‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 28 sur 442 · CX. VI · texte numérisé non relu

CX. VI

Par contre, lorsque nous nous sommes trouvé en présence d’une seule transcription ou que les incorrections identiques des copistes étaient provoquées par l’altération de la gravure, la restitution des mots et des membres de phrases incorrects ou inexplicables a présenté de sérieux embarras. Si, dans quelques cas, le sens général et les données de l’épitaphe nous ont suggéré des conjectures acceptables, dans d’autres nos efforts sont restés forcément infructueux. Les additions ou rectifications, que nous avons cru pouvoir introduire comme vraisemblables dans le texte même des inscriptions, ont été placées entre crochets.

Des difficultés d'un autre genre nous ont arrêté, lorsqu’il s est agi de rechercher les dates qui n’avaient pas été inscrites dans les épitaphes. Cette omission, comme l’on sait, est assez fréquente. Il était d’usage, en effet, surtout avant le xvne siècle, de préparer une pierre tombale commune pour le mari et la femme, lors du décès de l’un des époux, et l’on réservait dans l’inscription la place nécessaire pour graver la date de la mort du survivant. Or, dans la plupart des cas, cette indication complémentaire n’a pas été ajoutée. Pour les inscriptions antérieures au xvic siècle, les nombreux recueils généalogiques, imprimés ou manuscrits, que nous avons consultés, n’ont pu nous fournir qu’un très petit nombre de renseignements précis, puisque les auteurs avaient précisément cherché dans les épitaphes leurs principaux éléments d information. C’est seulement pour les temps modernes qu’ils présentent une réelle utilité. Mais les documents dont nous avons le plus fréquemment tiré parti, ce sonl les copies, incomplètes ou fragmentaires, des registres de baptêmes, mariages et sépultures des anciennes paroisses, qui existent aujourd'hui dans divers dépôts publics h). Nous avons déjà rappelé que la collection originale de ces registres, autrefois conservée dans les bâtiments de I Assistance publique, a péri lors de l’incendie de 1871.

De même nous avons recueilli, péniblement d’ailleurs, quelques autres dates dans les papiers de fabriques paroissiales, dans les nécrologes et obituaires, dans les actes notariés de donations ou de fondations, en un mot, dans tous les titres d’archives provenant des établissements religieux.

Les copistes, en vue de simplifier leur travail, ont presque toujours transcrit les épitaphes avec l’orthographe usuelle de leur temps, non avee celle des mo-

(|J La majeure partie est conservée à la Bibliothèque nationale, dans le Cabinet des titres (vol. relies), sous les numéros 7 9 à 768, 1012 et 1 1 1 3. D’autres fragments moins étendus se trouvent aux Archives nationales, dans les fonds ecclésiastiques.

Il existe également à la Bibliothèque nationale, dans le Cabinet des titres (vol. rel. 1000 à 1011), une série d’extraits des anciens registres paroissiaux,

provenant du cabinet de Du Buisson, qui se suivent dans l'ordre chronologique de i5g5 à 1700. Chaque volume est pourvu d’une table alphabétique.

Le même établissement a acquis, il y a quelques années, une autre série d'extraits, recueillis par feu M. Rochebilière (901 5 fiches). Ces notes, sonl aujourd’hui classées par noms de personnes et réunies en volumes, sous les numéros 36 1 5-36-2 2 du Fonds français, nouvelles acquisitions.

INTRODUCTION

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numents; les historiens et les archéologues, jusqu’à la fin du siècle dernier, les ont imprimées dans les mêmes conditions. Il était donc nécessaire de reviser intégralement la majeure partie des textes pour leur restituer la forme orthographique avec laquelle ils avaient dû être gravés. Si l’on tient compte de ce fait que, durant tout le moyen âge et même après la vulgarisation des ouvrages imprimés, l’orthographe courante est restée très variable et que les mêmes mots diffèrent parfois, non seulement dans les inscriptions de dates identiques, mais encore dans une même inscription, l’on comprendra sans peine que celte restitution n’était pas exempte de difficultés. Pour les résoudre avec toute la précision possible, nous avons pris pour guide les monuments épigraphiques actuellement subsistants et adopté les formes de chaque époque qui s’y rencontrent le plus fréquemment. A partir de la fin du xvue siècle, nous avons suivi l’orthographe du Dictionnaire de l'Académie, mais en conservant, néanmoins, certaines leçons archaïques qui se sont en quelque sorte perpétuées dans les inscriptions (1) 2.

Les coupures de lignes des épitaphes ont été indiquées par un double trait séparatif, toutes les fois que nous nous sommes trouvé en présence du monument original ou d’une reproduction figurée^. Mais, dans ce dernier cas, il convient de ne pas attacher trop de créance aux indications fournies par les dessinateurs d’esquisses manuscrites ou par les graveurs d’estampes. Il paraît, en effet, très vraisemblable que les uns et les autres ne se sont jamais assujettis à conserver avec une rigoureuse fidélité la disposition épigraphique des textes, qu’ils considéraient comme un détail fort secondaire. Ce qui justifie cette hypothèse, c’est que, lorsque plusieurs reproductions d’une même épitaphe nous sont parvenues, il est rare que sur ce point spécial elles concordent entièrement.

Les formules initiales des inscriptions, qui sont en nombre assez restreint, ont été imprimées sous leur forme abréviative Nous avons expliqué en note celles qui étaient le plus rarement usitées et dont l’interprétation pouvait présenter quelque difficulté.

(1) Les noms propres ont été imprimés dans le texte sous leur ancienne forme; mais dans les titres en vedette nous avons rétabli l’orthographe moderne, ce qui était indispensable pour simplifier les recherches dans l’index et les tables. Pour la même raison, lorsque les femmes n'étaient désignées que par leur prénom, il a fallu suppléer à cette indication insuffisante par l’addition du nom du mari.

(2) Certaines des inscriptions copiées par Guilliermy n’existent plus aujourd’hui. Nous avons cru néanmoins pouvoir considérer comme des originaux les textes publiés par cet archéologue, en raison

de la scrupuleuse exactitude avec laquelle il les avait transcrits.

t3) Voici les formules initiales qui se retrouvent le plus fréquemment dans les inscriptions et qu’il nous a paru inutile d’expliquer :

A. M. D. G. — ,4d majorem Dei gloriam.

D. I. M. — Deo immortali sacrum.

D. M. — Dis Manibus.

D. M. S. — Dis Manibus (ou Deo maximo) sacrum.

D. 0. M. — Deo optimo maximo.

D. 0. M. B. Q. V. M. — Deo optimo maximo, beatæque Virgini Mariæ.

M. S. — Memoriæ (ou Manibus) sacrum.

Annexes des textes. — Les armes des personnages que l’on trouve d’ordinaire dans les recueils manuscrits, à la suite des épitaphes, ne sont pas toujours décrites d une façon exacte ou correcte. D’où la nécessité de les rectifier et surtout de les blasonner d’après les règles du langage héraldique. Pour les textes d’inscriptions empruntés aux ouvrages imprimés, à la suite desquels l’indication des armoiries est toujours omise, il a fallu rechercher les blasons dans les armoriaux et nobiliaires et dans les nombreux manuscrits héraldiques et généalogiques que possèdent nos grandes bibliothèques.

11 arrive parfois que divers recueils donnent pour une même famille des armes différentes. Nous avons du signaler ces variantes, sauf dans les cas où il a été possible de reconnaître quelles résultaient d’une attribution inexacte.

Sur les monuments lécu en losange des femmes portait leurs armes parties de celles du mari, et elles ont été ainsi blasonnées dans les épitaphiers. En vue de prévenir toute confusion et d’éviter des répétitions inutiles, il nous a paru préférable de décrire isolément les armoiries du mari et celles de la femme.

Pour toute la partie héraldique de notre travail, nous avons été très heureux de pouvoir faire appel aux lumières de M. Paul Le Vayer, inspecteur des travaux historiques de la ville de Paris, particulièrement versé dans la science du blason 'h qui nous a prêté le concours le plus empressé, au double point de vue de la rectification des armoiries inexactement indiquées par les copistes et de la recherche de celles qui ne figuraient pas à la suite des inscriptions.

Dans la bibliographie annexée à chaque épitaphe, se trouvent relevés les divers manuscrits auxquels ont été empruntées l’inscription elle-même et les additions ou corrections que nous avons jugé nécessaire d’y introduire. De même pour les ouvrages imprimés, nous avons signalé ceux qui offraient quelque détail et quelque particularité dont il a été tenu compte; lorsqu’ils présentaient tous des textes identiques, il n’a été fait mention que du plus ancien^.

Reproductions figurées. — Presque tous les dessins ou estampes représentant des monuments funéraires de Paris ont été reproduits dans le texte sous forme de gravures. Nous nous sommes bornés à éliminer les épitaphes qui, dépourvues de tout ornement, n’oll'raient aucun intérêt artistique ou archéologique 3 .

'* M. Le Vayer avait dépouillé notamment, pour ses éludes personnelles, un Catalogue général de tous les premiers présidens, présidens à mortier et conseillers du Parlement de Paris (io34-i647), Par Blanchard, conservé h la Bibliothèque du Sénat (n° 9232), qui complète sur certains points les ouvrages imprimés de ce savant généalogiste.

(2) L’impression de l’ouvrage, en raison de la

multiplicité des types de caractères employés et de leur mélange constant, ainsi de que la variation incessante des formes orthographiques, demandait à êlre traitée avec un soin exceptionnel. L’on n’aura pas de peine à constater que le personnel de l’Imprimerie nationale s’est acquitté de sa tâche avec toute la perfection désirable.

(3) Les originaux ont été réduits, en général, à la moitié ou au tiers de leur grandeur.

INTRODUCTION

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Des explications détaillées qui viennent d’être formulées relativement à la constitution et à la publication de Y Epitapliier du vieux Paris, il ressort amplement que cet ouvrage ne saurait être considéré comme la réunion et la reproduction pure et simple des inscriptions originales et des textes manuscrits et imprimés qui nous ont été conservés. D’après le plan que nous avons exposé et auquel nous avons tenu à nous conformer fidèlement, ce recueil doit former, par l’ensemble et par les détails, une œuvre essentiellement originale, comprenant avec la collection complète des épitaphes parisiennes, groupées et classées méthodiquement pour la première fois, l’historique et la description sommaire des édifices religieux et des monuments funéraires. Dans ces conditions, YEpitaphier présentera une reconstitution générale du vieux Paris chrétien, telle qu’il n’en avait pas encore été entrepris depuis les savants travaux de l’ahbé Lebeuf.

Il serait, assurément, superflu de constater que nous n’avons, en aucun cas, épargné notre peine, pour remplir honorablement la tâche que la Commission des travaux historiques a bien voulu nous confier. Mais nous devons, par contre, réclamer l’indulgence des érudits pour les lacunes ou les défectuosités qui pourraient subsister dans notre publication, en dépit d’un labeur persévérant et de recherches incessantes. Il y a lieu de croire qu elles seront excusées sans trop de difficulté, en raison même de l’étendue et de la complexité de l’ouvrage. Après nous être efforcé par un long et pénible travail de suivre rigoureusement les instructions de la Commission des travaux historiques, qu'il nous soit permis de reprendre ici pour notre compte l’observation que le bénédictin Mabillon, l’une des gloires de l’érudition française, consignait dans la Préface de son traité De re diplomatica : *Ab lus legibus si quando me aberrasse contigerit, id nu lu , quœso, benignus leclor ignoscat, et prœler animum et votum accidisse persuasum Itabeat.v

En terminant, il nous reste à adresser l’expression de notre sincère gratitude aux divers membres de la Commission : MM. B. Hauréau, L. Delisle, E. de Rozière, R. de Lasteyrie, A. Renaud, etc., qui ont pris la peine d’élaborer avec une attention toute particulière le plan de l’ouvrage et auxquels revient par suite le mérite d’avoir contribué dans une large mesure, par leurs observations ou leurs conseils, à faciliter notre tâche. MM. J. Cousin et A. de Montaiglon, qui ont bien voulu accepter la mission ingrate de surveiller l’impression de ce livre, ne sauraient être oubliés ici. M. de Montaiglon, notamment, a revu les épreuves avec un soin minutieux, et il nous a fait bénéficier de ses connaissances aussi sûres que variées en

matière d histoire et d archéologie parisienne. D autre part, le personnel du Service des travaux historiques nous a prêté en toutes circonstances le concours le plus actif et le plus empressé pour assurer la parfaite exécution des détails matériels.

Ces bons offices n'auront pas été employés en vain et nos efforts trouveront la récompense qu’ils pouvaient espérer, si l Epitaphier du vieux Paris mérite d'être accueilli avec la même faveur que les remarquables publications auprès desquelles il vient prendre place, et s d tient dignement son rang dans cette collection de monographies parisiennes hautement appréciée par le monde savant et justement honorée du bienveillant patronage de la Municipalité.

Émile RALMÉ.

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