DU CARDINAL BERTRAND
NOTICE HISTORIQUE
Le collège d’Autun, situé dans la rue Saint-André-des-Arcs, vis-à-vis le côté septentrional de l’église paroissiale du meme nom, avait été fondé en i3Ai^, par Pierre Bertrand, évêque de Nevers, puis d’Autun, cardinal du titre de Saint- Clément, et l’un des prélats les plus renommés de son siècle.
Pierre Bertrand consacra à cette fondation l’hôtel qu’il habitait, agrandi par
(1) D’après le plan de Jouvin de Rochefort.
(2) Lebeuf reporte inexactement cette fondation à l’année 1.337. C’est bien dès cette époque que le cardinal Bertrand paraît avoir conçu le dessin d’établir le collège, mais il ne mit pas immédiatement son projet à exécution.
En i339, Pierre Bertrand avait fait part de ses intentions au pape Benoît XII qui les avait approuvées , par une bulle en date du 12 décembre, en le félicitant de ce que : rrAd commodum scolarium pauperum pro acquirenda litterarum sciencia
Parisius studere volenlium , quandam domum fundare, Deo annuente, proponis, et in ea cerlum scolarium numerum perpetuo ordinare, ipsamque domum ad perpetuam babitacionem dictorum scolarium deputare, et pro sustentatione ipsorum, de bonis tibi a Deo collatis , prout tibi ministraverit Dominus, dictis scolaribus perpetuo providere, ac pro fundacione domus ejusdem, locum acquirere et habere desideras, eisdem scolaribus pro lmjusmodi studio opportununnî. (Jourdain, Index Chronologicus , p. 127.)
l’adjonction de quelques maisons voisines (1); et, par diverses donations®, il constitua au collège des revenus suffisants pour assurer l’entretien d’un principal, d’un chapelain et de quinze étudiants, cinq en théologie, cinq en droit canon et cinq en philosophie, logés et nourris dans la maison, et servis par cinq domestiques. Le collège devait porter son nom ®. 11 l’administra jusqu’à sa mort en 1 3 /i 9 (4).
Son successeur dans ses fonctions de principal fut un de ses neveux, Pierre de Colombier, évêque de Nevers, puis d’Arras et cardinal du titre de Sainte-Susanne, qui avait pris en l’honneur de son oncle le nom de Pierre Bertrand, et qui contribua jusqu’à sa mort, en i3Gi, au développement de la maison. 11 avait dédié en i3ài la chapelle sous le titre de la Sainte-Vierge ®. Après lui, les revenus du collège furent accrus par de nouvelles dotations®.
En i3q8, Oudart de Moulins, conseiller du roi et président en la Chambre
(1) Oa lit clans l’acte de fondation du iei août 1 3 4 1 : rcDomum meam, sive manerium meum in dicta civilate parisiensi, in terra , dominio et censiva pilanliarie dicli monasterii Sancti Germani, sitam seu situatam ab opposite ecclesie, seu ante ecclesiam sancti Andree de Arcubus, juxta domurn seu manerium Richardi Alespec ex parte una, et domuni seu manerium Jobannis de Bosco ex altéra, et contiguum seu contiguam a parle posteriori vico de Irundelle, et juxta alios fines, per me seu meo
nomine et de bonis meis légitimé acquisitam .
capellam cpioque solenmem quam in honorem Dei et gloriose Virginis Marie, omniumque Sanctorum, sub vocabulo existais beatissime Virginis, malris Dei, in dicta domo, ad opus collegii infrascripli constitui et ordinari feci pro divinis ibi celebrandis
officiis . ex nunc trado et dono, pure et
libéré, simpliciter et irrevocabiliter . et per-
petuo depulo et applico ad opus ejus et dominium perpetuum et liabitacionem perpetuam collegii seu congregationis scolarium , juxta modum et formam subscriptos, dictamque dornum dignitatis mee alque meo proprio nomine atque cognamine, prout nominor atque cognominor, scilicet Scolarium cardinalis domini Pétri Bertrandi, instituo et nomino et volo intilulari perpetuo. v (Arcb. nat. , M. 8o, ri0 2 , fol. 5-6.)
(2) En i3Ai, Pierre Bertrand avait donné a5o livres de revenu, mais à cette époque il n’avait pu en assigner que 200; il compléta la somme primitive en 1 345 et y ajouta une nouvelle dotation de 56 livres 9 sous 3 deniers de rente et un don de trois maisons voisines du collège. {Ibid.)
{i) ff Sur la porte du collège est escrit : Le
COLLEGE DE MAISTRE PlERRE BERTRAND, CARDINAL, NATIF d’AnNONAV, AU DIOCESE DE VlENNE. Aux deux costez du portail sont les statues des deux susdits cardinaux, oncle et neveu. » (Du Breul, p. 525.)
cr Le susdit fondateur se réserva sa vie durant et celle de son neveu , Pierre Bertrand , evesque d’Arras, prestre cardinal de saincte Susanne, l'administration dudit college; et voulut qu’après sa mort et celle de son neveu, le corps dudit college se gouvernast par soi-mesme, et voulut que les boursiers fussent choisis premièrement ceux de sa parenté (s’il s’en trouvoit qui voulussent estudier à Paris) ou ceux qui seroient natifs de la ville et banlieue d’Annonay; que s’il ne s’en pou voit trouver, que ceux du diocese de Vienne, de la part qui dépend de France, soient preferez; puis ceux des diocèses de Nostre Dame du Puy, de Saint Flour ou de Clermont en Auvergne." (Du Breul, p. 52 1. — Cf. Statuts du collège, art. xiii. Arcli. nat., M. 80, n° 2 , fol. 21.)
(5) ifLa chapelle, qui est sous le titre de Saint- Pierre, est un gothique très bien exécuté dans le temps de la fondation", écrit Lebeuf. Mais Du Breul constate qu elle était dédiée en l’honneur de la Vierge Marie. Ces deux assertions contradictoires peuvent se concilier, puisqu’il y avait dans la chapelle, d'après Bonfons et Du Breul, deux autels, consacrés sans doute sous les vocables en question.
!0) On trouve la liste des bienfaiteurs dans le Nécrologe du collège. (Arcli. nat., M. 81, n° Ai.)
COLLEGE D’AUTUN
des comptes, établit trois bourses (1); en i6û3, le principal, François de Sauzéa, évêque de Bethléem, fit une fondation analogue^.
Mais déjà à cette époque le collège était singulièrement déchu au point de vue de la discipline et des études, et la décadence morale et matérielle ne fit que s’aggraver^; au cours du xvme siècle, les revenus des dotations devinrent insuffisants pour subvenir à l’entretien des boursiers. Sur le rapport de M. de Laverdy, le Parlement, par un arrêt du 19 août 1763, confirmé par lettres-patentes du 21 novembre suivant, prononça la réunion du collège d’Àutun au collège Louisle- Grand W.
Dans les bâtiments restés vacants ® fut installée l’école gratuite de dessin instituée par lettres-patentes du 20 octobre 1767, et que l’on transféra en 1776 dans l’ancien amphithéâtre de Saint-Côme (6b Le vieux collège, vendu par l’Etat le 28 mars 1807, fut presque complètement démoli en 1823, et c’est à peine s’il subsiste aujourd’hui quelques vestiges de l’ancien édifice (7).
( l) Par son codicille , en date du 7 décembre 1 3 9 8 , Oudart de Moulins avait ordonné «la fondation de trois escoliers au coleige d’Ostun, a Paris, un grammairien, un canoniste et un théologien, et qu’ils soient eslus de ceulx de son lignaige, s’ils sont trouvez abilles, sinon de la ville et chastellenie de Molins, sinon des villes d’entre Loyre et Cher, et sinon des chastellenies de Souvigny et de Belleperche , et , s’ils n’estoient trouvez esdictslieux , qu'ils soient eslus ailleurs ou pays de Bourbonnois. Par laquelle fondation et pour acheter quarante livres de rente admortie pour lesdicts escoliers , il veut estre baillé présentement aux maistres et principal dudit coleige la somme de deux mille frans et en oultre , pour ordonner leur chambre, la somme de neuf cens frans». (Arch. nat., M. 80, n° i3. — Sauvai, t. III , p. 1 23.)
DuBreulnous apprend d’autre part que, «• iceluy fondateur décédé, ses exécuteurs augmentèrent la fondation de dix livres parisis, en baillant auxdits boursiers une terre de 5o livres parisis, de rente admortie par le Roy, comme dit est; en recognoissance de ce lesdits boursiers sont tenus de célébrer en la chapelle du college , tous les ans , le 9e jour de décembre , l’anniversaire dudit fondateur, où du revenu de la fondation sont pris quarante sols parisis et distribués aux assistans» (p. 5a 5).
(2) Il était dit dans son testament, en date du 24 juillet 1 643 ; «J’ordonne que sur tous mes biens il soit prins la somme de cinquante livres de rente annuelle, pour fonder et instituer, comme de fait je fonde, trois boursiers grammairiens
au college du cardinal Bertrand, dit d’Authun, a Paris, apres qu’ils auront passé les trois classes que j’ai fondées en la ville d’Annonay, ou acquis semblable capacité pour estre lesdits escoliers unis et incorporés au dict college». La rente n’ayant pas été trouvée suffisante , ces trois boursiers furent réduits à deux , par une transaction du 22 septembre 16 4 4. (Arch. nat., M. 81, nos 6 et 7.)
(3) Déjà en 1741 le collège était endetté de plus de 90 ,000 livres; aussi le Parlement, par un arrêt du 8 mars, suspendit d’abord pour une période de douze ans l’effet des bourses, à l’exception de deux. En 1763 , M. de Laverdy constatait, dans son rapport, que, «si les reconstructions de maisons ont contribué au dérangement des affaires de ce collège, on doit en accuser, d’un autre côté, la négligence des précédens administrateurs, puisqu’ils ont laissé perdre une ferme près de Chelles, et que, des maisons sur le Pont-Marie, appartenantes audit collège, ayant été brûlées, on n’a pris aucune mesure à ce sujet».
(4) Archives de l’Université, Reg. 47, fol. 80.
(5) Les ossements qui se trouvaient dans la chapelle du collège furent transportés, parles soins du curé de la paroisse, au cimetière de Saint-Andrédes-Arcs, le 2 4 octobre 1764.
(6' Cf. Béguillet et Poncelin, Description historique de Paris , t. III, art. xvi, p. 419.
(7) Un plan dressé par M. Hochereau et publié dans la Topographie historique du vieux Paris (t. V, p. 1 32 ) , présente l’état actuel des bâtiments.
ÉPITAPHES DU COLLÈGE
Le fondateur clu collège et son neveu , l’évêque d’Arras, n’y avaient pas leur sépulture W; mais un autre de ses neveux, Barthélemy de Colombier, avait été inhumé dans le sanctuaire de la chapelle, près de l’autel, du côté de l’Évangile. La pierre sculptée qui recouvrait sa tombe subsistait encore dans la seconde moitié du xvu° siècle et Gaignières nous en a conservé le dessin; mais l’épitaphe avait disparu.
Pierre tombale de Barthélemy de Colombier
Armes.
D’argent au chevron d’azur chargé de deux colombes affrontées d’argent, regardant une fleur de lis d’or, et accompagné de trois (juin le feuilles de gueules : à la bordure du même.
11 D’après Du Breul, Pierre Bertrand mourut «le 'ih juin, jour de Sainct Jean Baptiste, environ l’heure de vespres, en l’an 10/19, au prieuré de Notre-Dame de Montault qu’il avait fondé à Avignon », et son neveu Pierre de Colombier « décéda l’an 1 36 1 , le treiziesme jour de juillet et est enterré devant le grand autel de l’église du convent
des Celestins de Colombier par luy fondé», (p. 5a3 et 5*2 5). Le même historien a transcrit en partie les inscriptions placées dans la chapelle du collège pour rappeler leur souvenir. (Cf. Topographie historique du vieux Paris, t. V, p. 129.)
(2) Réduction d’un dessin des Tombeaux de Gaignières (Oxford), t. II, fol 98.
COLLÈGE D’A U T UN
PIERRE RERUFFY.
Tombe de pierre plate, au milieu de la chapelle, en partie cachée sous le banc des chantres, avec i’elïigie du défunt, entourée de cette épitaphe coupée aux angles par des médaillons représentant les attributs des quatre Evangélistes :
Dalle funéraire de Pierre Rebuffy (1).
388. — Hic JACET DOMINUS PETRUS || REBUFFUS , JURIS UTRIUSQUE DOCTOR ET COMES, PROFESSOR PUBLICUS || PARISIORUM, QUI OBIIT DIE 2A NOVEMBRIS, ANNO I 5 57 1 (2) •
Armes. De . . . au griffon de à la bande de . . . , chargée d’une croisette de . , . , brochant sur le tout.
Texte d’après le desssin ci-dessus.
(1) Réduction d’un dessin des Tombeaux de Gai- d’Authun Me Pierre Rebuffy, docteur es droits,
gnières (Oxford), t. II, fol. 97. inhumé en la chapelle dudiet college. » (Registres
(2) r'Le 2 novembre [ 1 5 57 ] , est mort au college paroissiaux de Saint-André-des-Arcs.)