CHARLES DE CRÉQUI
Dans la troisième chapelle de la nef, du côté droit, le mausolée de Charles, duc de Créqui, se trouvait adossé à la muraille, vis-à-vis de 1 autel, et encadré par
(I) Réduction d'un dessin du Ms. D, fol. 36
COUVENT DES CAPUCINES
une fausse arcade dont le cintre était surmonté d’un vase avec des guirlandes de feuillages et de deux brûle-parfums en bronze doré.
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Mausolée de Charles de Créqui d'.
Ce monument, œuvre des sculpteurs Simon Hurtrelle et Pierre Mazeline, se composait d’un sarcophage en marbre noir, de forme antique, sur lequel le duc
(1) Réduction d’un dessin en noir et en couleurs de la Coll. Clairambault, 12 33, fol. 80. (La légende) a été mise ici à la place de l’épitaphe. Il existe un dessin identique dans la même collection , 11/18, fol. i53.
Le mausolée de Créqui se trouve reproduit dans une estampe de Brice. (T. I , p. 35 1 ; Deîainonse del. , Hérisset sculp.) Une estampe analogue, sans nom de graveur, a été insérée dans Piganiol. (T. III, p. Zi3.)
de Créqui était représenté, revêtu du costume de l’ordre du Saint-Esprit, à demi couclié, et soutenu par une figure de femme en pleurs, assise sur une proue de vaisseau, qui personnifiait l’Espérance.
Le sarcophage était posé sur un piédestal avec socle en marbre blanc, surmonté d’une tête de mort enveloppée de draperies et décoré d’un écusson aux armes de Créqui, timbré d’une couronne et entouré des colliers des Ordres du roi et du manteau ducal, avec deux sauvages armés de massues pour supports. Sur les côtés du piédestal se tenaient debout deux statues de femmes, en marbre, représentant l’une la Religion, l’autre l’ Abondance W.
(l) A la veille de la Révolution, le mausolée n’élait plus à sa place, ainsi que le constatait Thiéry, par suite des réparations qu’il avait fallu faire à l’église des Capucines : «Le portail et partie de l'église ayant été repris en sous-œuvre en 1753, cette réparation se fit aux frais du Roi et s’étendit jusqu’aux voûtes qui soutenoient les chapelles de Créqui et de Convois, qui commençoient à fléchir sous les monuments dont elles éloient ornées. On fut obligé de démonter ces mausolées et toutes les décorations de ces chapelles et d'en transporter les pièces dans le cloître intérieur du monastère. On pratiqua même des portes dans ces chapelles, pour que le public puisse entrer dans le surplus de l’eglise, pendant la reconstruction. Les réparations terminées, la chapelle de Louvois fut réparée aux irais de M. le marquis de Courtanvaux, un des descendans; mais il est à présumer que la famille de Créqui donneroit des ordres pour faire rétablir dans son premier état le mausolée érigé en l’honneur d’un de ses ancêtres, si elle étoit instruite que ce précieux morceau a été démonté. Le public et les amateurs ne se trouveroient pas privés d'un superbe monument exécuté par d’habiles artistes, a (T. I, p. 1 32.)
Il est fort probable que le mausolée de Créqui n’avait pas été reconstitué lorsque l’église et le couvent des Capucines devinrent propriétés nationales; les statues, reléguées dans le cloître, durent être vendues connue de simples matériaux, et ce fut le marbrier Marchai qui en fit l’acquisition.
Lorsque Lenoir eut connaissance de ce fait, il écrivit au Ministre de l’intérieur, le 1 5 floréal an v (4 mai 1797) : « Ayant été informé qu’il avoit été vendu , aux ci-devans Capucines , un monument composé de quatre figures de grandeur naturelle en marbre blanc, exécuté par Hurtrelle et Mazeline, érigé à Charles de Créqui, maréchal de France,
en 1622, qui fut tué d’un coup de canon au siège de Brême en i638, en faisant préparer des batteries, j’ai pris sur le champ des renseignements et même des mesures pour empêcher le marbrier qui l’a acheté de mettre la scie dans ce monument, à la fois intéressant pour l’histoire et l’histoire de l’art. n ( Archives du Musée, t. I, p. 76.)
Il convient d’observer, en passant, que Lenoir confondait ici, peut-être volontairement, le duc de Créqui avec le maréchal de Créqui, tué en 1 638 , et dont le mausolée avait été érigé dans l’église des Feuillants.
Le marbrier Marchai , qui n’avait acheté les statues «que pour les débiter et en faire des morceaux à l’usage de son commerce, « était tout disposé à les échanger contre une certaine quantité de blocs de marbre. Mais le Conseil de conservation, auquel le Ministre avait demandé un rapport sur le projet d'acquisition, trouva les prétentions du marbrier excessives , et, le 2 3 messidor an v (1 1 juillet 1797), Benezech lit connaître à Lenoir qu’il refusait d’autoriser l’échange proposé.
Un mois plus tard. Marchai adressait à François de Neufchâteau, devenu ministre de l’intérieur, une requête tendant à ce que la question d’échange fût examinée à nouveau; il ne reçut pas de réponse. Lorsque François de Neufchâteau fut entré au Directoire, le marbrier lui fît renouveler sa proposition, le 16 vendémiaire an vi (7 octobre 1 797 ) , par Caillière de Lestang, et, le 3 brumaire (27 octobre), il adressait lui-même une pétition au Directoire exécutif. Lenoir, instruit de ces démarches, s’empressa de les appuyer; et, après de nouvelles négociations, portant toujours sur la quantité de marbre à rétrocéder, le Ministre de l’intérieur, Letourneur, approuva définitivement l’échange, le i3 ventôse an vi (3 mars 1798). (Ibid., p. 75 à 79 et 99 à io5.)
COUVENT DES CAPUCINES
Dans le cintre de l’arcade, trois petits génies ailés, tenant des flambeaux allumés, déployaient une draperie sur laquelle était gravée l’épitaphe du défunt'1) :
648. — A LA GLOIRE DE DlEU ET POUR PERPETUELLE MEMOIRE A LA POSTÉRITÉ. Cy gist Charles, duc de Crequi, pair de France, chevalier des Ordres du Roy, premier gentilhomme de sa Chambre et gouverneur de Paris. Il commença A PORTER LES ARMES DES l’AAGE DE DIX SEPT ANS SOUS LE REGNE DE
Louis XIII et, apres avoir passé par toutes les charges de la guerre, il fut
FAIT LIEUTENANT GENERAL DES ARMÉES PAR LOUIS LE GRAND, POUR LEQUEL IL A TOU¬ JOURS EU UN ATTACHEMENT ET UNE FIDELITÉ INVIOLABLES DURANT TOUT LE COURS DE SA VIE. IL A ESTÉ REGARDÉ DE TOUTE LA COUR COMME UN DE SES PRINCIPAUX ORNEMF.NS, ET, DANS LES GRANDS EMPLOIS DU DEHORS, EN ANGLETERRE, A ROME ET EN BAVIERE, IL A SOUTENU PARTOUT AVEC DIGNITÉ LA GLOIRE DE SON MAISTRE ET L’HONNEUR DE SA NATION. MAIS DE QUOI SERT A ÉHOMME DE SE DISTINGUER SUR LA TERRE SI DlEU NE LE CHOISIT POUR LE CIEL ! LA PROVIDENCE QUI L’Y DESTINOIT LE PREPARA A UNE MORT CHRESTIENNE PAR UNE MALADIE DE QUINZE MOIS, PENDANT LAQUELLE IL DONNA DE CONTINUELLES MARQUES D’UNE RESIGNATION ENTIERE. ENFIN LE XIII DE FEVRIER MDCLXXXVII, MUNI DE TOUS LES SACREMENS DE L’EGLISE ET PLEIN DE CONFIANCE EN LA MISERICORDE DIVINE, IL RENDIT SON AME A DlEU, DANS LA LXIVe ANNÉE DE SON AAGE.
Armes. D’or au créquier de gueules.
Bibl. nat. , Coll. Clairambault, 1233, fol. 79; — Brice, 1. 1, p. 35 1.
Les quatre statues du tombeau de Créqui entrèrent alors au Musée, où Lenoir reconstitua un mausolée qu’il a décrit ainsi: rcN° 492, Monument de Créqui. — Sous le n° 4 92 , nous voyons un monument érigé à Charles de Créqui, gouverneur de
Paris . Sur un cénotaphe de marbre blanc est
couchée la statue, aussi en marbre blanc, du duc de Créqui, vêtu en grand babil de l'Ordre du Saint-Esprit; l'Espérance le console et lui soutient la tête, lorsqu’un génie qui est à ses pieds pleure sa mort. « (Musée des monuments français , t. V, p. i3o.)
Le génie dont il est ici question 11e se trouve mentionné antérieurement que dans la description de Piganiol; selon toute vraisemblance, il n’existait pas dans le mausolée, puisqu’il ne paraît sur aucune reproduction figurée. En tout cas, il ne pouvait être entré au Musée des monuments français, puisque le Conseil de conservation qui , sur la foi de Piganiol , croyait que cette figure avait réellement fait partie du tombeau, constatait, dans son rapport du 26 prairial an v ( 1 4 juin 1797), que le marbrier Marchai n’avait pas en sa possession «le sarcophage en marbre noir, le Génie pleurant, et les accessoires. a ( Archives du Musée, t. I, p. 77.)
Dans son Bapport au comte de Vaublanc, Lenoir signale, sous le n° 4ga , le mausolée de Créqui, comme « acquisition faite, par l’administration , de M. Tanré, marbrier au faubourg Saint-Antoinefl , ce qui est inexact, et il ajoute en note : «Les deux statues en marbre qui accompagnoient le groupe du maréchal de Créqui ont été transportées aux Invalides; les deux statues allégoriques exposées debout sont de Mazeline. a
O11 ne voit pas de quelles statues allégoriques il peut-être cpiestion ici, puisque, d’après les constatations de Lenoir lui-même, celles qui avaient figuré dans le mausolée de Créqui ne se trouvaient plus au Musée. ( Cf. Journal, n° 1111.)
Après la suppression du Musée, le groupe formé par la statue du duc de Créqui et celle de l'Espérance fut attribué à l’église de Saint-Roch. (A lexandre Lenoir, t. I, p. 191 : Etat des objets rendus aux églises.) Il se trouve actuellement dans une chapelle de la nef, à gauche, posé sur un soubassement en marbre brun.
(1) D’après Piganiol , l’épitaphe du duc de Créqui aurait été gravée à la base du mausolée; mais celte assertion est inexacte : l’épitaphe d’Armande de Lusignan avait seule trouvé place sur le socle.