‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 2)Chapitre 334 sur 421 · DE SAINT-LEU-SAINT-GILLES · texte numérisé non relu

DE SAINT-LEU-SAINT-GILLES

NOTICE HISTORIQUE

L’origine de l’église de Saint-Denis-de-la-Chartre est restée de tout temps fort obscure. Il paraît vraisemblable que, dès les premiers temps du Christianisme, les Parisiens avaient du édifier sur l’emplacement qu’elle occupait une chapelle

(,) Reproduction d’une estampe d’Israël Sylvestre (Bihl. nat. , Topographie de Paris).

Les vues du portail et de la chapelle basse ont été' reproduites d’après les estampes de Millin.

(Saint-Denis-cle-la-Chartre, pl. I et 11; Vangorp del. , Dernaison scupt.)

Un plan manuscrit du Prieuré et de ses dépendances est conservé aux Archives nat. (S. io/i6.)

en l’honneur de saint Denis W. L’existence de cet oratoire n’est constatée d’une façon positive par les documents que dans les premières années du xie siècle. Ce fut alors qu’un chevalier nommé Ansold et sa femme Reitrude le firent probablement rebâtir et lui constituèrent sur leurs domaines de Fourches et de Limogesen-Brie des revenus destinés à assurer l'entretien des religieux chargés de le desservir. Ces donations furent confirmées, au cours de l’année 101/1, par des lettres du roi Robert^. A cette époque, l’église était déjà communément désignée sous le titre de Saint-Denis-de-la-Chartre, et cette appellation paraît avoir été motivée par le voisinage de la prison publique de la Cité; mais une ancienne tradition populaire expliquait aussi ce surnom par ce fait cpie saint Denis et ses compagnons avaient été emprisonnés et torturés dans la chapelle basse qui formait la crypte de l’édifice.

Les religieux de Saint-Denis-de-la-Chartre s’étaient constitués dans le principe en un collège de chanoines, qui devaient être nommés par l’évêque de Paris. Au cours du xic siècle, l’autorité laïque s'était emparée de la collation des bénéfices; plus tard, elle passa aux mains du roi. L’évêque de Paris, Girbert^, tenta d’en

(1) tr Selon la vie de sainte Geneviève, il paroit qu’outre l’eglise que cette sainte engagea les Parisiens de bâtir sur le sépulcre de saint Denis, à deux lieues de Paris, il y en devoit avoir dans la Cité de Paris une autre où elle se rendoit pour les vigiles, toutes les nuits du samedi au dimanche, avec d'autres vierges qui demeuroient avec elle dans la même Cité: il semble que cette eglise pouvoit être celle de Saint-Denis-deda-Chartre. * (Lebeuf, t. I , p. 338.)

(2) Le premier de ces diplômes, du 1 1 novembre îoiâ , concerne la donation de Fourches :

rr In nomine sancte et individue Trinitaiis, Robertus, divina propitiante clementia, rex. . . Cunctorum sancte Dei ecclesie fidelium, tam presentiuin quam etiam futurorum , nostrorum quoque industria successorum noverit quoniam adiens nostre serenitatis genua, quidam nostrorum militum, nomine Ansoldus, et uxorsua Reitrudis, summissa prece petiit quatinus Sancti Dionisii de Parisiaco Carcere canonicis , inibi Deo famulantibus , assensu Rainoldi, milidunensis pagi comitis et parisiace sedis episcopi, seplem mansos et dimidium, qui sunt in comitatu parisiaco, in villa que dicitur Furcas, sub auctoritate precepti perpetualiter concederemus. Placuit nostre excellenlie lus annuere precibus, et, sicut ipse proposcit, de septem mansis et dimidio, predictis Sancti Dionisii canonicis regale preceptum statuimus habendum. Ipsos autem

vu mansos et dimidium ; cum mancipsiis et uni versis eorum appendiciis, per succedentia tempora, Domino adjuvante, sine aliqua diminutione vel abstractione, teneant ac absolule secure possideant,

nemine inquiétante . Actum palatio Aurelianis,

in idus novembris, anno vim x, régnante Roberto, gloriosissimo rege.n (Arcli. nat. , K. 18: — R. de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris, t. I, p. 111.)

Le second diplôme, non daté, mois qui doit se rapporter à la même époque, est relatif à la donation de la terre de Limoges en Rrie. (D. Marrier, Historia regalis monasterii Sancti Martini, p. 3i3.)

ffCes chartes, observait l’abbé Lebeuf, semblent supposer que les chanoines subsistoient avant ces donations à eux faites et ne qualifient point Ansolde et Reitrude de fondateurs. C’est seulement Girbcrl, évêque de Paris, qui , dans ses lettres de Lan 1122, pour confirmation d'autres dons faits par les mêmes , dit qu’ils ont fondé l’eglise de leurs biens et qu'ils y ont placé des clercs qu’un peu après il qualifie de chanoines. Les chartes du roy Robert, antérieures de plus d’un siècle, laissent la liberté de croire qu’ils n’en furent que restaurateurs, qu’ils la dotèrent seulement.* (T. I, p. 33y.)

(3) crPastoralis providentie est pio alfectu ac sludiosa sollicitudine omnibus invigilare, maxime autem juxta Apostolum domesticos fidei beneficiis et munifieentia ampliare et ampliatos diligenti cura

PRIEURÉ DE SAINT-DENIS-DE-LA-CHARTRE

reprendre possession, et ce fut dans ce but qu’il confirma officiellement aux chanoines, en 1122, la propriété de leurs biens. Quelques années après, Louis le Gros paraît d’ailleurs avoir replacé sous l’autorité de l’évêque de Paris l’ancien collège de chanoines transformé en une abbaye, dont son troisième fils, Henri, était le chef, et ce fut sans doute alors que l’évêque Etienne de Senlis gratifia les moines d’une des prébendes de Notre-Dame, qui leur fut confirmée par son successeur Thibaud^. Mais cette cession n’avait été que nominale, puisque le roi disposa peu après de l’abbaye comme d’un bien propre. En l’année 1 1 3 3 , lorsque, de concert avec sa femme, la reine Adélaïde de Savoie, il voulut établir à Paris un monastère de religieuses de l’Ordre de Saint-Benoît, il se fit donner l’église de Montmartre et ses dépendances par les moines de Saint- Martin-des-Chanrps, qui les possédaient depuis l’année 1096, et leur céda l’abbaye de Saint-Denis-de-la-Chartre. Cet échange fut approuvé par l’abbé de

prolegere ac contra malignorum versutias premunire. Ego igitur Girbertus, Dei misericordia parisiensis ecclesie humilis episcopus, notificari curavi tam posteris quam presentibus quod quidam miles , Ansoldus nomine, et uxor ejus Retrudis, pro antecessorum suorum necnon et animarum suarum remedio, prout accepimus, ecclesiam Beati Dionysii de Carcere suis opibus fundaverunt et clericos qui ibidem Deo militarent devole statuerunt, plurimisque beneficiis iu sustentationem et in usurn predictorum clericorum eandem ecclesiam liberali ter dota verunt , inter que supradicta munificentiæ dona idem Ansoldus et uxor ejus Retrudis dederunt prêta le ecclesie Beati Dionysii de Carcere jure perpetuo, ad possidendum de episcopali feodo, unum videlicet arpennum terre cum omnibus ejusdem arpenni consuetudinibus, apud villam que dicitur Marescalceis, et totam decimam culturarum duarum villarum , quarum villarum altéra Marescalceis , altéra vocatur Noereiz, quicumque eas cultui'as excolat sive possideat, et hoc tolum, predicta ecclesia , prout accepimus , plurimis ac pene innumeris annis quiele ac justa tranquillitate usque bodie possedit et Deo opitulante possidet. Nos vero a quibus cliaritatis flagranlia in alios debet redundare et ad quos precipue pertinet tam in se bene agere quam aliorum benefacta et dicta sustentare et affirmare, assensu domini Henrici archidiaconi et totius capituli nostri et precibus domini Roberli, decani , et canonicorum prefate ecclesie S. Dionysii, totum quod de episcopali feodo predictus Ansoldus et uxor ejus Retrudis predicte ecclesie contulerunt et sicut ejusdem ecclesie canonici ut determinatum

ni.

quiete et tranquille possiderunt confirmamus et eidem ecclesie Sancti Dionysii de Carcere perpetuo jure obtinendum et possidendum in gralia et charitale Dei concedimus, et ne hoc aliqua posterorum calumnia possit infîrmari sigilli nostri impressione et canonicorum nostrorum signis decrevimus sic fulciri. Signum Girberti episcopi, etc. . . Actum publiée Parisius, in capitulo B. Marie, anno Dominice Incarnationis m c xxii0, concurrenlibus vi , epacta xi , indictione xv, episcopatus Girberti anno vi°. Tbeobaldus cancellarius subscripsit. r, (Arch. nat. , LL. 1399, p. 8; — Dom Marrier, op. cit., p. 3 1 1 . )

cl) Cette concession fut rappelée dans un décret du chapitre de Notre-Dame, au mois de juillet 12/12 :

rf . Sciendum est quod ecclesia Beati Dio¬

nysii de Carcere habet imam prebendam in ecclesia Beale Marie parisiensis, de veteribus prebendis, et unum vicarium in dicta ecclesia ad Dei servitium deputntum , de dono et concessioue bone memorie Slepbani , parisiensis episcopi , Bernerii , decani , Ade, precentoris, totiusque capituli ecclesie Beate Marie predicte, pro qua prebenda prior ecclesie Beati Dionysii predicti et vicarius ipsius ecclesie debent percipere dislributionem panis et vini. Slatutum fuit et ordinatuin, anno Domini mccxlu0, mense julii, assensu et voluntate decani toliusc[ue capituli ecclesie Beate Marie predicte et etiam assensu et voluntate prioris et conventus Sancti Martini de Campis, Parisius, quod predicti prior et vicarius perciperent communiter per annum videlicet prior una bebdomada et vicarium una bebdomada integraliter dislributionem panis et vini predictsm.» ( Ibid p. 2 h ; — Ibid., p. 332.)

IMF.niE NATIONALE.

àlà

Cluny®. L’année suivante, le roi prit soin de confirmer cette donation®, que son fils, Louis le Jeune, renouvela en 1 187 ®, aussitôt après son avènement au trône.

(1) rein Cbristi nomine, ego Theobaldus , prior Beati Martini de Campis, totusque ecclesie conventus, notnm fieri volumus tam presentibus quam fnturis qnatenus ecclesiam Montis Martyrum cum suis appenditiis Ludovico, Dei gratia Francorum Régi, et Adelaidi, eadem gratia Regine, et Ludovico eorum filio,jam in regem sublimato anno tertio , ad boc scilicet donavimus et concessimus ut eam sanctimonialibus ibidem Deo famulantibus donarent et perpetuo concédèrent. Donavimus etiam eis ad hoc idem capellam de Sancto Martyrio et culturam Morelli et domum Guerrici cambiatoris, sicut eam babebamus et tenebamus. Rex autem Ludovicus ecclesie Beati Martini de Campis et nobis ecclesiam Beati Dionysii donavit et habendam perpetuo concessit. .... Actum publiée, in capitulo Beati Martini, anno Incarnai i Verbi si c xxxm0,

régnante Ludovico anno xxvn° . » (Arch. nal. ,

LL. 1 3 99 , p. 9 ; — Dom Marrier, op. cit. , p. 3 2 6. ) Cet acte constate nettement que la donation de Saint-Denis émanait du roi, ce qui est d’ailleurs confirmé par l’approbation de l’abbé de Clnny :

rr . Ego frater Petrus , abbas cluniacensis ,

subsequens actionem illam salutiferam inter piissimum Francorum regem Ludovicum et uxorem ejus Adelaidam reginam, eorumque filios, ac priorem S. Martini de Campis, domnum Theobaldum, et convention solemniter peractam, de ecclesia videlicet Montis Martyrum et de ecclesia S. Dionysii de Carcere, approbo et concedo, utque nostris temporibus et fnturis firmior habeatur, inviolabiliter teneatur, rata conservetur et indissolubilis, scripto presenti confirmo... Actum Parisius, apud Sanctum Marlinum de Campis, anno ab Incarnatione Domini 51 c xxxm . . . » (Arcb. nat. , LL. 1 399, p. 10; — Dom Marrier, op. cit., p. 3a6.)

Par suite, l’intervention de l’évêque de Paris dans cet échange, telle qu’elle est constatée par la charte suivante, devait, simplement, avoir pour objet de mettre les moines de Saint-Martin à l’abri de toute réclamation ultérieure de la part de l’évêché :

rdn nomine sancte et individue Trinitatis, ego Stephanus, Dei gratia Parisiorum episcopus, licet

indignus . Cum omnibus (si fieri posset),

munificum et utilem episcopalis me dignitas esse deposcat, religiosis maxime viris munificentie et utilitatis mec liberalitatem aliquam impendere

studui; quapropter ecclesie Beali Martini de Campis et fratribus inibi Deo servientibus ecclesiam Sancti Dionysii , que dicitur de Carcere , quam diu manus laica injuste invaserat, que etiam tempore nostro ad manus regias redacta fuerat, ipsam in manibus nostris redditam ex consensu , petitione et voluntate ipsius domiui regis Ludovici, anuuente Adelaide regina , fdiis etiam ejus Ludovico rege et Henrico ejusdem ecclesie abbate concedentibus, salvo in omnibus jure parisiensis ecclesie, in perpetuum donavimus cum omnibus ad eandem ecclesiam pertinentibus, scilicet molendino uno in Mibray, furno etiam uno eodem ecclesie proximo, villa de Fontanis cum ecclesia et décima, nemore et portu, villa etiam de Limogiis cum ecclesia et décima, villa de Furcis cum ecclesia et décima, terra et pratis in loco qui dicitur Roundel, cum prebenda etiam Beate Marie, majoris et sedalis ecclesie, et cum universis ceteris appenditiis, eo duntaxatmodo quo prefate ecclesie clerici eatenus tenuerant. Nos autem tranquillitati fratrum ibidem Deo famulantium providentes, ex consensu Bernerii, decani, et Ade , precentoris , totiusque capituli solas possessiones , excepta cruce et capellano et textu et aqua benedicta, eis condonavimus , ceteraque omnia ad jus parisiensis ecclesie pertinentia nobis et ecclesie nostre retinuimus . . . Actum Parisius, in capitulo, anno lncarnationis Domini ai c xxxm0, regnaute Ludovico anno xxv°. . . . n (Arcb. nat., LL. 1899, p. 11; — Dom Marrier, op. cit., p. 827.)

rr . . . Sub silentio autem prêter ire non volumus quod pro domo Guerrici quam monachi Beati Martini de Campis in manu sua habebant et pro ecclesia Montis Martyrum quam ipsi possidebant, nos eisdem monachis ecclesiam Beati Dionysii de Carcere, quam in manu propria nostra habebamus, cum omnibus ejus appenditiis in commutationem donavimus. Quod ne valent oblivione deleri scripto commendavimus . Actum Parisius in Palatio nostro, pu¬

bliée, anno Incarnati Verbi si cxxxiv0, regni nostri xxvii0, concedente Ludovico filio nostro, jam in

regem sublimato, anno 111 . * (Arcb. nat.,

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