DU FAUBOURG SAINT-HONORÉ
NOTICE HISTORIQUE
En l’année i5s5, Matteo de Basclii, moine du couvent de Montefalcone, institua une réforme de l’Ordre de Saint-François et obtint, le 18 mars 1026, un bref du pape Clément VII, qui lui permettait de prendre un costume analogue à celui qu'avait porté, d’après la tradition, le fondateur des Cordeliers, et notamment un capuchon pointu.
L’établissement du nouvel Institut fut approuvé par une bulle du i3 juillet 1628, qui autorisait les religieux, qualifiés de frères mineurs Capucins, à gar-
(l) D’après le plan de Turgot.
der la barbe longue et à mener la vie érémitique. Le 3 avril 1629, les Capucins tinrent, un premier Chapitre général et rédigèrent leurs constitutions; peu après, ils furent établis à Home même par Clément VII, dans le couvent de Sainte-Marie-des-Miracles. En 1 5 36, ils sollicitèrent de Paul III l’approbation de leurs règlements, ce qui leur fut accordé par une bulle du 26 août; le pape leur donna en même temps un vicaire général, mais il leur défendit, sous peine d’excommunication, de fonder aucun couvent hors île l'Italie.
Aussi ce fut seulement un demi-siècle après que ces religieux firent leur apparition en France. U11 jeune Gordelier, le P. Pierre Deschamps, avait quitté son Ordre, vers l’année 1 5 6 8 , pour adopter la nouvelle observance, et il s’était installé en 1672, avec trois autres religieux, au village de Picpus, près Paris, dans une maison pourvue d’une petite chapelle, qui lui avait été cédée par le sieur de Villecour, un de ses amis û). Grâce aux subsides que lui fournit l’évêque de Sisteron, Aymeric de Rochechouart, il put aménager convenablement cette résidence, ainsi que la chapelle, qui fut dédiée sous le titre de Sainte-Marie-des- Anges, et il commença même de bâtir une petite église. Mais l’évêque de Paris, le curé de Saint-Paul et les Cordeliers se montraient fort hostiles à l’établissement des nouveaux religieux, qu’ils considéraient comme des apostats.
Pour protéger les Capucins, l’évêque de Sisteron leur fit obtenir le 16 avril 1672 des lettres patentes par lesquelles le Roi les prenait sous sa protection, leur permettait de quêter et défendait qu’on les empêchât de continuer la construction de leur église®. Néanmoins l’opposition de leurs adversaires persista, sous prétexte qu’ils 11e faisaient paraître aucune bulle papale qui leur permît de
(1) Viilecourt mourut celle même année, en léguant sa maison aux Capucins. (Bibl. nat. mss. , F. fr. a5o48; Annales des Capucins de la province de France, p. 3i.)
(2) L’existence de ces lettres patentes n’avait été signalée jusqu’ici que par Berly [Topographie historique, t. I , p. 307). Cet érudit en avait relevé la mention dans un mémoire concernant l’établissement des Capucins à Paris (Arcb. nat., S. 3705), mais il n’en avait pas connu le texte. Voici ce curieux document : «Nos biens aymez et dévots orateurs religieux et couvent dicts Capucins, Ordre et observance de Sainct-Francois, fondez au lieu de Piquepuces, paroisse de Saincl Paul , joignant nostre ville de Paris, nous ont faict remonstrer en toute humilité que depuis peu de temps ils ont commencé à faire bastir et construire une petite eglise audict lieu de Piquepuces, près de la chapelle qui a esté cy devant fondée et en laquelle se faict et célébré à présent le service divin; laquelle dicte eglise ils
désirent faire avancer et parachever avec l’ayde et aumosnes des gens de bien et bons catholiques, affiri que dans icelle ils puissent continuer leur service plus commodément que dans ladicte chapelle, et vivre, ainsy qu’ils ont faict vœu, selon l’estroite reigle de sainct François, patron et chef dudict Ordre, qui leur defend de tenir et posséder aucuns biens et revenus pour l’entretien et nourriture, sinon la besace. Mais ils sont à ce troublez et empeschez tant par le curé de ladicte paroisse de Sainct Paul, sous ombre de dire que leur eglise ou chapelle n’a esté consacrée et que partant il n’est licite auxdicls exposans d’y célébrer le service divin, combien que déjà et depuis quinze ans en cà les curés dudict Saincl Paul aient par plusieurs et diverses fois envoyé des prestres en ladicte chapelle pour y célébrer la messe, que par les religieux et couvents des Cordeliers et autres Ordres mendians de ladicte ville de Paris qui taschent par tous moyens à eulx possibles d’exterminer et interdire