‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 165 sur 442 · COUVENT DES ANNONCIADES DE POPINCOURT · texte numérisé non relu

COUVENT DES ANNONCIADES DE POPINCOURT

GARD, CHEVALIER, SEIGNEUR D’AMBERCOURT <‘>, CONSEILLER DU RoY, PRESIDENT DES TRESORIERS DE FRANCE A AMIENS, ET DE DAME ANNE BENARD, SON ESPOUSE.

Elle avoit esté pensionnaire dans ce saint monastère; remplie des bonnes

INSTRUCTIONS QU’ELLE Y AVOIT REÇUES ET EMPESCHÉE PAR LES TENDRESSES D’UNE MERE, DONT ELLE ESTOIT FILLE UNIQUE, DE s’Y RENDRE RELIGIEUSE, AUSSITOST QU’ELLE SE VIT LIBRE PAR SA MORT, ELLE SE FIST UNE SOLITUDE DE SA MAISON, OU L’ON PEUT DIRE QU’ELLE A TRIOMPHÉ DU MONDE AU MILIEU DU MONDE MESME; ELLE N’EN SOR- TOIT QUE POUR ALLER A L’EGLISE, VISITER LES PAUVRES, LES SERVOIT ET LEUR FAI- SOIT DE GRANDES CHARITÉS; ELLE FAISOIT TOUJOURS MAIGRE, PASSOIT LES QUARESMES JEUNANT AU PAIN ET A L’EAU ET NE MANGEOIT QU’APRES SOLEIL COUCHÉ. MODELE D’UN PARFAICT MEPRIS DU MONDE ET RESOLUE DE NE PLAIRE QU’A DlEU, ELLE N’ESTOIT VESTUE QUE DE SERGE, PORTOIT CONTINUELLEMENT LA HAIRE ET LE CILICE, COUCHOIT SUR UNE PLANCHE, SE RELEVOIT TOUTES LES NUITS POUR FAIRE L’ORAISON ET DIRE LE BREVIAIRE; ELLE AVOIT APPRIS LE LATIN POUR ENTENDRE LA SAINTE ESCRITURE

qu’elle lisoit ordinairement, employant le reste de son temps a travailler

POUR LES PAUVRES ET POUR LES EGLISES; ELLE SCAVOIT QUE DlEU NE FAIT MISERI¬ CORDE QU’A CEUX QUI LA DEMANDENT FORTEMENT; DANS CETTE PENSÉE ELLE REDOU¬ BLA TOUTES SES AUSTÉRITÉS ET SES PRIERES, SE SERVANT D’UNE CEINTURE, D’UNE CROIX ET D’UNE COURONNE DE FER. ÜNE VIE SI SAINTE FUT BIENTOST SUIVIE D’UNE AUSSY BONNE MORT; APRES DEUX MOIS DE MALADIE QU’ELLE SUPPORTA AVEC UNE PA¬ TIENCE INVINCIBLE ET UNE PARFAITE RESIGNATION A LA VOLONTÉ DE DlEU, JOINTE A UNE EXTRESME IMPATIENCE DE SE VOIR DÉLIVRÉE DES LIENS DU CORPS, POUR ESTRE REUNIE A SON DlEU, MUNIE DE TOUS LES SACREMENTS DE L’EGLISE, ELLE RENDIT L’ESPRIT A SON CREATEUR LE IIe JOUR DE JUIN MDCXCVII, A ÂGÉE DE XXVI ANS.

Elle a fondé dans cette eglise une messe tous les jours a perpétuité, ayant

LÉGUÉ A CET EFFECT AUX DAMES RELIGIEUSES DE CE MONASTERE, QUI S’EN SONT CHAR¬ GÉES, 300tt DE RENTE SUR L’HOSTEL DE VILLE DE PARIS, SUIVANT LE CONTRACT QUI EN A ESTÉ PASSÉ PAR DEVANT COULON ET SON CONFRERE, NOTAIRES, LE XIVe MAY

mdcxcviii. - Priez Dieu pour son ame.

Ms. D, fol. 9 v°.

L’inscription suivante était gravée sur une plaque de cuivre fixée à son cercueil1 (2) :

177. — Dans ce cercueil est inhumée damoiselle |[ Marie Anne Le Picard,

(1) C’est là la forme la plus usuelle de ce nom; le texte du ms. D et la plaque de cuivre gravée [n° 177] portent d’Anbercourt; le P. Anselme a imprimé d’Aubercourt dans son Histoire généalogique. (T. VII, p. 177.)

(2) Les deux dernières inscriptions furent mises au jour lors de la démolition de la vieille église, rr Plusieurs dalles funéraires, observait à ce propos Guilhermy, ont été retrouvées sous le carrelage moderne de la chapelle. Il paraît que ces pierres ont été emportées avec les autres matériaux par l’en¬

trepreneur de la destruction. La suite des fouilles amena la découverte de quelques bières de plomb; c’est sur un de ces cercueils qu’était fixée la plaque de cuivre portant l’épitaphe de dame Catherine Brigard [^178]. Ce cercueil fut tiré de terre le lundi 28 novembre 1868. En détachant la plaque, on s’aperçut qu’avant de recevoir une destination funéraire, elle en avait eu une toute différente: une gravure y représentait, sur le revers, Turenne au

siège du Quesnoy en 1 65 4 . La plaque était

déposée dans un des bureaux de l’Hôtel de Ville,

*th.

FILLE DE MESSIRE, FRANÇOIS Le PlCARD, CHEVALIER, SEIGNEUR d’ANBER || COURT fl), PRESIDENT DES TRESORIERS DE || FRANCE A AMIENS, ET DE DAME ANNE || BENARD SON EPOUSE, LES PERE ET MERE, |] MORTE AGEE DE 26 ANS, QUI DEPUIS L’ÂGE || DE 15 ANS A TOUJOURS VESCU DANS LA RET || RAITE ET DANS DES JEUNES CONTINUELS , || PRATIQUANT LA PENITENCE LA PLUS SEVERE || SUR SON CORPS; SA MORT A REPONDU A SA BONNE || VIE. DESIRANT AVEC EM PRES[SEM]ENT DE . (2) || LE JOUR DU SEI¬

GNEUR, ELLE EST DECEDEE || LE 2e JOUR DE JUIN 1 697. ||

Texte d’après l'inscription originale; — Guiihertny, t. V, p. 166.

CATHERINE RR l (TARD.

Cette autre épitaphe était également gravée sur une plaque de cuivre et attachée à un cercueil :

178. — Cl GIST || LE CORPS DE DAME CATHERINE BRIGARD, || VEFVE DE MESSIRE Jacques Mallet, || conseiller du Roy en son Conseil d’estat, || controlleur

GENERAL || DES EAUX ET FOREST[s] DE FRANCE, || DECEDEE LE IO JANVIER 1700, ÂGÉE D’ENVIRON II 80 ANS. || - Requiescat in pace(3).

Texte d’après l’inscription originale; — Guilhermy, t. I, p. 542-543.

au moment de l’incendie du 2 3 mai 1871; on l’a retrouvée parmi les e'paves, mais soudée à un autre fragment de métal et dans un état tel que toute lecture en est devenue impossible. ■»

Cette autre plaque de métal était l’inscription funéraire de Marie-Anne Le Picard, ainsi que nous l’apprend M. de Lasteyrie :

rrLe texte, dont personne n’avait gardé copie, ajoute-t-il, est resté inédit. Depuis, on a réussi à disjoindre les deux plaques soudées par l’incendie, et, malgré quelques boursouflures causées par les

adhérences du métal , elles sont faciles à déchiffrer . . . Remarquons, en terminant, que c’est au dos de cette plaque et non derrière celle de Catherine Brigard, comme on l’a dit par erreur, qu’avait été gravée une estampe représentant Turenne au siège du Quesnoy en 1 654. n (Guilhermy et R. de Lasteyrie, t. I, p. 542, 543 et t. V, p. 161.)

(1) Ou plus exactement d’Ambercourt.

(2) Ce mot n’est plus visible dans le texte.

(3) Les deux inscriptions nos 177 et 178 sont conservées au Musée historique de la ville de Paris.

EPI TAPHIER DV

Vue de l’hospice du Petil-Saint-Anloine h).

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