LOUIS POTIER + FRANÇOIS + LOUIS DE GÈVRES
Mausolée de Louis Potier. — Épitaphes de François et Louis de Gèvres (1).
A 1 entrée de la nef de la chapelle, du côté droit, contre le mur qui fermait la partie inférieure de l’arcade, s’élevait le mausolée de Louis Potier, sculpté par Le Hongre^.
Le défunt était représenté par une statue de marbre blanc, à genoux, les mains jointes, devant un prie-Dieu garni d’une draperie, qui portait un livre
ouvert et derrière lequel se trouvait un
{l> Réduction d’une estampe de Millin. ( Les Célestins, pl. IX; Biosse sculp.)
Il existe un dessin en noir et en couleurs de ce même monument dans tes Tombeaux de Gaignières (Clairambault), fol. 21.
Les écussons que l’on voit sur l’estampe de Millin sont ceux de la famille de Rochefort. C’étaient des ornements mobiliers servant pour les cérémonies funèbres, non des sculptures murales, puisque les écussons qui figurent dans le dessin de Gaignières, exécuté près d’un siècle avant la gravure de Millin, sont ceux des Potier de Gèvres.
(2) C’est Guillet de Saint-Georges qui nous ap-
beaume
prend , dans son Eloge d’Etienne Le Hongre , que la statue et le bas-relief avaient été exécutés par ce sculpteur. ( Mémoires inédits sur la vie et les œuvres des membres de l’Académie royale, t. I, p. 370.)
(3> La statue de Louis Potier est mentionnée dans le Journal de Lenoir comme ayant été portée au Dépôt des Petits-Augustins :
« 58. Des Célestins. La statue à genoux et en marbre blanc d’un duc de Gèvres, représenté en habit de guerre et vêtu d’un manteau. »
On la trouve cataloguée, ainsi que le bas-relief du mausolée, dans la Notice succincte de 1793 : rr 6. Des Célestins. Un bas-relief en cuivre doré
Cette statue était placée sur un entablement de marbre, soutenu par un socle de marbre blanc orné de feuillages, et par un sarcophage de marbre noir avec applications de marbre serpentin, portant à ses extrémités deux petits génies assis et pleurants, qui tenaient des torches allumées et renversées. Sur le devant de ce mausolée était fixé un bas-relief de bronze encadré de marbre blanc et surmonté d’une tablette de marbre noir avec la devise du défunt en lettres dorées : Anin Régis et militis.
Le sarcophage reposait sur un piédestal élevé, en marbre blanc, avec soubassement incrusté de marbre rouge, et dont le dé formait un pilastre saillant, en marbre noir, sur lequel l’épitaphe de Louis Potier avait été gravée en lettres dorées :
899. — A LA LOUANGE DU DlEU DES ARMÉES ET A LA MEMOIRE DU MARQUIS DE Gesvres.
Passant, tu as devant les yeux la figure d’un gentilhomme de qui la vie
A ESTÉ SI EXERCÉE QU’lL ESTOIT IMPOSSIBLE QUE SA MORT NE FUT PAS GLORIEUSE.
Elle l’a conduit au lieu ou vont les hommes, mais elle l’y a mené par
DES VOIES QUI NE LU Y SONT COMMUNES QU’AVEC LES PLUS GRANDS PERSONNAGES. Ses PREMIERS FAITS D’ARMES LUI ATTIRERENT LES ELOGES DU PLUS GRAND RoY DE LA TERRE, AU PLUS MEMORABLE SIEGE DE SON TEMPS. LOUIS LE JUSTE LE VIT COMBATTRE
devant La Rochelle en sa première jeunesse, et des lors il le jugea capable
DE LA GARDE DE SA PERSONNE, APRES L’AVOIR VU MILLE FOIS EXPOSER LA SIENNE POUR LES QUERELLES DU CIEL OFFENSÉ, ET POUR LA VENGEANCE DE LA ROYAUTÉ MESPRISÉE. Ces BEAUX COMMENCEMENS EURENT LEUR SUITTE; TREVES, MAESTRICHT,
Nancy, La Motte, Heidelberg, la bataille de Cure, Fontarabie, Hesdin, Aire, Bapausme, La Bassée, bref tous les SIEGES de son temps, tous les combats, TOUTES les rencontres, OU IL fut presque tousjours avec commandement, purent A peine suffire a la noble ambition d’un si grand cœur. Les ennemis
représentant une bataille gagnée par un duc de Gêvres.
ff 7 4. Du même lieu. Un jeune duc de Gêvres, en habit de guerre, h genoux devant son prie-Dieu, sculpté en marbre blanc, v
Dans le Musée des monuments français, Lenoir a décrit ces deux articles avec plus de détails :
frN° 176. Statue en marbre blanc de Louis Potier, marquis de Gêvres, fils de René et de Marguerite de Luxembourg, représenté à genoux et armé de pied en cap. Il est mort en août 1 64 3 , âgé de trente deux ans, au siège de Tliion ville, enseveli sous les ruines d’un bastion renversé par une mine. 11 avoit le corps couvert de trente deux blessures qu’il avoit reçues dans les divers combats où il s’est trouvé.
«Le bas-relief qui a été numéroté 242 dans
d’autres descriptions que j’ai publiées, représente le dernier combat dans lequel s’est trouvé Louis Potier de Gêvres; ou y remarque la Renommée qui publie ses exploits et les Parques qui s’apprêtent à trancher le fil de ses jours; on croit que ce basrelief est de Guillnin. r> (T. V, p. 68.)
L’existence du bas-relief n’est pas sans nous surprendre, puisque Lenoir, dans les Notes mss. de la Notice succincte de 1793, le signalait parmi les articles qui avaient été livrés à la fonte : «79. Des Célestins. Un bas-relief en cuivre doré représentant une bataille gagnée par un duc de Gêvres. n ( Archives du Musée, t. Il, p. 5g.)
La statue de Louis Potier est maintenant conservée au Musée de Versailles; quant au bas-relief, si réellement il n’a pas été fondu, nous ignorons ce qu’il est devenu.
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QUI l’ont eu plusieurs fois prisonnier, mais tousjours hors de combat pour
LE GRAND NOMBRE DE SES BLESSURES, L’ONT TOUSJOURS TRAITÉ COMME UN CAPITAINE QU’ILS CONNOISSOIENT A LEURS DESPENS; ILS ONT RESPECTÉ SA VALEUR, ENCORE PLUS QUE SA NAISSANCE, ET ILS ONT MOINS CONSIDÉRÉ EN LU Y LE SANG IMPERIAL
de Luxembourg que celuy qu’ils luy avoient vu répandre, surtout a l’attaque DE LEURS RETRANCHEMENS AU COMBAT DE SAILLY PROCHE D’ARRAS. La IL FIT DES CHOSES QUI EURENT PEU DE SES COMPAGNONS POUR TESMOINGS ET QUE TU N’AP- PRENDRAS QUE DES ANNALES DE FLANDRE, AFIN QUE TU LES PUISSES CROIRE. Tu ATTENDS LA FIN DE TANT DE BELLES ACTIONS; ELLE EST TELLE QUE TU LA PEUX IMA¬ GINER. Ce VAILLANT HOMME est MORT LES ARMES a la MAIN, ACCABLÉ de SES PRO¬ PRES LAURIERS, CHARGÉ DES LOUANGES DE SA PATRIE ET COUVERT DE LA TERRE DES ENNEMIS, DONNANT AVEC UNE VALEUR INCROYABLE DANS L’OUVERTURE D’UNE MINE OU IL VOULOIT FAIRE SON LOGEMENT ET PAR LAQUELLE IL VENOIT DE NOUS OUVRIR LA FAMEUSE PLACE DE ThIONVILLE; UNE SECONDE MINE VENANT A JOUER, IL TROUVA SON TOMBEAU DANS LA RUINE D’UN BASTION SOUS LA CHUTE DUQUEL IL FUT GLO¬ RIEUSEMENT enveloppé. Passant, un grand homme de guerre pouvoit il avoir UNE PLUS HONORABLE SEPULTURE! Si TU ES FRANÇOIS, DONNE DES LARMES A UN CAVALIER QUI A DONNÉ TOUT SON SANG A LA GRANDEUR DE CET ESTAT ET QUI EST MORT A TRENTE DEUX ANS, PERCÉ DE TRENTE DEUX BLESSURES. C’EST CE QU’lL DE¬ MANDE DE TA PIETÉ, PUISQUE D’AILLEURS IL EST CONTENT DE SA DESTINÉE ET QU’lL AIMA MIEUX SE PERDRE, EN AIDANT A NOUS ACQUERIR L’UNE DES PLUS FORTES PLACES
de l’Europe, que de se conserver pour la charge de mareschal de France qui
LUI ESTOIT PROMISE AU RETOUR DE CETTE GLORIEUSE EXPEDITION QUI FINIT SES TRAVAUX AVEC SA VIE, ELLE A ESTÉ ASSEZ LONGUE PUISQUE ELLE A ESTÉ FORT IL¬ LUSTRE. TU FRIERAS POUR SON AME, SI LA TIENNE EST SENSIBLE AUX BELLES AC¬ TIONS; C’EST A QUOI TE CONVIE MESN ARDIERE , PLEIN DE DOULEUR ET DE REGRET, COMME TU LE DOIS ESTRE TOI MESME. MDCXLIII.
Mss. A2, p. 202; — F3, p. 107; — Piganiol, t. IV, p. 235.
Sur les côtés du piédestal du mausolée de Louis Potier, son frère, Léon Potier, avait fait placer deux tables rectangulaires de marbre noir, encadrées par des moulures de marbre blanc, sur lesquelles étaient gravées en lettres dorées les épitaphes de deux de ses fils.
A gauche, on lisait celle de François de Lèvres :
1100. — A LA GLOIRE DE JESUS CHRIST ET A LA MEMOIRE DE FRANÇOIS DE GeS- VRES , CHEVALIER DE MALTE, FILS DE TRES HAUT ET TRES PUISSANT SEIGNEUR, MON¬ SEIGNEUR LE DUC DE GESVRES, PAIR DE FRANCE, CHEVALIER DES ORDRES DU Roi, PREMIER GENTILHOMME DE LA CHAMBRE DE SA MAJESTÉ ET GOUVERNEUR DE PARIS.
S’estant dévoué, des sa jeunesse, a la defense de la religion chrestienne, [il] se rendit a Malte, a l’age de xvii ans, pour y faire ses caravanes; il donna
AUSSITOST DES MARQUES DE SON COURAGE CONTRE LES INFIDELES PENDANT PLUSIEURS COURSES QU’lL FIT EN MER. Le GRAND MAISTRE LUY AYANT PERMIS D’ALLER AVÉC D’AUTRES CHEVALIERS ASSISTER LES VENITIENS ET LEUR AIDER A CHASSER LES TURCS DE MORÉE, CE FUT DANS CETTE EXPEDITION SI PERILLEUSE QUE CE JEUNE CHEVALIER FIT DAVANTAGE PARAITRE SON INTRÉPIDITÉ, SON ARDEUR ET SON ZELE POUR LA FOI,
A LA PRISE DE PLUSIEURS PLACES ET COMBATS CONTRE LES ENNEMIS DU NOM CHRES- TIEN, OU IL SE TROU VOIT TOUJOURS DANS LES ENDROITS OU LE DANGER ESTOIT PLUS GRAND; DE SORTE QU’APRES PLUSIEURS ACTIONS DE VALEUR, IL FUT UN DE CEUX QUI MONTERENT LES PREMIERS A L’ASSAUT, LORSQUE LES CHRESTIENS SE RENDIRENT MAISTRES DE LA VILLE DE CORON, ET CE FUT SUR LA BRECHE DE CETTE IMPORTANTE PLACE QU’IL RENCONTRA UNE MORT GLORIEUSE POUR SA MEMOIRE, MAIS TRES DOU¬ LOUREUSE POUR CEUX QUI ONT CONNU SES VERTUS. SON CORPS SE TROUVA PARMI LES MORTS AYANT ENCORE A LA MAIN SON EPÉE QUI ESTOIT DANS LE CORPS D’UN OFFICIER TURC ETENDU AUPRES DE LU Y. Il EUT LA RECOMPENSE QU’lL AVOIT TOU¬ JOURS DESIREE DÇ MOURIR POUR LA FOI DE JESUS CHRIST, QUI FUT EN L’ANNÉE MDCLXXXV, AGÉ DE XXI ANS (1).
Piganiol, t. IV, p. 23y.
A droite , on lisait celle de Louis de Gèvres :
901. — A LA GLOIRE DE DlEU ET A LA MEMOIRE- DE LOUIS DE GeSVRES, MARQUIS DE GANDELUS, QUI, A L’EXEMPLE DE SES ILLUSTRES ANCESTRES A PASSÉ LE PEU QU’lL A EU DE VIE DANS LES ARMÉES, ET ENFIN S’EST HEUREUSEMENT SACRIFIÉ POUR LE SERVICE DE SON Roi. A ÉAGE DE XVII ANS, IL FUT ENSEIGNE COLONEL DANS LE REGI¬ MENT du Roi, ensuite capitaine, et, Apres avoir commandé le régiment d’Al-
BRET, IL FUT COLONEL DU REGIMENT ROYAL DES VAISSEAUX. PENDANT QUE LA GUERRE A DURÉ, IL N’Y A POINT EU D’OCCASIONS OU IL N’AIT ESTÉ DES PREMIERS A SE SIGNA¬ LER, SOIT AU SIEGE D’AlRE, DE COURTRAY, DE CAMBRAY, DE VALENCIENNES ET DE BOUCHAIN, SOIT EN PLUSIEURS AUTRES RENCONTRES, OU IL A DONNÉ DES MARQUES D’UNE VALEUR HEROÏQUE ET D’UNE EXPERIENCE CONSOMMÉE. QUAND LA PAIX FUT CONCLUE, NOTRE GRAND MONARQUE, CONNOISSANT SON MERITE, L’HONORA EN M DC LXXXVII DE LA COMMISSION D’INSPECTEUR GENERAL EN FRANCHE COMTÉ; l’AN- NÉE SUIVANTE, IL EXERÇA LA MEME COMMISSION EN ALSACE OU Sa MAJESTÉ LE FIT BRIGADIER DE SES ARMÉES. DANS TOUS CES EMPLOIS IL A FAIT PAROISTRE TOUJOURS BEAUCOUP DE CAPACITÉ ET UNE VIGILANCE EXTRAORDINAIRE. ENFIN, LORSQU’IL FAISOIT LES FONCTIONS DE SA CHARGE EN ALLEMAGNE ET QU’lL DONNOIT DES MARQUES D’UN COURAGE INTREPIDE DANS L’ATTAQUE d’ObERKIRCH, IL FUT BLESSÉ DE DEUX COUPS DE MOUSQUET DONT IL MOURUT, LE XVIII AVRIL M DC LXXXIX (2), AGÉ DE XXVIII ANS.
Comme il s’estoit toujours conduit avec beaucoup de sagesse et de pieté,
IL RENDIT l’AME DANS LES DISPOSITIONS d’un VERITABLE CHRESTIEN ET DANS UNE RESIGNATION ENTIERE A LA VOLONTÉ DE SON CREATEUR, MAIS REGRETTÉ GENERALE¬ MENT DE TOUT LE MONDE. SON CŒUR A ESTÉ APPORTÉ EN CE LIEU POUR REPOSER DANS LE TOMBEAU DE SES ANCESTRES. TRES HAUT ET TRES PUISSANT SEIGNEUR, MON¬ SEIGNEUR Leon Potier, duc de Gesvres, pair de France, chevalier des Ordres du Roi, premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, gouverneur de Paris, pere de ce jeune seigneur, a fait poser ce marbre, qui servira a la
POSTÉRITÉ d’un MONUMENT ETERNEL A LA VERTU D’uN SI DIGNE FILS ET A LA DOU¬ LEUR D’UN PERE SI GENEREUX.
Piganiol, t. IV, p. 238.
(1) François Potier, t le 1 8 juillet 1 685. (Le P. Anselme, Histoire généalogique , t. II, p. 772.) — (2) Ou le 2 4 avril. (Ibid.)
IMPRIMERIE NATIONALE
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