DU PALAIS
NOTICE HISTORIQUE
En l’année 12 36, les barons de l’empire latin de Constantinople, pressés par la nécessité, avaient du, pour se procurer des ressources, donner en gage aux
(I) Reproduction d’une restitution exécutée d’après une estampe de Jean Boisseau et publiée par Guilhermy dans son Itinéraire archéologique de Paris. (Ch. Fichol del., Guillaumot sculp. ; p. 3oi.)
L’un des documenls ies plus instructifs pour l’histoire et l’organisation de la Sainte-Chapelle est le rrRepertoire ou déclaration abrégée de tout l’estât de la Saincte Chapelle du Palais royal de Paris, tant en spirituel comme temporel, depuis et dès avant sa première constitution ou fondation jusques à l’an 1/167 inclus , rassemblé et composé à la vérité que bonnement a esté possible par maistre Jehan Mortis, conseiller du Roy en Parle¬
ment, chantre et chanoyne de ladicte Saincte Chapelle. « (Arch. nat., LL. 627.) Cet utile travail a été largement mis à contribution par Du Breul, qui en a transcrit ou résumé toutes les parties essentielles.
Il convient de signaler aussi comme fort intéressants ou point de vue historique et biographique les rrMémoires pour servir à l’histoire de la Sainte- Chapelle du Palais royal, à Paris, recueillis par Me Gilles Dongois, chanoine de la meme eglise, reveuz et mis en ordre après son decez par l’abbé Charles Du Tronchay, 1709. «(Arch. nat., LL. 63o.)
Le chanoine Morand, dans son Histoire de la
Vénitiens la Sainte Couronne d’épines W. Saint Louis, avisé de ce fait par l’empereur Baudoin II, s’empressa de payer la somme nécessaire pour désintéresser les créanciers, et l’empereur reconnaissant lui lit don de la relique, qui fut apportée solennellement à Paris, le j8 août i23q, et déposée provisoirement au Palais, dans l’ancienne chapelle de Saint-Nicolas, bâtie d’après la tradition vers l’an io3o, par le roi Robert, et reconstruite au siècle suivant par Louis le Gros(2). Deux ans après, Baudoin céda à saint Louis une partie de la vraie croix et
Sainte-Chapelle royale du Palais à Paris (1790, in-4°), a reproduit presque intégralement les détails historiques des Mémoires de Dongois, en se bornant à les compléter sur certains points et à y joindre une volumineuse série de pièces justificatives, réimprimées pour la plupart d’après Félibien. (T. III , p. 1 19-160.)
D’autre part, on peut consulter avec profit les anciens inventaires méthodiques des Archives de la Sainte-Chapelle. (Arcli. nat., S. 974-977.)
(1) L’engagement avait été renouvelé le 4 septembre 1238, à Nicolas Quirino, par le baile, le connétable et le maréchal de l’Empire. (Arch. nat., Musée étranger, n° 187.)
(2) La question de l’origine des chapelles primitives du Palais est toujours restée fort obscure, et il n'est guère possible de la récoudre maintenant en l’absence de documents suffisamment précis. D’après Dubois, c’est bien au roi Robert qu’il faudrait attribuer la fondation de l’oratoire de Saint-Nicolas : rcHegaldus, scriptor gestorum Roberti regis, sic loquitur, enumerans ecclesias quas rex Robertus struxit : Ædificaeit in civilate Parisius ecclesiam in honore sancti Nicolai, pontijicis , in Palatio. n ( Ilis toria Ecclesiœ parisiensis , t. II, p. 353.)
Un diplôme de Louis le Jeune, de l’année 1160, constate que celle chapelle avait été restaurée par Louis le Gros, qui l’avait pourvue d’un chapelain :
rrln nomine sancte et individue Trinitalis, amen. Ego Ludovicus, Dei gratia Francorum Rex : Notum facimus universis presentibus quod pater meus bone memorie, Rex Ludovicus, anime sue consulens, in honore beati confessons Nicolai Parisius in Palatio capellam constituit et de sacerdotis ibidem servituri sustentalione magnifiée providit. Noseliam, obteutu remissionis peccatorum nostrorum, ipsum beneficium cappellano Sancti Nicolai attributum conscribi feceramus; sed eandem negligenlia corruptam rénovantes cartulam, conslituimus capellano duos modios frumenti apud Villam Novam habendos in feslo sancti Remigii; Parisius,
in trelia nostra rétro Palatium, sex modios vini ; ubi, si vinum defuerit, de haubanno noslro precipimus reddi; de redditu commensariorum in Natali decem solidos, in Pascha decem,ad Pentecosten similiter decem. . . Actum publiée Parisius anno Incarnationis dominice 1160°, regni vero nostri 24°. n (Arch. nat,, L. 618; — Morand, Histoire de la Sainte-Chapelle , Pièces justificatives , p. 2.)
La chapelle de Saint-Nicolas devait être située dans la cour du Palais, à l’endroit même où s’éleva la Sainte-Chapelle; telle est du moins l’opinion de Félibien, du chanoine Gilles Dongois et de Jaillot. Cette hypothèse se trouve pleinement justifiée par ce fait, que le chapelain de Saint-Nicolas fut attaché avec son bénéfice au service de la Sainte-Chapelle, ce qui implique la disparition préalable de l’oratoire qu’il desservait.
Mais il y avait encore dans l’enceinte du Palais une autre chapelle, dite rrde Notre-Dame^, dont l’existence est également constatée par un diplôme de Louis le Jeune, de l’année 1 1 5 4 :
Mil nomine sancte et individue Trinitatis, amen. Ego Ludovicus, Dei gratia Francorum Rex: Sciant universi, présentes et futuri, quod in honore Beate Marie , matris Domini , Parisius , in domo nostra oratorium quoddam contruximus, in cujus dedicatione, pro viclualibus sacerdotis in capella eodem servienlis dolem asdguavimus et annualem redditum apud Gonessam duos modios frumenti in festivitate sancti Remigii. sex modios vini de haubanno, triginla solidos parisienses de censu apud Bantels, adluminare et servitium capelle. Prelerea, quoliens et quamdiu Rex sive Regina sive etiam proies regia in Palatio fuerint Parisius, capellanus qui in capella Beate Marie servierit, quattuor panes etdimidium vini sextarium et tesam candele et duos denarios quolidie habebit pro coquina; omnes vero oblationes ejusdem capelle habebit capellanus. Sed cum missam audierimus ibidem, capellani, qui curiam sequuntur, medielatem oblationum habebunt; et, si Regina affuerit, suus capellanus
SAINTE-CHAPELLE ROYALE DU PALAIS
plusieurs autres reliques de la Passion, qui lurent transportées de même à Paris et réunies à la Couronne d’épines, le 1 h septembre 1 2 h 1 d). Mais le roi jugea que
tertiam partem offerende habebit; et, cum Regina sine nobis missam audierit, capellanus suus unam habebit medietatem de offerenda, et alteram qui assiduus est in capella. Quod, ut ratum sit etindubitabile, sigiilo nostro muniri et nominis nostri cbaractere insigniri precepimus. Actum publiée Pari-
sius, anno dominice Incarnationis 11 54° . »
(Arcli. nat., L. 618; — Félibien, t. III, p. 1 19.)
Dubois supposait que cet oratoire devait être dans la maison même du roi et lui servir de chapelle particulière. Cette hypothèse est assez vraisemblable , étant donné surtout que , d’après le diplôme de Louis le Jeune, une part des offrandes était réservée aux chapelains ordinaires du roi et de la reine, lorsque ceux-ci assistaient à la messe; cette réserve paraît toute naturelle s’il s’agit de la chapelle domestique du souverain. De plus, dans ce diplôme, la chapelle de Notre-Dame est dite in domo nostra , tandis que, dans l’autre, celle de Saint-Nicolas est indiquée in Palatio.
Édouard Fournier considérait aussi la chapelle de Notre-Dame comme l’oratoire particulier des rois, mais suivant l’opinion de Félibien il était porté à croire qu’elle ne formait qu’un seul et même édifice avec la chapelle de Saint-Nicolas.
tr Cette chapelle, écrivait-il, était double, comme le fut ensuite la Sainte-Chapelle, et peut-être, par conséquent, y faudrait-il voir ce que nous avons déjà tant cherché, en bas la chapelle de Saint- Nicolas, où Louis le Gros avait mis des chanoines, en haut l’oratoire de la Vierge, fondé par Louis le Jeune. Ces deux petits sanctuaires superposés ne disparurent qu’en 1778, avec la tour de Montgomery, leur voisine, » (Paris à travers les âges, Le Palais de Justice, p. 8.)
Pour notre part, nous croyons avec Dubois que les deux oratoires étaient absolument distincts, et nous trouvons une preuve de ce fait dans la façon même dont furent conservées les reliques avant l’achèvement de la Sainte-Chapelle. Ainsi que le constatent les historiens, elles avaient été placées tout d’abord dans la chapelle de Saint-Nicolas. Mais, comme l’observait le chanoine Morand, trou ne voit point dans quel oratoire ces reliques furent déposées, pendant l’intervalle de temps qui s’écoula pour construire la Sainte-Chapelle au lieu de la chapelle de Saint-Nicolas, jusqu’en ia48 que les-
dites reliques furent déposées à la Sainte-Chapelle.'''’ (Histoire de la Sainte-Chapelle , p. 27.)
Il est probable que saint Louis , au moment de la destruction de la chapelle de Saint-Nicolas, transféra les reliques dans son propre oratoire. Telle est 1 0pinion de Jaillot, qui écrivait à ce sujet :
rr Guillaume Cornu, archevêque de Sens, qui présida à la cérémonie de la susception de la Sainte Couronne, et qui nous en a laissé une relation, après avoir dit qu’elle fut apportée dans la Chapelle royale de Saint-Nicolas, ajoute qu’ensuite il ne fut plus permis de la voir, ex causis aliquibus. Quelles purent être ces raisons? Quel fut le motif d’un roi aussi pieux que saint Louis pour ne pas permettre aux fidèles la contemplation d’un précieux instrument de la Passion de Jésus-Christ, si ce n’est que voulant le placer dans un lieu plus convenable que celui où il étoil déposé, il le lit transférer dans sa chapelle particulière et lit détruire celle de Saint- Nicolas pour en construire une autre à sa place. « (T. I, art. 1, p. 10. )
D’après M. Bournon, la chapelle de Saint-Nicolas et ne paraît pas avoir été autre chose qu'un autel portatif, situé dans la Grande salle du Palais. . . : on y célébrait, chaque année, la messe de rentrée appelée messe rouge. « (Rectifications , t. I, p. 1 4 4 .)
C’est là une hypothèse absolument erronée, qui avait été d’abord émise par Piganiol. rrLa Grande salle du Palais, écrivait cet historien, occupe la place d’une chapelle que le roi Robert avait fait bâtir sous l’invocation de Saint-Nicolas. C’est en mémoire de cette ancienne chapelle que celle qui est à un des bouts de celte salle est encore sous l’invocation du même saint.» (T. II, p. 5.)
Pour dissiper toute équivoque, il suffit de remarquer que la chapelle de Saint-Nicolas existait déjà en 1160, tandis que l’oratoire de la Grande salle ne fut établi que plus d’un siècle après, lorsque le Palais devint le siège définitif du Parlement. D’ailleurs, cet oratoire relevant du curé de Saint- Rarthélemy ne pouvait être celui dont le chapelain avait été attaché par saint Louis au service de la Sainte-Chapelle.
(1) Cette donation était constatée par des lettres de l’empereur Baudouin, scellées d’une bulle d’or, qui donnaient la nomenclature des reliques cédées à saint Louis. Du Breul a publié le texte de ces
le modeste oratoire de Saint-Nicolas, desservi par un seul chapelain, ne convenait pas à d’aussi précieux trésors; il le lit démolir et chargea l’architecte Eudes de Monlereau d’élever, sur son emplacement, un monument plus digne des reliques, qui devait être la Sainte-Chapelle.
Avant même que la construction du bâtiment fût achevée, saint Louis s’était préoccupé d’assurer pour l’avenir la célébration des services religieux dans la nouvelle chapelle. Par la charte de fondation du mois de janvier 12/16, il avait institué cinq principaux chapelains prêtres et deux marguilliers, diacres ou sousdiacres, et prescrit que les chapelains eussent avec eux un sous-chapelain prêtre et un clerc, diacre ou sous-diacre. A titre de bénéfice, il avait attribué à chacun des principaux chapelains vingt livres parisis de rente annuelle, à prendre sur la Pré voté de Paris, en sus des revenus de l’ancienne chapellenie de Saint- Nicolas (1); une rente annuelle de quinze livres était alfectée à chaque marguillier. De plus, tout le personnel sans exception participait, en raison de l’assistance aux offices, à des distributions manuelles d’argent, proportionnées au rang de chacun et prélevées sur le produit des offrandes. Les principaux chapelains devaient chaque semaine, à tour de rôle, assurer le service religieux dans la chapelle haute, y passer la nuit pour garder les reliques et pourvoir à la dépense du luminaire, au moyen de la rente spéciale provenant de l’ancienne chapelle. Une partie des offrandes était d’ailleurs réservée pour cet entretien, ainsi que pour la réfection et la réparation des verrières. Quant à la livrée quotidienne que Mathieu, l’ancien chapelain de Saint-Nicolas, recevait à titre de commensal de la maison du roi, elle lui était conservée sa vie durant, et après sa mort c’était le chapelain semainier qui devait en bénéficier. L’un des principaux chapelains ou des sous-chapelains, assisté d’un clerc, était tenu de célébrer les offices dans la chapelle basse.
En confirmant cette fondation par d’autres lettres du mois d’août 12/18, saint
lettres , avec la riale du mois de juin 1 2 47, tandis que d’après un Inventaire des titres de la Sainte-Chapelle, elles seraient de 1 2 A 1 . (Arcli. nat. , S. 976.)
Dans un vidimus de ces lettres, le motSeplimo est corrigé en marge par Primo. ( Ibid. , L. 620 , n° 1.)
Mais aucune de ces dates ne correspond à celle de l’acte : Imperii nostri anno octavo , qui se réfère à l’année 12 44.
(1) Il est dit dans la charte de fondation, à propos du chapelain de Saint-Nicolas :
ffOrdinamus ut in eadem capella sint quinque presbyteri principales, sive magistri capellani, computato illo qui capelle veteris beneficium obti-
nebat . De consensu quoque Mattbei presby-
leri, qui predicte veteris capelle nostre beneficium
obtinebat, cui spontaneus cessit et renunciavit expresse, volumus et concessimus quod totum illud beneficium cum omnibus ejus proventibus, oblationibus ad manus presbyterorum in missis venienlibus et emolumentis, sicut in litteris clare memorie regis Ludovici, atavi nostri et regis Ludovici, proavi nostri , plenius continetur, cédât in augmenlum quinque capellaniarum predictarum et inter predictos quinque principales capellanos equaliter dividalur.î) (Arch. nat., S. 9 4 3 ; — Félibien, t. III, p. 120.)
Il est bien évident, d'après ce texte, que la construction de la Sainte-Chapelle avait provoqué la suppression de l’oratoire de Saint-Nicolas, ainsi que nous l’avons précédemment avancé.
SAINTE-CHAPELLE ROYALE DU PALAIS
Louis établit un nouveau marguillier-prêtre, qu’il mit, ainsi que ses deux collègues, sur le pied d’égalité avec les chapelains, en portant le revenu annuel des uns et des autres à vingt-cinq livres. Il ordonna que si le produit des offrandes n’était pas entièrement absorbé par les distributions, les dépenses du luminaire et l’entretien des vitraux, le reliquat serait mis en réserve pour servir aux besoins de la chapelle; si, au contraire, il était insuffisant, le Trésor royal devrait fournir le supplément nécessaire. Enfin, pour maintenir le bon ordre dans le clergé de la Sainte-Chapelle, il décida que l’un des chapelains ou marguilliers serait désigné par les rois pour en être le chef, sous le titre de maître-chapelain, et que tous lui devraient obéissance. 11 attribua à ce dignitaire, comme émoluments de sa charge, un revenu spécial de quinze livres et une double part dans les distributions aux fêtes doubles et annuelles.
En 1266, pour accroître les ressources des bénéficiers et assurer la répartition quotidienne du pain, il gratifia les chapelains et marguilliers de huit muids de froment à prendre chaque année sur les revenus en grains de la Prévôté de Sens, qui s’ajoutèrent aux quatre muids de Gonesse et de Villeneuve, dont ils étaient déjà en possession comme provenant des deux anciennes chapelles du Palais.
Enfin, au mois de juin 1270, saint Louis accorda au maître-chapelain une double part aussi bien dans les gros fruits que dans les distributions, sans préjudice de la rente personnelle qu’il lui avait précédemment attribuée W. A la même époque, il se préoccupait, pour assurer la stabilité et la perpétuité de ces diverses fondations, de constituer au clergé de la Sainte-Chapelle une dotation annuelle de sept cents livres, en déchargeant la Prévôté de Paris et le Trésor royal de cette dépense; mais il mourut sans avoir réglé cette question.
Philippe le Hardi, par ses lettres du mois de septembre 1275, augmenta la livrée du chapelain semainier, et, désireux de réaliser le vœu de son père en ce qui concernait l’assiette des rentes, il ordonna, par d’autres lettres du mois de mai 1278, que les sept cents livres seraient désormais prélevées sur les revenus de l’arche du Grand- Pont et des Halles et sur le Tonlieu, et payées au Temple par le garde du Trésor royal, moitié à l’Ascension, moitié à la Toussaint.
Au mois de février 1286, Philippe le Bel abandonna aux ecclésiastiques, pour servir à la distribution du vin, les produits des offrandes, aumônes et dons casuels faits à l’occasion des reliques et que saint Louis s’était réservés; il confirma en même temps l’attribution au maître-chapelain d’une double part dans les re-
La faveur accorde'e au maître-chapelain avait dû provoquer des difficultés, puisque le roi crut nécessaire de la justifier :
ff Addimus insuper nunc et precipimus quod magisler capellanus qui pro tempore ipsius capelie reliquiarum et personarum omnium curam gerit,
seu geret in posterum, pro ceteris in omnibus ex nunc et deinceps duplum percipiat tam in distributionibus, quam in grosso; dignum est enim ut qui in sollicitudine precedit et onere, in emolumento ceteris preferatur et honore.* (Morand, Histoire (le la Sainte-Chapelle , Pièces justificatives , p. i4.)
venus. Celle faveur avait suscité entre Je maître et les autres chapelains des contestations qui furent terminées, en 1290, par un accord amiable; le maîtrechapelain conserva le droit de prélever la double part dans les gros fruits et distributions en renonçant à celle du pain et des offrandes.
En l'année i3iA, Philippe le Del ordonna par son testament la fondation de quatre nouvelles prébendes, qui devaient être égales à celles déjà établies. De plus, il donna au maître-chapelain le titre de trésorier, en le chargeant de la répartition de tous les revenus, et aux chapelains le titre de chanoines W.
Au mois d’avril 1 3 1 8 , Philippe le Long, pour assurer l’entretien du luminaire et de tout ce qui était nécessaire au service religieux, octroya au trésorier quatre cents livres parisis de rente à prendre sur les Echiquiers de Rouen, et dont l’emploi devait être justifié chaque année à la Chambre des Comptes.
Le même roi, par ses lettres patentes du mois de juin 1 3 1 8 , confirma Rétablissement des quatre nouveaux chanoines ordonné par son père et en institua un cinquième, en leur attribuant un bénéfice égal à ceux des huit premiers. Pour que les rentes de la Sainte-Chapelle fussent régulièrement payées à l’avenir, il décida qu elles seraient prélevées sur les fermes féodales et les recettes des bailliages et vicomtés de Bayeux et de Caen; si ces revenus étaient insuffisants ou venaient à manquer, le Trésor royal était tenu de les compléter ou de les remplacer par d’autres d’égale valeur^. En même temps, le roi prit sous sa protection et sauvegarde spéciale les chanoines et chapelains et les serviteurs de la chapelle, ainsi que leurs familles et leurs biens.
Par d’autres lettres du même mois, Philippe le Long, en vue d’assurer aux cinq nouveaux chanoines les distributions de pain, gratifia la communauté de dix muids, huit setiers et cinq boisseaux de froment, à la mesure de Paris, quelle devait prendre dans les greniers de Sens, en sus de ceux quelle percevait déjà, et il remplaça par deux autres muids de Sens ceux qui lui avaient été attribués sur le Châtelet. Par ses lettres du 8 juillet i3iq, il institua une nouvelle dignité, la Chantrerie. Le titulaire de cet office, choisi parmi les chanoines, était tenu de diriger et de surveiller tout ce qui concernait le service religieux,
,l) C’est du moins ce qui résulte des lettres patentes de Philippe te Long , du mois de juin 1 1 8 :
rrDominus et genitor noster carissimus, dominus
Philippus . volens eosdem magistrum capella-
mun capellæ prælictæ et atios principales capella- 110s ejusdem honorare quodam modo, dictum magistrum capellanum capellæ prædictæ thesaurarium, et merito tanquam tanti Thesauri sicut diclarum relliquiarum custodem et ministrum, et diclos capellanos principales canonicos appeliavit. * (Arch. nat. , J. 1 5 5 ; — Félibien, t. III, p. 127.)
Gilles Dongois prétend que le titre de trésorier figurait pour la première fois dans les lettres d’amortissement de l’acquisition de Montreuil, accordées à la Sainte-Chapelle, en ia88, par Philippe le Bel. (Mémoires sur la Sainte-Chapelle, p. 43.)
(2) Toutefois, comme Philippe le Bel avait précédemment accordé la jouissance de ces revenus à la veuve de Philippe le Hardi, sa vie durant, le roi, par ses lettres patentes de décembre 1 3 1 8, assigna les rentes de la Sainte-Chapelle sur les recettes du sceau des foires de Champagne et de Brie. (Arch. nat. , J. 1 55. )
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et d’être continuellement présent dans la chapelle, à tous les offices de jour et de nuit. A titre d’émoluments de sa charge, le roi lui accorda, par des lettres patentes du mois de mars i32o, une indemnité annuelle de cinquante livres qui devait être payée sous forme de distributions au chœur. Au mois d’août suivant, il obtint du pape Jean XXII la réunion à la Sainte- Chapelle de trois cures du diocèse de Coulances, dont les revenus devaient permettre de pourvoir à l’entretien des chapelains et des clercs.
Comme les cinq prébendes récemment fondées se trouvaient insuffisamment dotées, Charles le Bel, par ses lettres du mois de juillet 1827, y ajouta cent livres parisis, à prendre tous les ans sur la vicomté de Baveux. Mais les guerres avec les Anglais privèrent fréquemment les chanoines d’une notable partie de leurs rentes, et les rois, pour les dédommager de ces pertes, furent obligés de leur assigner d’autres revenus. C’est ainsi qu’en septembre iâo3, Charles VI leur octroya une rente de huit cent trente-cinq livres, quatorze sous, cinq deniers, à prendre annuellement sur cinquante forges et cinquante changes sis au Pontau-Change et sur onze loges ou étaux adossés au gros mur du Palais, vis-à-vis l’église de Saint-Barthélemy, jusqu’à la tour de l’Horloge. En vue de remédier au relâchement qui s’était introduit dans la célébration des offices, par suite du défaut de distributions régulières, ce même roi fonda, par ses lettres du 6 octobre 1Û02, les petites heures canoniales, pour lesquelles il constitua une dotation spéciale sur la terre et seigneurie de Picauville, en Normandie, sur la recette de Senlis et sur diverses maisons de Paris.
Durant la première moitié du xve siècle, les produits des fermes de Normandie se trouvèrent presque totalement anéantis par le fait des guerres. Charles Vil désireux de subvenir aux besoins du clergé sans grever le Trésor royal lui attribua pour trois ans, par ses lettres du 10 décembre 1 6 3 8 , tous les revenus des archevêchés et évêchés qui se trouveraient en régale, et il confirma cette concession à diverses reprises jusqu’à la fin de son règne. Louis XI la renouvela par ses lettres du ik septembre iû65,sous cette réserve qu’une moitié des fonds serait remise au trésorier pour le payement des gros fruits et distributions et que l’autre devrait être employée d’un commun accord par la Chambre des Comptes et par les chanoines à l’entretien et aux réparations de la Sainte- Chapelle et des maisons qui en dépendaient dans l’enclos du Palais.
Après Louis XI, le don des régales, prorogé pendant près de deux siècles par les rois de France, ne fut pas toujours suffisant pour subvenir aux dépenses de la Sainte-Chapelle. Charles VIII dut ordonner à la Chambre des Comptes, par ses lettres du h mars 1 6 8 5 , de prélever sur les revenus du domaine royal l’argent nécessaire aux réparations. La Chambre, par une ordonnance du 16 octobre 1 5 6 5 , affecta une somme de deux mille cinq cents livres, provenant des reliquats des comptes, à l’achat d’ornements, et, le 29 août 1569, Charles IX y consacra 11. 56
JMl'P.lMEIVIE NATIONALE.
six mille livres parisis sur les produits des confiscations. Dans les dernières années du \vie siècle, le clergé fut même obligé, pour subvenir à ses besoins, d’aliéner une partie du temporel.
En 1 6 4 1 , Louis XIII, par ses lettres patentes du mois de décembre, révoqua la concession des régales qu’il restitua aux archevêques et évêques, et, à titre de compensation, il réunit à la Sainte-Chapelle l’abbaye Saint-Nicaise de Reims, dont elle devait tirer désormais la majeure partie de ses ressources pécuniaires. Ces lettres furent enregistrées au Parlement le 7 février 16/12 et le 2 5 à la Chambre des Comptes, avec cette clause que les revenus de l’abbaye seraient employés dans les mêmes conditions que les régales.
Louis XIV, par ses lettres patentes du mois de mai 1 688, enregistrées au Parlement le 1 3 août, confirma la réunion à la Sainte-Chapelle de l’abbaye et des prieurés qui en dépendaient. Toutefois, comme ces lettres ne constituaient pas un titre canonique, il fit expédier un brevet le i5 mars 1690 et chargea le collège de s’adresser au Pape pour obtenir des bulles d’union. Mais la cour de Rome refusa de sanctionner la décision royale et d’admettre que les revenus d’un bénéfice ecclésiastique pussent être administrés par des laïques. Les démarches tentées pour triompher de cette opposition restèrent infructueuses, et le roi dut se résoudre à faire expédier, le 2/1 décembre 170/1, un nouveau brevet dans lequel il n’était plus question de la Chambre des Comptes. Le Pape autorisa alors l’union par sa bulle du 5 janvier 1711, fulminée le 17 juin suivant. L’extinction du titre de l’abbaye fut prononcée par de nouvelles lettres patentes du mois d’août, qui imposaient à la Sainte- Chapelle l’obligation d’acquitter les charges. Les i 8 mars et 1 9 avril 1712, l’archevêque de Reims et les religieux de Saint-Nicaise donnèrent leur consentement à ces mesures et le Parlement enregistra la bulle et les lettres le 3o mai. Toutefois, conformément à la première décision du roi, la Chambre des Comptes conserva l’administration d’une moitié des revenus de la manse abbatiale de Saint-Nicaise. Par des lettres patentes du 3 avril 1739, elle fut également chargée de régir les maisons et boutiques construites en 1 63o dans la rue Neuve-Saint-Loms, sur une partie des jardins des chanoines, et qui étaient devenues leur propriété, par suite de l’expiration des baux emphythéotiques.
Outre les dotations générales 6), qui lui avaient été constituées pour assurer la
(I) Le Mémoire de la Généralité de Paris, de 1700, constate que ala dignité de trésorier vaut 7,ooott de revenu; celui des canonicats est inégal, depuis 2,ooott jusqu’à 4,ooott. n (Ed. Boilisle, p. 26.)
En 1787 et 1788, les chanoines furent obligés de réduire leurs gros fruits de 1 ,2 oott à 8oott, pour pouvoir assurer les distributions des chapelains et des clercs.
D’après le compte général de l’année 1789, le revenu effectif de la Sainte-Chapelle s’élevait à 6o,4 i8tt, 9 s., 6 d., et la dépense à 69/128^ 1 s., 1 o d.; l'insuffisance des recettes s’élevait donc à 9,oo7tt, 12 s. (Arch. nat. , LL. 618, fol. 4i v° et 59.)
A peu près à la même époque, l’abbaye Saint- Nicaise de Reims figurait au chapitre de la recette pour une somme de 3i,3o8tt. (Ibid., S. 972.)
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perpétuité du service religieux, la Sainte-Chapelle avait encore des rentes affectées à des fondations spéciales, qui étaient acquittées soit par le clergé lui-même, soit par six chapelains perpétuels dont les bénéfices, comme ceux des chanoines, étaient à la collation du roi.
Au mois de décembre 1271, Philippe le Hardi avait fondé la chapellenie de Saint-Louis, en attribuant au titulaire vingt livres parisis de rente annuelle, moitié pour le gros et moitié pour les distributions. Au mois de février 1283, il le gratifia en outre d’une rente de trois livres parisis pour son vêtement. Philippe le Bel, par ses lettres du mois de juin 1 286, ajouta dix livres de revenu au gros de cette chapellenie.
En décembre 1289, ce même roi confirma la fondation de la chapellenie de Saint-Clément faite par Eudes, chapelain de Yincennes, qui avait légué à cet effet dix livres de rente pour le gros, et il ajouta douze livres pour les distributions. En 1 5 5 6 , le titulaire, Michel Durand, légua dix autres livres pour le gros.
E11 septembre 1291, Philippe le Bel approuva de même la fondation de la chapellenie de Saint-Biaise, faite par le trésorier Grégoire de Meulant, et, en octobre i3oi, celle de la chapellenie de Saint-Nicolas et de Saint-Louis faite par le jacobin Pierre de Coudé, qui étaient pourvues toutes deux de vingt livres de rente pour le gros et les distributions. En 1 3 1 6 , Michel de Bourdenay ajouta au revenu de la seconde vingt-neuf livres, cinq sous et deux deniers parisis.
En avril 1 3 1 8 , Philippe le Long fonda la chapellenie de Saint-Jean-l’Evangéliste, à laquelle il attribua vingt-quatre livres parisis de rente pour le gros et dix pour les distributions. Les services de ces cinq fondations devaient être célébrés dans la chapelle basse.
E11 juillet 1 3 3 9 , Philippe de Valois fonda la chapellenie de Saint-Venant à l’autel de la chapelle haute cpii se trouvait dans l’abside, sous les reliques, et il la dota d’une rente de quarante livres parisis, dont vingt-six pour le gros et quatorze pour les distributions.
En dehors du clergé ordinaire, le service religieux était célébré à certains jours de l’année par les Ordres mendiants qui, de ce fait, portaient le titre de chapelains perpétuels du roi et recevaient une rétribution spéciale. Saint Louis avait chargé lui-même les Mathurins et les religieux de Sainte-Catherine du Val des Ecoliers d’officier la veille et le jour de la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix. Au mois de mai i3ofi, les Augustins du grand couvent furent désignés par Philippe le Bel pour le jour de la Translation du chef de saint Louis et, en octobre i3oq, les Jacobins et les Cordeliers pour la fête de ce roi. En septembre i322, Charles le Bel attribua aux Carmes la fête de l’Invention de la Sainte-Croix.
Dans les dernières années du xvme siècle, lorsque les embarras financiers de la monarchie imposèrent au roi la nécessité d’alléger les charges du Trésor, Louis XVI estima qu’il convenait de supprimer les Saintes-Chapelles, sous pré-