ÉGLISE ROYALE ET PAROISSIALE DE SAINT-BARTHÉLEMY
11 paraît probable que l’abbaye de Saint-Magloire occupa jusqu au xuc siècle l'emplacement compris entre les rues de Saint-Barthélemy, de la Pelleterie, de la Vieille-Draperie et le cul-de-sac de Saint-Barthélemy W. Mais, après le départ des religieux, les bâtiments conventuels lurent successivement remplacés par des maisons qui vinrent enclaver l’église sur ses deux côtés, et il ne subsista guère que le Prieuré, situé derrière l’abside. Quant à l’oratoire primitif, son étendue devait se borner à ce qui fut plus tard la nef de l’église paroissiale. Hugues Gapet l’agrandit par la construction du chœur, et au delà du chevet, dans les jardins, l’on édifia par la suite une chapelle isolée, dédiée à Notre-Dame-des-Voutes (2l Au commencement du xive siècle, la vieille église tombait en ruines (3); elle fut reconstruite et notablement agrandie par l’adjonction de la chapelle de Notre- Dame-des-Voutes, qui devint le chevet de l’édifice. Il résulta de ces divers rema-
changemens et augmentations faites dans les édifices, nonobstant même la construction de la sainte Chapelle du temps de S. Louis, tout le terrain a été regardé comme étant de la paroisse de S. Bartlielemi, parce que cette eghse représente la chapelle primitive des rois. Il y a eu là dessus des arrêts dont le sommaire est rapporté par tous les historiens modernes de Paris. « (T. III, p. 278.)
(1) C’était, avant le xiv° siècle, une rue transversale que l’on appelait, d'après Jaillot. rue des Cordouagners. L’extrémité, du côté de la rue de la Pelleterie , fut fermée en 1 3 1 5 et le passage qui subsista prit le nom de ruelle du Prieuré ou de r ruelle par où l’on va à Notre-Dame-des-Voutes». (T. 1, art. 1, p. 45.)
[il Du Breul nous apprend qu’à l’origine l’église de Saint-Barthélemy, rdu temps que c’estoit la Chapelle du Roy ne contenoit que la nef. Et plus hault y avoit un jardin, où l’on a hasti le chœur et les costez. Au dessus estoit la chapelle de Notre- Dame des Voûtes ainsi surnommée pour eslre edilfiée sur des voûtes. Laquelle a esté rehastie depuis, comme appert par les lettres passées par devant Guibert et Le Vieil, notaires, le 26 octobre 1 520*. (P. 98.)
D’après Lebeuf, celte chapelle pourrait avoir été construite sur l’ancienne crypte de l’église Saint-Barthélemy. rrJe ne sçai, observe-l-il , si Du Breul et ceux qui l’ont suivi ont rencontré juste, lorsqu’ils ont placé au-dessus d’un jardin la chapelle de Notre Dame des Voûtes, dépendante de cette église. On apprend, par des titres du xve siècle que j’ai vus, qu’elle était derrière S. Barthélemi, et qu’on y alloit par une ruelle; mais n’aurait-elle
point tiré son nom de l’ancienne crypte de cette eglise qui se seroit étendue du côté du levant, et sur laquelle crypte elle auroit été construite. L’ancien Processionnel manuscrit marque que les Chanoines [de la cathédrale] y entroient par le prieuré, chanloient Tierces sous le cloître, faisoient ensuite la procession en chappes par les grottes et les voûtes. . . Si ces grottes souterraines n’étaient point bouchées ou comblées aujourd’hui, on auroit pu juger par leur construction si elles ne sont pas un reste de l’ancienne chapelle royale, laquelle seroit devenue une crypte, depuis l’elevation du sol de la Cité. -n (T. II, p. 279-280).
Dans cette hypothèse, la chapelle primitive se fut trouvée assez éloignée du Palais et, de plus, le chœur n’aurait pu être construit par Hugues Capet à la place qu’il occupait. Nous sommes plutôt porté à croire que la chapelle en question , dont l’origine remontait peut-être au commencement du xic siècle , avait bien été construite dans les jardins de l’abbaye. Mais avec l’élévation graduelle du terrain de la Cité, que nous avons déjà constatée pour l’église de Saint-Eloi, l’oratoire primitif se trouva bientôt transformé en une véritable crypte, sur laquelle fut édifiée une nouvelle chapelle qui reçut sans doute, par suite de ce fait, le titre de Notre-Damedes-Voûtes.
(3) L’auteur de la pièce de vers sur les Eglises et monastères de Paris en i333 a relevé ce détail. Après la Sainte-Chapelle, dit-il.
et Est saint Bartholomieu ,
Qui siet devant le grant Palais;
Mès chéus est, donc est plus lais;
C’est veritez que vous despont, »
niements que l’église affectait une forme très irrégulière. Elle avait son grand portail sur la rue de Saint-Barthélemy, vis-à-vis la grande salle du Palais, et communiquait avec le cul-de-sac du même nom et la rue de la Vieille-Draperie, par une petite porte ouvrant sur le côté gauche de l'abside h). H fallut encore la réparer à plusieurs reprises, jusqu’à la fin du xvme siècle^, par suite de son état de vétusté; mais ces restaurations partielles furent impuissantes, toutefois, à la préserver, en 1787 (3), d’un effondrement complet.
L’on s’occupait de la reconstruire, sous la direction de l’architecte Cherpitei, et la façade était même terminée, lorsque la Révolution vint interrompre les travaux. Les bâtiments inachevés furent vendus comme propriété nationale, le 12 novembre 1791, et démolis en partie l’année suivante. Sous le Directoire, I architecte Lenoir et sou neveu Saint-Elme édifièrent un théâtre à la place qu’ils avaient occupée. Nombre d’acteurs devenus célèbres plus tard débutèrent sur celte scène, qui porta successivement le titre de Théâtre du Palais et de Théâtre de la Cité-Variétés. Tous les genres, drame, vaudeville, comédie, pantomime, y furent essayés tour à tour, et cela sans grand succès d’ailleurs, puisqu’il fut fermé et rouvert plus de vingt fois en quinze ans. Une troupe de chanteurs allemands y installa le drame lyrique, en 1802, et lui donna le titre de Théâtre de Mozart.
Définitivement supprimé en 1806, le théâtre devint une salle de bal public appelée d’abord les Veillées, puis le Prado; le foyer fut transformé en loges de francs-maçons et les dessous servirent de caves et de serres chaudes aux jardiniers et pépiniéristes du marché aux fleurs, qui y déposaient leurs arbustes et leurs plantes.
Le percement du boulevard du Palais fit disparaître, en i856, une partie des galeries voûtées qui donnaient accès dans la salle de bal; les autres galeries et la salle elle-même furent démolies, en 1868, lors delà construction du Tribunal de commerce, qui occupe aujourd’hui l’emplacement de l’ancienne église de Saint-Barthélemy.
e> H n’y avait dans l’église qu’une seule chapelle latérale, dédiée à Sainte-Catherine; c’est là que se trouvait le tombeau de Clerselier, ainsi que nous l’apprend d’Argenville. ( Voyage pittoresque de Paris, p. 22.)
(2) rr D'abord quelques pierres se détachèrent des piliers du chœur; voyant que 1 édifice menaçait ruine, on enleva à la hâte les vases sacrés et tous les objets précieux, et peu de temps après l’église s’écroula avec un fracas épouvantable. On se mit de suite à la reconstruire; le portail était terminé et les piliers de la nef s’élevaient déjà , lorsque la Révolution vint suspendre le cours des travaux. »
(Brazier, Chronique des petits théâtres de Paris, réimprimée par G. d’Heylli, (. I, p. 2 64.)
(3) rr Au milieu de ce grand bouleversement , quelques vieilles colonnes sont restées debout; de vieux chapiteaux sont demeurés en place. Dans une petite cour on remarque deux ou trois débris de
pierres tumulaires qui servent de pavés .
Comme on avait conservé quelques restes des vieux bâtiments, on arrivait dans la salle par plusieurs corridors tristes et sombres; il y avait sous le vestibule, dons ces longues galeries, quelque chose qui sentait l’odeur du cloître. ^ ( Ihd p. 278 et
Plan de l’église royale et paroissiale de Saint-Barthélemy (P.
ÉPITAPHES DE L’ÉGLISE
NEF
Tombes plates :