‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 3)Chapitre 158 sur 386 · CARMES DE LA PLACE MAUBERT · texte numérisé non relu

CARMES DE LA PLACE MAUBERT

NOTICE HISTORIQUE

Les religieux de Notre-Dame du Mont- Carmel, communément appelés Carmes^, vinrent s’établir à Paris vers le milieu du xine siècle. Saint Louis leur donna, en l’année 1256, une maison sise sur le territoire de la paroisse Saint- Paul, à proximité du mur d’enceinte et de la Seine, au lieu dit cria Folie de Jean

(1) D’après le plan de Turgot. — Le plan ge'ométral du couvent et la vue de l’église ont été reproduits d’après les deux planches publiées par M. Albert Lenoir dans la Statistique monumentale de Paris.

(2) Les traditions de l’Ordre, attribuant aux Carmes une antique et illustre origine, citaient le prophète Elie comme leur fondateur. Millin a résumé les graves controverses qui furent provoquées à diverses époques par celte prétention et auxquelles

le pape Innocent XII dut mettre fin par un bref du 8 novembre 1698 prohibant toute nouvelle discussion àce sujet. ( Carmes de la place Maubert , p. 1-8.)

Il paraît vraisemblable que ces religieux avaient été établis parBerthold, sur le Mont-Carmel, au cours du xue siècle. Vers 1209, ils avaient reçu du patriarche de Jérusalem , Albert, leurs constitutions, qui furent approuvées par le pape Honorius III, en 1224.

Morel (1) v. Au mois de février 1260, le prieur de Saint-Éloi, auquel le roi avait assuré à titre d’amortissement, pour ses droits de censive, une rente annuelle de quarante sons, approuva l’établissement des religieux et les autorisa à construire une église et à avoir un cimetière et une cloclie, ce qui fut confirmé par l’abbé de Saint-Maur. Le curé de Saint-Paul fut gratifié de même d’une rente de quatre livres, pour prix de son consentement^. Les Carmes, à cause de la bigarrure de leurs manteaux, reçurent bientôt le surnom populaire de « Barrés n, attribué par la suite à la rue qui conduisait à leur couvent'3!.

Après avoir agrandi leur demeure par

l) D'n pi •ès Boutons , rr Sainct Lovs, retournant du premier voyage de Terre Sainte , print six religieux au Mont de Carmel, en Palestine; il les amena en France et leur fit construire un monastère au lieu où sont maintenant les Celeslins, à Paris». (Fol. 90 v°.)

Or presque tous les historiens ont reporté cet e'tablissement à l’année 1 269 , en se fondant sur ce fait que l’autorisation du prieur de Saint-Eloi est du mois de février. Mais on n’a pas tenu compte, ainsi que l’a remarqué Jaillot, que saint Louis étant revenu de Palestine en 12 54 n’aurait pas pu attendre près de six années pour leur procurer un logement aux Carmes, cil est vrai, observe Jaillot, que ce ne fut qu’au mois de février 1269, que le prieur de Saint-Eloi et l’abbé de Saint-Maur ont accordé l’amortissement de la maison acquise de Philippe Buhelin, ainsi que la permission de bâtir une eglise et d’avoir une cloche et un cimetière. Je ne crois cependant pas qu’il en faille absolument conclure qu’ils n étoient pas déjà placés en cet endroit; on peut seulement en inférer que ce ne fut qu’en cette année que toutes les formalités furent remplies et que leur établissement devint légal.” (T. IV, art. xvn, p. 25.) .

L’hypothèse de Jaillot trouve sa confirmation dans un document essentiel que l’on n’avait pas cité jusqu’ici , l’acte de vente de la maison de Philippe Bouquet, daté du 17 octobre 12 56 ;

rfUniversis présentés litleras inspecluris Ofïîcialis curie parisiensis salutem in Domino. Notum facimus quod in nostra presenlia constituti Philippus, d ictus Bouquetin, et domicella Emelina, ejus uxor, recognoverunt se vendidisse et in perpetuum quiltavisse viro venerabili domino Matheo , domini Begis capellano , ad opus cujusdam amici sui , quamdam domum quam dicebant se liabere Parisius, extra muros, in loco qui dicitur Folia Johannis Morelli, cum omnibus pertinentiis domus ejusdem, prout se comportât, ante et rétro, in longo et lato, infe-

l’acquisition de quelques pièces de terre,

rius et superins, in censiva prions Sancti Eligii Parisius, oneratam tanlummodo in duobus denariis capitalis census, ut dicebant, pro quingentis libris turonensium suis quittis,jam eisdem vendito-

ribus solutis, numeratis et traditis . Datum

anno Domini 1256°, die martis post octavas sancti Dyonisii.” (Arch. nat. , L. 928.)

Bien que les Carmes ne soient pas nommés dans ce contrat, il s’auit bien de la maison où ils furent

établis par saint Louis, ainsi que le constate Pacte d amortissement accordé quatre ans plus tard par le prieur de Saint-Éloi. «Universis présentes litteras inspectons, J. humilis prior Sancti Eligii parisiensis, salutem in Domino. Noveritis quod nos volumus et concedimus quod fratres de Ordine Beate Marie de Monte Carmeli habeant et possideant in perpetuum, pacifice et quiete, in manu mortua, quandam domum sitam Parisius, in terra nostra, in parrochia Sancti Pauli , quam domum emerunt a Pliilippo Buketyn , et quod in ea ecclesiam edificare, divina celebrare valeant et infra clausuram suam liabere cimiterium et campanam. Recompensationem etiain quadraginta solidorum parisiensium annuiredditus, quam Ludovicus , Dei gratia rex Francorum illustris, fecit nobis et successoribus nostris pro admortizatione dicte domus, et recompensationem quatuor librarum annui redditus quam idem rex fecit presbytero Sancti Pauli et ejus successoribus, pro adventu et remanenlia dictorum fratrum in dicta parrochia, appro-

bamus . Datum anno Domini 1269°, mensefe-

bruario. n (Ibid.; — Félibien, t. 111, p. 2 1 5. )

(2) Les originaux de ces concessions de rentes se trouvent maintenant parmi les titres des Célestins. (Arch. nat. , S. 3743.)

(3) Ce surnom fut parfois aussi attribué à la porte dite «Mes Béguinesn, ainsi que Ta constaté Boulons, «laquelle encor s’appelle la Porte des Barrez, pourceque lesdicts Carmes portaient en ce temps là manteaux barrez de blanc et noir.” (Fol. 90 v°.)

COUVENT DES GRANDS-CARMES

les religieux songèrent, vers la fin du xiilc siècle, à construire une grande église; mais ils ne mirent pas ce projet à exécution. Gomme leur maison, qui, d ailleurs, tombait presque en ruine, était fréquemment exposée aux inondations de la Seine, et, d’autre part, se trouvait trop éloignée de l’Université, ils adressèrent, en 1309, une requête au roi de France pour obtenir de lui une résidence plus commode. Philippe le Bel, par ses lettres patentes du mois d’avril, leur donna la maison dite «du Lion n, située dans le quartier de la montagne Sainte-Geneviève et qui avait appartenu à Pierre de Brosse (1l Les religieux mendiants, aux termes des Constitutions de Boniface VIII, 11e pouvaient changer de domicile sans la permission du Saint-Siège; mais le pape Clément Y, par sa bulle du i3 mars i3io, permit aux Carmes de quitter leur premier couvent. Ceux-ci, toutefois, jugeant sans doute insuffisant pour leur communauté l’immeuble qui leur était donné, ne se hâtèrent pas d’en prendre possession. En 1 3 1 7 , ils présentèrent une nouvelle requête à Philippe le Long, dans laquelle ils insistaient sur les inconvénients de leur situation. A l’exemple de son prédécesseur, le roi leur octroya, par ses lettres patentes du mois de décembre^, une maison sise au bas

(1) Philippe le Bel, dans ses lettres patentes, rappelle la situation désavantageuse des Cannes, telle sans doute qu’ils l’avaient eux-mêmes exposée: nSane fîde dignorum relalione noliis innoluit quod cum religiosi viri fratres Beate Virginis Marie de Carmelo, extra portam Beguinarum Parisius, super ripam Sequane, pauperrimanihabeantmansionem, insuper annis pluribus jam elapsis, hvemali teinpore, a supervenientibus immensis aquarum inundalionibus adeo fuerunt oppressi quod in cenaculis et solariis habitantes vix poterant ad terram descendes, vel absque navis adjutorio pro necessitatibus seu negotiis quibuslibel domum exire, et fréquenter ipsorum domuncule, non valentes aquarum sustinere injurias et impulsus, in precipitium et ruinam verse sunt; alia quoque perplura per hoc damna passi sunt et jacturas atque pericula, et futuris annis formidant verisimiliter majora vel similia se passuros; inter hoc etiam magis condolent quod a scholis et studiis, ubi solet acquiri scientie margarita, fratres i psi qui, priscis temporibus in Ordine suo , in quibuscumque Facultatibus et maxime in theologia, consueverunt babere et babent magislros, virosque famosos et litteratissimos, adeo sunt remoli quod eas omnino vel saltem absque laborenimiofrequenlarenonpossunt. Hisigitur. . . diligenter attends, . . . domum vocatam ad Leonem, que quondam fuit defuncti Pétri de Brocbia, sitam in vico Sancte Genovefe parisiensis, que ad nos ex

légitima causa devenit, prout se comportât in longum et latum , cum omnibus suis pertinentiis , eisdem fratribus et eorum Ordini, pro edificando et construendo ibidem, sulfragantibus Christi fideiium caritati vis subsidiis, Ordinis sui novo cenobio ad divini cultum Numinis. . ., in puram eleemosynam, de nostra regali munilicentia, perpétua donatione largimur, ut, ubi fuerat domus comessationis et solatii, domus oralionis existât. . . Actum et datum Parisius , anno incarnati Verbi 1 B090, regni vero nostri 25°, mense aprili. n (Arch. nat. , L. 927; — Félibien , t. III , p. 2 1 7.)

(2) Le préambule de ces lettres est à peu près identique à celui des lettres de Philippe le Bel. Le dispositif indique très exactement la situation topographique de la maison que le roi donnait aux Carmes, en vue de les rapprocher de fUniversité :

rr Domum noslram , que fuit dilecli magistri Guidonis de Livriaco , alias dicti Cointet, clerici nostri, et quam ah eodem comparavimus , sitam in magno vico Sancte Genovefe, ultra Crucenr Haymonis, inter domum magistri Quinlini Furtinent, ex parte una, et domum Pétri Lotharingi, scissoris pannorum, ex altéra, habentemque introitum in vico magno predicto, et exitum supra vicum Sancti Hilarii, prout domus ipsa, allé et basse, in longum et in latum se protendit, ob nostre charissime consortis Johanne, Francie et Navarre regine, et progenitorum nostrorum animarum remedium, in

de la montagne Sainte-Geneviève, près de la Croix-IIaymon , qu’il avait acquise de Guy de Livry. Une bulle du pape Jean XXII, en date du 27 avril 1 3 1 8 , confirma l’autorisation qui leur avait été naguère donnée par Clément Y de quitter leur résidence. Les Carmes se transportèrent quelques mois plus tard dans le nouveau couvent, où la messe fut célébrée pour la première fois le 2 5 octobre (1'. Ce même jour, Thierry de Cardonne, clerc et bourgeois de Paris, les gratifia de deux maisons, l’une sur la rue Saint-Hilaire, l’autre sur la rue des Noyers, qui furent amorties par le roi au mois de février i3iq. Les religieux s’étaient tout d’abord occupés de bâtir une chapelle, qui fut bénite, ainsi que le couvent , le 3 avril, par Jean, évêque de Sagone, et dédiée sous le titre de Notre- Dame du Mont-Carmel. En vue de se procurer des ressources pour l’agrandissement de leur logis, les Carmes avaient vendu le 28 mars, à Jacques Marcel,

•geois de Pans, leur ancienne

puram et perpetuam eleemosynam , de nostra regai i munificentia, perpétua donatione largimur, ut fratres ipsi sint vicini sludiis et scliolis, in quibus po-

luin sapienlie liaurire valeant . Datum apud

Montem Argii, anno Domini 1817", mense decembri.n (Arch. nat. , K. 182 ; — Du Breul, p. 4 2 8. )

(l) La plupart des historiens ont prétendu que, lorsque les Carmes prirent possession de leur nouveau couvent, la chapelle de Notre-Dame du Mont- Carmel existait déjà. Jaillot a judicieusement réfuté cette assertion. Ainsi que le fait remarquer cet érudit, il n’est nullement question de la chapelle dans les lettres patentes de Philippe le Bel et de Philippe le Long; de plus, la bulle de Jean XXII, du 27 avril 3 3 1 8 , porte que les religieux sont autorisés à construire un oratoire : rrNos itaque, vestris supplicationibus inclinati, vobis recipiendi locum prediclum, pia vobis ejusdem regis liberalitate collatum, et ad ilium vos libéré transferendi , ibique ecclesiam seu oratorium, domos et officinas necessarias, juxta morem dicti Ordinis construendi et morandi in illis, predicta et quaïibet alia constilutione contraria non obstante, plenam et specialem, auctoritate apostolica, licentiam impertimur. * (Félibien, t. III, p. 219.)

D’autre port, la construction récente de la chapelle paraît résulter des lettres que les exécuteurs testamentaires de Michel Du Bec-Crespin, créé en 1812 cardinal au titre de Saint-Etienne in Cœlio monte, adressèrent aux Carmes, le 12 juillet 1 3 1 9 , pour leur notifier les dernières volontés du prélat :

ffProul ad vestram credimus prudenciam pervenisse, dominus Michaël, cardinalis, in sua ullima

tn mais en se réservant pour une

voluntate elegit sepulturam in ecclesia vestra nova quam habetis Parisius, in loco ad quem de novo vos et conventum vestrum, ex concessione Sedis apostolice, transtulislis, suosque libros, exceptis illis qui erant deputati ad usum capelle, pro communi libraria et usum fratrum vestri Ordinis Parisius sludentium, nec non mille libras parisicnses pro edificacione ecclesie vestre nove in loco predicto, una cum viginli turonensibus pro conventu vestro legavit, prout in ejus teslamento plenius continetur. v

Les exécuteurs testamentaires insistent sur ce fait, que l’inhumation du cardinal doit avoir lieu dans la nouvelle église : rr Videlicet diclum corpus in ecclesia vestra nova predicta, sita Parisius, juxta Crucem Haymonis et non alibi, in ejusdemque ecclesie honorabiliori loco , juxta majusallare, cum ilia qua decet reverencia et honore , tradatur ecclesiastice sépulture . n (Arch. nat., L. 928.)

(2) 11 résulte de là que la tradition rapportée par Bonfons, d’après laquelle les Carmes auraient fait un échange de couvent avec les Célestins , ne repose sur aucune donnée sérieuse : rrEstans augmentez en nombre et aussi qu’ils cstoient en incommodité d’estude, furent translatez depuis où ils sont de présent, où leur fut dressé place et maison, ainsi quelle se comporte, en l’an 1819, et les Celestins qui paravant y demeuroient, l’eglise desquels estoit alors ce qu’est aujourd’huy la grand chapelle Nostre Dame , allèrent au lieu que possedoient iceux Carmes et firent eschange, comme il apparoist par anciennes Chartres. » (Fol. 90 v°.)

L’ancienne résidence des Carmes fut donnée en i352, par Garnier Marcel, fils de Jacques, aux

COUVENT DES GRANDS-CARMES

année le droit d’enlever les matériaux qu’ils y avaient réunis lorsqu’ils projetaient de bâtir une grande église W. Le 19 juin i32Û, ils furent obligés, en vertu d’une sentence arbitrale, de payer à l’abbé de Sainte-Geneviève une somme de treize

cents soixante livres parisis , pour droits d’indemnité, et au curé de Saint-Etienne du Mont une somme de cent livres.

Les rois continuaient d’ailleurs à leur marquer une extrême bienveillance. Philippe le Long, par ses lettres patentes du mois de juin i32o, les avait pris sous sa protection et sauvegarde spéciales, et, le 3o septembre i 322, Charles le Bel les avait nommés chapelains de la Sainte-Chapelle, avec mission d’y célébrer seuls les offices, le jour de la fête de l’Invention de la Sainte Croix. D’autre part, le pape Clément VI, par ses bulles du 2 3 août i3Z|2 et du 2 juillet 13/19, leur conféra la jouissance des privilèges que l’Université avait accordés aux Ordres mendiants.

Comme la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel était insuffisante, les Carmes acquirent, le 5 décembre 1 3 3 7 , diverses maisons, voisines de la Croix- Haymon et contiguës à leur couvent, pour construire une grande église. Cet édifice, dont la première pierre avait été posée vers l’année i3/i5 par Gérard de Montaigu^, fut bâti surtout grâce aux libéralités de la reine Jeanne d’Evreux,

Célestins qui venaient d’être introduits à Paris par le Dauphin, plus tard Charles V. (Cf. ci -après, p. 302.)

(t) Voici le texte de cette singulière convention : rr Inter ipsum Jacobum dictosque priorem et fratres, in contractu dicte venditionis aclum expresse, pactoque speciali concordatum , quod dicti prior et fratres quotiens et quandocumque vellent lune tamen ad festum Nativitatis Beati Johannis Baptiste, quod erit anno Domini i3ao°, possent et polerunl ab ipsa domo suisque pertinentiis levare et liabere ac quocumque sibi placuerit duci facere et deferri lapides omnes, taillialos et non toilliatos, ornnes tumbas et corpora seu cadavera deffunctorum, columnas et fundamenta que pro nova ecclesia fuerant et sunt incepta, ilia etiam fundamenta que rétro dicte domus refectorium existunt, item moncellum unum sive tassum de mortier qui in ejusdem domus magno jardino consistit, nec non totum merrenum quod extra fabricam est vel opus, cum mûris illis dicte nove ecclesie qui versus Sequanam existunt; ea tamen conditione quod in loco murorum ipsorum dicti prior et fratres eorum sumptibus fieri facere et conlrui teneantur equalem et consimilem clausuram ut sunt mûri qui jnrdinuin circumdant; item quod dictus civis medielalem aliam frucluum jardini predicti et viridis succi ,

jardinarius vero medietatem aliam (prout sibi dicli prior atque fratres convenerant) , perciperent et habebunt hoc anno. Quod si dicli prior et fratres infra dictum terminum loeum predictum non evaeuaverint, in eis ulterius vindicare sibi jus non po-

terunt nec debebunt . Datum anno Domini

i3i9°, die Jovis post festum Ascensionis ejusdem.n (Arcb. nat., L. 927; — Du Breul, p. A29.)

(2) rf En achevant les démolitions de l’église des Cannes de la place Maubert, on a découvert à cinq pieds de profondeur dans les fondations de cette église, précisément sous le rond-point du chœur, une assise de pierre mieux taillée et beaucoup plus forte que les autres et recreusée par-dessus. Dans ce refouillement était la première pierre de l’édifice; c’est une dalle en pierre de liais, sur laquelle sont gravées une grande croix et une inscription latine en caractères gothiques. L’inscription n’a éprouvé aucune mutilation . Cette pierre cu¬

rieuse 11’est pas perdue. M. Vaudoyer, architecte du Musée des monuments français , l’a fait placer avec soin dans le Musée. » ( Journal de Paris, 19 août 181/1.) Elle est passée depuis au Musée de Cluny.

Le fac-similé en a été publié par Albert Lenoir ( Architecture monastique, t. I, p. 4i, et Statistique monumentale de Paris), et par Guilhermy. (T. I, p. 422.)

veuve de Charles le Bel. Par son testament du mois de mai 13/19, cette princesse avait légué aux religieux tous ses joyaux et une somme de quinze cents florins d’or, et, le 1 8 juin suivant , pour activer la construction de l’édifice, elle leur remit par avance les pierreries et leur fit payer comptant les quinze cents florins. Achevée au commencement de l’année i35/i, l’église fut dédiée, sous le titre delà Sainte-A ierge, le 16 mars, parle cardinal Guy de Boulogne, archevêque de Lyon, en présence de la reine Jeanne et des reines de France et de Navarre, ses nièces.

Les Carmes ne tardèrent pas à se trouver très à l’étroit dans leur monastère; aussi résolurent-ils d acheter le collège de Dace, attenant à leur propriété, et qui se trouvait alors en piteux état. Mais les religieux de Sainte -Geneviève I avaient donne aux écoliers, à la condition expresse qu’ils ne pourraient l’aliéner à aucune personne ou communauté ecclésiastique. Pour triompher de cette difficulté, les Carmes s’adressèrent au pape. Clément VII, par sa bulle du 7 mai 1 383'1', chargea deux commissaires de faire une enquête et d’autoriser la cession, s il y avait lieu. L’Université forma opposition à la vente et le différend dut être tranché par un arrêt du Parlement du 7 août 1 386, qui décida que le collège serait cédé aux Carmes, à la charge par eux d’assurer une rente annuelle de vingt-quatre livres parisis aux écoliers de Dace. Les Carmes s’établirent aussitôt dans l’immeuble, dont la possession définitive ne leur fut néanmoins attribuée «pie quelques années après (2). En 1/120, ils achetèrent encore aux religieux de Sainte-Geneviève une maison, sur l’emplacement de laquelle fut établie la cour d’entrée du monastère.

A la suite de ces diverses acquisitions, le couvent occupait tout l’emplacement rectangulaire compris entre les rues des Carmes, des Noyers et de la Montagne- Sainte-Geneviève, et le collège de Laon, cl il avait dans ses dépendances immédiates quatorze maisons qui étaient données en location.

(1) Celte butte signale l’exiguïté du couvent des Cannes : rr Locus eorura adeo raodicus et arctus exislit quod ipsi et alii fratres die I i Ordinis ad locum ipsum causa studendi et profîciendi pro tempore confluentes, ipsoruni attenta multitudine, ad serviendum Deo seque in regulari observantia exercendum, ac facienduni alios actus suos commode vacare non possint. » Elle constate , d’au tre part , que les écoliers de Dace étaient tout disposés à aliéner leur immeuble : cr Magistri et scholares domum quam inbabitant, et quam propter ruinam quam minari dignoscilur etparvitatem ipsius coguntur dimiltere, Jibenter venderent. r. (Félibien, t. III, p. 2 2 4.)

;2) D’après Jaillot, rrcet arrêt a occasionné l’erreur des historiens de Paris, qui ont avancé que la possession de ce collège étoit demeurée aux Carmes.

Il paroi t cependant qu’il n’v a qu’une partie qui soit enclavée dans leur couvent, u (T. lV,arl.xvn, p. 29.)

Il advint, en effet, que, sur une nouvelle opposition, un arrêt du a3 mars 1 387 prescrivit la vente du collège , si l’Université ne voulait pas le faire réparer. Deux autres arrêts, des i5 avril et 8 juin, constatent que le recteur et l’Université avaient offert d’effectuer les réparations nécessaires et qu’elles seraient à leur charge. Le 1 h mars 1 388, les écoliers de Laon offrirent de céder aux écoliers de Dace une maison sise rue de Sainte-Geneviève, en échange de la leur; mais les écoliers, qui préféraient les vingtquatre livres de rente, demandèrent quelle fût remise aux Carmes, tl est probable que le différend dut être réglé par une transaction. ( Arch. nat. , L. 928 ; — Cf. Félibien, t. III, p. 22Û, et IV, p. 537-5/10.)

COUVENT DES GRANDS-CARMES

Les bâtiments claustraux, construits en bordure sur la rue des Carmes, étaient bornés au nord par le mur méridional de l’église et au midi par un passage contigu au collège de Laon, qui donnait accès dans la cour du couvent; au nord de cette cour se trouvait le cloître, pourvu d’une chaire en plein air, qui formait un des plus curieux spécimens de l’architecture du xive siècle

L’église comprenait deux bâtiments juxtaposés, celui de la grande église et celui de la chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel.

La grande église, construite sur un plan oblong et régulièrement orientée, avait sa façade sur la rue des Carmes®; son chevet polygonal était adossé aux maisons de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Le chœur et la nef la divisaient en deux parties à peu près égales. Dans le chœur, derrière le maître-autel®, se trouvait le chœur des religieux, communiquant avec la grande sacristie et le cloître; du côté droit étaient installés deux oratoires désignés sous les vocables de Saint-François et de Saint-Henri.

Dans la nef étaient établies quatre petites chapelles, dont deux adossées à la grille du chœur, dites «de Saint-Roch et de Saint-Sébastien et deux autres au mur méridional, contre le Chapitre, dédiées sous les titres de Sainte-Anne et de Notre-Dame des Aides. Une porte, pratiquée au milieu de la nef du côté gauche, ouvrait sur le cloître et sur le Chapitre.

(1) rrLe cloître de ce couvent est remarquable par ses peintures, les plus anciennes qu’il y ail aujourd’hui dans aucun des cloîtres de Paris, celles qui sont dans les autres couvents étant plus récentes, ou ayant été renouvellées. Lorsque ces religieux se furent établis ici et qu’ils eurent fait construire les lieux réguliers, ils firent peindre sur les quatre faces de leur cloître la vie des prophètes Elie et Elisée, et l’histoire de leur Ordre, avec des vers françois en vieilles rimes au dessous.

tr Sur la face de ce cloître qui est du côté du chœur, on voit trois représentations : la première st l’arrivée du roi saint Louis au Mont-Carmel, où il est reçu par les religieux Carmes; la seconde représente le vaisseau de ce monarque revenant de la Terre-Sainte, vêtu de ses habits royaux, accompagné de plusieurs princes et grands seigneurs et de six religieux Carmes qu’il amena; et la troisième est l’arrivée de ce prince à Marseille .

Les injures du temps ont aujourd’hui tellement effacé ces peintures, que l’on ne distingue plus du tout ce qui est dit ci-dessus. » (Piganiol, 1. V, p. 160.)

Alexandre Lenoir a rappelé dans le Musée des monuments français l’existence de ces fresques, en regrettant de n’avoir pu assurer leur conservation.

tr Si, à l’époque de la destruction, écrivait-il, mes pouvoirs n’avaient pas été restreints, j’aurais eu la satisfaction de conserver aux arts beaucoup d’autorités précieuses pour l’histoire de l’art français, soit en faisant enlever une partie de ces peintures , soit en les faisant dessiner. Il ne me reste plus que le triste souvenir de ces curiosités. Environné alors d’iconoclastes, il m’a été impossible, malgré mes sollicitations , de les arracher des mains de l’ignorance et de la barbarie. » (T. I, p. iù5.)

(2) «-La principale porte étoit moins décorée que celle sur la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève; elle consiste en une simple ogive avec deux petites colonnes. La figure de la Vierge est adossée sur le pilier entre les deux portes. Le milieu du cintre avoit été peint; mais il n’est [dus possible de distinguer les figures.« (Millin, Carmes de J a place Mauberl , p. 1 h et pl. VI; Garnerey de!., Michel sculp. )

(3) Ce maître-autel fut reconstruit en 1 683 , sur les dessins du sculpteur Jacquin, dans des proportions monumentales, avec des marbres donnés par Louis XIV. A cette occasion, il fut nécessaire de supprimer quelques anciennes tombes du sanctuaire. (Cf. Millin, Carmes de la place Maubert, p. 22 et pl. III; Duchemin de!., Carpentier sculp.)

IMPniMF.r.lE NATIONALE.

La chapelle de Notre-Dame du Mont-Carmel qui s’élevait à l’angle de la rue des Carmes et de la rue des Noyers, avait juste la longueur de la nef, à laquelle elle se rattachait par une petite nef intermédiaire. Son portail se trouvait au chevet, sur un passage conduisant à la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève t3L L’autel était placé à droite de l’entrée; à gauche, il y avait la porte d’une petite sacristie construite entre le passage et le chœur de l’église.

Sous la Révolution, le couvent des Carmes devint propriété nationale. Les religieux durent le quitter au mois de décembre i 790, pour se transporter au monastère des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard. Les Augustins des trois maisons de Paris que l’on avait réunis y résidèrent durant quelque temps. Après leur dispersion, les cours et les jardins devinrent des passages publics; l’église fut utilisée comme manufacture d’armes, et l’on installa, en 1793, le Prytanée dans les bâtiments (/l).

Un décret du 3o janvier 1811 prescrivit, sur remplacement du couvent, que I Etat abandonnait à la ville de Paris, l’installation d’un marché couvert où devait être transféré celui qui se tenait sur la place Maubert. En 1812 , on commença à démolir l’église et, une année après, tous les bâtiments conventuels étaient rasés. La première pierre du nouveau marché fut posée le 1 5 août 1 8 1 3 ; la construction , dirigée par l’architecte Vaudoyer, s’acheva en 1818, et l’inauguration officielle de l’édifice eut lieu le i5 février 1819. Le nom des Carmes fut donné à ce marché, en vue de rappeler le souvenir du couvent.

ll) D’après Du Breul , elle était aussi désignée sous le litre de Notre-Dame de Recouvrance. (P. 43i.)

(2) ffCe portail étoit plus orné que l’autre; son architecture, d'un gothique assez beau et délicat, consiste en une grande arcade ogive, ornée d’une grande quantité de moulures appuyées sur autant de petites colonnes entre lesquelles sont des feuilles de pampres. Sur le pilier qui sépare les deux portes, on voit une statue de la Vierge, portée sur un piédestal orné de petites niches; elle a sur sa tête un baldaquin sculpté délicatement. A la droite de cette statue, on voit celle de Charles le Del et à sa

gauche Jeanne d’Evreux . Ces trois figures

avoient été peintes h fresque.

ffOn aperçoit encore des vestiges d'une peinture ii fresque fort ancienne sur le grand plan uni dans le ceintre de l’ogive. Celte peinture représente le départ des religieux du Mont-Carmel pour aller s’embarquer avec saint Louis et venir en Fi’ance. «

(Millin, Cannes de la place Maubert , p. 4 0 et pl. VIII; Duchemin, del., Carpentier sculp.)

(3) ffPrès de la porte, il y a une colonne gothique semée de fleurs de lys et de dauphins, dont le chapiteau portoit une croix de fer. C’est cette croix qui est indiquée dans les anciennes descriptions et les anciens plans et qu’on nommoit la croix des Carmes ; elle étoit extérieure avant qu’on eut bâti tout autour. n (Millin, Carmes de la place Maubert , p. 4i.)

La croix dont parle Millin avait remplacé sans doute celle que l’on désignait au xme siècle sous le nom de Croix-IIaymon.

(4) Les monuments funéraires de l’église avaient complètement disparu à celte époque; mais, dès le 12 janvier 1791, le sculpteur Mouchv avait dressé un Inventaire des sculptures et statues de la maison des Carmes, que nous avons utilisé pour le classement topographique etla description des mausolées. (Arch. liât. , S. .‘i 7 3 4 . )

COUVENT DES GRANDS-CARMES

INDEX ALPHABÉTIQUE

Balue (Antoinette), 698.

Bardin (Françoise), 711.

Bastard (Claude), 721.

BëUVE DE WlNVILLE, 6g6.

Boullenois (Louis), 706 , 716, 717.

Bourgogne (Marguerite de), 712.

Canet (Jeanne), 723.

Charmolue (Marie), 71/1.

Chasserras (André), 698.

(Claude), 698.

— (Gabriel), 698.

— (Geneviève), 698.

— (Girard), 698.

— (Jacques), G98, 700.

— (Jean), 698, 700.

— (Marguerite), 698, 701.

— (Michel), 698.

Chauvelin (François), 71/1.

— (Louis), 716.

Corrozet (Gilles), 725.

Couderc (Bernard), 728.

Creil (Etienne de), 711.

— (Henri de), 71 1.

— (Michel de) , 7 1 0.

— (Renée de), 711.

Cruchot (Pierre), 707.

Darries (Simone), 694, 690.

Durois (Charlotte), 706, 716, 717.

Dumoulard (François), 722.

Girmond (Claude), 721.

Gombault (Sébastien), 701 .

Goulain (Jean), 709.

Grouciiy (Madeleine de), 715.

Guibet (Jeanne), 724.

Guyet (Marin), 698.

Harel (Marie), 725.

Hotjian (Pierre), 719.

Lacova (Charles de), 721.

— (Françoise de) , 72 1 .

— "(Gabriel de), 721.

— (Jean de), 721.

La Ruelle (Vincent), 727.

Le Maçon (Marguerite), 698.

Le Pelletier (Jérôme), 713.

Le Royer (Elisabeth), 701.

— (Sylvain), 698, 701.

Lévèque (Etienne), 703, 704, 705.

— (Henri), 708.

Mauger (Robert), 694, 696.

Melun (Antoinette de), 698, 700.

Morel (Anne), 720.

Rouen (Guillemette de), 702.

Solier (Ange), 726..

Tiiielmont (Léonard), 718.

Tiphaine (Guillemette), 698.

Falaise (Madeleine de), 703, 704, 705.

Valentin (Claude), 697,

ÉPITAPHES DU COUVENT

ÉGLISE. - CHOEU1L

Page 1