‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 145 sur 421 · ROBERT D’ARTOIS · texte numérisé non relu

ROBERT D’ARTOIS

Du côté gauche, sous la première arcade, se trouvait une tombe levée, tout en marbre noir, portant la statue en marbre blanc de Robert d’Artois, dit rr l’Enfante,

fils d’Othon IV, comte de Bourgogne, et Le prince était vêtu du costume de

Ce mausolée a été très exactement décrit par Mouchy, dans son Inventaire. Aussi est-il difficile de s’expliquer comment il a pu prétendre que la statue représentait rrMesir Lenormand, mort en i5ûot>. L’épitaplie de P. Filhol aurait dû le renseigner sur l’identité du personnage.

(2) D’après l’Inventaire de Mouchy, que Lenoir paraît avoir copié sur ce point ( Archives du Musée, t. 1 , p. d), ce tombeau aurait été abrité rrsous une

de Mahaut, comtesse d’Artois chevalier. Sa tète nue, abritée par un

espèce de porche en forme d’église, à la voûte peinte en bleu et semée de fleurs de lis d'or». Mais il y a ici une confusion évidente : la décoration dont il s’agit faisait partie du mausolée de Charles d’Etampes, ainsi qu’on peut le constater sur le dessin de Gaignières publié ci-dessus, et l’on ne trouve nulle part l’indication d’une décoration analogue pour un autre tombeau de l'église des Cordeliers.

CK AND COUVENT DES CORDELIERS

Statue de Robert d'Artois (1)-

dais, posait sur un coussin; ses mains étaient jointes sur la poitrine et ses pieds appuyés sur un lion

(1) Reproduction d’un dessin de C. Fichot, gravé par Guillaumol et publié par Guilhermy. ( Monographie de Saint-Denis.) Gaignières nous avait conservé un dessin de la statue de Robert d’Artois, qu’il croyait être celle de Philippe de France, comte de Poitiers, f i3i6. (Collect. Clairambault, 632, fol. 166.)

Cette statue, qui avait été recueillie par Lenoir, fut cataloguée au Musée des monuments français sous le n° a5; elie est actuellement à Saint-Denis.

(2) L’identité de cette statue est restée fort longtemps incertaine, par suite de l’absence d’inscription funéraire. Mouchy, dans son Inventaire des sculptures, écrivait à ce sujet : «C'est, dit-011, un des fils de saint Louis; rien n’aulo se à le croire, et l’histoire même m’autorise à nier celle prétention des religieux, n Lenoir, après certaines hésitations, avait accepté cette hypothèse, et il avait catalogué la statue au Musée des monuments fran-

çais comme représentant Pierre d’Alençon, comte de Rlois et de Chartres, mort en 1283. De nos jours, Guilhermy avait rejeté avec raison cette attribution, et il eût été porté à admettre que c’était la statue d’un personnage de la maison d’Artois, «si des châteaux d’or avaient été tracés sur chacune des pièces du lambel de son blason n. (Monographie de Saint-Denis , p. 254.)

La question paraît aujourd’hui résolue, grâce aux recherches de M. J.-M. Richard, ancien archiviste du Palais de Calais. A l’aide de divers documents extraits du Trésor des Chartes d’Artois, cet érudit a établi que la statue devait être celle de Robert d'Artois , dit «PEnfanU, fils d’Othon IV, comte de Rourgogne et de Mahaut d’Artois, mort à Paris vers la fin du mois de septembre 1817 et inhumé dans l’église des Cordeliers.

Il est dit, en effet, dans deux quittances de l’année 1 3 1 8 :

IMPRIMERIE NATIONALE

Ce monument funéraire, reconstitué après l’incendie du chœur en i58o, ne portait aucune inscription h).

tr A Jehan Pépin de Huy, tombier, à Maciot, Jean Poussart, Françon et Raoulet de Hedincourt, ses compagnons sur unc xl 1b. qu’ils doivent avoir pour la façon de la tombe et toute la sepoultoure Robert monseigneur, dont Diex ait l ame, leur fu paie pour les mois de novembre, décembre , jenvier, février, mars, avril, may, pour chascun mois xx Ib. , et c. 1b. qu’ils reçurent avant la main IIe xl 1b.

rr Le xe jour de décembre, à maistre Jean de Hui et à ses compagnons, en rabat de clx Ib. que on leur devoit pour la façon de la tombe de Robert monseigneur, que Diex absoille , c ib. »

Le tombeau fut entouré d'une armature de fer, destinée à soutenir une* tenture d’étolfe, puisque, le 16 juillet 10-20, Pierre de Pons reçut 52 sols 1 denier parisis rrpour 11e xxv lb. de pion dont les ferreures d’entour la tombe Robert d’Artois, qui gist au moustier des Cordeliers de Paris, furent scellées», et le 3 octobre, Guillaume de Milepoix, orfèvre à Paris, reçut aussi rf2 4 sols 6 den. parisis, pour 4 2 pies de verges de fer, pour tendre le ceil qui est sur la tombe Robert d’Artois ».

Le mausolée devait être terminé «a la fin de l’année 1820. A la date du 9 décembre, Jean de Huy, Maciot Pavoclie, Baudet de Merre, Guillaume Alou et Renaud de Verdun, tombiers, donnaient quittance de 3o livres qu’ils avaient reçues n-en pur don de la comtesse d’Artois, pour cause de la façon et ouvraige de la tombe de très noble homme monseigneur Robert d’Artois, jadis fiuz de ladite comtesse ».

Six ans après, Mahaut voulut faire décorer le tombeau de son fils d’une balustrade semblable à celle qui entourait le mausolée de Blanche de France, et, le 11 février i32G, elle passa à cet effet un marché avec un serrurier parisien.

D'après cet acte, rr Jehan de Was, serrurier, demourant en la rue Saint-Martin, si comme il disoit, recognut en droit lui avoir fait marché et convenances à noble dame madame la comtesse d’Artois de faire un treilleiz de fer sus la tombe feu Robert d’Artois, flux de ladite dame, assise aus Freres mineurs à Paris, d’autele façon, d’autele œuvre et aussi bon et souffisant comme le treilleïs assis sus la tombe madame Blanche d’Espaingne assise audit lieu, et le rendre tout prest à asseoir

à ses couz de toutes façons, dedans les huit jourz d’après Pasques prouchain venant , pour le pris de huit livres parisis, dont il confessa avoir eu avant euvre et des maintenant quatre livres , et les quatre autres livres aura et doit avoir, si comme il disoit , si tost comme ledit treillis sera parfait. . . » (Le tombeau de Robert l’Enlant aux Cordeliers de Paris , Mémoires de la Société de l’histoire de Paris , t. VI, p. 290-004. )

Il paraît incontestable , d’après ces documents , que la statue en question est bien celle de Robert d’Artois , et M. Courajod n’a pas hésité à reconnaître l’exactitude de cette attribution dans son Catalogue du Musée de sculpture comparée du Trocadéro .

On peut observer, il est vrai , comme l’avait déjà fait Guilhermy, que le blason de Robert devrait porter sur chaque iambel les trois châteaux qui distinguent les armes d’Artois; mais c’est, là un détail héraldique qui a du être oublié par le graveur.

Une objection, beaucoup plus grave en apparence, est fournie par le P. Anselme, qui prétend que rrRoberl d’Artois mourut vers l’année 1 3 1 5 et fut enterré aux Jacobins de Poligny, en Bourgogne, où se voit sa tombe plate avec son épitaphe en lettres gothiques». (Histoire généal. , t. I, p. 384.)

Gaignières nous a conservé, en effet, le dessin de cette pierre tombale, où l’on voit l'effigie du défunt, avec cette inscription en bordure :

Cy gist Robert, li premier || fils monseignour || Othe, conte d’Artois et de Bourgoigne et || seignodr de Salins.

(Bibl. nat., Estampes Pe\ fol. 45.)

Mais il convient d’observer que le prince représenté sur cette tombe est beaucoup plus jeune que celui dont la statue se trouvait aux Cordeliers. D'où il résulte que l’on doit admettre l'existence de deux personnages différents, de deux frères, dont l’un avait été inhumé aux Jacobins de Poligny et l’autre aux Cordeliers de Paris.

(1) On pourrait croire que l’épitaphe avait dû être détruite par l’incendie de i58o; mais sa disparition est antérieure à cet événement, puisque Corrozet ne l’avait pas trouvée avant cette époque, lorsqu’il releva les inscriptions du chœur. Il est probable qu’elle avait été gravée, comme celle de

GRAND COÜVENT DES CORDELIERS

Page 1