CX I
restée déposée à l'hotel de ville, a péri dans 1 incendie de 1871, et c’est ainsi que nous sommes privés aujourd'hui d’un ensemble de documents d’une valeur inappréciable au point de vue île la topographie des édifices religieux (1).
Les plans analogues, manuscrits ou gravés, qui existent actuellement soit a la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque historique de la ville de Paris dans les portefeuilles de la Topographie parisienne^1, soit aux Archives nationales, soit enfin dans quelques ouvrages d architecture, sont en nombre assez restreint. Ceux qui nous ont paru rigoureusement exacts et complets ont été reproduits sous leur forme originale, mais après avoir été préalablement éclairés par l’addition d’une légende qui faisait presque toujours défaut(;i).
Dans la plupart des cas, nous n'avons pu disposer que de dessins fragmentaires ou d’esquisses sommaires. Il a fallu les juxtaposer, les contrôler et les compléter, à I aide des indications consignées dans les notices, pour arriver à retrouver avec une précision suffisante le plan d’ensemble des édilices. Si ce travail de restitution, qui exige des aptitudes spéciales et une longue pratique, a pu être entrepris avec confiance et poursuivi avec succès, c'est grâce au concours non moins obligeant que dévoué d un architecte des plus distingués, M. E. Hochereau, conservateur du Plan de la ville de Paris. AI. Hochereau s’est attaché à tirer parti des divers documents de valeur fort inégale dont nous lui avons signalé l'existence, et il a réussi à reconstituer, avec autant d’exactitude que pouvaient le permettre les éléments d'informations par nous réunis, la distribution topographique des divers édifices qui figurent dans l’ouvrage. Les plans qu il a dressés présentent, comme les notices historiques, létal des bâtiments vers l’époque où ont été relevées les épitaphes, c’est-à-dire suivant les cas, au xvii° ou au xv 111e siècle.
11 L’existence de ces plans nous est signalée par une lettre <pie Verniquet adressait à l’Assemblée nationale en 1790 : «• Le gouvernement ayant besoin de tous les plans en grand de Ions les monumens publics de la capitale, et notamment des églises, maisons et terrains des couvens sur lesquels il existait des projets, demanda au sieur Verniquet de lever les plans détaillés de ces monumens. a
El plus tard il notait dans un mémoire relatif à ses travaux : rrEn 1793, M. Verniquet a déposé, d’après l’ordre de la Convention , à l’Administration des domaines, 3o6 plans des principaux monumens de Paris, pour servir à l’estimation des biens
nationaux . Ces 3o6 plans, tous originaux,
dessinés, coloriés avec la plus grande perfection et
collés sur toile . « (Bibliothèque historique de
la ville de Pa ris , dossier Verniquet .)
(2) Ces portefeuilles sont classés par quartiers, ce qui rend les recherches assez faciles; mais, comme ils sont toujours en voie d’accroissement, les planches ou feuillets se trouvent dépourvus de numérotation; nous avons dû borner, par suite, nos références à une indication générale.
'3) Les planches hors texte ont été gravées par AL J. Sulpis, un artiste très expert en matière de rep ro d u c t i ons archéol ogi qu e? .
INTRODUCTION
Pour les vues perspectives des édifices qui devaient former le complément des plans géométraux, les collections de la Bibliothèque nationale et de la Bibliothèque historique de la ville de Paris nous ont fourni quelques anciennes estampes. Dans le cas assez fréquent où les documents spéciaux faisaient défaut, nous avons reproduit sous forme d’extraits les vues que l’on trouve dans les plans à vol d’oiseau et particulièrement dans celui de Louis Bretez, plus connu sous le nom de Plan de Turgot. En ce qui concerne les détails des bâtiments ces dessins paraissent d’ordinaire d’une exactitude contestable; mais ils suffisent du moins à donner une idée générale de l’ensemble (1).
B y a lieu d’espérer que l’intérêt et futilité des figurations dont il vient d’être question seront appréciés comme il convient par les érudits. Si la réunion de ces documents graphiques leur permet de se rendre exactement compte de la topographie et de l’ordonnance intérieure des édifices, et de suivre en quelque sorte pas à pas le relevé méthodique des épitaphes, nous aurons pleinement atteint le but que nous avions en vue lorsque nous les avons insérés dans l’ouvrage.
Dans les études qui précèdent, nous avons réuni les données archéologiques , bibliographiques et historiques qui se rattachent directement à YEpitaphier du vieux Paris, et passé en revue les parties constitutives de l’ouvrage. Pour achever notre tâche, il ne nous reste plus maintenant qu’à expliquer la façon dont nous avons interprété et appliqué, en ce qui concerne le groupement et la publication des épitaphes, le plan adopté par la Commission des travaux historiques.
Cadre de la publication. — Le classement des articles de YEpitaphier est ici le seul détail qui appelle une observation. Il arrive fréquemment, en effet, que plusieurs édifices ont été successivement ou simultanément désignés sous divers vocables, entre lesquels il y avait lieu de choisir. Dans ce cas, il nous a paru tout naturel d’adopter la forme la plus usuelle, sauf, lorsqu’il y avait quelque intérêt à rapprocher des établissements qui se rattachaient à un même ordre
(1) Dans les plans topographiques, les légendes ou lettres abréviatives des légendes ont été soulignées pour toutes les parties d’édifices qui renfermaient des inscriptions funéraires.
ÉP1TAPHIER DP VIEUX PARIS.
religieux W. Cette classification ne saurait, d’ailleurs, soulever aucune objection ni provoquer aucune difficulté dans les recherches, du moment où tous les vocables usités seront relevés à leur place alphabétique dans la table générale des édifices.
Classement des textes. — Pour le relevé des inscriptions, il convenait de procéder d’après une méthode uniforme. La plus simple ici consistait à se conformer aux règles ([lie les auteurs des principaux manuscrits avaient adoptées en principe, mais qu’ils n’avaient pas toujours suivies rigoureusement, tant s’en faut. Dans les églises, nous avons donc commencé par les épitaphes du chœur, des chapelles et des collatéraux du chœur, continué par celles du transept et terminé par celles de la nef, des chapelles et des collatéraux de la nef. Ce système, toutefois, ne pouvait avoir rien d’absolu, on le conçoit aisément, et il a souvent fallu le modifier, par suite des dispositions architecturales de certaines églises.
En partant du chœur, il était nécessaire de prendre le maître-autel comme point d’orientation; d’où il résulte que les indications de droite se rapportent au côté de l’Evangile et celles de gauche au côté de l’Epître L1 2).
Pour les couvents et édifices divers, nous avons placé en tête de l’article les églises ou chapelles, puisque c’est là surtout que se trouvaient les inscriptions funéraires. Quant aux autres parties, telles que chapitres, cloîtres, cimetières, etc., elles ont été successivement passées en revue d’après la position qu elles occupaient par rapport à l’église. 11 suffira, dans tous les cas, de comparer le sommaire de chaque article avec la distribution des plans géométraux, pour se rendre aisément compte de l’itinéraire qui a été suivi dans le relevé des épitaphes.
Si la place qu’occupaient les inscriptions avait été exactement indiquée par les copistes, le classement topographique des textes présenterait peu de difficultés, malgré le désordre avec lequel ils ont été transcrits dans la plupart des recueils. Mais il arrive fréquemment que cette indication est vague et incomplète, et c’est seulement par une étude très attentive des manuscrits qu’il est possible d’en préciser le sens (3). Dans d’autres cas elle fait complètement défaut, et les recherches tentées pour réparer celle omission restent presque toujours sans résultat. D’où la nécessité de constituer en quelque sorte, non seulement pour
(1) Tel a été notamment le cas pour les Augustins et pour les Minimes.
(2) C’était là l’orientation qui avait été adoptée par M. Jules Quicherat dans son élude des monuments religieux : «Pour bien établir la chose, faisait-il observer, il faut considérer l’autel comme
un personnage qui regarde l’assistance, l’Evangile à droite, l’Épitre à gauche; nous dirons donc désormais : côté de l'Evangile, côté de l’Epitre. »
(Cours d’archéologie professé à l’École des Chartes.)
;3) L’on trouve des copistes qui désignent ainsi la place de certaines inscriptions : D’un côté de l’autel; — de 1 autre côté de l’autel. Ces indications n’ont de voleur qu’autant que l’on peut se rendre exactement compte de la marche suivie par l’écrivain, et, dans nombre de cas, sa façon de procéder est si irrégulière ou si arbitraire qu’il est fort difficile de la reconstituer.
INTRODUCTION
chaque édifice, mais souvent pour chaque partie d’édifice, deux séries d’inscriptions. L’une comprend le relevé topographique des textes dont remplacement spécial a pu être déterminé avec une entière certitude, l’autre la succession chronologique des inscriptions dont la position ne nous était connue que d’une façon générale
Constitution et publication des textes. — Les érudits qui ont utilisé jusqu’à ce jour nos épitaphiers manuscrits, se sont plaints de l’extrême incorrection avec laquelle furent transcrits les textes des inscriptions funéraires, et des fautes grossières dont ils fourmillent®. Ces doléances peuvent être jugées excessives. Ainsi que nous l’avons précédemment constaté, il y a sur ce point une très sensible différence entre les recueils originaux et les copies secondaires. Or, ce sont précisément ces copies, dont quelques-unes n’ont aucune valeur documentaire, que l’on a le plus fréquemment consultées. Est-ce à dire que les recueils originaux soient exempts d’erreurs ou de négligences? Il s’en faut du tout au tout. Mais leurs défectuosités, du moins, peuvent s’excuser, parce qu’elles ne viennent pas exclusivement du fait des copistes. L’on ne doit pas oublier que les pierres tombales engagées dans le pavement avaient subi avec le temps de graves altérations. Quant aux épitaphes fixées aux murs, elle se trouvaient, par suite du défaut d’entretien, recouvertes d’une épaisse couche de poussière, ou bien elles étaient placées à une certaine hauteur, souvent à contre-jour, et en tout cas fort mal éclairées®. 11 résultait de là que la lecture particulièrement difficile des textes épigraphiques entraînait des erreurs involontaires et inévitables. 11 convient donc de tenir compte aux copistes de leur bonne volonté et de leurs efforts, parfois infructueux. S’ils n’ont pas toujours transcrit les textes tels qu’ils étaient gravés, ils les ont du moins reproduits tels qu’ils pouvaient les lire, et la cause première de leurs inexactitudes provient de l’état des monuments®. Néanmoins, il est rare, lorsqu’un même texte se retrouve dans plusieurs recueils originaux, que la collation des diverses leçons ne nous ait pas permis de reconstituer, dans des conditions à peu près satisfaisantes, l’inscription primitive.
(1) Au lieu de préciser la position des épitaphes, les copistes se bornent fréquemment à constater qu’elles se trouvent dans le chœur, la nef, les bas côtés, ou toute autre partie des édifices. Lorsque les descriptions des archéologues ne fournissaient pas d’indications complémentaires, il a fallu se contenter de cette mention et opérer, dans ce cas, un groupement des testes par ordre chronologique.
(2) M. Cocheris observait que «les fautes commises par les copistes sont incalculables ». [Additions , t. III, p. 44g.)
(3) C’est ce dont il est aisé de se rendre compte par des exemples actuels. Ainsi, l’épitaphe deLulli, dans l’église de Notre-Dame des Victoires, se trouve placée de telle façon qu’elle est à peine lisible.
(4) Il ressort de l’examen des manuscrits que, dans certains cas, la lecture et la transcription des textes ont dû être faites par deux personnes, l’une dictant et l’autre écrivant, ce qui était une nouvelle cause d’erreurs, car la personne qui écrivait ne saisissait pas toujours très exactement ce qui lui était dicté.