AU MARAIS
NOTICE HISTORIQUE
Après avoir fondé le couvent des Filles du Calvaire du faubourg Saint-Germain, le P. Joseph Le Clerc du Tremblay voulut établir à Paris une seconde maison du même Ordre. Il obtint à cet effet le consentement de l’archevêque de Paris, le 25 mai 1 6 3 3 , et fit acheter dans le quartier des Marais du Temple, le 28 mai suivant^, plusieurs pièces de terres, jardins et marais, avec une maison autrefois connue sous le nom d’Hôtel de l’Ardoise, pour y construire le nouveau
(1) D’après le plan de Turgot
(2) Par quatre contrats en date de ce jour, M" Jacques Gorbin, avocat au Parlement, avait acheté' cinq pièces de terre, une maison et des terrains en marais, et il avait constaté par une déclaration spéciale que ces acquisitions étaient faites pour le compte des religieuses du Calvaire. Le 1 3 avril
1634, il dut payer aux chanoines de Sainte-Opportune, dans le fief desquels se trouvaient ces terres et maison, une somme de 7,5 06 livres 3 deniers, pour droits de lods et ventes, et il fut autorisé par eux à les rétrocéder aux religieuses , aux quellesles chanoines imposaient un cens annuel de quatre deniers parisis. (Arch. nat.,S. 4647.)
couvent. Par lettres patentes du mois de septembre 1 6 3 3 , enregistrées en Parlement le 7 septembre i635 ®, le Pmi autorisa la fondation projetée.
Le P. Le Clerc lit venir de la rue de Vaugirard douze religieuses qui s’établirent provisoirement, le 17 juin i634, dans une maison voisine de la propriété récemment acquise, que madame d'Emé avait fait accommoder pour elles et où elles furent conduites par la comtesse de La nocbe-Guyon el par madame de Verdun, femme du premier président au Parlement , en attendant la construction de leur monastère. Les habitants du Marais, peu favorables à ce nouvel établissement, présentèrent une requête pour l’empêcher, mais sans y réussir®. La construction fut commencée l’année suivante. Le cardinal de Richelieu, que le P. Le Clerc avait intéressé à son œuvre, fit poser la première pierre de l’église et du monastère avec une certaine solennité par sa nièce, madame de Combalet®. Au bout de deux ans, les bâtiments étaient à peu près terminés® et les religieuses eu prirent possession le 10 avril 1 G 3 7 . D’après les intentions du P. Le Clerc, le couvent devait porter le nom de la Crucifixion; mais, lorsque l’église fut dédiée, en iG5o, elle reçut le litre de la Transfiguration.
Outre les terrains acquis en 1 633 et qui leur avaient été définitivement adjugés par décret des Requêtes du Palais, le 7 août 1 G 3 5 , pour la somme de vingtdeux mille livres ®,les religieuses avaient obtenu du Bureau de la Ville, le 1 7 mars i63ù, un emplacement sur la rue Saint-Louis contigu à leur propriété®, et, le
(1) Le texte de l’arrêt d’enregistrement a été publié par Félibien. (T. V, p. 97.)
(2) Histoire de l’établissement delà congrégation du Calvaire, p. 278.
(3) G allia christiana, t. VII, p. 655. tr L’eglise , bastie de pierre de taille , est croisée
el couverte d’ardoise, qui n’est encore parachevée, non plus que le couvent, quoyque les religieuses y soient desja logées», écrivait Malingre en 1 6/10.
<5) JailioL rappelle, d’après Sauvai, «qu'il arriva bien des différends pour l'établissement de ces religieuses », et il ajoute : «Cela ne doit s'entendre que par rapport à l’emplacement de leur monastère, que quelques particuliers prétendoient revendiquer.'» (T. III, art. xiv, p. 10.)
Cette explication manque absolument de précision. Voici le fait qui a provoqué l’observation des deux historiens. Jacques Corbin avait acquis, ainsi qu’il a été dit, les terrains destinés à l'emplacement du couvent pour le compte des religieuses; mais, tandis qu’il en était encore détenteur, l’un de ses créanciers, Jean Des Granges, les fit saisir; c’est à la suite de cette saisie que la communauté fut dé¬
clarée adjudicataire, le 7 août 1 6 3 5 , par sentence de décret des Requêtes du Palais , en la personne de son procureur, Pierre Guérin. (Arch. nat. , S. 4647.)
(6) Dans la requête adressée au Bureau de la Ville, les religieuses exposaient «que, proche la place par elles acquise, il y a une butte de terre qui est fort eslevée, laquelle leur causeroil un notable préjudice et n’apporte aucune commodité à la Ville en l’estât qu'elle est». Par suite, elles demandaient qu’il leur fût permis «de faire abattre à leurs despens laditte butte, ensemble de mettre dans leur enclos quelques petites portions de terre appartenant à laditte Ville, estant du costé du regard vers la porte du Temple, pour la plus grande seureté et accomodeinent de leur closture». Le terrain fut accordé aux religieuses moyennant une redevance annuelle de dix sous tournois, et il leur fut loisible de raser la butte sur laquelle était construit naguère le moulin de l’Ardoise. Cette concession avait été précédée d’une visite sur les lieux, prescrite parle Lieutenant civil et faite par le Maître des œuvres et bâtiments delà Ville, Augustin Guillain, qui avait constaté dans son rapport que : «Dans la butte, sont encore quatre fondations de maçonnerie, qui servoient à