PETITS-PÈRES DE LA PLACE DES VICTOIRES
NOTICE HISTORIQUE
Les Augustins déchaussés, dépossédés en 1612 par la reine Marguerite du couvent qu’ils occupaient au faubourg Saint-Germain®, et qu’ils tenaient depuis quatre ans de sa libéralité, s’étaient retirés dans leur monastère de Yillars-Benoît, en Dauphiné, d’où ils revinrent en 1619 pour foncier à Paris un nouvel établissement®. Ils achetèrent à Jean Charpentier, commissaire des guerres, une petite maison avec jardin, hors de la porte Montmartre, près de l’endroit où fut bâtie plus tard l’église Saint-Joseph.
Au bout d’une dizaine d’années, l’exiguïté de leur local® et l’insalubrité du
(1) D’après le plan de Turgot.
Cf. ci-après, la Notice historique du couvent des Augustins Réformés ou Petits-Augustins de la Reine Marguerite.
(3) rrLe Définitoire du chapitre, tenu à Avignon, le 5 mai 1 6 1 5 , choisit, commit et dépêcha les RR. P. P. Hilarion de Sainte-Ursule et Simplicien de Sainte-Marie, pour faire cet établissement.»
(Mémoires pour servir à l’histoire de Notre-Damedes-Victoires, recueillis par le P. Isidore de Sainte- Madeleine, p. 107.) Le manuscrit original de ce travail , brûlé en 1871, dans l'incendie de l’Hôtel de ville, avait été transcrit par l’abhé Lambert, vicaire de Nolre-Dame-des-Victoires, qui a fait don de sa copie à la Bibliothèque de la ville de Paris. (N° 6889.) (,|) rrOn croit avec beaucoup d’apparence que
quartier, voisin des égouts de la ville, les obligèrent à se transporter ailleurs, et ils acquirent, au mois de septembre i 628, un terrain, joignant le Mail, entre les portes Montmartre et Saint-Honoré, auquel ils ajoutèrent peu après un autre terrain situé dans le fief de la Grange-Batelière. C'est là qu’ils se fixèrent définitivement et ils commencèrent aussitôt à faire construire leur couvent sur les plans de l'architecte Galopin.
Grâce aux bons ollices de Jean de Souvré, marquis de Courtanvaux, premier gentilhomme de la Chambre, et de Guillaume de Simiane, marquis de Cordes, capitaine des gardes du corps, les Augustins obtinrent que Louis XIII se déclarât le fondateur de leur maison Le roi posa lui-même, le 9 décembre 1629. la première pierre de leur église^, dont les fondements avaient été bénis la veille par l’archevêque de Paris, Jean-François de Gondi, et il la dédia sous 1 invocation de Notre-Dame-des-Victoires. Cet édifice, commencé sous la direction de Pierre Le Muet, dut être interrompu en 1682, faute de ressources, alors que le sanctuaire et le chœur étaient à peine arrivés à l’entablement. En attendant son achèvement, les religieux installèrent une petite chapelle, du même nom, au rez-de-chaussée du corps de bâtiment qui se trouvait derrière le chevet et dont on fit plus tard la sacristie -3b
c’est de Ja petitesse et de la pauvreté de cet hospice qu’on donna aux religieux qui l’habitoient le nom de Petits-Peres , qu’on a toujours continué de leur donner depuis. Il y a cependant des écrivains qui croyent que ces religieux ont été ainsi nommés de ce que le Roi Henri IV, ayant apperçu dans son antichambre les PP. Mathieu de Sainte-Françoise et François Amet, qui étoient fort petits, demanda qui étoient ces petits Peres-la?» (Piganiol, t. III, p. 82.)
(1) Les lettres-patentes du 2 g décembre sont ainsi conçues : trReconnoissant, les grandes et manifestes utililez que nos sujets reçoivent de jour en jour de la congrégation des Religieux Augustins Reformez Deschaussez par tous les lieux de nostre royaume où ils sont eslablis, tant par leurs bons exemples, sainteté et austérité de vie, que par leurs confessions, prédications, exhortations et outres pieux exercices,... désirant leur tesmoigner la satisfaction que nous en recevons, comme aussi ayant egard à la recommandation et exhortation que nostre très-saint Père le Pape Urbain VIII nous a faites en leur faveur, par sa bulle du 28 janvier 1628; pour marque à jamais de la pieté et dévotion que nous avons à la glorieuse Vierge Marie et pour tesmoignague de la singulière affection que nous portons audit Ordre des religieux Augustins Reformez Deschaussez , nous avons voulu
estre fondateur de leur eglise et couvent de nostre bonne ville de Paris , laquelle nous avons dediée à Nostre-Dame des Victoires , en actions de grâces de tant de glorieuses victoires que le ciel nous a favorablement desparties par l’entremise de la Vierge, et assister en personne en faction de ladite fondation et à toutes les ceremonies et solenmitez, qui y ont esté faites par nostre amé et féal conseiller en nostre Conseil d’ Estât, le sieur archevesque de Paris, le 9 du présent mois. . . Et d’autant qu’aux fondations royales nous avons accoustumé de donner et eslargir de grands privilèges, pour marque singulière de nostre affection cl dévotion audit Ordre, nous voulons que ladite eglise, congrégation et convent de Paris jouyssent des mesmes droits, privilèges, exemptions, franchises et immunitez que les autres fondations royales. » (Arch. nat. , S. 3645.)
(2) Lemaire a transcrit l'inscription commémorative de la dédicace et donné la description des quatre médailles d’argent qui étaient incrustées dans la pierre. (T. I, p. 35o.)
(3) Tels sont les faits rapportés par le P. Isidore. D'après Piganiol et Thiéry, la chapelle primitive avait été installée là où fut plus tard la sacristie ; mais, comme cet oratoire exigu était devenu insuffisant dans un quartier qui se peuplait tous les jours davantage, les Augustins se décidèrent à construire
COUVENT DES AUGUSTINS DÉCHAUSSÉS
La construction fut reprise en 16/12 par Libéral Bruant, puis en 1 6 5 6 , par Robert Boudin, et en 1 6 6 3 , par Gabriel Leduc; elle fut définitivement suspendue en 1666. A ce moment l’édifice ne comprenait que le chœur, le transept et une travée de la nef, élevés jusqu'à l’entablement. On recouvrit provisoirement cette partie d’une toiture en charpente, et, en 1 683 , on ajouta à la nef, pour l’agrandir et la fermer, un pavillon en charpente, de forme octogone à son extrémité, dans lequel 011 disposa une tribune de menuiserie.
Les travaux d’achèvement ne furent repris qu’en 1737. La première pierre des nouveaux ouvrages fut posée le 2 3 août de cette année par Msr Le Blanc à), évêque de Joppé et ancien religieux du couvent, qui devait aussi consacrer l’église après son achèvement, le i3 novembre 17/10. La construction avait été dirigée par l’architecte Sylvain Cartault, qui ajouta à la nef trois travées, construisit les voûtes de tout l’édifice et éleva la façade.
L’église, bâtie en forme de croix, bornait le couvent sur la première moitié de la rue Notre-Dame-des-Victoires; elle comprenait un chœur et une nef à peu près de même longueur, et un transept de la largeur de la nef.
Au bas du chœur, contre le transept, se trouvaient deux chapelles :
A droite, celle de Saint-Augustin, supprimée en 1682 (2);
A gauche, celle du Saint-Esprit, appelée de Saint-Augustin en 17Ô0.
Aux deux extrémités du transept, l’on avait installé deux autres chapelles :
A droite, celle de Notre-Dame-des Sept-Douleurs, qui devint en 17/10 la chapelle du Saint-Esprit.
A gauche, celle de Notre-Dame-de-Savone.
De chaque côté de la nef se trouvaient quatre chapelles. Les deux premières {3), attenantes au transept, étaient :
A droite, celle de Saint-Jean-Baptiste;
A gauche, celle de Saint-Nicolas de TolentinW.
une nouvelle église. Cette tradition nous paraît difficilement acceptable, car c’est bien de la grande église et non de la petite chapelle que Louis XIII avait posé la première pierre en 1629.
(1) Piganiol nous a conservé l’inscription de celte pierre. (T. III, p. io3.)
rr Cette chapelle n’a servi à cet usage que jusqu’en 1682 , que l’on fut obligé d’y ouvrir un passage pour la commodité du public, à cause du grand concours de peuple qui vient dans cette église.”
(Piganiol, t. III, p. 88.)
(3) Les vocables des chapelles construites en 1740 ne sont rapportés par aucun historien. Nous avons retrouvé dans l’Inventaire de l’église la men¬
tion de celles de Saint-Jean-l’Évangéliste, du Crucifix et de Saint-Martin; dans le Dictionnaire des Bénéfices, l’indication de celle de Saint-Eusèbe ; mais la place de ces oratoires n’est pas déterminée. Nous savons, toutefois, que la chapelle après celle de Lulli, concédée aux héritiers du financier Samuel Bernard, avait reçu le litre de Notre-Dame des Sept-Douleurs en 1740.
(4) La chapelle de Saint-Nicolas avait été concédée par acte capitulaire du 3o décembre 1702, pour la somme de 2 1 3tt 1 311 de rente et les frais de la décoration, à Gedéon du Metz, président honoraire de la Chambre des comptes, qui y fut inhumé ainsi que plusieurs autres membres de sa famille.
Toutes ces chapelles étaient voûtées en coupoles, et communiquaient entre elles par des arcades ménagées dans les murs séparatifs; celles du transept et de la nef avaient leurs autels adossés au mur extérieur de l’église W.
Un clocher hexagonal, terminé en terrasse, s’élevait sur le côté gauche du chevet.
Le couvent, vaste et bien aménagé, avait son entrée à l’angle de la rue des Petits-Pères et de la rue Notre-Dame-des-Victoires. La première cour®, bornée au fond par la façade de l’église, donnait accès dans un avant-cloître, formé de deux corps de bâtiments parallèles, dont l’un adossé à l’église renfermait le noviciat. Le cloître, qui venait ensuite, comprenait deux galeries superposées; celle d’en haut était vitrée et ornée de nombreux tableaux. L’aile du nord, prolongée jusqu’à la rue Notre-Dame-des-Victoires, derrière l’église, communiquait avec de vastes jardins qui s’étendaient jusqu’à la rue des Filles-Saint- Thomas.
Les Augustins possédaient une belle bibliothèque et un riche cabinet de médailles et d’antiques.
Vers la lin du xviuc siècle, le terrain du couvent fut notablement réduit par la vente d’une partie des jardins, sur les rues Notre-Dame-des-Victoires et des Filles-Saint-Thomas, et la location d’une autre partie au fermier-général des Messageries. D’autre part, les religieux avaient loué plusieurs de leurs salles poulie dépôt des cartes et plans de la Marine, le bureau des Domaines et les archives de la Chancellerie.
Au mois d’octobre 1791, les Augustins furent réunis aux Carmes de la place Maubert, et dans leur maison, devenue propriété nationale, l’on établit plus tard une caserne et une justice de paix. L’emplacement des bâtiments conventuels, détruits en i85q, est occupé aujourd’hui par une caserne de gendarmerie et par la mairie du IL arrondissement.
Quant à l'église, elle fut érigée en paroisse, par la loi du h février 1791, sous le titre de Saint-Augustin-des-Pctits-Pères. Lorsqu’elle eut été fermée en 1798, la Société populaire et patriotique du Mail y tint ses séances, et, le 10 janvier 1 7 < ) G , un arrêté du Directoire y installa provisoirement la Bourse. Elle fut définitivement rendue au culte, comme église paroissiale, sous le titre de Notre-Damedes-Victoires, le 9 novembre 1809®.
(1) La dernière travée du côté droit ne paraît pas avoir servi d’oratoire, puisque I Inventaire de l’église, dressé en 1 790 , ne compte dans la nef que sept petites chapelles. ( Arch. nat. , S. 3645.)
(2) L’emplacement de la première cour du couvent qui précédait l’église est représenté dans la topographie actuelle par une partie de la place des Petits-Pères.
(3) La paroisse de Notre -Dame -des -4 ictoires avait été créée comme succursale de Saint- Eustache dès la fin de l’année i8o3, mais le service religieux fut tout d’abord célébré dans la sacristie transformée en chapelle, et c’est seulement le 9 novembre 1809 que, la Bourse ayant été transférée dans un nouveau local, l’ancienne église des Augustins put être rendue au culte.
Plan du couvent des Augustins déchaussés (1>.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Bégon (Michel), 365.
Béguin (Guillaume), 35i.
Bigot (Marie), 363.
Boucher (Marguerite), 355.
Boursin (François), 355.
Brie (Michel- Arnould de), 352.
Brodie (Marthe), 36o.
Daviart (Pierre), 358.
Drouard (Antoine), 36o.
Eschard (Michel), 35 7.
Grautaut (Mathurin), 36 1.
Guillois (Catherine), 35 7.
Joigny de Beubrone (François de), 353.
La Chasse (Antoinette de), 36 1.
(1) Ce plan a e'té restitué par M. Hochen
Lavocat (Marguerite), 35o.
Le Fèvre (Marie-Louise), 364.
Le Lièvre (François), 354.
L’Hôpitau (François de), 367.
Luuui (Jean-Baptiste), 36ç>, 370.
Mesteier (Marie), 368.
Mouceaux (Pierre de), 356.
Moocy (Claude de), 354.
Peillot de la Garde (Marie), 362.
Régnier (Pierre), 3 5p.
Rioult (Pierre), 366.
Savorny (Alexandre de), 35o.
Vassal (Jean), 371.
, d’après Jaillot et Verniquet.
ÉPI TA l’SI ES DE L’ÉGLISE.