PETIT- SAINT-ANTOINE
NOTICE HISTORIQUE
Les chanoines hospitaliers de l’ordre de Saint-Antoine de Viennois^, fondé l’an 1095 en Dauphiné, pour le soulagement des pauvres atteints de la maladie appelée le feu sacré ou feu Saint-Antoine (1 2 3), vinrent s’établir à Paris dans la seconde moitié du xive siècle W.
(1) D’après ie pian de Turgot. — - Le plan du Petit-Saint-Antoine a été dressé par M. Hochereau, d’après deux documents manuscrits des Archives nationales (II0 classe, n° i3; IIP classe, n° 819.)
(2) Nous avons utilement consulté pour la rédaction de cette notice un Livre des fondations de l’église des chanoines réguliers de Saint-Antoine, Maison de Paris (1723), conservé aux Archives nat. (MM. 182), qui fournit des renseignements historiques et topographiques très précis , et renferme
(p. 81 à 88) un recueil d’épitaphes où sont transcrites des inscriptions que l’on ne trouve pas ailleurs.
(3) C’était au début une communauté régulière que le pape Urbain II avait approuvée. En 1218, Honoré III permit à ses membres de prononcer les trois vœux ordinaires, et une bulle de Boniface VIII (1297) en fit des chanoines réguliers de Saint- Augustin. - — Cf. Victor Advielle, Histoire de l’Ordre hospitalier de Saint-Antoine de Viennois et de ses commandcries , iro partie, Paris, i883, in-8°.
(4) Les historiens ne s’accordent pas sur la date de cet établissement. Corrozet, Sauvai et Lemaire le reportent au temps de saint Louis; Du Breul et Félibien indiquent l’année 1 368 , l’abbé Lebeuf
Le Dauphin, qui fut plus tard Charles V, leur donna le manoir de La Saussaye®, entre les rues Saint-Antoine et du Roi-de-Sicile, où ils élevèrent une église et un hospice, qui reçut le nom de Petit-Saint-Antoine
La maison de Paris à laquelle avait été réunie, dès t 3 6 1 , celle d’Auxerre, prit le titre de commanderie de France. Le h juin 1.373 elle fut rattachée à celle de Bailleul ou de Flandres dont les ressources devaient venir en aide à ses modestes débuts®. Mais leur séparation fut exigée en i523 par Charles-Quint, désireux de réserver la commanderie de Flandres à des religieux nés dans ses États.
En 1619 l’hospice perdit son caractère primitif et devint un séminaire affecté à l’instruction des jeunes religieux®. A la fin du xviuc siècle, les chanoines se réunirent à 1 Ordre de Malte, qui établit dans 1 église un petit Chapitre destiné à acquitter les fondations®.
Les bâtiments de l’hospice, qui s’étaient accrus par des acquisitions successives®, occupaient un assez vaste quadrilatère entre les rues du Roi-de-Sicile et Saint-
i3Go et Jaillol 1 3 6 1 . Cette dernière date paraît la plus vraisemblable puisque les provisions données par le général de l’Ordre, Pierre de Lobet, à Aymar Fulcevelli, pour gouverner la Maison de Paris, dataient de celle même année.
(1) Dans les lettres patentes de Charles V, en date du 5 juillet i368, cette donation est ainsi formulée: «Quamdam domum nostram , quam denostro proprio acquisivimus , in vico Sancti Anlonii, nuncupatam de Salscya, babens rétro exitum ad
vicum Regis Ceciliæ nuncupatum . dedimus,
concessimus et tenore præsentium damus libéré et concedimus proprio motu nostro, ex nunc in perpetuum,ad augmentationem divini cultus etpia opéra cbarilatis facienda, religiosis viris abbati et conventui monasterii præfati gloriosissimi confessoris beati Antonii, Ordinis Sancti Augustini, Viennensis diocæsis , tenendarn , babendam , regendam ac possidendam perpetuo a diclis religiosis, ad usum et mansionem fratrum et canonicorum dicti monaslerii sancti Antonii ibidem Deo famulantium et hospilalitatem pauperum infîrmorum morbo igneo ipsius Sancti Antonii infectorum, per ipsos lratres secundum eorum cbspositionem in eadem suscipiendorum.» (Félibien, t. III, p. 484.)
(21 II fut «-ainsi nommé à la différence du grand Sainct-Antoine , qui est une abbaye de religieuses de l’Ordre de Cisleaux*. (Du Breul, p. 742.)
(3) Dans l’acte capitulaire du 4 juin 1873, les motifs de cette union sont expliqués ainsi qu'il suit :
r-Quod domus et præceptoria parisiensis nova est planlalio et quod adbuc satis exilibus et paucis abundat fructibus et emolumentis, quodque multum indiget ereclione et exaltatione ecclesiæ et hospitalis quas summe necessarias et utiles reputabat, ne in tam solemni loco sicut est ipsa civitas parisiensis et inconspectu domini regis Franciæ qui ad ordinem et monasterium prædictum ac personas ejusdem ac specialiter ad dictam domum babens
devotionem specialem . ne depressa remaneat
in scandalum ipsius ordinis domus ilia, et non essel ibi ecclesia beati Antonii solemniter ædiûcata et construcla , quæ quidem edificatio et conslructio non sine multis expensis fieri possunt, ad quas tamen nullo modo sulTiciunt nec sufficere possent redditus dictæ domus. * L'union avec la commanderie de Flandres devait permettre de remédier à ce dénùment : «Ut de ejus reddilibus, quæstis, bonis et emolumentis prædictæ domus parisiensis ecclesia , cum bospitali, possent faciliter in altum extolli et ædificari. -n (Félibien, t. III, p. 485.)
(4) Cette réforme, approuvée par une bulle de Paul V, en date du 3 avril 1618, et par des lettres patentes de Louis XIII , du 8 juin 1 6 1 9 , fut opérée par le général de l’Ordre, Antoine de Grammont, qui supprima en même temps le titre de la commanderie de Paris.
5) Thiérv, Guide des amateurs, t. I, p. 707.
(li) Ils furent à peu près complètement reconstruits en 1689.
HOSPICE DU P E T I T - S A 1 N T- A N T O I N E
Antoine. De ce côté ils étaient limités par l’église construite vers 1870 (1) et dédiée en 1A/12 par Denis du Moulin, évêque de Paris et patriarche d’Antioche^.
Régulièrement orientée, cette église présentait la forme d’un rectangle, terminé par une abside pentagonale.
Le chœur et la nef la divisaient en deux parties à peu près égales W. Elle avait sa grande entrée sur la rue Saint-Antoine, à l’extrémité de la nef(4); du côté droit, deux petites portes, l’une au fond du chœur, l’autre au bas de la nef, servaient de communication avec la sacristie et l’hospice.
Derrière le chœur se trouvait la chapelle de la Vierge U).
Du côté droit :
La chapelle du Saint-Esprit,
— de Saint-Claude, d’abord appelée de la Sainte-Trinité,
de Saint-Martin ou de Sainte-Marguerite (0).
Du côté gauche :
La chapelle de la Croix (7b
(1) Jaillot conteste la date de 1068, indiquée par Félibien, en s’appuyant sur l’acte d’union avec la commanderie de Flandres, et il ajoute que les lettres patentes de Charles V ne parlent pas d’église, ce qui est exact. Mais il ne semble pas avoir connu la charte de 1870, coiüîrmative des franchises et immunités de l’hospice (Livre des fondations, p. 3), où il est dit: rrünam ecclesiam seu basilicam, ipsius Sancti gloriosi nominis lilulo de-
coratam . fundavimus»; ce qui prouve qu’à
cette époque, l’église devait être en voie de construction et que le Roi avait contribué à sa fondation. L’auteur du Livre des fondations écrit à ce sujet : ffll n’y a point de certitude de celui ou ceux qui ont fait bâtir ladite église. La tradition est que c’est tout l’Ordre de Saint-Antoine qui se taxa. On peut croire que c’est Charles V qui l’a fait élever à ses frais et dépens, sa statue et celle de la reine étant à la porte >1. (Ibid., p. 17.)
(2) L’inscription gothique qui constatait la dédicace a été rapportée par Bonfons (fol. g 5 ) et par la plupart des historiens de Paris.
(3) Brice constate que rr cette église est obscure et très malpropre », et que rda manière dont elle est construite fait assez connaître quelle a servi autrefois à un hôpital ». (T. II, p. 168.)
;4) Le portail était décoré des deux côtés des statues de Charles V et de sa femme; le pilier du milieu supportait une statue de s. Antoine; il fut ôté en 1719 pour permettre à la procession de S-Paul d’entrer dans l’église. (Livre des fondations, p. 1 9.)
(5) Les trois chapelles du côté droit formaient des édicules en dehors du plan de la nef et communiquaient avec elle par une ou deux arcades. En 1 G62 , celle de Sainte-Marguerite fut démolie rr parce que, le terrain de la ville se relevant, elle se trouvait très enfoncée et très obscures. (Livre des fondations, p. 4 1 ). On la rebâtit en 168 4, mais en la faisant rentrer dans la nef, et en la réduisant à un simple autel adossé à l'arcade, qui avait été fermée et entourée d’une grille.
(li) Elle avait été fondée par Guillaume de Neauville qui la fit bâtir à ses frais et donna, en outre, à l’hospice, la terre et seigneurie de Boussv, qu’il avait acquise des religieux de Saint-Pierre de Chaume. «En l’an 1 4 1 5 , Guillaume de Néauville meu de dévotion, par l’octroy du commandeur et religieux de l’abbaye dudit Saint- Antoine à Paris, fit faire en icelle église une petite chappelle , tant en intention de fonder au bon avde desdils commandeur et religieux une messe perpétuelle chacun jour de l’an, comme pour estre sepulturé en icelle n . (Ibid., p. 121.)
(7) Un certain Benaglia ou Benaille, originaire de Milan, avait légué aux religieux, par son testament en date du i3 juin 1 65 g , un reliquaire en bronze et une somme de mille livres qui devait être employée à la construction d’une chapelle près de la chaire, où son cœur serait inhumé. Ce fut la chapelle de la Croix, qui reçut plus tard le litre de Saint-Antoine. (Ibid., p. 4g.)
Deux petites chapelles, non dénommées, étaient dans l’intérieur du chœur, des deux côtés de la porte, devant les appuis de communion; un autel réservé à la confrérie de Saint-Claude avait été placé sous une tribune de menuiserie qui se trouvait devant la chapelle du même nom h).
Vers 162 5, lorsque la disposition du chœur fut remaniée®, en vue de dégager et d’agrandir la nef, on mit le maître-autel à la place de celui de la Vierge, qui fut transporté dans une arcade du côté gauche, entre la chaire et la grande porte '1 2 3).
Au milieu du xvie siècle, la chapelle du Saint-Esprit avait été transformée en sacristie; elle fut rendue à sa destination primitive en 1682.
L’église ue renfermait qu’un nombre assez restreint d’épitaphes qui se rapportaient presque toutes à des dignitaires de l’Ordre de Saint-Antoine, à des fondateurs de chapelles, à des bienfaiteurs de la Maison®.
L’Ordre avait disparu depuis quelques années déjà lorsque le monastère et l’église, devenus propriété nationale , furent vendus, le 7 messidor an vi (2b juin 1 7 q 8 ) . Ils furent en partie démolis en 180A®; vers 1820 l’on établit sur leur emplacement un passage public que le prolongement de la rue de Rivoli fit disparaître à son tour, en 1 865 , avec les derniers restes des anciens bâtiments.
(1) C’est sans doute à ce voisinage que ta chapelle dut son second vocable. En 1623 la tribune , jugée trop encombrante, fut démolie et remplacée par une autre que l’on édifia au bas de la nef. (Livre des fondations, p. 55.) L’autel de Saint- Claude y fut transféré et y resta jusqu’en 1675.
(2) Le chœur dut être encore refait après 170.5, à la suite de l’incendie de la maison d’un artificier, adossée au chevet, qui avait failli détruire l’église. ( Ibid p. 18.) Cela donna lieu à deux arrêts du Parlement des i5 mai 1706 et 3o avril 1729, faisant défenses aux Merciers et Clinqualliers de vendre poudre à canon, fusées et artifices. (Depoix de Fréminville, Dictionnaire de la Police des cilles , etc. ; Paris, 1769, in-8°, p. 469.)
(3) Le Fèvre de Lezeau, doyen des maîtres des requêtes et des conseillers d’Etat, rrcontribua h la construction de ladite chapelle pour la somme de
200 livres, donna la figure dorée de Notre-Dame, en terre cuite, de la façon de Sarrazin, excellent sculpteur du Roy, qui y est présentement, au piédestal de laquelle nous avons fait mettre , par reconnaissance, les armes dudit sieur de Lezeau, grand ami denotre Maison etde tout notre Ordre». (Ibid., p. 45.) — La nouvelle chapelle, comme celle de la Croix, se composait simplement d’un autel adossé à l’arcade et enfermé dans une grille.
(4) En vertu d’une transaction du 26 février 1 3G5 , intervenue entre H ugues d’Optève , commandeur du Petit-Sa in t-Anloine, et le curé de Saint- Paul , les religieux étaient obligés de partager avec le curé les honoraires perçus pour les inhumations faites dans leur église. (Arch. nat. , MM. i83, p. 1060.)
(5) Le 17 juillet, les ossements qui se trouvaient dans l’église furent transportés aux Catacombes.
HOSPICE DU PETIT-SA IN T- ANTOINE
INDEX ALPHABÉTIQUE
Alop.y (Marie), 192.
Andrault de Maulevrier (Georges-Paul), 186. Anisson (François), 181.
Bar (Lucie de), 191.
— (Pierre de), 191.
Barbery (Marie), 193.
Beauvais (Philippe de), 190.
Bernard (Guillaume), 182.
Briçonnet (Anne), 2o3.
Brunet (Gilles), 179.
Donon (Marguerite de), 196, 197.
Gainot (Antoine de), ig5.
Hinselin (Marie), 1 83 , 1 84.
Lamy (Marie), 2o5.
Langhac (Louis de), 180.
La Vernade (Charles de), 202.
— (Pierre de), 2o3, 2o4.
Le Cordelier (Claude), 200.
Le Cordelier (Jeanne), 199.
- — (Michel), 198.
— (Pierre), 201.
Le Fèvre (André), 1 83.
Le Fèvre (Nicolas), 1 83 , 1 84.
Lestourneaux (Madeleine), 201.
Maignac (Pierre), 192.
Marades (Marguerite de), 187.
Neau ville (Guillaume de), 187, 188.
Piédefer (Jean), 193.
Poisle (Louise), 190.
Baymond (Anne), i85.
Saint-Benoît (Gérard de), 189.
— (Jean de), 189.
— (Jean de) , 194.
Spifame (Antoinette), 202.
Triboulleau (Michel), 1 85.
niI’IUMERIE NA
ÉPITAPHES DE L’ÉGLISE
CHŒUIL