COMMISSION PERMANENTE
PRISE AU SEIN DE LA COMMISSION DES TRAVAUX HISTORIQUES ET CHARGÉE DE EA SURVEILLANCE.
MM. DELISLE (Léopold-Victor), C. &, I. f|, Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Administrateur général, Directeur de la Bibliothèque nationale, Président.
ROZIERE (Eugène de), O. Membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Sénateur.
COUSIN (Jules), &, Conservateur de la Bibliothèque et des Collections historiques de la Ville de Paris.
GUIFFREY (Jules), Archiviste aux Archives nationales.
MONTAIGLON (Anatole de) Professeur à 1 École des Charles.
RENAUD (Armand), &, A. f|, Inspecteur en chef des Beaux-Arts et Travaux historiques, Secrétaire.
LE VAYEB (Paul-Marie-Victor), I. f|, Inspecteur des Travaux historiques, Secrétaire adjoint.
INTRODUCTION
«Reverere gloriam veterem, et liane ipsam senectutem, quæ, in homine venerabilis, in urbibus sacra est. Sit apud te lionor anliquitati.»
(C. Plinii Secüwdi ad Maximum epist. — Lib. vin, ai.)
I. L ’Epitaphier du vieux Paris. — Origines de l'ouvrage. — Premiers travaux. — Reprise de la publication. — II. Les épitaphes parisiennes du xne au xvme siècle. — Leur intérêt historique et biographique. — Leurs transformations. — III. Aperçu général des sépultures et des usages funéraires de l’ancien Paris. — Les tombes dans les églises et les couvents. — Les nécropoles. — Le cimetière des Innocents. — IV. Plan de YEpitaphier adopté par la Commission des travaux historiques. — V. Sources générales de l’ouvrage. — Documents manuscrits, leur classification : Manuscrits principaux; manuscrits divers; copies secondaires. — Ouvrages imprimés : Historiens, généalogistes, archéologues. — Reproductions figurées : Rabel; Millin; estampes diverses. — Collections des dessins manuscrits de Roger de Gaignières et de Pierre Ciairambault. — Inscriptions originales. — VI. Tableau récapitulatif des sources générales de YEpitaphier. — VIL Destruction des monuments et des inscriptions funéraires. — Alexandre Lenoir et son œuvre archéologique. — Le Musée des monuments français. — VIII. Rédaction des notices historiques. — IX. Choix des plans et vues. — L’œuvre de Verniquet. — Documents divers. — Travaux de restitution. — X. Observations sur l’application méthodique du plan adopté par la Commission. — Conclusion.
La collection d’ouvrages historiques et archéologiques publiée sous les auspices de la Municipalité, dans laquelle YÉpitaphier du vieux Pans vient prendre aujourd’hui la place qui lui était depuis longtemps réservée, fut créée, il y a maintenant vingt-cinq ans, pour mettre en lumière les souvenirs les plus intéressants et les titres les plus instructifs du glorieux passé de la capitale.
D’après le plan d’ensemble arrêté par l’Edilité parisienne, cette publication devait comprendre, sous le titre d’Histoire générale de Paris, une série de monographies et de recueils documentaires, dont les auteurs auraient
pour mission de retracer les annales polili< jues de la ville, son organisation municipale et son administration intérieure, de présenter son développement intellectuel, artistique et industriel, d’évoquer ses mœurs, ses traditions et ses monuments, de reconstituer sa topographie à travers les âges et de rappeler la mémoire de ses anciens habitants.
La Commission spécialement instituée pour diriger et surveiller la réalisation de ce vaste programme, avait décidé sur la proposition d'un savant spécialement versé clans l'histoire île Paris, i\l. de Gaulle, de classer parmi les ouvrages dont la mise au jour s’imposait tout d’abord, un recueil général des inscriptions funéraires placées autrefois dans les églises paroissiales, abbayes, prieurés, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers de Paris. Ceux de ces documents épigraphiques qui avaient subsisté jusqu’à nos jours sous leur forme primitive étaient assurément peu nombreux; mais les transcriptions faites aux siècles derniers par les généalogistes, les amateurs ou les curieux, les textes publiés par les historiens ou par les archéologues, permettaient de suppléer, dans une certaine mesure, à la disparition des monuments originaux et de constituer un ensemble curieux à divers titres. La publication de ces inscriptions fut considérée comme le complément logique des études topographiques. Tandis que la Topographie historique devait opérer la restitution des plus anciens quartiers de la ville, YEpitaphier évoquerait le souvenir des habitants qui les avaient peuplés.
M. de Gaulle qui avait conçu l’idée première de cet ouvrage alors qu’il dépouillait avec l’érudit Jal les vieux registres des paroisses parisiennes, estima qu’il convenait de lui donner tout à la fois un caractère épigraphique, généalogique et biographique. II commença son recueil par l’église Notre- Dame; et, comme la plupart des personnages inhumés dans la basilique métropolitaine avaient joué un rôle plus ou moins notable dans l’histoire civile on religieuse de Paris, il s’attacha à recueillir sur leur compte nombre de détails inédits ou peu connus. Ces renseignements lui servirent pour annoter les épitaphes qu’il avait réunies. Mais dans ces conditions, le commentaire historique de son travail risquait de prendre une importance excessive, au détriment de la partie épigraphique. Tel fut du moins l’avis de la Commission, lorsqu’elle examina le manuscrit préparé en vue de l’impression. Sans méconnaître 1 intérêt des savantes et laborieuses recherches de M. de Gaulle, elle jugea que l’ouvrage ne répondait pas suffisamment à son objet spécial et elle invita, en conséquence, l’auteur à le reprendre sur un plan différent, plus conforme à ses vues, en se limitant rigoureusement
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à la publication des inscriptions funéraires. Mais M. de Gaulle, en raison de son âge avancé, dut décliner cette nouvelle tâche.
M. Hippoly te Cocheris, l’un des membres de la Commission, offrit alors de le remplacer et de reprendre la préparation de ÏEpitaphier. Cette proposition fut acceptée avec d’autant plus d'empressement que M. Cocheris, justement réputé pour divers travaux d’érudition et notamment pour sa nouvelle édition de Y Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, de l’abbé Lebeuf, avait déjà dépouillé, en vue des Additions dont il enrichit cet ouvrage, plusieurs des épitaphiers manuscrits conservés dans nos bibliothèques publiques. Nul, par suite, ne se trouvait mieux préparé que ce savant à remplir avec un plein succès la mission qu’il avait spontanément assumée. Mais il n’eut presque pas le loisir de se mettre à l’œuvre; sa nomination aux fonctions d’inspecteur général de l’instruction publique l’obligea à renoncer aux études historiques, en ouvrant à son activité une nouvelle direction. Aussi, lorsqu’une mort prématurée vint interrompre, en 1 8 8 a , le cours de sa carrière administrative, les travaux préparatoires de ÏEpitaphier n’étaient pas encore recommencés, et le recueil formé par M. de Gaulle restait toujours dans l’état où son auteur l’avait laissé (1).
La Commission des travaux historiques reprit alors l’examen de ce projet de publication, avec le plus vif désir d’aboutir enfin à une solution décisive, et elle voulut bien agréer l’offre de nos services. Sur sa proposition, l’exécution de l’ouvrage nous fut officiellement confiée par M. le Préfet de la Seine.
Près de dix ans se sont écoulés depuis le jour où nous avons abordé pour la première fois l’étude des inscriptions funéraires du vieux Paris (2), et ce
(1) La Ville de Paris ayant acquis le manuscrit de M. de Gaulle, la Commission des travaux historiques décida , sur la proposition de M. J. Cousin , que ce document serait déposé à la Bibliothèque historique de la ville, après avoir été utilisé, s’il y avait lieu, pour la préparation du présent ouvrage. Ainsi que nous l’avons observé ci-dessus , la partie de ÏEpitaphier traitée par M. de Gaulle ne concerne que l’église Notre-Dame.
(2) Notre attention avait été appelée, dès l’année 1879, sur les divers épitaphiers manuscrits conservés dans les Bibliothèques de Paris, et nous en avions opéré le dépouillement en vue de la formation d’un recueil spécial des anciennes épitaphes en vers français. M. Léopold Delisle, que nous avions eu l’occasion d’entretenir de ce travail , en
exprimant l’opinion qu’il y aurait intérêt à publier intégralement ces textes épigraphiques, nous fit connaître que la Commission des travaux historiques de la ville de Paris en avait depuis longtemps décidé l’impression, mais que, par suite des circonstances, ce travail restait encore à l’état de projet. 11 voulut bien nous engager à adresser une demande à l’Administration municipale, en vue d’être adjoint à M. Cocheris, ou d’entreprendre personnellement la publication, si cet érudit décidait de l’abandonner.
Qu’il nous soit permis de lui adresser ici nos plus vifs remerciements pour avoir inspiré en cette circonstance nos premières démarches et appuyé de sa haute compétence, auprès de la Commission , l’olfre de nos services.
JV
long intervalle Je temps a été à peu près exclusivement employé à l’examen approfondi des sources qu’il fallait mettre à contribution pour notre travail, et à la réunion des documents qui devaient en former la base.
En faisant paraître aujourd’hui le premier volume de l' Epitaphier, nous espérons bien qu’il nous sera donné d’en poursuivre désormais régulièrement la continuation et de le mener à bonne fin avec autant d activité que peut le permettre l’exécution d’un ouvrage aussi vaste dans son ensemble et aussi varié dans ses détails.
Les inscriptions funéraires de l’ancien Paris méritent, suivant 1 heureuse expression d’un archéologue distingué, d’être considérées comme cries archives lapidaires de la Bourgeoisie parisienne. v Pour le moyen âge, elles constituaient le véritable état civil des personnes, alors que l’usage des registres de baptêmes, mariages et sépultures ne s’était pas encore introduit dans les églises paroissiales. Pour les temps modernes, elles peuvent seules suppléer, avec* un rigoureux caractère d’authenticité, à la perte de ces précieux registres, si malheureusement détruits, en 1871, dans l’incendie des bâtiments de l’Assistance publique où ils étaient conservés. Aussi est-il particulièrement regrettable que ces inscriptions nous soient parvenues en si petit nombre, comparativement aux multiples générations d’habitants qui se sont succédé pendant huit siècles dans la capitale.
Néanmoins, l’ensemble des épitaphes qui ont été conservées, si restreint qu’il puisse paraître, nous donne, pour certaines périodes, une image exacte et fidèle de l’ancienne population parisienne. Toutes les classes de la société sont représentées par ces documents; certes, une large place est faite à la noblesse et au clergé, mais la bourgeoisie et la roture 11e sont pas oubliées. A côté des grands seigneurs et des prélats, des magistrats et des chevaliers, nous trouvons nombre de bourgeois, d’artisans et de gens du peuple; tous les rangs et toutes les conditions se mêlent et se confondent. Et ce n’est pas seulement des Parisiens de vieille souche que les textes épigraphiques rappellent le souvenir. Ils nous font connaître aussi ces familles provinciales, venues des quatre coins de la France, qui, par un long séjour, avaient conquis leur droit de cité et formèrent, en fin de compte, la majeure partie de la population; ils nous signalent même ces étrangers momentanément attirés par la renommée lointaine de la ville, où, brusquement arrêtés par la
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mort, ils avaient trouve' leur dernière demeure. Paris, il convient de ne pas l’oublier, fut de tout temps la cite' hospitalière par excellence, et les nations les plus diverses semblaient s’y donner rendez-vous, comme dans une patrie commune. C’est pour elle surtout que l’on pouvait répéter ce que le poète Rutilius avait dit de la vieille Rome :
Fecisli patriam diversis gentibus unam .
Urbem fecisti quod prius Orbis erat!
Mais, tandis que Rome avait conquis sa suprématie par la force brutale des armes, Paris exerçait sa domination pacifique par l’influence de sa civilisation, l’attrait de sa société police'e, le renom de ses e'coles, l’éclat de ses arts et de ses industries.
Si les inscriptions funéraires sont curieuses en ce sens qu’elles évoquent l’ancien Paris sous un aspect en quelque sorte anime', elles sont intéressantes en même temps par les renseignements de tout genre que l’on peut y relever. Les épitaphes proprement dites et les textes relatifs aux fondations pieuses ou charitables abondent en détails précis, souvent inattendus, sur la biographie des personnes, l’origine et la filiation des familles, sur les faits historiques, sur les mœurs, les usages et les traditions, en un mot, sur tout ce qui constituait jadis la vie civile et la vie sociale. Elles ont aussi le mérite de rappeler, et souvent d’une façon touchante, les manifestations spontanées de la bienfaisance privée, inspirées par cet ardent amour des pauvres et des infirmes et par ce constant désir de soulager les malheureux, qui furent toujours un des traits distinctifs de la population parisienne (1).
(1) Nous n’avons pas à insister ici sur l’intérêt général des textes épigraphiques. Il nous suffira de rappeler à ce sujet les observations que le Ministre de l’instruction publique adressait aux correspondants du Comité des travaux historiques, dans la circulaire du i5 avril 1 85 6 , relative à la publication d’un Recueil des inscriptions de la Gaule et de la France :
rcL’épigraphie est une des sources les plus abondantes où l’on puisse recueillir d’utiles renseignements sur l'étude des antiquités d’un peuple. Il est arrivé souvent que des inscriptions sont venues révéler des faits importants, qui avaient échappé à l’attention des écrivains occupés des grandes questions de l’histoire générale, ou éclairer d’un jour nouveau des laits déjà connus. C’est aux inscriptions
antiques que nous devons presque tout ce que nous savons sur l’organisation de l’empire romain .
n-Les inscriptions des premiers siècles chrétiens, qui nous révèlent des faits d’un autre ordre, ne sont pas moins intéressantes pour notre histoire nationale. Elles nous apportent presque toutes des détails d’une incontestable valeur sur la perpétuité du dogme, sur la liturgie sacrée, sur le hiérarchie ecclésiastique. D’autres constatent la date de la construction ou de la dédicace de ces temples magnifiques qui font la gloire de notre pays. Celles qui sont gravées sur les monuments funéraires, dans les églises, dans les cloîtres ou dans les anciens cimetières, nous transmettent sur les personnages les plus illustres des siècles passés, sur
Les premières épitaphes, gravées au cours du xrie siècle sur les monuments funéraires qui furent placés dans les édilices religieux, se distinguent généralement par leur extrême concision. Elles se bornent à indiquer le nom du défunt, sa qualité ou sa profession, son âge et la date de sa mort; elles sont terminées par une formule de prière ou un verset des Saintes- Ecritures. A l’origine le texte est exclusivement rédigé en langue latine, tantôt en simple prose, tantôt en vers léonins.
A dater du xiiic siècle et jusqu’à la fin du moyen âge, la brièveté primitive disparaît graduellement par l’adjonction de quelques renseignements sur le compte des personnages. L’inscription fait connaître leur patrie, leur famille, les événements historiques auxquels ils ont pu être mêlés, les titres qui recommandent leur souvenir. Elle est conçue d’ordinaire avec une sobre élégance. Mais, comme la versification devient plus correcte et que la forme des distiques est généralement préférée, la nécessité de condenser la pensée et d’assujettir les mots aux règles prosodiques entraîne parfois une certaine obscurité.
Avec le xvie siècle, l’influence de la Renaissance littéraire provoque une notable transformation dans les épitaphes, qui tendent à devenir de petites pièces d éloquence, de courtes oraisons funèbres. Ronsard a pris soin de noter l’importance que les lettrés de son temps attribuaient aux inscriptions funéraires :
Le derrenier honneur qu’on doit à l’homme mort C’est l’epitaphe, escrit tout à l’entour du bord Du tombeau pour mémoire. On dit que Simonide En fut premier autheur. Or, si le sens présidé Encor aux trespassez comme il faisoit icy,
Tel bien memoralif allégé leur soucy,
la généalogie des grandes familles, sur les artistes, des notions qu’on chercherait vainement ailleurs.
tr Celles qui traitent des fondations pieuses ou des donations, contiennent fréquemment des indications sur les anciennes juridictions, sur les divisions topographiques, sur les mesures, sur les valeurs de l’argent et des denrées. Les inscriptions morales, religieuses, poétiques, quelquefois même facétieuses , qui se lisent sur les murs des maisons particulières ou des palais, sur les reliquaires, sur les vases sacrés, sur les autels fixes ou portatifs, sur les stalles, sur les vitraux, sur les cloches, sur les meubles, sur les tapisseries, sur les chapiteaux
des colonnes romanes, sur les socles des statues, au pourtour des bas-reliefs , sont précieuses à consulter pour qui veut connaître les mœurs, les usages, les croyances, les cérémonies, les habitudes, les traditions, les opinions scientifiques des siècles qui nous ont précédés. Elles donnent l’explication des sujets mystérieux ou symboliques dont les peintres et les sculpteurs se plaisaient à décorer nos édifices sacrés et profanes. Enfin , ce sont les inscriptions qui viennent compléter les études faites dans les manuscrits anciens sur les origines de la langue et sur la paléographie. » ( Circulaires de l’Instruction publique, t. V, p. A5. )
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vu
Et se plaisent de lire en si petit espace
Leurs noms et leurs surnoms, leurs villes et leur raceW.
J1 n’y aurait certes pas à se plaindre de voir, dès lors, la rédaction de l’épitaphe traitée avec plus de soin et de développement si l’on n’était tombé dans l’excès. Mais, en même temps que disparaissent le sentiment religieux et la simplicité primitive, surviennent les réminiscences de l’antiquité païenne, les allusions mythologiques et l’emphase oratoire. Les formes littéraires les plus bizarres, telles que le distique chronographe, l’acrostiche, l’énigme même, sont mises à contribution; le goût prétentieux et maniéré des pindarisants se donne libre carrière pour la forme comme pour le fond, et souvent, dans les inscriptions de la fin du xvic siècle, la bizarrerie du style rivalise avec l’étrangeté des idées.
Le xvne siècle ramène l’épitaphe à sa véritable formule; il en fait un document biographique, remarquable à la fois par sa simplicité et sa précision. Toutefois, les inscriptions destinées à rappeler le souvenir de personnages illustres ou à figurer sur des monuments artistiques prennent plus d’ani' pleur et d’éclat, et quelques-unes même forment de fastueux panégyriques, où, sous le spécieux prétexte de rendre aux morts un dernier hommage, l’on paraît s’être préoccupé surtout de flatter et de satisfaire la vanité des survivants.
Au xviiic siècle, dans la seconde moitié notamment, l’inscription funéraire perd son caractère historique pour devenir philosophique et sentencieuse. Les détails biographiques cèdent la place aux réflexions morales et aux lieux communs sur la brièveté de la vie et sur le néant des choses humaines.
Tandis que les épitaphes proprement dites se transforment avec le temps, les inscriptions concernant des fondations pieuses ou charitables restent toujours rédigées dans des conditions identiques. Ce sont de véritables transcriptions d’actes notariés gravées sur pierre; le testateur ou le donateur a tout réglé, tout prévu pour assurer la stricte exécution de ses volontés, sans laisser aucune place à la contestation ou à l’équivoque.
L’inscription funéraire est le plus souvent accompagnée du blason des personnages, que l’on trouve répété d’ordinaire plusieurs fois sur les mau-
(1) P. de Ronsard : Les Epitaphes de divers sujets ( OEuvres , Bibl. elze'virienne . t. VII, p. 168). — C’est au xvie siècle que les lettrés imaginèrent de publier, en souvenir de leurs amis défunts,
des petits recueils intitulés Tombeaux , formés d’épitaphes, d’épigrammes et de diverses pièces, en prose ou en vers, d’un ton généralement très emphatique.
solées ou les pierres tombales. Cet insigne distinctif des familles complétait les détails généalogiques consignés dans l’inscription. Les armes de la femme étaient représentées parties de celles du mari, sous forme d’un écu en losange, entouré d'une cordelière.
Les divers textes épigraphiques que nous venons de passer en revue ont été quelquefois gravés par des tailleurs de pierre ignorants ou de simples manœuvres dépourvus d’instruction, d’où il résulte qu'ils présentent des fautes grossières. 11 n’a été tenu compte ni du sens ni de la ponctuation; les membres de phrase, les mots même sont coupés d’une façon tout à fait arbitraire; la forme et la dimension de la lame de pierre, de marbre ou de cuivre règlent seules la disposition des lignes. Ce n’est guère qu’à partir du xvue siècle que l'on rencontre des inscriptions conçues et gravées avec un sentiment exact de la forme épigraphique.
Depuis le xnc siècle jusqu’au milieu du xive, les tombiers ont employé cette admirable capitale gothique, dite onciale, qui se distingue par sa rare élégance et sa parfaite netteté. Dès la lin du xivc siècle, ils l’ont remplacée uniformément par la minuscule gothique, aux formes étroites et aux traits anguleux, dont la lecture présentait parfois de réelles difficultés, en raison des multiples abréviations dont elle se compliquait. Après avoir subsisté pendant deux cents ans, elle devient graduellement plus rare et finit par disparaître complètement dans les premières années du xvne siècle.
Avec la Renaissance, les lettres dites romaines, importées en France par Simon Haye-Neuve, du Mans, et, à sa suite, par Geoffroy Tory, font leur apparition et sont très rapidement adoptées; leur usage devient général pendant tout le xvue et le xviii6 siècle. La minuscule et 1 italique sont le plus fréquemment employées à cette époque, tantôt isolément, tantôt simultanément: la majuscule, qui avait été préférée au début, est moins commune; on la réserve d’ordinaire pour les épitaphes concises et pour les inscriptions d’une rédaction soignée qui figurent sur les mausolées artistiques.
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Bien que les épitaphes présentent par elles-mêmes l’intérêt le plus varié et quelles doivent former l’objet spécial de notre publication, il n’est guère possible de les relever en faisant abstraction des divers monuments funéraires sur lesquels elles figuraient, et dont elles constituaient l’un des principaux éléments.
Au point de vue de l’art, et de l’archéologie, les tombes et les mausolées méritent également notre attention. Il convient de les signaler et de les décrire, toutes les fois que les renseignements fournis par les historiens, les dessins manuscrits, conservés par des amateurs, et les anciennes estampes nous permettent de reconstituer d’une façon à peu près satisfaisante ces curieuses productions de l’art français qui ont presque complètement disparu aujourd’hui, ou dont il ne subsiste guère que des fragments épars et des débris mutilés.
De tous les monuments, observait à ce sujet Violiet-Ie-Duc, les tombeaux sont ceux qui présentent peut-être le sujet le plus vaste aux études de l’archéologue, de l’ethnologue, de l’historien, de l’artiste et voire du philosophe. Les civilisations, à tous les degrés de l’échelle, ont manifesté la nature de leurs croyances en une autre vie par la façon dont elles ont traité les morts. Supprimez toute idée de la durée de l’individu au delà de l’existence terrestre, et le tombeau n’a plus de raison d’être. . . On pourrait faire l’histoire de l’humanité à l’aide des tombeaux , et, le jour où un peuple cessera de perpétuer l’individualité des morts par un monument , un signe quelconque, la société, telle du moins qu’elle a vécu depuis les temps historiques, aura cessé d'exister 0).
Ce qui fait que les monuments funéraires de l'ancienne France offrent pour l’archéologue et l’historien un attrait tout particulier, c’est que, depuis le moyen âge jusqu’à la fin du xvme siècle, un très grand nombre d’entre eux ont trouvé place dans les édifices religieux dont ils formèrent longtemps la décoration la plus caractéristique. Aux premiers temps du moyen âge surtout , l’église fut considérée comme le lieu de sépulture commun des privilégiés de la société ecclésiastique et laïque. L’usage d’inhumer les défunts dans les églises ne remontait pas, néanmoins, aux origines mêmes du Christianisme. Durant plusieurs siècles, les Gallo-Romains, fidèles aux traditions de l’ancienne Rome, avaient continué en règle générale de placer les tombeaux
(1) Dictionnaire cV architecture , t. IX, verbo Tombe au.
IMPRIMERIE NATIONALE
hors cle l’enceinte des villes. Mais, de bonne heure, une exception avait été faite pour les dignitaires ecclésiastiques qui reçurent la sépulture dans le sanctuaire des basiliques, et, avec le temps, il advint tout naturellement que les seigneurs laïques et les fondateurs d’églises réclamèrent la même faveur.
Ce nouvel usage prit rapidement une très grande extension, et, du vie au ixe siècle, les édifices religieux se remplirent de sarcophages aux proportions encombrantes, qui rendaient la circulation difficile*11. Les Conciles et 1 autorité royale essayèrent alors de mettre un terme à cet abus et de proscrire les sépultures du saint lieu. Mais les prescriptions canoniques et les Capitulaires, après être restés quelque temps en vigueur, tombèrent fatalement
en désuétude, parce qu’ils avaient dû insensiblement la règle commune (').
(1) Ces remarques générales étaient nécessaires ici; mais nous n’aurons à nous occuper que du régime des sépultures inauguré dans la seconde moitié du moyen âge. L’étude des sarcophages ne rentre pas dans le cadre de notre travail, puisque ces monuments funéraires ne portent, en général, aucune inscription.
(2> En ce qui concerne les inhumations dans les églises, les prescriptions du droit canon et de la législation civile ont notablement varié suivant les pays. 11 paraît vraisemblable, toutefois, que cet usage ne s’est guère généralisé qu’à partir du vf siècle, puisque le concile de Braga proscrivait encore, en l’an 5o3, les sépultures dans les basiliques : rr . Plaçait corpora defunctorum nullo
modo in basilicam sanctorum sepeliantur, sed, si necesse est, deforis, circa mururn basilice, usque adeo non abhorret. Nam, si firmissimum hoc privilegium usque nunc manet civitatis ut nullo modo mtra ambitus murorum cujuslibet defuncti corpus humetur, quanto magis hoc venerabilium martyrum debet reverentia obtinere.» (D. Martène, De antiquis ecclesiœ ritibus, t. Il, col. io4o.)
Trois siècles plus tard , l’abus des inhumations dans les églises ramenait cette prohibition. Charlemagne l’inséra dans ses Capitulaires de 789 : «Nullus in ecclesia mortuum sepeliat. » (Baluze, Capit. reg. franc., t. I, lib. I, 1 5 3 , col. 781.)
Dans ses Capitulaires de 81 3, il admettait toutefois les exceptions primitivement établies en faveur des ecclésiastiques : «Utmortui non sepeliantur in ecclesia, nisi episcopi, vel abbates, vel fideles et boni presbyteri. * (Ibid., col. 5o4.)
admettre des exceptions qui devinrent
En 789, le concile d’Arles avait formulé des prescriptions analogues : «Ut de sepeliendis in basdicis mortuum ilia constilulio servetur quæ ab antiquis patribus consl il u la est.n (Ibid., lib. II, 48, col. 752.)
L’évêque d Orléans, Théodulfe, à la tin du vme siècle, protestait également, dans ses Capitulaires aux Parisiens, contre l’envahissement des sépultures, et il les proscrivait, sauf pour le clergé et les fidèles recommandables : «Loca divino cultui mancipata et ad offerendas bostias preparata , cemeteria sive polyandria facta sunt; unde volumus ut ab bac re demceps abslineatur et nemo in ecclesia sepeliatur, nisi forte talis sit persona sacerdotis aut cujuslibet justi hominis, qui per vite meritum talem vivendo suo corpori defuncto locum acquisivit. »
En 845, le concile de Meaux se prononçait dans le même sens : «Nemo quemlibet mortuum in ecclesia quasi hereditario jure, nisi quern episcopus aut presbyter, pro qualitate conversationis et vite dignum duxerit, sepelire præsumat. d (D. Martène, Op. cit. , t. II, col. 1 0 4 1 . )
A la fin du ixe siècle, le concile de Nantes renouvelait la défense des inhumations dans les églises : «Prohibendum etiam , secundum majonrm instituta ut in ecclesia [mortui] nullatenus sepeliantur, sed in atrio, aut in porticis, aut in exhedris ecclesie. Infra ecclesiam vero , aut prope altare ubi corpus Domini et sanguis conficitur, nullatenus presbyter habeat licenciam sepeliendi.» (Labbe, Sacrosancta concilia, t. XI, col. 659.) Mais, comme autrefois, on admettait des exceptions ; « Curn jure canonico continelur quod nullus in ecclesia
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Gomme par le passé, le privilège octroyé aux prélats ou aux personnes recommandables par leur piété ne tarda pas à s’étendre à toute la société laïque. Dès le xne siècle, la pratique des inhumations dans les églises redevint générale et les tombes envahirent les édifices sacrés. Au début, certaines règles présidèrent au choix de l'emplacement des sépultures; le chœur et le sanctuaire furent réservés aux prélats et aux clercs, le porche et la sacristie aux bienfaiteurs des églises. Mais, avec le temps, ces distinctions disparurent et les tombes furent réparties a peu près indistinctement entre toutes les parties de l’église. Les fondateurs de chapelles conservèrent seuls, pour eux et leurs familles, le droit d'inhumation dans les oratoires qu’ils avaient fait bâtir ou décorer à leurs frais.
Si ce mode d’inhumation, proscrit depuis un siècle à peine, est aujourd’hui formellement condamné, au nom des principes de l’hygiène publique, dont la société du moyen âge ne s'inquiétait aucunement, il faut bien reconnaître, du moins, que ses inconvénients ont été compensés par quelques avantages. L’introduction des sépultures dans les églises exerça la plus heureuse influence sur le développement des arts libéraux; de tout temps, l’architecture, la sculpture et la statuaire furent mises à contribution pour décorer les mausolées des grands personnages.
Sous les deux premières races, les sarcophages placés dans les églises ne différaient guère de ceux enfouis dans les cimetières; comme ceux-ci, ils renfermaient les restes du défunt et servaient, par suite, de monuments apparents et effectifs de la sépulture. Ce qui les distinguait surtout, c’étaient les sculptures, assez grossières d’ailleurs, dont ils étaient ornés. Nous constatons, à dater de l’époque romane, une transformation capitale ; le mausolée devient un simple cénotaphe destiné à marquer remplacement de la tombe, soit que le défunt ait été enterré dans le sol même de l’église, à quelques pieds de profondeur, soit que ses restes aient été déposés dans un caveau spécialement affecté aux inhumations. Ces monuments funéraires du moyen âge se présentent sous deux aspects distincts. Lorsqu’ils sont établis au-dessus du sol de l’église, ils forment ce que l’on a appelé les tombes élevées ou levées ; lorsqu’ils se trouvent au niveau du sol, ils constituent les tombes plates.
sepeliatur, inhibemus sub pena suspensionis ne aliquis capellanus sepeliat aut sepeliri permittat, nisi sit abbas, vel patronus, vel dignus presbytère A peu près à la même époque, les papes saint Grégoire et Nicolas le‘ avaient autorisé, en règle
générale, les inhumations de tous les fidèles dans les églises. Ces décisions insuffisantes ou contradictoires n’enrent d'autre résultat que de favoriser le développement même de l’usage que l’on avait voulu proscrire.
Les premières Lombes levées du xie siècle, reproduction pure et simple des sarcophages, se composaient d’un bloc de pierre prismatique posé à plat sur le sol ou sur une dalle, supportée à ses extrémités tantôt par deux chantiers, tantôt par deux rangées de colonnettes. Le dessus et les côtés du tombeau étaient décorés parfois de rinceaux de feuillage gravés en creux. Cette forme de cénotaphe, qui subsista durant deux siècles, cessa d’être employée dès le règne de Philippe Auguste. En raison de son importance et de la place qu'elle exigeait, il paraît vraisemblable qu’elle devait être généralement réservée aux dignitaires ecclésiastiques et aux seigneurs laïques, tandis que la sépulture des personnes de condition plus modeste était marquée par une simple dalle funéraire, engagée dans le pavement de l’église. Vers la fin du xic siècle, l’on imagina de reproduire sur ces dalles l’image du défunt, sculptée en demi-relief ou méplat; mais les saillies de cetle figuration avaient le double inconvénient de s’user rapidement sous les pieds des fidèles et de rendre le pavé très irrégulier. Aussi fut-on tout naturellement amené, pour protéger l'effigie, à l élever au-dessus du sol, en la faisant porter, comme les anciens sarcophages, sur des chantiers ou des colonnettes. La tombe levée en forme de dé ou de catafalque, que l’on employa dès lors et durant tout le moyen âge pour les sépultures de luxe, devait être la conséquence presque immédiate de cette innovation, 11 suffit, en effet, pour la constituer, de fermer le vide qui subsistait sous la dalle par l’interposition de panneaux de pierre ou de marbre reliant le chantier de la tête avec celui des pieds. Avec la dalle exhaussée, il n'y avait plus d inconvénient à accentuer le relief des figures et l’ancienne sculpture en méplat fut bientôt remplacée par une véritable statue du défunt en ronde bosse, qui fut appelée gisante , et, par abréviation, l’usage s’établit bientôt de dire simplement des gisants. La plus ancienne statue de ce genre que l’on connaisse est celle du roi Philippe Ier, qui remonte â l’an 1108.
Les tombes levées, en raison de leurs proportions monumentales, exigeaient un assez vaste emplacement, et il fut nécessaire, pour éviter autant que possible de gêner la circulation, de les placer d ordinaire soit dans le chœur, soit dans les travées de la nef, entre les piliers, où elles formaient une sorte de balustrade. Mais leur multiplicité ne tarda pas à provoquer un encombrement fort gênant dans la plupart des églises, où la place disponible était en somme assez restreinte. U fallait remédier à cet embarras sans proscrire les mausolées qui, par leur variété et leur magnificence, constituaient dans l enceinte sacrée un merveilleux élément de décoration. C’est
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ainsi que l’on plaça les tombes levées dans les renfoncements des murs latéraux, où elles étaient abritées par une niche ouverte en forme d’arcade; d’où le nom de tombeaux arqués qui fut donné a ces monuments pour les distinguer des premiers, que l’on appelait tombeaux isolés. Ces deux formes de tombes levées subsistèrent concurremment pendant les premiers siècles de la période gothique, mais les monuments isolés furent toujours préférés, comme plus imposants et plus somptueux, pour les sépultures des grands personnages. Dès le xve siècle, lorsque les niches des murs latéraux eurent été transformées en chapelles et que l’usage se répandit d’affecter ces oratoires aux monuments funéraires, les tombes arquées devinrent beaucoup plus rares.
Pour les remplacer, l’on imagina, au cours du xve siècle, un nouveau genre de mausolées moins encombrants que les tombes isolées, mais qui se prêtait également à une riche décoration. Ces monuments comprenaient aussi une représentation du défunt, posée soit sur une colonne isolée, soit sur une console ou un entablement appliqué aux murailles ou aux piliers; mais le défunt était figuré à genoux devant un prie-Dieu; le gisant était devenu un priant (1). Cette heureuse innovation ne tarda pas à être utilisée, d’ailleurs, pour les tombes isolées.
C’est un fait très digne de remarque que les principales transformations qui se sont produites dans la composition des tombeaux, depuis le moyen âge jusqu’à la fin du xvme siècle, furent imposées parle défaut d’espace dans la plupart des églises et le rapide envahissement des sépultures. Cette considération domine toute l’histoire de l’art funéraire. Pour conserver dans l’enceinte sacrée ces riches mausolées qui témoignaient à la fois de la piété et de la munificence des grandes familles, il fallut se préoccuper, en tout temps, de réduire leurs proportions et de limiter l’espace qui leur était attribué. Au moyen âge, cette nécessité avait provoqué la substitution des tombes arquées aux tombes levées; après la Renaissance, elle transforma d’une façon radicale la conception générale et la disposition des monuments funéraires. Les tombes plates, qui ne présentaient pas les inconvénients des
(1) Legrand d’Aussy prétend que cette création fut inspirée par les peintures des vitraux du xm° et du xive siècle où les personnages du temps étaient représentés vivants, à genoux et dans l’attitude de ia prière.
Le même auteur cite, comme les plus anciens exemples des priants, les statues de Juvénal des Ursins et de sa femme, à Notre-Dame, en 1 A 3 1 et i45o.
tombes levées et ne suscitaient aucune gêne, échappèrent naturellement à ces vicissitudes.
La tombe levée, dite isolée, se composait, ainsi que nous lavons précédemment observé, d’un large soubassement quadrangulaire, posé sur une base et portant une dalle aux bords saillants. La statue du gisant figurée sur cette dalle, dès les premières années du xue siècle, faisait corps avec la pierre dans le principe. Plus lard, lorsque ce mode de représentation, qui flattait singulièrement la vanité, eut été adopté par les seigneurs, on plaça sur la tombe une statue distincte sculptée avec une rare perfection, généralement en marbre blanc, ou en albâtre, qui n’était qu’une espèce de marbre moins dur.
Le gisant était représenté vivant, couché sur un lit de parade, dans l’attitude de la prière ou du sommeil; ce fut seulement au déclin du moyen âge que les artistes lui donnèrent l’apparence de la mort. 11 portait son costume habituel, avec les insignes de sa profession; sa tête nue reposait sur un coussin et ses pieds sur un animal symbolique; ses mains étaient jointes et relevées ou croisées sur la poitrine; les prélats et les princes avaient la tête mitrée ou couronnée. Les évêques furent aussi représentés avec la main droite bénissante, tandis que la main gauche tenait une crosse ou un livre. Durant le moyen âge, on ne place d’ordinaire sur les mausolées qu une seule statue; la représentation de deux personnages est moins fréquente. Toutefois le gisant est souvent accompagné, dès le xivc siècle, de figures secondaires; des anges, â genoux et les ailes éployées, sont posés à sa tête ou à ses pieds, et tiennent parfois un voile tendu sur lequel s'enlève une petite ligure représentant 1 âme du défunt. A la même époque, on abrite la tête de la statue sous un dais à frontons aigus, très finement sculpté, et les pieds sont posés sur un socle polygonal.
Le soubassement du mausolée est décoré sur ses quatre faces d’arcades gothiques qui encadrent de petits personnages pleurants ou en prières. L’épitapl îe du défunt est gravée sur la bordure de la table supérieure taillée en biseau, dont elle contourne les quatre côtés, ou bien elle prend place sur l une des faces du chapiteau ou du socle.
Les tombes isolées, du xnc au xvie siècle, sont exécutées en pierre; au xiiic siècle, on préfère, pour les mausolées de luxe, le marbre, dont l’emploi devient bientôt général. Il arrive fréquemment que I on utilise le marbre noir pour le massif du tombeau, tandis que la statue est en marbre blanc;
l’opposition tranchante des deux nuances produit l’effet le plus heureux et fait admirablement ressortir la délicatesse des sculptures. Pour les statues de pierre, la tête, les mains et les pieds furent quelquefois rapportés, soit en marhre, soit en albâtre. L’usage s’était aussi établi de peindre les effigies des défunts en couleur.
Les tombes isolées furent parfois abritées sous une construction spéciale , appelée tabernacle , formée d’une série d’arcades richement sculptées, qui soutenaient une voûte. Cet accessoire n’était d’ailleurs employé que pour des monuments somptueux; il convient néanmoins de rappeler son existence, surtout en raison du parti que les artistes de la Renaissance surent en tirer.
Lorsqu’au xve siècle, les priants servirent à décorer les tombes levées, les personnages furent généralement représentés au nombre de deux, et la statue de la femme prit place soit à côté, soit à la suite de celle du mari. Les défunts étaient figurés agenouillés devant un prie-Dieu, les mains jointes et relevées; les chevaliers avaient un casque posé à leurs pieds. Le soubassement du mausolée fut décoré de pilastres, d’attributs divers et d’écussons; l’inscription funéraire fut gravée sur la face latérale du mausolée.
Les tombes arquées ne diffèrent pas sensiblement des tombes isolées pour la forme générale. On peut noter cependant quelques détails caractéristiques. Ainsi la statue du gisant est quelquefois remplacée par une image gravée en creux, comme celles que nous trouvons sur les dalles funéraires. D’autre part, l’épitaphe étant inscrite sur le seul côté de la table supérieure qui restait apparent, puisque la niche cachait les trois autres, cet espace restreint lui imposait une extrême concision. Il fut par suite nécessaire de la compléter par une autre inscription plus détaillée, gravée sur une lame de marbre, de pierre ou de cuivre et apposée dans l’intérieur de la niche ou sur l’un des piliers extérieurs. Ce qui distinguait surtout ce genre de mausolée, c’était la décoration de l’arcade; elle fut très rudimentaire au début et ne comportait qu’une simple moulure, bientôt revêtue d’une décoration polychrome; mais elle prit une importance croissante avec les progrès de l’art gothique. Au xive siècle, on décora l’archivolte d’un gable triangulaire, coupé de rosaces et couronné de fleurons ornés de crochets; dans les pieds-droits de l’arcade, l’on sculpta des faisceaux de colonnettes surmontés de pinacles aux fines dentelures. Cet ensemble décoratif se transforma au xve siècle; le fronton disparut graduellement et l’arc en accolade se substitua à l’arcade ogivale.
Quant aux dalles exhaussées, leur emploi paraît s’être conservé jusqu au
xve siècle, mais elles ont été fort peu usitées. On les plaçait presque toujours dans les sanctuaires. Elles étaient supportées par des colonnettes, des griffes d'animaux, ou des lions. L’effigie des défunts était généralement sculptée en ronde bosse dans une lame de cuivre que l'on ornait d’émaux ou d'incrustations de divers métaux. Cette lame était tantôt isolée et tantôt appliquée sur une pierre funéraire; elle portait l’épitaphe inscrite en bordure.
Les tombes [liâtes, qui furent le genre de sépulture le plus communément employé durant tout le moyen âge, en raison de leur simplicité et de la dépense relativement modique qu’elles nécessitaient, se présentent, au cours du xue et du xme siècle, sous la forme oblongue des anciens sarcophages, avec l’extrémité de la tète plus large que celle des pieds. Mais cette disposition, incommode pour la juxtaposition régulière des pierres tombales dans le pavé de l'église, fut abandonnée vers la fin du xme siècle. Les [dus anciennes dalles ne portaient guère comme marques distinctives qu’une croix, un symbole, un insigne, gravés en creux ou sculptés en relief. Sous le règne de Louis VII, on commença à inscrire l’épitaphe en bordure et, sous celui de Philippe Auguste, limage du défunt prit place au milieu de la pierre tombale. Dès le xmc siècle, les progrès de l’art exercèrent une influence prépondérante sur l'ornementation, qui suivit durant tout le moyen âge les styles de chaque période architecturale. Les tombiers imaginent alors de transporter sur la dalle funéraire, sous forme de gravure, l’ornementation des tombes levées pour servir d encadrement à l’effigie des personnages. Ici, ils introduisent le dais qui abrite les statues des gisants et lui donnent pour support des pieds droits artistement décorés. Là, ils figurent l’arcade ogivale, trilobée ou festonnée, des tombes arquées avec son gable triangulaire richement décoré, ses colonnettes et ses pinacles. Ailleurs, ils représentent tantôt un riche portail, tantôt une travée d'église, tantôt une véritable chapelle, vue en perspective, avec les nervures des voûtes, le fenêtrage, les vitraux et le pavement. Lors de l'avènement des Valois, les détails d’ornementation se multiplient et se compliquent : l’image du défunt et l’encadrement architectural, qui se détachent d ordinaire sur un fond feuillagé, sont traités avec une rare perfection.
Comme nous l’avons précédemment observé pour les tombes levées, le défunt est représenté sur les tombes plates, jusqu’à la fin du xive siècle, avec l’attitude et les gestes d’une personne vivante; dès le xve siècle, il
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prend l’apparence du sommeil ou de la mort. Il est debout, tête nue, revêtu du costume de sa profession et des insignes de sa dignité; il a les mains jointes et relevées, ou croisées sur la poitrine; un animal symbolique est couché à ses pieds. Dans quelques cas exceptionnels, on le voit à genoux, ou debout devant un pupitre sur lequel est placé un livre ouvert, ou bien encore assis dans une chaire avec un groupe d’auditeurs autour de lui.
Les principaux personnages sont souvent figurés au nombre de deux, rarement au nombre de trois; le mari et la femme sont tantôt encadrés par deux arcades distinctes, tantôt par une arcade géminée; ils sont accompagnés parfois de la représentation de leurs enfants, placés à leurs pieds, les fils du côté du père, les filles du côté de la mère. Quant aux figures secondaires, le nombre en est très variable, bien que les sujets changent peu. Dans le tympan de l’arcade, ou sur le chapiteau, le patriarche Abraham est assis et reçoit dans son sein l’âme du défunt, sous la forme d’un petit enfant; des anges, debout à ses côtés, portent des flambeaux ou tiennent l’encensoir et la navette à encens. Les anges thuriféraires sont aussi représentés à genoux, entre les rampants du gable et les angles de la pierre tombale. Des niches superposées, ménagées dans les pieds-droits ou les colonnettes latérales, abritent des figurines de saints, d’apôtres ou d’évangélistes. Quelquefois les tombiers ont gravé toute une procession de prêtres, de diacres et de clercs qui figurent la cérémonie et le cortège des funérailles; l’ensemble de ces divers personnages atteint parfois un nombre considérable.
Avec le xvie siècle, on remarque une simplification très sensible des détails accessoires, et l’encadrement architectural disparaît graduellement; l’effigie du défunt subsiste seule au milieu de la dalle; parfois même elle est remplacée par une inscription ou un ornement symbolique.
L’épitaphe est gravée en bordure sur les quatre côtés de la tombe; elle est très souvent coupée aux extrémités par des médaillons, où sont reproduits les attributs des évangélistes, ou par des écussons armoriés. Les blasons se retrouvent également au milieu des bords latéraux ou sur les deux côtés de la tête des personnages.
Les tombes plates du moyen âge étaient formées le plus souvent d’une longue table de pierre qui recouvrait complètement la place de l’inhumation; les lames de marbre furent assez fréquemment employées, mais celles de cuivre restèrent une exception.
Pour les sépultures traitées avec un certain luxe, on avait imaginé au début d’incruster dans la dalle funéraire de minces plaques de métaux pré-
rPRlMEHIE NATIONALE.
cieux, or ou argent; mais l’on dut y renoncer pour ne pas exciter la cupidité des passants. L’usage des incrustations subsista néanmoins et l’on employa désormais le cuivre, le marbre ou l’albâtre qui servirent à figurer d’ordinaire la tête, les mains et les pieds du personnage, les médaillons d’angle, les blasons et parfois même certains détails d’architecture (1). D’autres pierres tombales eurent aussi leurs dessins rehaussés de diverses couleurs. Par analogie, certaines lames de bronze reçurent des applications d’émaux polychromes. Il convient de rappeler, dans ce même ordre d’idées, les tombes plates dont la surface fut entièrement recouverte d’une décoration en mosaïque formée par île petits cubes de verre colorié ou de marbres multicolores, séparés par de minces filets de cuivre. La plus belle de ces pierres tombales, et la seule qui subsiste aujourd’hui, celle de la reine Frédégonde, se trouvait autrefois dans l’église de Saint-Germain-des-Prés; elle est maintenant à Saint-Denis.
Avec le xvie siècle, linfluence exercée sur les arts par la Renaissance provoque une transformation complète dans la conception et l’exécution des monuments funéraires. Les artistes, épris de nouveautés, utilisent, pendant quelque temps encore, les éléments décoratifs de la période gothique, mais avec une hardiesse et une originalité qui donnent à leurs œuvres un caractère tout différent de celles qui les ont précédées. Le mausolée de Louis XII ouvre une carrière nouvelle â leur génie inventif et ils s’évertuent à composer et à exécuter avec une rare prédilection les tombeaux les plus fastueux. Toutefois, le sentiment religieux, qui inspirait à peu près exclusivement le moyen âge, cesse de les guider; ils ne se préoccupent plus que de la question artistique. Ils s’attachent surtout à créer des monuments imposants et somptueux, dans lesquels la majesté grandiose de l’ensemble et l’élégante variété des détails se complètent et se font valoir réciproquement, et, pour réaliser leurs magnifiques conceptions, ils mettent à contribution toutes les formes de l’architecture et de la sculpture, toutes les variétés de matériaux rares ou précieux.
Dès lors, la tombe levée prend des proportions inusitées et devient une véritable construction architecturale. Sur l’ancien massif quadrangulaire, les artistes placent tout d’abord un second sarcophage, de façon à former deux
;1) Dans les pierres tombales de ce genre qui ont rieuses est la dalle fune'raire de Simon de Gillans, subsisté, les incrustations ont disparu et il n’en est abbé de l lle-Barbe ( 1 3 4 9 ) , qui se trouve aujourplus resté que la silhouette. L une des plus eu- d’hui au musée de Cluny.
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mausolées superposés et à doubler les statues des gisants. Puis, s’inspirant de ces tabernacles que le moyen âge avait parfois employés pour décorer et abriter les tombes, ils imaginent le mausolée à deux étages formant, en quelque sorte, une chapelle à jour, où le tombeau proprement dit est surmonté d’un arc de triomphe ouvert sur les quatre côtés. Comme ces sépultures, par suite de leurs fastueuses proportions, exigent un vaste emplacement et qu’il devient impossible de les multiplier dans les églises sans empêcher la circulation, l’on se trouve forcément amené à composer des monuments funéraires de formes très diverses où le génie des sculpteurs peut aisément se donner libre carrière, mais qui n’ont plus rien de commun avec les mausolées proprement dits; tels sont les obélisques, les pyramides, les groupes de statues, etc., dont la hauteur se développe au détriment de la largeur. Mais, tout en exigeant moins de place que les tombes levées, les tombeaux de ce genre sont encore fort gênants, et leur nombre se trouve forcément restreint. Aussi, après avoir utilisé le milieu des chapelles, les artistes songèrent à tirer parti des murs latéraux et a leur appliquer une décoration qui fut en harmonie avec les merveilles artistiques dont ils formaient le cadre. C’est ainsi que prirent naissance les tombeaux adossés aux murailles, qui, eux aussi, se développèrent surtout en hauteur, et qui tout en étant peu encombrants, permettaient de réunir sur une large surface une extrême variété d’éléments décoratifs et de produire un effet vraiment original par le mélange le plus heureux de tous les genres et de tous les styles. C’est alors que par une imitation toute naturelle des habitudes du moyen âge la mode revint de placer dans l’encadrement des arcades des mausolées qui rappelaient les anciennes tombes arquées.
Avec le xvne siècle, l’exubérance fastueuse de la période précédente tend à disparaître graduellement; un goût différent, inspiré par le retour des traditions classiques, préside aux conceptions des artistes. Les tombes levées reprennent alors l’ancienne forme du sarcophage; mais elles cessent d’être placées au milieu des chapelles ; on préfère les adosser également aux murs latéraux, soit en face de l’autel, soit au-dessous des vitraux. Cette disposition permet de réduire le massif du tombeau dont la profondeur est notablement diminuée, tandis que la longueur reste à peu près identique.
Seulement ces tombes, par leur caractère d’imposante simplicité, excluent la richesse et la variété de décoration que l’on recherche de plus en plus. Aussi les sculpteurs tendent-ils à leur préférer les monuments adossés aux murailles. Ce genre, qui devient bientôt très dispendieux en raison du
développement excessif de son ornementation, forme bientôt lui-même une exception; il n’est guère employé que pour des personnages de haut rang. Ce qui domine surtout, durant le xviic et le xviii0 siècle, ce sont les monuments funéraires appliqués aux murailles, à une certaine hauteur, qui se présentent avec une saillie très réduite et dont les éléments décoratifs offrent un agencement harmonieux de motifs d’architecture et de sculpture.
Tandis que se multiplient ces divers genres de monuments, l’emploi des pierres tombales devient moins fréquent. Cela tient à ce fait que les personnages notables, au lieu d’être inhumés, comme par le passé, dans de simples fosses, reçoivent la sépulture dans des caveaux de famille. Quant aux gens de moyenne condition, l’on ne prend guère plus soin de marquer la place de leur tombe.
Durant la première partie du xvic siècle, les artistes conservent encore les éléments décoratifs de la période gothique, et représentent les défunts sur les sarcophages dans l’attitude des gisants. Mais ils multiplient les statues; les personnages sont le plus souvent figurés par deux, le mari et la femme, et, dans les mausolées formés de deux massifs superposés, ils en placent d ordinaire quatre. De même ils accordent plus d importance aux figures secondaires, anges, génies et statues allégoriques qui accompagnent les gisants. Pour ces diverses représentations le bronze commence à remplacer le marbre.
Dans la seconde moitié du xvic siècle, alors que le stvle gothique a complètement disparu, la composition architecturale et ornementale s’inspire exclusivement des traditions de l’art classique; l’arc en plein cintre, les colonnes et l’entablement ionique ou corinthien se retrouvent seuls dans les mausolées à deux étages qui distinguent cette période.
Avec la Renaissance apparaît une autre innovation caractéristique dans I ornementation des tombeaux, c’est la double figuration des défunts; sur le faite du tombeau, on les voit sous forme de priants, et au-dessous, sous lorme de gisants. Mais ces gisants n’ont plus rien de commun avec ceux du moyen âge. Tandis que les uns étaient toujours figurés dans 1 attitude de la prière ou du sommeil, revêtus des habits de leur profession, les autres se présentent sous forme de cadavres nus ou à demi enveloppés d un suaire, de squelettes presque décharnés et flétris par la mort.
Les artistes de cette époque semblent s’être complu à la représenta-
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tion de ces funèbres images, au contraste saisissant de cette étrange antithèse.
Ce n’est que depuis le xvie siècle, remarquait Viollet Le Duc, que l’on a imaginé de donner aux sépultures un caractère funèbre, de les entourer d’emblèmes, d’attributs ou d’allégories qui rappellent la fin, la décomposition, la douleur sans retour, l’anéantissement, la nuit,
l’oubli, le néant . Les païens ont donné aux monuments funéraires un caractère plutôt
triomphal que désolé. Le moyen âge avait conservé cette saine tradition; les tombeaux qu’il a élevés n’adoptent jamais ces funèbres attributs mis à la mode depuis le xvie siècle.
C’est à la fin de la Renaissance que l’on éleva les premiers mausolées décorés d’allégories funèbres, sorties de cerveaux malades, d’os de morts, de linceuls soulevés par des squelettes, de cadavres rongés des vers, etc. L’art du grand siècle ne pouvait manquer de trouver cela fort beau et le xvme siècle renchérit encore sur ces pauvretés.
Ce moyen âge, que plusieurs nous présentent toujours comme maladif, ascétique, mélancolique, ne prenait pas ainsi les choses de la mort, non plus que les Grecs et les Romains W.
(1) Dictionnaire d’architecture , t. IX., verbo Tombeau.
Legrand d’Aussy av ait déjà appelé l’attention sur cette représentation des défunts, sous forme de cadavres nus, qui est un des traits caractéristiques de l’art funéraire de la Renaissance.
fc Cet état de nudité est à remarquer, écrivait-il, et il fait époque dans les annales de notre sculpture ; jusque-là elle n’avait produit que des effigies armées ou vêtues. Devenue plus hardie à mesure qu’elle devenait plus savante, elle se piqua de subjuguer l’admiration en exposant sous ses yeux les effets pittoresques de la nature morte, de même que, dans les statues ordinaires, elle lui présentait les beautés de la nature vivante. Je ne doute nullement que les deux statues couchées de Louis XII et de son épouse n’aient été dessinées fidèlement sur le nu, d’après les deux morts, et que pour leur tête on n’ait pris sur leur visage un moule en plâtre . Pour s’en convaincre, il suffit de re¬
garder la gorge affaissée de la reine, la bouche ouverte du roi et ses traits hideusement décomposés, leur ventre recousu à tous deux après avoir été ouvert pour l’opération de l’embaumement. La sculpture alors se faisait une loi de rendre dans toute leur vérité les détails de ce genre, quelque désagréables qu’ils fussent. . . .
tf Comme alors on avait l’usage d’être au lit nu et sans chemise, et que, par conséquent, il était contre le costume de représenter complètement habillés des hommes morts de maladie, on crut sans doute devoirleur laisser cet état de nudité dans lequel les avait frappés la mort; et cette innovation était
même d’autant plus faite pour plaire aux sculpteurs, qu’indépendamment du mérite de sa nouveauté, elle leur procurait encore celui de pouvoir développer les connaissances profondes qu’ils avaient en anatomie. ri ( Essai sur les sépultures nationales, Paris , Esneaux , 1 82 4 , p. 281.)
11 11’est pas inutile d’opposer ces observations judicieuses aux appréciations injustes ou erronées dont le moyen âge a été fréquemment l’objet, sur le point spécial qui nous occupe, et qui paraissent uniquement inspirées par une ignorance absolue de la question. Voici, par exemple, les réflexions étranges que Millin formulait à ce sujet : «Dans les premiers siècles, on représentoit l’image de la mort par un cadavre à moitié décharné et rongé de vers, de la bouche duquel on faisait sortir une légende qui contenoit un passage de l’Écriture. Les anciennes églises sont encore remplies de tombes semblables et j’aurai l’occasion d’en faire graver une.
rrLes artistes de ces temps grossiers ont rendu l’image de la mort bizarre par les grotesques attributs dont ils font environnée; c’est ainsi qu’ils ont fait le diable plus ridicule qu’effrayant. Ils ont donné à la mort de grandes ailes de chauve-souris , une faux, un sablier; ils l’ont entourée d’ossemens enlacés en sautoir. Les artistes distingués, obligés de se soumettre eux-mêmes à la volonté des hommes pour lesquels ils travailloient, ont adopté ces manières de représenter la mort. Nous verrons, à l’article de Gisors, un homme à moitié corrompu, chef-d’œuvre ignoré , fait par le célèbre Goujon. »
( Antiquités nationales , t. II, Eglise de Saint-Benoît , p. 33.)
D'ailleurs, à cote' Je cette représentation Je la mort, effrayante mais sans laiJeur, les artistes Je la Renaissance s’attachent à multiplier tout ce qui
De nos jours, cette opinion a été adoptée sans réserve par les lettrés, qui n’ont pas manqué de mettre en opposition la prétendue barbarie du moyen âge et les conceptions harmonieuses de l’antiquité classique. Sur ce point, on peut citer à titre d’exemple caractéristique les réflexions suivantes de Paul de Saint-Victor, l’un de nos plus célèbres critiques : rr L’avènement de la Mort date du Christianisme qui, en rendant le corps à la terre, l’avilit et le souille au profit de l’âme. Dès lors, la Mort rejette les voiles dont l’imagination antique avait drapé sa laide nudité. Elle se résume dans le squelette, emprunte sa faux au Temps païen et parcourt le monde en le fascinant. Elle n’a plus d’âge, plus de beauté, plus de sexe, rien qu’une ossature décharnée que surmonte un crâne grimaçant. Elle ne dort plus, elle trépigne et gesticule furieusement; au lieu de convier l'homme au sommeil, elle l’agite des angoisses et des menaces de l’éternité. A travers le grillage de ses os arides flamboient les feux de l’Enfer. Le moyen âge s’éprit de ce spectre. 11 y a des époques dans son histoire où on peut dire qu’il était amoureux de la mort. Tel fut le xive siècle, qui créa le drame aux mille tableaux de
la Danse macabre . La mort était belle en
Grèce, parce quelle n’était défigurée ni par l’effroi de l’autre monde , ni par les horreurs de la destruction . Quelle tranquililé profonde respirent les
tombeaux romains. Leurs épitaphes semblent des enseignes invitant les passants à jouir de leur paix : Securilati perpetuæ. — Bonæ quieti . « ( Hommes et dieux , p. 817 et 819.)
Nous avons retrouvé tout récemment des observations identiques sous la plume de M. Anatole France, rr L’imagination hellénique, remarque cet écrivain, embellissait toutes choses et donnait même de la grâce à l’évanouissement suprême. Le moyeu âge, au contraire, nous a effrayés par la peur de l’enfer, par une lugubre fantasmagorie de diables happant au passage l’âme des pêcheurs, par les simulacres funèbres des sépulcres, par les images des squelettes et des vers du cercueil rongeant la chair corrompue, enfin par la Danse macabre. » ( La Vie littéraire, 3e série, 1889, p. 85.)
Ce qui a surtout provoqué ces appréciations inexactes, c’est l’extrême popularité de la Danse
macabre, qui, pour les écrivains que nous venons de citer, paraît résumer complètement toutes les conceptions du moyen âge relativement à la mort. Or, il convient d’observer que cette lugubre fantasmagorie date seulement du xve siècle, c’est-à-dire du déclin du moyen âge et qu’elle est surtout un sujet de moralité, une protestation contre l’orgueil humain, un avertissement du néant de ce monde et de la vie éternelle. Les personnages que la Danse macabre met en scène sont de simples abstractions; les artistes n’ont jamais songé à figurer des personnages de leur temps. Le moyen âge chrétien avait proscrit dans l’art funéraire tout ce qui pouvait rappeler la triste décomposition du corps, parce que ces représentations n’étaient pas en harmonie avec ses croyances. Le plus ancien exemple que l’on puisse citer d’un personnage connu figuré sous forme de cadavre décharné est celui de Nicolas Flamel, qui doit se rapporter à l’année 1 4 1 6. Et encore ne saurait-il entrer en ligne de compte, car il a du être directement inspiré par la Danse macabre qui venait d’être peinte à peu près à la même époque sous les charniers du cimetière des Innocents. Le second exemple, vraiment décisif celuilà, ne se rencontre plus qu’en l’année 1 467, c’està-dire à la veille même de la Renaissance, pour le chanoine Étienne Yver. Mais, durant tout le moyen âge , on ne trouve aucune représentation analogue dans les nombreux mausolées ou pierres tombales que nous aurons l'occasion de passer en revue. Et, lorsque l’on a étudié les monuments funéraires de cette époque, ce n’est pas sans étonnement que l’on se demande où l’on a bien pu voir <r ces morts qui ne dorment plus, qui trépignent et gesticulent furieusement . ces diables happant au passage
l’âme des pécheurs». Partout les statues des tombeaux respirent le calme et la sérénité, et c'est toujours le patriarche Abraham cpù reçoit dans son sein l’âme des fidèles. Jamais le moyen âge chrétien n’a pu imaginer de représenter les défunts sous la forme de cadavres hideux et décharnés, puisqu’il n’envisageait la mort que comme le sommeil réparateur des luttes de la vie et l’attente paisible de la résurrection future.
Si l’on veut mettre sur ce point l’antiquité en parallèle avec le moyen âge, ce doit être pour
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peut donner la vie et la grâce â leurs compositions, et le pourtour de leur somptueux mausolées est peuplé de statues allégoriques, de cariatides, de figures en bas-relief, traitées avec une rare élégance.
A la même époque, on retrouve dans les monuments adossés aux murs latéraux, la double image du défunt, priante et gisante; mais ce n’est là qu’une exception. Ce qui distingue surtout ce genre de mausolées, c’est la variété des attitudes que prennent les personnages; tantôt on les voit debout, tantôt à demi couchés, ou assis dans une attitude méditative. Quelle que soit d’ailleurs leur posture, ils forment toujours le sujet principal, le centre de la composition artistique. La représentation du défunt n’est point placée d’ordinaire sur les tombeaux en forme de colonnes ou d’obélisques; on lui substitue, dans ce cas, des statues allégoriques, de petits génies, des basreliefs de marbre ou de bronze encadrés par des arabesques et des ornements d’une infinie diversité.
Dans ces sortes de monuments, la position de l’épitaphe est extrêmement variable; quelquefois elle prend place, comme élément décoratif, au milieu de la composition architecturale; dans d’autres cas elle figure sur le soubassement des mausolées et des colonnes; il arrive aussi, lorsque la place fait défaut, qu’elle est appliquée vis-à-vis du mausolée, contre l’un des murs de la chapelle.
Le xviic siècle simplifie la décoration des tombes levées, en même temps qu’il en réduit la forme; il revient aux statues des priants posés sur un sarcophage décoré de pilastres ou de colonnettes engagées, de bas-reliefs et d’attributs symboliques ou héraldiques. Mais comme le massif du mausolée, notablement réduit dans sa profondeur, ne permettait plus de juxtaposer les personnages, l’usage s’imposa définitivement de les placer à la suite l’un de l’autre, et dans quelques cas exceptionnels ils furent groupés par trois. L’inscription funéraire était gravée au-dessous d’eux, sur la face antérieure du sarcophage.
Par contre, dans les monuments adossés, qui recouvraient tout un pan de mur, depuis la base jusqu’au faîte, l’excès de la décoration ne tarda pas à se produire. Il semblait que l’artiste voulut utiliser bon gré malgré toute la surface dont il disposait et qu’il se mit l’esprit à la torture pour imaginer, combiner, agencer, et souvent même entasser les uns sur les autres les
établir, non une opposition, mais un rapproche- des tombeaux romains, et le Requiem œternam , le ment significatif. Quelle différence peut-on trouver, Requiescant in pace des pierres tombales du moyen en effet, entre le Seçuritati perpétuas , le Ronæ quieli âge?
sujets elles personnages. Dans ces mausolées, le deïunt est représenté sous les formes les plus variées, et même peut-on dire les plus inattendues; on le voit escorté de plusieurs figures secondaires qui offrent généralement le spectacle d’une scène pathétique, destinée à frapper l’imagination. Le tout est encadré ou soutenu par des sarcophages, des cercueils entr ouverts, des obélisques, des pyramides et des ornements répandus à profusion. Si les détails, considérés isolément, sont remarquables par leur délicatesse ou leur ingéniosité, l’ensemble paraît confus, lourd, parfois même disgracieux; la recherche et l’effort se trahissent trop ouvertement. L’effet de grandeur ou de magnificence que l’on a voulu produire est manqué; l’œuvre, prétentieuse et compliquée, surprend et déconcerte; elle n inspire aucune émotion.
Il semble, observe à ce sujet un historien de Part funéraire, que l’on prenne une invincible horreur de la simplicité. L’artiste se met l’esprit à la torture pour composer des formes nouvelles, pour trouver des effets inattendus, et cet effort pénible prête aux monuments quelque chose de lourd, de prétentieux. On a voulu dire beaucoup, mais cette éloquence n’est plus souvent qu’un verbiage pompeux. Faire du bruit, mener grand tapage, ce n’est pas parler, encore moins penser sagement, grandement, noblement. Bientôt on tombe dans les plus étranges bizarreries. Le marbre est tourmenté, violenté sous un ciseau impitoyable; on veut qu’il réunisse les effets de la peinture à ceux de la sculpture et de l’architecture. Nous voyons des sarcophages, mais c’est trop peu. Un fantôme en soulève le couvercle de ses mains décharnées, et le cadavre, la tête fléchissante, lugubrement s’y enfonce. 1! y a des trophées, des amours qui pleurent, des femmes qui se lamentent, des vertus échevelées, des génies chargés d’écussons,
d’interminables inscriptions . Les marbres encombrants s’entassent et grimpent jusqu’aux
voûtes; l’étroitesse du cadre les agrandit encore et ce n’est pas sans un vague malaise que l’on voit, à demi perdus dans l’ombre, ces fantômes aux flottantes draperies, ces squelettes découpés tout à jour et brandissant une faux, ces guerriers en perruque, toute cette funèbre mythologie que les vitraux tachent de leurs reflets mystérieux. Quelle manie de chérubins, d’anges, d’ailes, de crânes qui grimacent, de guirlandes, de drapeaux, d’armes, de suaires! Et tout cela remue, s’agite, gesticule, pleure, crie. Si par hasard le personnage défunt est représenté étendu sur sa tombe, nous le voyons se redresser à demi, secouer les flots abondants de sa perruque, lever la main, commençant je ne sais quel geste oratoire, comme s'il voulait haranguer l’Éternel. La mort elle-même leur commande en vain le repos.
Le xviii6 siècle continue les traditions du siècle précédent. Il innove peu, se contentant de
renchérir encore sur les folies et les magnificences à la mode . Le goût des compositions
compliquées, théâtrales, des allégories sentimentales et dramatiques hante les meilleurs esprits.
Et cependant la France, au milieu de cette débauche de fastueuses rêveries, garde toujours une certaine mesure. C’est surtout lorsque l’on passe la frontière et que l’on va étudier les monuments funéraires de la même époque élevés dans les autres pays de l'Europe, que l’on apprécie ce goût français qui tempère un peu même les excès, qui règle les plus téméraires fantaisies (1> .
(1) Lucien Augé, Les Tombeaux. Paris, Hachette, 1875 ( Bibliothèque des merveilles).
Les mêmes observations se retrouvent dans T Archéologue chrétien, de Gareiso : «Souvent, écrit cet
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Plus modestes sont les monuments simplement appliqués aux murailles. Ici, la représentation ne comporte qu’un buste, posé sur un piédestal dans une niche ovale, accosté de petits anges ou de génies, et encadré dans une décoration architecturale de colonnettes ou de cariatides, qui supportent un entablement richement sculpté. L’inscription funéraire forme, en général, la base de ces mausolées. Vers le milieu du xvne siècle, le buste disparait graduellement; c’est l’épitaphe qui prend sa place et occupe désormais le centre du monument, dont l’ornementation est dès lors extrêmement variable. Tantôt elle se borne à une simple moulure qui borde l’inscription, tantôt au contraire elle présente un mélange de tous les éléments décoratifs précédemment employés; la figuration des armoiries y prend une place prépondérante. L’emploi simultané de la pierre, des marbres de diverses couleurs, du bronze et du cuivre doré, contribue à donner à ces monuments une véritable originalité.
Tandis que se développe l’ornementation des mausolées, celle de la pierre tombale se simplifie chaque jour davantage. Avec le xvie siècle l’encadrement architectural de l’époque gothique a disparu pour faire place à une composition de fantaisie, formée d’attributs et de moulures, qui paraît imiter en quelque sorte les bordures de tableaux. L’image du défunt, gravée en creux, subsiste, mais elle n’est plus accompagnée de figures accessoires; l’épitaphe reste sur les côtés, ou passe dans la partie inférieure de la dalle. Les têtes de morts et les ossements en sautoir se retrouvent parmi les ornements symboliques le plus souvent employés.
Au xvne siècle, le cadre architectonique reprend sa place primitive, mais il se réduit à un arc en plein cintre, porté sur deux colonnes ou deux pilastres et dont l’archivolte est surmontée de quelques rares ornements. Il ne tarde pas à disparaître définitivement, d’ailleurs, ainsi que l’effigie du défunt.
auteur, le tombeau reçoit de grandes et belles pyramides, des obélisques élancés, de magnifiques colonnes monumentales, des groupes de personnages allégoriqûes, malheureusement sans aucun rapport avec la pensée religieuse. La statue, il est vrai, est bien encore parfois à genoux ou couchée, mais, le plus souvent, elle prend toute autre posture plus ou moins naturelle, plus ou moins forcée ou même ridicule; tantôt elle est en prière ou en méditation, tantôt elle soulève la pierre de son tombeau et sort de ce dernier au son terrible de la
trompette du Jugement; ici, c’est un squelette environné de son suaire; là, c’est la Mort avec sa faux; d’autres fois, ce sont des scènes lugubres ou des représentations pathétiques, théâtrales et pittoresques; des génies qui pleurent ou qui portent des torches funéraires, etc., le tout parfaitement travaillé, propre à frapper l’imagination, mais manquant généralement de convenance, de décence même, et surtout de sentiment religieux.» (Cité par A. Murcier, dans son ouvrage sur les Sépultures chrétiennes en France , p. 197.)
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Dès la seconde moitié du siècle, la pierre tombale devient une simple épitaphe. L inscription funéraire occupe le milieu de la dalle; elle est inscrite tantôt en carré, tantôt en ovale et encadrée par des moulures ou des filets perlés. Au-dessus et au-dessous sont gravés des écussons, des cassolettes fumantes et des attributs <pii ne varient guère, ossements, torches renversées, branches et couronnes de cy près.
Pour les tombes les plus modestes, notamment celles des Religieux, l’épitaphe se borne à un simple losange de marbre ou de pierre, avec une croix comme seul ornement. Signalons à titre exceptionnel les inhumations partielles qui furent usitées autrefois pour les princes de sang royal et pour quelques grands personnages. Tandis que la dépouille mortelle recevait la sépulture dans une église, le cœur, et quelquefois les entrailles, étaient réservés pour une autre. Ces reliques étaient enfermées dans un coffre de plomb enfoui dans le sol ou encastré dans les murailles, et dont la place était indiquée par une petite plaque de marbre ou de cuivre, souvent découpée en forme de cœur qui portait une courte inscription. C’est ainsi que l’église du monastère du Val-de-Grâce renfermait le cœur de plusieurs reines et d un grand nombre de princes de la maison de Bourbon.
Les inhumations furent interdites dans les édifices religieux, sauf pour les dignitaires ecclésiastiques et les patrons ou fondateurs de chapelles, par une déclaration de Louis XVI, du 10 mars 177b, enregistrée au Parlement le •2 1 mai suivant. Le décret du a3 prairial an xn, qui inaugura le régime moderne des sépultures, a généralisé cette prohibition.
Les monuments funéraires, exécutés par les vieux tombiers du moyen âge et par les artistes modernes, formèrent, pendant six siècles dans les édifices religieux de l’ancien Paris, un merveilleux élément de décoration. Il n’était guère d’église ou de chapelle, si modeste fut-elle, qui n’attirât ( attention par quelque sépulture intéressante. L’ensemble de ces mausolées retraçait, sous les aspects les plus divers, toute 1 histoire de l’art français. Aussi Viollet-Le-Duc a-t-il pu dire, à bon droit, que nos églises étaient non seulement des édifices religieux, mais encore et surtout des édifices nationaux, el Victor Cousin a très judicieusement marqué l’intérêt qu elles offraient à ce point de vue spécial.
Des couvents et les églises, écrit-il, étaient, flans l’ancienne France, de véritables musées populaires. Rien d’arbitraire alors dans la destination des ouvrages d’art, ni par conséquent dans le choix fies sujets représentés, et il en résultait cet avantage que les artistes cherchaient avant tout l’expression, qui ne pouvait leur être imposée et où ils mettaient leur génie, car les
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accessoires et, en quelque sorte, la scène exle'rieure, étaient rigoureusement déterminés par les convenances souveraines du sujet, du lieu, de l’usage, sous les auspices d’une autorité qui ne pouvait, sans trahir des devoirs sacrés, laisser une trop grande part à la fantaisie. La sainte maison où travaillaient les artistes, l’effet moral qu’on leur demandait de produire sur l’âme
des fidèles, parlait à la leur et guidait leur ciseau ou leur pinceau (1) .
Les artistes ne prenaient guère alors des sujets arbitraires et de fantaisie. Ils travaillaient sur des sujets contemporains qui, en leur laissant une juste liberté, les inspiraient et les guidaient et communiquaient un intérêt public à leurs ouvrages. La sculpture française du xvne siècle, comme celle de l’antiquité, est profondément nationale^. Les églises et les monastères étaient remplis des statues de ceux qui les avaient aimés pendant leur vie et voulaient y reposer après leur mort. Chaque église de Paris était un musée populaire (3b
Cette observation est surtout vraie pour la basilique métropolitaine, pour quelques églises paroissiales et pour certains monastères, où la piété des fidèles, et plus encore leur vanité, avait groupé, durant plusieurs siècles, les rares et ingénieuses productions de nos artistes. Parmi ces édifices privilégiés, le couvent des Célestins occupait le premier rang, et aucune de nos basiliques, sauf celle de Saint-Denis, ne pouvait rivaliser avec son église pour la prodigieuse variété et bétonnante beauté des monuments funéraires dont elle était décorée. Dans ce bâtiment, dont le roi Charles V avait posé lui-même la première pierre, les maîtres de la Renaissance avaient groupé à fenvi les plus merveilleuses créations de leur génie. Aux yeux du visiteur ébloui, la chapelle d’Orléans offrait le beau mausolée de Louis d’Orléans, de sa femme, la gracieuse Yalentine de Milan, et de leurs deux enfants , pieusement élevé par leur petit-fils , le roi Louis XII; l’admirable groupe des trois Grâces, œuvre de Germain Pilon, qui portait les cœurs de Henri II et de Catherine de Médicis; la colonne funéraire de François II, par Paul Ponce; la colonne torse, en marbre blanc, sculptée par Barthélemy Prieur, au sommet de laquelle reposait, dans une urne de bronze, le cœur du connétable Anne de Montmorency; celle du vaillant capitaine Timoléon de Cossé, comte de Brissac; le fastueux obélisque des ducs de Longueville, avec ses
(1) Inventaire des objets d’art du couvent des Carmélites, dans les Nouvelles archives de l’art français, t. V, p. 81.
(2) Cette observation serait certainement plus juste si elle s’appliquait aux artistes du moyen âge. Mais cette période de notre histoire ne fut jamais familière à Victor Cousin. Une courte note de son livre montre comment il la connaissait et l’appréciait : ffll y a eu sans doute de la sculpture au moyenâge ; les innombrables figures semées aux portails de nos cathédrales et les statues qu’on découvre
tous les jours le témoignent assez. Les imagiers de ce temps avaient certes bien de l’esprit et de l’imagination, mais, au moins dans tout ce que nous avons vu, la grande beauté est absente et le goût manque, u
Cette assertion étrange n’est pas pour surprendre ceux qui savent que Victor Cousin limitait volontiers toute l’histoire de France à un petit coin du xvn' siècle.
(3) Du vrai, du beau et du bien, Xe leçon : De l’Art français.
bas-reliefs de bronze et ses statues de marbre, dus à François Anguier; l’élégant tombeau d’albâtre de la jeune princesse Renée d’Orléans-Longueville; le mausolée de l’amiral Chabot, attribué à Jean Cousin, et celui d’Henri de Rohan-Chabot, par Michel Anguier; dans la chapelle voisine c’étaient les magnifiques tombeaux des Potier de Gesvres. Autant de monuments, autant de chefs-d’œuvre! L’église des Célestins était le musée par excellence de l’art parisien, et les amis du Beau regretteront toujours la dispersion et la destruction partielle des sculptures incomparables qui s’y trouvaient réunies et dont les débris son! encore aujourd’hui l’honneur du Louvre, de Versailles et de Saint-Denis.
Conformément aux traditions romaines, les premiers cimetières de l’antique Lutèce avaient été établis hors de la cité, à proximité des grandes voies de communication. Trois nécropoles qui se trouvaient sur les routes du Nord, de l’Est et du Midi, avaient sulli pendant plusieurs siècles à la population gallo-romaine et franque; mais, dès le xic siècle, en raison de l’accroissement de la ville, il devint nécessaire de les multiplier. Comme 1 usage d’inhumer dans les temples reprenait vigueur à cette époque, ceux des fidèles qui ne pouvaient jouir de la sépulture privilégiée, voulurent du moins reposer a l’ombre de l’édifice sacré. De là l’obligation pour les églises paroissiales de s’annexer un champ de repos, toutes les fois qu il leur était possible de trouver des terrains inoccupés dans leur voisinage immédiat. Suivant la distribution topographique des quartiers, les cimetières furent placés devant les porches des églises, sur les flancs ou au chevet, et quelquefois même dans l une des rues avoisinantes. Mais l’emplacement restreint qu'ils occupaient 11e tarda pas à devenir insuffisant et, comme les maisons dont ils avaient été graduellement entourés faisaient obstacle à tout agrandissement, il fallut supprimer incessamment les anciennes sépultures pour faire place aux nouvelles; de là vint la création de ces Charniers qui furent l’un des traits caractéristiques des nécropoles parisiennes. Aux murs de clôture l’on adopta des auvents qui formaient autour de l’enceinte une galerie couverte où I on prit soin de recueillir et d’empiler les ossements desséchés, exhumés des fosses, et que l’exposition au grand air ne tardait pas à réduire en poussière. Ainsi se trouvait réalisé à brève échéance et sous un aspect saisissant, pour la dépouille mortelle des fidèles, l’avertissement prophétique de l’Ecriture sainte : cc Mémento, liomo, quia piilvis es, et in pulveremreverteris.-n De toutes les nécropoles parisiennes, la plus célèbre et la plus étrange-
ment pittoresque fut, sans contredit, celle des Champeaux, plus connue dès le moyen âge sous le nom des Saints-Innocents. Ce cimetière occupait un terrain servant autrefois de marché et avait dans son voisinage les Halles, où se tenaient des foires permanentes; il resta longtemps ouvert à tout venant, et le bas peuple, qui l’encombrait sans cesse, paraissait médiocrement touché par le respect dû à cet asile funèbre. Pour mettre un terme aux scènes scandaleuses qui déshonoraient le champ de repos, Philippe Auguste le fît clore de hautes murailles, en 1 186 , et fermer par des portes.
Quelques années plus tard, le cimetière des Innocents se trouva englobé dans l’intérieur de la ville, lorsque le roi eut fait construire le nouveau mur d’enceinte, et il fut promptement entouré de maisons. Bien qu’il n’eût guère plus de dix-huit cents toises, il servit pendant huit siècles aux inhumations de vingt-deux paroisses ou établissements religieux, et le tiers de la population de Paris y reçut la sépulture. Son emplacement était divisé en deux parties que séparait un simple fossé, le Cimetière proprement dit et le Parterre ; à l’angle nord, du côté de la rue Saint-Denis, s’élevait l’église paroissiale des Saints-Innocents. Les murs de clôture étaient bordés à l’origine par de légères constructions de bois qui furent transformées plus tard en galeries voûtées, aux frais de quelques citoyens pieux, et formèrent les charniers.
On réserva aux sépultures privilégiées le terrain qu’abritaient les charniers, et les arcades furent bientôt tapissées d’innombrables inscriptions. Les galeries étaient couvertes par un plafond voûté que surmontait une toiture en tuiles, dont le faîte portait sur les murs du cimetière et dont le bord inférieur était soutenu par de courts piliers de bois posés sur les arceaux de la façade, laissant ainsi un large espace vide entre les voûtes et le toit. C’est là que les fossoyeurs empilaient par couches serrées les funèbres reliques retirées des fosses communes, et Aux Galetas et sur les quatre-vingts arcades des Charniers, observait Bonfons, l’on veoit une infinité d’ossemens et testes de trespassez, très belles et bonnes glasses à représenter la grandeur et impertinence de nostre vanité humaine. »
Le spectacle de cet ossuaire incessamment renouvelé et qui s’étalait aux yeux de toutes parts était bien fait pour provoquer, au premier abord, un involontaire saisissement. Les peintures de la Danse macabre, qui se déroulaient le long des charniers avec leurs « escriptures pour esmouvoir les gens à devocionn, dont parle Guillebert de Metz, ajoutaient encore à cette fantastique impression. Combien fallait-il qu’elle fût vivace, pour avoir inspiré au
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sceptique Villon, le poète insouciant et narquois de la Basoche, les philosophiques inflexions qu’il a consignées clans son Grand testament:
Quand je considéré ces testes Entasse'es dans ces Charniers,
Tous furent Maistres des requestes Ou tous de la Chambre aux deniers .
Et icelles qni s’inclinoient Unes contre aultres en leurs vies,
Desquelles les unes regnoieut Des aultres craintes et servies,
Là les voy toutes assouvies Ensemble en ung tas peste mesle ;
Seigneuries leur sont ravies;
Clerc ne Maistre ne s’y appelle.
Or sont ils mortz; Dieu ayt leurs âmes.
Quant est des corps, ils sont pourris.
Ayant esté seigneurs ou dames Souef et tendrement nourriz De cresme, fromentée ou riz,
Leurs os sont déclinez en pouldre;
Auxquels ne chault d’esbat ne riz;
Plaise au doulx Jésus les absouldre!
Av cc le temps, le cimetière des Innocents perdit son lugubre aspect, et se transforma d’une façon originale et singulièrement pittoresque. Sous les charniers fut installée une double rangée d’échoppes où des libraires, des marchands d’estampes, des fripiers et des lingères étalaient les objets les plus disparates et oit les écrivants publics, que les Parisiens avaient baptisés r Secrétaires de Saint-Innocent », offraient leurs services au populaire illettré.
Les oisifs, les badauds et les vagabonds fréquentaient assidûment ce bazar d’un nouveau genre, qui n’était pas exempt d’une turbulente gaieté, et dont l’animation formait un piquant contraste avec la funèbre destination du lieu. Deux siècles après Villon, le poète Berthod signalait surtout à l’attention des curieux
Les cinq cens badineries Que l’on voit sous ces galeries.
Au milieu du bruit et de la cohue, d’ailleurs, les inhumations suivaient toujours leurs cours, à tel point que le sol de l’enclos s’était graduellement élevé de huit à dix pieds au-dessus du sol des rues voisines. Et sous le spé-
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cieux prétexte que la terre du cimetière jouissait de la propriété de consumer rapidement les corps, personne ne songeait à protester au nom de l’hygiène contre cette accumulation de sépultures dans l’intérieur d’une grande ville et au centre d’un quartier essentiellement populeux.
Cependant le Parlement, au cours du xvme siècle, s’était ému de cette situation, et, décidé à y mettre un terme, il ordonna, par un arrêt du 12 mars 1763, que tous les cimetières de Paris seraient transportés hors de la ville. Par un autre arrêt du 21 mai 1765, il prohiba toute inhumation dans les nécropoles existantes à dater du icr janvier suivant, en édictant la création de cimetières extérieurs. Toutefois, la question qu’il avait la prétention de trancher ainsi était trop complexe pour que ses décisions, prises un peu à l’improviste, suffisent à la régler définitivement. La force de l’habitude, l’opposition du clergé des paroisses et la difficulté de trouver les terrains nécessaires, furent cause que ses arrêts restèrent sans effet.
Mais, quinze ans plus tard, un accident survenu dans le voisinage du cimetière des Innocents, provoqua des mesures radicales. Plusieurs caves des maisons de la rue de la Lingerie s’étant effondrées sous le poids des cadavres amoncelés dans les fosses adjacentes, les exhalaisons méphitiques, sortant des excavations, menaçaient d’infecter le quartier. Le Parlement prescrivit la fermeture et la désaffectation du cimetière, et cette fois, grâce à l’évidence du danger, il fut obéi. Les dépouilles mortelles enfouies dans le sol des Innocents furent transportées au cimetière de Montrouge, avec toute la décence qu’exigeait cette funèbre opération, et le champ de repos fit place à une vaste et lugubre solitude. Un arrêt du Conseil du 2 5 octobre 178b décida que ce terrain serait réuni aux Domaines et un second arrêt du 9 novembre suivant ordonna sa transformation en marché public. C’est ainsi que l’emplacement du cimetière, où plus de vingt générations avaient reçu la sépulture, revint au bout de dix siècles à sa destination primitive.
Quant à la question des inhumations parisiennes, elle fut définitivement réglée par l’Assemblée constituante. Les lois des 6 et 1 5 mai 1791 édictèrent la suppression des cimetières intérieurs et leur vente comme biens nationaux après dix ans. Le 1 2 mars 1801, un arrêté du préfet de la Seine décida que trois grandes nécropoles seraient établies hors Paris; la création d’une quatrième fut ordonnée par Napoléon l’année suivante.
Au point de vue archéologique et artistique surtout, les tombes des cimetières du vieux Paris ne pouvaient présenter le même intérêt que celles des
églises, Les mausolées d’apparat 11e furent guère prodigués que dans les temples ; ils étaient peu communs dans les champs de repos, oii l’on marquait simplement la place de la fosse par une croix de pierre ou de bois portant une épitaphe peinte ou gravée, par de simples dalles et par des inscriptions appliquées aux murs des charniers. Rarement y trouvait-on quelques stèles, cippes funéraires ou colonnes tronquées , œuvres d’un obscur tailleur de pierres.
En règle générale, les nécropoles furent affectées à la sépulture des classes populaires. Néanmoins, a toutes les époques, des personnages de haut rang, inspirés par un profond sentiment d humilité chrétienne, voulurent être inhumés, sans aucun faste, avec le commun des mortels. C’est ainsi qu’en 1081 Bernard de Dormans, fils et neveu de deux chanceliers de France et lui-même chambellan du roi Charles V, fut kwms et enterré de son commandement avecque les povres ou cimetière Saine l-Innocent». Cent ans plus tard, Jean Le Boulanger, premier président au Parlement, y fut inhumé avec sa première femme, Philippe de Cottereau. Et, au milieu même du xvme siècle, dans cette époque de tous les fastes, de toutes les vanités, Anne Le Fèvre d’Ormesson, 1 épouse vertueuse autant que modeste du chancelier d’Aguesseau, préférait à la sépulture pompeuse que lui réservaient son titre et son rang, une tombe ignorée dans l’enclos paisible du cimetière d’Auteuil : cr Inter pauperum ancres, pauper ipsa spirilu, etpauperum mater, beatam resurrectionem expectore maluit quant inter divitum sepulclcra. » L’austère chancelier ne pouvait manquer de suivre l’exemple de sa femme : « Desideratissimœ conjugi, ut in omnibus, sic et clinsliana Jiumihtate concors, en hoc cœmeterio jungi voluit .»
Le nom de Simon Piètre, médecin de Paris, mérite également d être rappelé ici, mais à un titre tout différent. Cet homme pieux et honnête, ainsi que le constate son épitaphe, tenait à ne nuire à personne une fois mort, après avoir fait du bien à tous pendant sa vie, et, par un juste souci de 1 hygiène publique, trop rare de son temps, il voulut être inhumé non dans l’église, mais dans le cimetière de Saint-Etienne-du-Mont : «Sub dio sepelin volait, ut ne morluus cuiquam noceret, qui vivus omnibus profilerai. »
De tous ces mausolées fastueux, de ces dalles historiées et de ces inscriptions funéraires que nous venons de passer rapidement en revue, et dans lesquelles l’orgueil humain semblait trop souvent chercher au delà de la tombe une suprême satisfaction, que reste-t-il aujourd’hui? Peu de chose en vérité. Quelques monuments imparfaitement restaurés, quelques statues mutilées, quelques fragments de pierres, dispersés maintenant dans nos musées et nos églises, ont seuls échappé aux injures du temps et à la barbarie
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des hommes. Les morts eux-mêmes, victimes des nécessités sociales, ont été expulsés de ces asiles funèbres où un éternel repos paraissait leur être assuré. Et tandis que leurs ossements confondus reposent par couches serrées dans les froides et lugubres galeries des Catacombes, rien ne rappelle plus le souvenir des générations disparues, si ce n’est les vieilles épitaphes transcrites par les historiens et par les curieux des trois derniers siècles.
La Commission des Travaux historiques, après avoir décidé la publication de Y Epilaphier du vieux Paris, fut d’avis que du moment où ce travail devait être repris intégralement, puisqu'il n’y avait pas lieu de tenir compte de I’ essai antérieur, il convenait de régler à nouveau et d’une façon définitive les conditions dans lesquelles il serait exécuté. Elle établit un plan préliminaire et prescrivit la rédaction du premier article, — celui de l’église paroissiale de Saint-Ândré-des-Arcs, — qui, en raison même de son étendue, lui permit d’examiner et de discuter, en parfaite connaissance de cause, tous les détails de l’ouvrage projeté, au double point de vue du fond et de la forme.
Nous avons extrait des délibérations de la Commission et méthodiquement classé les observations formulées et les décisions prises au cours de cet examen. Leur ensemble constitue le plan général auquel nous avons dû nous conformer rigoureusement pour la préparation et la publication de notre recueil (1).
Cadre de la publication. — L Epilaphier du vieux Paris comprendra toutes les inscriptions funéraires des églises paroissiales, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers, en un mot de tous les établissements religieux ou laïques, qui ont existé, depuis le moyen âge j usqu’à la fin du xvme siècle, dans les divers quartiers et faubourgs de la capitale englobés dans le périmètre de l’enceinte actuelle.
Les textes de ces inscriptions seront relevés d’après les monuments originaux
(1) Le plan préliminaire avait été élaboré par une sous-commission composée de MM. Léopold Delisie, Juies Cousin, Armand Renaud et P. Le Vayer, dans sa séance du i3 janvier 1 883.
Les divers détails de la publication furent exa¬
minés, discutés et réglés par la Commission de permanence et par la Commission générale dans les séances des 10 mai 1 883 , 2 mai 1880, 29 mars 1 886 , 19 février, 7 et 10 décembre 1887, et 20 mars 1888.
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qui subsistent encore aujourd’hui, d’après les recueils manuscrits qui nous les ont conservés et d’après les ouvrages des historiens et des généalogistes où ils ont été antérieurement publiés.
Chaque série d’inscriptions se rapportant à un même édifice ou établissement formera un article distinct.
Ces articles seront classés par ordre alphabétique, d’après le vocable des édifices le plus généralement adopté. Lorsque le vocable sera précédé du mot Saint, il n’y aura pas lieu de tenir compte de ce qualificatif dans le classement.
Classification des sources. — L’éditeur de YEpitaphier du vieux Paris devra procéder préalablement à une étude attentive des divers recueils manuscrits d’inscriptions funéraires conservés dans les Dépôts publics.
11 se rendra très exactement compte de l’origine et de la filiation de ces recueils, en vue de distinguer les manuscrits originaux des copies secondaires et de prendre pour base de sa publication ceux qu’il aura reconnus comme les plus complets et les plus corrects.
Pour simplifier les références bibliographiques, il désignera par les lettres A, B, C, etc., les principaux recueils mis à contribution.
Classement des inscriptions. — Les inscriptions se rapportant à un même édifice, et formant par suite un article spécial, devront être classées d’après l’ordre adopté dans les principaux manuscrits, étant donné que les auteurs ont généralement suivi pour la transcription des textes un plan méthodique, qui correspond à I ordonnance architecturale des édifices.
Il conviendra de grouper ensemble, par ordre chronologique, les inscriptions dont la place n’est pas indiquée par les sources et n'aura pas pu être exactement déterminée.
Constitution et publication des textes. — Les inscriptions seront, autant que possible, rétablies dans leur forme primitive par la collation des diverses copies manuscrites et îles textes imprimés qui nous les ont conservées.
Lorsque des recueils différents offriront des fragments qui se complètent réciproquement, l’inscription devra être intégralement reconstituée par la juxtaposition de ces fragments.
Si les transcriptions se trouvent incomplètes, fautives ou peu compréhensibles par suite des altérations que le monument original avait subies, ou de l’ignorance des copistes, il conviendra d’opérer la restitution du texte, toutes les fois que le sens général des phrases ou les recherches de 1 éditeur permettront de la tenter avec quelque certitude. Les formes incorrectes, les mots barbares, les membres de phrases peu intelligibles ne pourront être conservés tels quels que lorsque les essais de restitution ou de rectification seront restés infructueux.
INTRODUCTION
Il sera nécessaire de rechercher et d’ajouter les dates qui auraient été omises dans les inscriptions.
Les mots usuels, abrégés d’ordinaire par les graveurs ou les copistes, seront complétés.
Si la collation des recueils manuscrits permet de relever des variantes de textes, il y aura lieu de consigner ces variantes dans les notes quand elles présenteront un intérêt biographique , historique ou chronologique; il faudra les écarter, par contre, si elles résultent simplement de l’ignorance ou de la négligence des copistes.
Les inscriptions devront être publiées avec l’orthographe que leur date rend la plus vraisemblable.
La ponctuation, qui fait le plus souvent défaut dans les monuments et dans les transcriptions manuscrites, sera rétablie avec soin.
Les formules qui se rencontrent à la fin des inscriptions seront publiées intégralement. Lorsqu’elles auront été simplement représentées par des initiales dans le document original, il conviendra d’en fournir l’explication.
Pour les épitaphes qui subsistent actuellement et pour les textes dont il nous a été conservé des reproductions figurées, il pourra être utile d’indiquer par un signe la coupure des lignes.
Annexes des textes. — Les armoiries des personnages auxquels se rapportent les inscriptions seront blasonnées à la suite des textes, toutes les fois qu’elles auront été notées dans les manuscrits ou qu’il aura été possible de les retrouver dans les recueils héraldiques et généalogiques.
Chaque inscription sera suivie de l’indication bibliographique des sources auxquelles elle est empruntée. Ainsi qu’il a été précédemment observé, les principaux manuscrits seront désignés par une lettre conventionnelle, et les ouvrages les plus usuels par le nom de Fauteur. Les manuscrits secondaires et les livres moins connus seront indiqués d’une façon plus explicite par leur titre détaillé, le nom de Fauteur et l'indication des pages ou folios.
Lorsqu’une épitaphe empruntée aux recueils manuscrits aura déjà été publiée, il y aura lieu de le constater, mais en limitant la référence à l’ouvrage le plus ancien.
Ordonnance typographique. — Les textes des inscriptions seront imprimés en petites capitales romaines, étant donné que les copistes ne se sont jamais astreints à conserver le type des caractères employés dans les monuments originaux et que sauf le cas, exceptionnel d’ailleurs, où l’on se trouve en présence de reproductions figurées, il n’est pas possible d’avoir sur ce sujet des notions absolument précises.
Les dates inscrites dans les épitaphes seront imprimées en cliifl'res romains, excepté lorsque les monuments et reproductions figurées permettront de les donner sous leur forme primitive.
Les noms des personnages auxquels se rapportent les inscriptions devront être placés en vedette.
Chaque texte sera pourvu d’un numéro d’ordre que l’on utilisera pour les renvois de l’index alphabétique et des tables.
Reproductions figurées. — Les monuments originaux actuellement subsistants, et les reproductions qui nous ont été conservées par des dessins manuscrits ou des estampes seront publiés sous forme de gravures intercalées dans le texte, lorsqu’ils présenteront un intérêt archéologique ou artistique W.
Ceux de ces documents que l’on jugera inutile de reproduire devront, néanmoins, être signalés. Pour les dessins manuscrits, il sera nécessaire d’indiquer les Dépôts et la cote des recueils dans lesquels ils sont conservés; de même pour les estampes rares et qui n’auraient pas été insérées dans des publications spéciales; dans le cas contraire il suffira de relever le titre et la pagination des ouvrages qui les renferment.
Notices historiques. — Plans et vues. — Index et tables. — Chaque article de l’ Epitaphier sera précédé d’une notice sur l’édifice ou rétablissement auquel il est consacré, qui résumera les données historiques utiles à connaître et offrira les divers renseignements archéologiques ou topographiques nécessaires pour la lecture des épitaphes.
A ces notices seront annexés des plans et vues perspectives, permettant de se rendre exactement compte de la situation topographique et de la distribution des bâtiments. Lorsqu’il sera possible de retrouver des plans d’ensemble inédits ou particulièrement détaillés, il conviendra de les publier sous forme de planches hors texte.
La notice historique devra être suivie d’un index alphabétique des personnes auxquelles se rapportent les inscriptions constituant sou article. Un index récapitulatif où seront relevés tous les noms des personnes mentionnées dans ces inscriptions terminera chaque volume.
Des tables générales, dont la Commission des travaux historiques déterminera ultérieurement le cadre et les détails, formeront le complément de la publication.
(l) Ces gravures ont été faites par le gilloltage, (pii donne des résultats très satisfaisants pour les dessins à la plume et les estampes. Quant aux dessins en demi-teinte ou en couleurs, la photogravure ou la chromolithographie auraient seules
permis de les rendre avec une rigoureuse netteté. Mais il ne fallait pas songer à l’emploi de ces procédés qui exigeaient des planches hors texte et risquaient de grever trop lourdement le budget de la publication.
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Après avoir exposé le plan général arrêté pour la publication de YEpilaphier, le premier devoir qui nous incombe est de faire connaître en détail les sources multiples et variées d’où nous avons tiré les éléments nécessaires à la formation de ce travail. L’examen critique des recueils manuscrits ou imprimés et des divers documents qui ont été mis à contribution aura pour résultat d’expliquer et de justifier la provenance des textes que nous avons réunis et classés dans chaque article de l’ouvrage.
Les sources générales de YEpitaphier peuvent se diviser en quatre catégories, d’importance et de valeur très inégales : les recueils manuscrits, — les ouvrages imprimés, — les estampes et reproductions figurées, — les inscriptions originales.