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PRIEURE

DE

SAINTE-CATHERINE DU VAL DES ÉCOLIERS

NOTICE HISTORIQUE

Le 25 juillet 121 â, au plus fort de la bataille de Bouvines, alors que Philippe Auguste venait d’être renversé de cheval, les Sergents d’armes qui gardaient le pont avaient fait vœu de bâtir une église en l’honneur de sainte Catherine, si Dieu donnait la victoire à l’armée du roi de France. Comme il ne

(l) Réduction d’une estampe de 3a Bibliothèque nationale. (Topographie de Paris; Le Bossu del. , Cochin sculp.)

Le plan du Prieuré a été dressé par M. Hochereau , d’après deux documents conservés aux Archives nationales (S. ioi5 et tôt G).

La vue du portail a été dessinée par le même, d’après une estampe conservée à la Bibliothèque historique de la ville de Paris.

L’histoire du Prieuré a été écrite vers le milieu du xvii' siècle, par le F. Nicolas Quesnel, chanoine régulier de Saint-Augustin, sous ce titre : rr Antiqui-

leur était guère possible d’accomplir ce vœu avec leurs seules ressources, ils avaient sollicité le concours pécuniaire de Philippe Auguste. Mais le roi, qui était alors lui-même occupé à faire bâtir à Senlis l’abbaye de la Victoire, mourut sans leur avoir fourni aucun subside pour l’exécution de leur projet, et son successeur Louis VIII resta trop peu de temps sur le trône pour leur venir en aide. Après la mort de ce prince, les Sergents d’armes, sans se laisser décourager, s’adressèrent au jeune roi Louis IX et à la reine régente, Blanche de Castille, el ils obtinrent cette fois pleine et entière satisfaction. Le roi se déclara prêt cà tenir les promesses faites par son aïeul et son père et à contribuer de ses deniers à la construction de l’église projetée. En vue d’assurer la célébration des offices, dès que l’édifice serait bâti, l’on fit venir des religieux du monastère de Notre-Dame-en-lUe, de la ville de Troyes, appartenant à la congrégation des chanoines réguliers du Val des Ecoliers^, qui désiraient avoir un établissement à Paris, pour suivre les leçons de l’Université^.

Au mois de mars 1228, ces religieux s’installèrent sur la paroisse Sain l- Paul, hors des murs de la ville, près de la porte Baudoyer, où Nicolas Giboin, bourgeois de Paris, leur fit don, à la prière de Jean de Milly chevalier du Temple, et avec l’assentiment du seigneur suzerain, Henri de Dreux, archevêque

les du Prieuré de Saincle Catherine de la Cousture de Paris , recueillies des archives et aultres vieux monumens de ce monastère. » Ce travail a e'té mis à contribution par la plupart des historiens, notamment par les auteurs du Gallia ehrisliana et par Jaillot. Il en existe actuellement trois exemplaires. (Bibliothèque nationale, F. lr. A 6 1 6 ; — Bibl. de Sainte- Geneviève, H. F. 27; — de l’Arsenal, 4098; c’est à ce dernier que se réfèrent nos citations.)

(1) Au commencement du xme siècle, quatre docteurs en théologie, professeurs à l’Université de Paris, s’étaient retirés dans une vallée déserte de la Champagne, au diocèse de Langres, près de Chaumont-en-Bassigny, où ils fondèrent, avec quelques écoliers qui étaient allés les rejoindre, un monastère sous l’invocation de Sainte-Catherine. L’évêque de Langres, Guillaume de Joinville, se déclara leur protecteur; en 1 212 , il les gratifia de la vallée qu’ils habitaient, appelée Vallis Barbillorum, et de quelques revenus, donation qui fut confirmée en 1218 par le chapitre de Langres. D’après les règlements que l’évêque leur donna en i2i5, les religieux suivaient la règle de Saint -Augustin, telle quelle était pratiquée par les chanoines de Saint-Victor. Leur Ordre fut approuvé par le pape Honorius III, le 7 mars 1219.

Comme la situation du monastère était incommode et dangereuse, Robert de Torolle, évêque de Langres, les transféra en 1234 dans une autre vallée, sur la rive opposée de la Marne, près de Troyes, où ils bâtirent une église et un second couvent qui reçut le nom de Val des Ecoliers; leur première résidence fut dès lors appelée le Vieux- Val. ( Gallia ehrisliana, t. IV, col. 777-780.)

(;) Jaillot suppose que, <r dès le commencement du règne de saint Louis, les chanoines du Val des Écoliers pensèrent à se procurer un établissement à Paris, pour faciliter aux jeunes gens de leur Ordre les moyens de vaquer à l’étude « et qu’ils vinrent d’eux-mêmes à Paris. (T. III , art. xv, p. 1 5.) Celle hypothèse n’est guère vraisemblable; il paraît plus rationnel d’admettre qu’ils se décidèrent seulement sur la demande des Sergents d’armes.

Le Nécrologe du prieuré rappelait en ces termes le souvenir des deux premiers bienfaiteurs : rr Anniversarium fratris Joannis de Milliaco,

Templarii . , quondam thesaurarii, ad cujus

preces datuin fuit nobis islud porprisium .

rf Anniversarium Nicholai, dicli Gibonini (ou Giboyni), et uxoris ejus, qui nobis dederunt totum istud porprisium. n (Le F. QuesneL Antiquités du Prieuré, p. 27.)

PRIEURÉ DE SAINTE-CATHERINE DU VAL DES ÉCOLIERS

de Reims W, de trois arpents de terre qu’il possédait en cet endroit, et ils y firent aussitôt bâtir une maison C).

Peu après, ils demandèrent l’autorisation de construire une chapelle à l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne, qui la leur refusa. Pour triompher de son opposition, ils s’adressèrent au pape, et Grégoire IX, par sa bulle du 17 août 1 2 2 y , enjoignit à l’évêque de donner son consentement^, ce qu’il fit au mois

(1) Le contrat de donation n’ayant pas subsisté, l'acte d’approbation de l’archevêque est le plus ancien document qui constate la fondation du Prieuré :

ffHenricus, Dei gracia remensis arcbiepiscopus, universis présentes lilteras inspecturis, saluteni in Domino. Universitati vestre notuin facimus quod Nicolaus Gibonius dédit et concessit in perpetuam eleemosinam Deo et fratribus de Ordine Vallis Scholarium très arpenlos terre sitos extra muros parisienses, versus portam Bauderii, de assensu et volunlale Pétri Eoubert, Johanne, sororis ejus, et Dionysii , marili dicte Johanne, libéré, pacitice et quiete in perpetuum possidendos. Hanc autem donacionem laudavit, voluit et concessit Guido de Nanziaco, fldelis noster, a quo dicta terra (enebalur et qui eandem terram a nobis in feoduin delinebat. Nos vero supradictain donacionem, quantum ad nos pertinet, liberaliler concedentes, ad pelicionem prefati Guidonis et aliorum omnium predictorum, présentes litteras sigilli nostri munimine roborandas duximus, in testimonium et munimen. Actum Parisiis, anno 1228°, mense marcio.» (Le F. Quesnel, Antiquités du Prieuré, p. 28.)

(2) Un document du mois de novembre i33o nous apprend que les religieux rachetèrent à Girard d’Acre et à sa femme Jacqueline cinquante sous de cens dont leur maison et leur terrain étaient grevés :

frOmnibus présentes litteras inspecturis , Oflicialis curie parisiensis salutem in Domino. Notum facimus quod in nostra presentia constituti Girardus Aconii , civis parisiensis, et Jacquelina, ejus uxor, recognoverunt se vendidisse et concessise priori et conventue Sancte Katherine parisiensis, de Ordine Vallis Scolarium , pro quadraginta libris parisiensibus jam solutis, sicut ipsi Girardus et Jacquelina confessi sunt coram nobis, quinquaginla solidos censuales, quos habebant supra domo et porprisio Beate Katherine predicle et eciam quicquid juris in dicta domo et porprisio habebant vel habere poterant quoquo modo; promiserunt insuper prefati Girardus et uxor ejus, lîde data, quod in dicta domo porprisio et in tota terra que fuit Nicolaii

Gibonii per se vel per alios nicliil in poslerum reclamabunt . « (Arcb. nat. , L. 919.)

11 semble résulter très nettement des termes de ce document que le terrain seul avait appartenu à Nico’as Giboin et que la maism avait été bâtie par les religieux.

L’amortissement qui leur fut accordé, au moi; de février 1270, par saint Louis, confirme cette hypothèse, puisqu’il est dit dans l’acte: rrTria arpenta terre site Parisius, date sibi in elemosinam a Nicolao Giboin, in qua quidem terra sedent ecclesia et domus ipsorum.» (Ibid., K. 182.)

(3) Il ressort évidemment des termes mêmes de celte bulle que le pape avait déjà invité l’évêque de Paris à autoriser l’établissement des religieux, et que ce premier avis était resté sans effet :

ffGregorius episcopus, servus servorum Dei, venerabili fratri, parisiensi episcopo, salutem et aposlolicam benedictionem. Signilican tibus dileclis filiis priore ac fralribus Beate Marie de Insula, trecensis Ordinis Sancti Auguslini Vallis Scbolarium. nos noveritis accepisse quod, cum dudum tibi nostris dederimus litleris in mandatis ut eis in domo eorum parisiensi oratorium concederes sine juris prejudicio alieni, tu id hactenus efficere non curasti, pro tue arbitrio volunlatis; quare a nobis humiliter postulabant ut sibi providere de benignitate Sedis apostolice dignaremur; nos ergo dictorum fratrum devotis precibus inclina ti, fraternitati tue per apostolica scripta precipiendo mandamus qualenus eis postulata concédas juxta priorum continentiam lilterarum, tuo et parisiensis ecclesie semper in omnibus jure salvo; alioquin noveritis nos dileclis filiis magistris Stephano, cantori pruvinensi . Elie trecensi et Willelmo Ruffo, suessionensi , canonicis Parisius commorantibus, dedisse litteris in mandatis üt, efficere te preceptum apostolicum négligente, ipsi que premisimus exequantur, contradictores per censuram ecclesiasticam appellalione postposita compescendo. Dalum Perusii , 1 6° kalendas septembris, ponlificatus nostri anno tercio. « (Ibid., S. ioi3b.)

d’octobre suivant {1), en réservant les droits du curé de Saint-Paul, auquel les religieux durent payer une somme de cent quarante livres, pour constituer une rente applicable à la fabrique de sa paroisse^. Néanmoins les prétentions du curé suscitèrent à diverses reprises des difficultés qui furent réglées, le 6 juillet 1G28, par un arbitrage, aux termes duquel les religieux durent constituer a la fabrique une nouvelle rente de vingt-cinq livres, pour être exempts de tous droits paroissiaux et avoir la faculté d’inhumer dans leur église ceux qui y avaient choisi leur sépulture

(l) Tout en cédant aux ordres formels de Grégoire IX , l’évêque affectait de donner spontanément l’autorisation qui lui avait été demandée :

rrUniversis présentes lit Leras inspecturis Willelmus, permissione divina parisiensis ecclesie minister indignus, salutem in Domino. Universitati vestre notum ileri volumus quod nos, dileclorum fratrum et filiorum de Online Vallis Scholarium piis et devolis peticionibus annuentes, divine pietatis intuitu, construendi domum et ecclesiam Parisius, in parrochia Sandi Pauli, plenam et

liberain concessimus potestatem . Hoc faci-

mus ad pelicionem Servientium domini Régis Ludovici arma gerentium, qui saluti anime Philippi , nobilis regis, et precipue filii ejusdem Lodovici, defunctorum, providentes, pro eorum redernptione unam fabricaverunt ecclesiam ad opus fratrum dictorum, ut in eadem Domino famulantes, nobilium regumjamdictorum animabus orationibus

et divinis officiis teneantur subvenire . Istud

autem facimus salvo jure parrochiali predicte ecclesie Sancti Pauli et omni jure alieno , sicut in

alia caria continelur . Actum anno Domini

12290, mense octobri.n (Arcli. nat. , S. ioi3\)

<2) Voici, d’après la charte visée dans l’approbation de l’évêque, les principales obligations qu’il avait préalablement imposées aux religieux, pour sauvegarder les droits du curé de Saint-Paul :

rr Quod al lare exterius non habeant, in chori clausis januis divina celebrent, nec aperiant n i si pro casu aliquo licito et honesto, ita quod statim claudantur; vel si corpus alicujus defuncti extranei ibidem tradendum fuei'it sépulture tune et etiamsi in choro eorum corpus defiuicti fuerit, aperte esse poterunt donec missa de Requiem sit pro mortuo decantata ; duas campanas médiocres in ecclesia

habere poterunt et non plures . Nulli parro-

ebianorum ecclesie Sancti Pauli sacramentum aliquod ministrabunt vel ministrare poterunt , excluso necessitatis articulo, sine episcopi vel sacerdotis

licencia speciaii . Ad opus fratrum suorum et

conversorum habeant cvmiterium et insuper ad opus clericorum et scolarium quorumeumque et aliorum omnium qui non sunt et erunt de parroebia Sancti Pauli, qui apud eos elegerint sepulturam. Truncum vel imaginera per septennium subsequens et continuum, occasione sui operis, non babebunt, ut opus ecclesie Sancti Pauli jam incep-

lum perduci valeat ad effectum . Pro qualibet

domo quam modo inhabitant, quam fratres acquisierunt vel acquirent a modo in parrochia Sancti Pauli, reddent ecclesie Sancti Pauli duos solidos annis singulis, in crastino apostolorum Pétri et Pauli, in representatione juris parrocbialis quod in locis taliter acquisitis sacerdos perciperet vel percipere posset, si res in statu solito permane-

ret . Quia vero non est in hominis potestate

omnia dampna et pericula per integrum previdere que ex nostra concessione possent ecclesie Sancti Pauli accidere in future, fratres de Ordine Vallis Scholarium, in manu nostra centum quadraginta libras parisienses posuerunt, ad emendum redditus ad opus presbiterum ecclesie Sancti Pauli, ut per hoc ab omni dampno valeant relevari. Hec autem ordinata sunt a nobis, salva subjectione, obedientia et reverentia nobis et successoribus nostris et ecclesie parisiensi débita, quam fratres promiserunt se nobis in perpetuum impensuros, salva sui Or-

dinis disciplina . Actum anno Domini 12290,

mense septembri.n (Arcli. nat., S. 101 3 b.)

(3) En 1 433, les prétentions du curé de Saint- Paul nécessitèrent une nouvelle sentence arbitrale, en date du i5 juin, par laquelle il fut ordonné que «de là en avant , par chascun an , aux quatre termes en l’an à Paris accoustumés, pour et ou lieu de sa quarte etcanonicque portion des offrandes et autres oblacions advenans en ladicte esglise Saincte Katherine, lesdicts religieux paieront audict curé la somme de six livres parisis». (Ibid., S. io43, fol. 84.)

PRIEURÉ DE SAINTE-CATHERINE DU VAL DES ÉCOLIERS

Dans le courant de l’année 1229, saint Louis posa lui-même la première pierre (1) de l’église, qui fut construite, ainsi que le cloître et le couvent, grâce aux libéralités de ce prince, de la reine régente, des chevaliers du Temple et de plusieurs prélats^. L’église étant dédiée sous le vocable de Sainte-Catherine, le monastère

fut désigné sous le titre de Prieuré de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers.

Saint Louis, non content d’avoir aidé les Sergents d’armes dans l’accomplissement de leur vœu, voulut encore pourvoir aux besoins du couvent. Il le dota de trente deniers par jour et de divers revenus en nature pour assurer la subsistance des frères (3). 11 consacra en outre une rente annuelle de vingt livres parisis

ll) Sur deux bas-reliefs placés à l’entrée du Prieuré, au cours du xive siècle, la fondation de l’église était rappelée par les inscriptions suivantes :

A LA PRIERE DES SERGENS DERMES, MONSIEUR SAINT Lots fonda cette eglise et y mist la première pierre ,

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