’ont ny court, ni jardin, et n’en peuvent avoir; que leur eglise et le chœur ou elles celebrent l’office estant dans l’encoignure desdites rues des Francs Bourgeois et Payenne, elles sont sans cesse interrompues dans les exercices quelles font à cause du grand bruit qui se fait dans ladite rue; qu’aussy le premier dessein n’esloit pas de construire un monastère dans ledit lieu, mais d’y demeurer seulement jusques à ce que l’on eust trouvé un lieu plus commode. a (Arch. nat., L. io5o.)
paver ses dettes. Un arrêt du Conseil, du 17 mai 17 A 5, invita l’archevêque de Paris à examiner s’il ne convenait pas de la supprimer.
L’archevêque Christophe de Beaumont rendit en conséquence un décret de suppression, le h juin 17/19, par lequel il fut ordonné que les Petites Cordelières seraient réunies partie au couvent de Lourcine et partie à l’abbaye de Long-champs. Cette décision fut confirmée au mois de juillet suivant par des lettres patentes du roi vérifiées en Parlement, le 8 avril 1750, et par des lettres de surannation du 17 décembre 1788, que la Chambre des Comptes enregistra le 3 avril 1789.
L’abbaye de Lourcine fut régie par des abbesses perpétuelles depuis sa fondation jusqu’en 1629. Au mois de mars de cette année, un Chapitre provincial tenu à Saint-Quentin décida que les fonctions de l’abbesse seraient limitées à trois ans. En 167/1, ^re d’abbesse fut définitivement supprimé et le couvent fut administré par une prieure triennale assistée de deux dépositaires.
L’abbaye des Cordelières occupait dans le faubourg Saint-Marcel un vaste emplacement compris entre les rues Saint- Hippolyte, de Lourcine, du Champde-l’Alouette et la Bièvre. Les bâtiments conventuels, édifiés du côté de la rue de Lourcine, étaient enfermés avec leurs dépendances dans une première clôture h). L’entrée sur la rue de Lourcine donnait accès dans une grande cour que bordaient le logis des pensionnaires et l’église(2), à laquelle se rattachaient le cloître et les bâtiments de la communauté (3b Près de l’entrée, dans la première cour,
ffLa maison des Cordelieres est appelée de Saint Marcel à cause du faubourg de Paris ainsi nommé à l’extrémité duquel elle est agréablement située, dans un vallon environné de beaux et spacieux jardinages, vergers, petits bois, prez, estang, et arrousez par un ruisseau multiplié nonobstant sa petitesse en plusieurs canaux, le tout consistant en vingt cinq arpens de terre ou environ et fort bien enclos de doubles murailles, dont les unes font la clôture de ce qui est de l’interieur du monastère et les autres de ce que dessus, tant pour ses usages que de ses officiers. » (Bibl. nat. mss.; F. fr. 137/17, fol. i4fi.)
Le monastère, qui se trouvait en pleine campagne , resta pendant longtemps isolé. Dans le préambule d'un arrêt du i5 mars 1 G33 , il est dit, d’après le témoignage des religieuses , que ^lorsque l’on a basty alentour d’elles, elles ont faict elever les murs de leur monastaire afin de n’estre veues des maisons voisines, lesquelles sont disposées à telle hauteur que d’aucunes d'icelles on n’a jamais peu veoir en leur maison, jusques en l’année 1611 (pie François Desprez faisant rediffier sa maison
qui est en un lieu vulgairement appelé le Champ de l’Alouette, séparé du monastaire d’une rue publique de quatre toises de large , la fist eslever plus liault qu’elle n’avoit esté auparavant et que toutes les autres maisons voisines, dans lequel exhaussement ayant faict faire deux fenestres qui regardoient dans l’infirmerie et clos des religieuses, par sentence contradictoire du Prévost de Paris du 1 1 may 1611, Desprez fut condamner à boucher les deux veues dont estoit question . » (Arch. nat., S. 4676.)
(2) Du Breul a rappelé l’existence d’une tour édifiée au bout de l’église, que l’on voit très nettement marquée sur le plan de Turgot : rrLa grosse tour qui se voit encores aujourd’huy estoit plus haute, et y avoit un jardin au dessus; mais elle a esté abaissée pour obvier aux dangers qui en pouvoient advenir. * (P. 3o5.)
D’après un mémoire des religieuses, rda Royne Blanche, fille du roy sainct Louis, sœur du roy Philippe IIP, surnommé le Hardy, et veufve d’un roy d’Aragon, fit bastir cette tour, dans laquelle elle passa le reste de s a viduité, r, (Arch. nat., S. 4675.)
(S) A la fin du xvne siècle, la communauté coin-
ABBAYE DES COBDELIÈRES DE LO U RC [NE
un corps de logis élait occupé par les deux Cordeliers qui desservaient l’église, par le sacristain et le portier; un autre, vers la rue Saint-Hippolyte , était affecté au logement des jardiniers. A la fin du xve siècle, l’abbesse Marie de Basincourt avait fait au couvent d’importantes réparations h), et, dans la première moitié du xvue siècle, deux autres abbesses, Madeleine Le Prêtre et Jacqueline Crépin, restaurèrent l’église^.
Cette église, régulièrement orientée, était bâtie en forme de croix latine; le sanctuaire occupait l’abside, et derrière le maître-autel, contre le chevet, était installée la chapelle de Saint-Jacques. Le bras droit du transept formait la chapelle de Saint-Louis-de-Marseille; le bras gauche, qui servait de chœur aux religieuses, fut englobé dans les bâtiments du cloître, probablement vers la fin du xvc siècle W. Une porte pratiquée du côté droit, vis-à-vis la chapelle de Notre- Dame, ouvrait sur la cour extérieure et servait d’entrée publique W.
En bordure sur les rues de Lourcine et Saint-Hyppolyte, s’élevaient neuf maisons dépendant du couvent qui les donnait en location; l’un de ces immeubles servit, à la fin du xvmc siècle, de caserne pour une compagnie de Gardes françaises. Les constructions de l’abbaye étaient environnées de terrains plantés en jardins et en vergers et de terres labourables, fermés par un second mur avec fossés, qui formait la clôture extérieure du domaine.
Sous la Révolution, le couvent devint propriété nationale et fut aliéné, le
prenait quarante-neuf religieuses de chœur, huit converses et deux tourières; il y avait en outre dans le couvent neuf jeunes pensionnaires, trois cordeliers , un sacristain et un jardinier avec deux aides.
D’après la Déclaration du 21 janvier 1790, les religieuses étaient réduites à quinze et les pensionnaires à trois. (Arch. nat., S. 4676 et 4678.)
(1) trEn l’an 1497, il y eut une bonne religieuse de la maison de Croy, laquelle par les moyens que luy donnèrent ses parens fit faire la table du grand autel telle qu’elle est encore à présent. Et, en la mesme année, le 28 avril qui etoit le 4e dimanche après Pasques , ledit grand autel et aussy un petit d’auprès furent consacrez par i’evesque de Paris, comme contient un petit tableau qui est en la muraille , à costé du grand autel , en ces termes :
AnNO DoMINI MXDXV1I, XXIlf APRILIS, Qü/E FUÎT DOMIMCA QOARTA POST PaSCHA, HÆC DUO ALTAfilA CON- SECRATA SONT PER REVERENDUM IN CllRISTO PATREM ET DOMINUM JoANNEM SlMONEM , EPISCOPUM PARISIENSEM , IN HONORE SANCTISSIMÆ TrINITATIS , BeATÆ MaRIÆ VlRGINIS ET OMNIUM SANCTORUM, SINGULARITER MAJUS ALTARE IN HONORE SANCTÆ ClARÆ VlRGINIS ET SANCTI
FrANCISCI MINUS VERO ALTARE IN HONORE SANCTI LüDO- VICI EPISCOPI ET CONFESSORIS.
(Du Breul, p. 3o5.)
(2) aL’eglise a reçu de très notables accroissemens en beauté et ornemens intérieurs, tant dans le chœur des filles que dans le commun, soit par le rehaussement du pavé pour le rendre plus sec, soit par une assez belle menuiserie dont toutes les murailles, principalement dans le chœur des filles, sont agréablement revestues , mais singulièrement , et par dessus tout par un fort beau grand autel elevé jusque au lambris avec des enrichissemens convenables à la magnificence de sa structure. « (Bibl. nat. mss.; F. fr. 18747, fol. 1 46. )
(3) M. A. Bonnardot ne s’était pas rendu compte de ce fait, puisqu’il écrivait : « L’église semble être a croix latine, mais en réalité elle n’avait qu’une branche du transept, du côté du Nord, à laquelle faisait pendant un haut bâtiment à deux étages composé, selon le plan de Verniquet, de sept travées et contenant, c’est probable, au rez-de-chaussée un réfectoire et un dortoir au-dessus, n ( Revue universelle des arts, t. IX, i85g, p. i63.)
w Cette porte n’est pas visible sur le plan de
2Ô vendémiaire an v (i5 octobre 1796). Le contrat de vente imposait à l’acquéreur l’obligation de rétrocéder ultérieurement, à titre gratuit, le terrain nécessaire à l’établissement de deux rues nouvelles, projetées sur le plan dressé par la Commission des artistes en l’an iv. La rue Julienne fut percée en i8o5, aux termes d’une décision ministérielle du 6 pluviôse an xm (26 janvier i8o5), ce qui provoqua la démolition de l’église et d’une partie des bâtiments du couvent; quant à la rue Pascal, dont le tracé primitif dut être modifié W, elle ne fut ouverte qu’en 1827. L’année d’avant, on avait tracé une voie privée, dite codes Cordelières 11, dans la partie orientale de l’enclos.
Durant le premier quart de ce siècle, les constructions du monastère qui avaient subsisté étaient utilisées par une blanchisserie, une tannerie et une manufacture de laines. En 1829, on s’occupa de les réparer pour y installer une maison de refuge due à l’initiative de M. de Bellevme, préfet de police, et de M. Cocliin, maire du xu° arrondissement. Cet établissement, qui fut inauguré au mois de novembre, subsista trois ans à l’aide de libéralités privées; il était destiné à recueillir les malheureux réduits à la mendicité et à les entretenir moyennant une modique redevance prélevée sur le salaire du travail qu’on leur procurait. En i832, le bâtiment devint un asile pour les orphelins du choléra. En i83ô, le Conseil général des hospices le racheta, et, après y avoir effectué d’importantes restaurations, il en fit l’Hôpital de Lourcine spécialement affecté aux femmes atteintes de maladies vénériennes, qui fut ouvert le 28 janvier 1 8 3 6 .
Le terrain triangulaire, compris entre le mur méridional du nouvel hôpital et les rues Pascal et du Champ-de-l’Alouette , resta, comme autrefois, occupé par des jardins. En 1 882 , l’Administration de l’assistance publique y fit construire des baraquements qui furent affectés, au mois de novembre, à un service hospitalier distinct, désigné sous le nom cl’Hôpital temporaire de la rue Pascal. Les deux établissements viennent d’être maintenant réunis sous la nouvelle désignation d’Hôpital Broca.
Turgot; mais elle esl très nettement indiquée dans la vue cavalière du xvf siècle, signalée ci-dessus, ainsi que dans une vue de l'abbaye dessinée en 1807. (Bibl. nat., Collection Deslailleur, t. II.)
(1) En 1825, MM. Marcellot et Salleron, propriétaires de l’ancien domaine des Cordelières, et M. Rougevin, architecte, avaient proposé pour
cette voie un nouveau tracé que l’Administration modifia encore et dont l’exécution fut autorisée par une ordonnance royale du 6 mai 1827.
(2) Un hôpital du même nom, qui existait depuis le moyen âge dans la rue de Lourcine, fut affecté, le 25 septembre 1 55g , par un arrêt du Parlement, aux malades atteints d’affections vénériennes.
Plan do l’abbaye des Cordelières de Lourcine (i'.