‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 408 sur 442 · SAINT-BENOÎT · texte numérisé non relu

SAINT-BENOÎT

NOTICE HISTORIQUE12’

D’après le témoignage de Raoul de Presles, l’église de Saint-Benoît aurait été bâtie par saint Denis, l’un des premiers apôtres des Gaules, réfugié sur la

(l> D’après le plan de Turgot. — La vue de la façade de Saint-Benoît et le plan de l’église ont été reproduits d’après les planches de l’architecte Bourla, publiées dans la Statistique monumentale de Paris; le plan a reçu des indications complémentaires empruntées à la notice.

Il existe à la Bibliothèque de la ville de Paris (n° i6563) une série de dessins de Bourla, qui avait élé chargé, en 1 8 3 2 , de transformer l’église en théâtre; mais on n’y retrouve aucune autre indication que celles qui figurent sur les planches gravées. Les dépendances de l’édifice avaient déjà subi, d’ailleurs, de notables transformations.

(S) Nous avons puisé d’utiles renseignements pour la rédaction de cette notice dans la Chronologie historique des curés de Saint-Benoit [par J . Brulé,

curé de la paroisse], Paris, Desprez, 1752, in-12. La seconde partie de cet opuscule, qui a pour titre : Anecdotes particulières sur les grands hommes et autres personnes de considération de la paroisse de Saint-Benoît , renferme quelques épitaphes qui n’avaient pas été transcrites dans les recueils manuscrits.

Le travail que Millin a inséré dans ses Antiquités nationales 11’est qu’un résumé confus et souvent inexact du livre de Bruté; mais l’on y trouve également certaines inscriptions qui ne se rencontrent pas ailleurs. Avant la destruction de Saint-Benoît, M. Troche avait publié sur cette église, dans la Revue archéologique (1847, Ire partie, p. 2i5 et 270), une notice très instructive, malgré quelques erreurs de détails.

montagne Sainte-Geneviève, qui dédia cet oratoire sous l’invocation de la Sainte- Trinité. Cette tradition, recueillie par quelques historiens, ne repose sur aucun rondement assez sérieux pour être acceptée h). L’origine de l’église ne remonte certainement pas aussi loin. Il paraît vraisemblable quelle dut être construite sous les rois mérovingiens, vers le vie ou le vnc siècle, et quelle fut d’abord le centre d’une abbaye suburbaine, dont le voisinage du palais des Thermes avait sans doute provoqué l’établissement.

Le plus ancien titre connu qui constate son existence est un diplôme du roi Henri 1er, qui doit se rapporter au milieu du xic siècle^. A cette époque, un clerc, du nom de Giraud, possédait l’église et l’abbaye connues sous le nom de Saint-Serge et Saint-Bacche, et que les invasions des Normands avaient en partie dépouillées de leurs biens.

Le roi les donna à l’évêque de Paris, Imbert, et à ses chanoines, sous la réserve, toutefois, qu’ils n’en jouiraient qu’après la mort du possesseur. Le Chapitre de l’église métropolitaine y établit un collège de chanoines. Vers la fin du xie siècle, l’accroissement de la population du quartier amena la transformation de l’ancien oratoire en église paroissiale, sous l'invocation de saint Benoît (3h

(1) Les historiens ne citent, à l’appui de leur hypothèse, que la mention inscrite sur le vitrail de la chapelle Saint-Denis. On lit à ce sujet dans du Breul : rrPeu de temps après que Saint Denys eut dédié ce temple [Saint-Etienne-des-Grès] pour les Chrestiens, il célébra la messe dans un autre, qu’il consacra en l’honneur de la Saincte Trinité, comme un certain escrit, qui est dépeinct en une \itre de l’une des chappelles de ceste église, maintenant dicte île Sainct Benoist, le veut déduire en ces mots : In hoc sacello snnetus Dionysius cœpit inoocare nomen Sanctœ Trinitatis. » (Boutons avait déjà rappelé ce fait, fol. 10.)

<2) Il est dit dans cet acte : crNoverit postérités omnium sancle matris Ecclesie fidelium et nostrorum, cruod quidam Imbertus, parisiensis ecclesie episcopus, noslre serenitalis adierit presenciam, rogans et olmixe postulons ut quasdam ecclesias in suburbio parisiacensi noslre potestati et anlecessorum noslrorum antiquitus mancipatas, sancli Stephani scilicet, Juliani marlyris, Severini solitarii , nec non et sancti Bacchii, quarum quedam olim abbatiarum dignitale sublimale erant, et ideo receptaculum et stacionem congregacioni canonicorum prebentes Sancte Marie, sed, propter regni perturbacionem, rebus concessis spoliate, solitudini vacantes, parvum aut nullum antique possession^ retinuerunt statum, predicte congregacioni

concederemus ; sed, quia apud nos pro suis meritis predictus episcopus erat magnus, ejus voluntati nolentes aliquid derogare, concessimus ejus peticioni predicta loca, regali precepto et liberalitate, eo pacto et condicione ut , quamdiu Giraldus clericus, earum possessor, vixerit, sine inquieludine per assensum canonicorum tocius congregacionis teneat, et post ejus excessum usibus canonicorum sine reclamacione mancipentur; et ibi, pro remedio anime mee vel parentum meorum , canonici aggregentur, qui pro statu et incolumitate regni nostri exorantes ad utrumque sufficiant, scilicet et ad stacionem more solito reddendam ecclesie et ad serviendum cononice valeant communiler degere. »

(3) Brice prétend que l’église prit ce nom lorsque les chanoines s'y établirent, eparcequ’ils succédoient à des moines de l’Ordre de Saint Benoit». (T. III, p, 35.) Cette hypothèse, adoptée aussi par Piganiol, est absolument erronée. Le nouveau titre n’était que l’ancien vocable de la Sainte-Trinité, transformé par l'usage populaire. Voici les réflexions judicieuses que Lebeuf fait à ce sujet : rrPaiceque, dans le langage vulgaire, Dieu le Pere et la Sainte Trinité étoient appelés Saint Diez, Sire Diez, Saint Benoiast , ou bien Benoist SireDieæ , conformément aux expressions latines, si souvent usitées dans l'office de la Sainte-Trinité de ce tems là, Benedictus Deus, etc.; de là vint la coutume de

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Les chanoines instituèrent des chapelains et déléguèrent l’un deux, qui porta tout d’abord le titre de vicaire perpétuel, pour remplir les fonctions curiales.

Mais, de même que les chanoines n’avaient pas tardé à se soustraire à la dépendance du chapitre de Notre-Dame W, de même les curés et marguilliers formèrent bientôt un corps indépendant des chanoines. Les droits respectifs du chapitre et de la fabrique devinrent une source de contestations perpétuelles^. Le premier et le plus grave différend fut soulevé par la prétention que le chapitre avait émise de réserver pour lui seul le maître-autel de l’église et d’obliger le curé à en construire un autre pour le service paroissial. La fabrique dut se soumettre à cette exigence et les offices paroissiaux furent célébrés dans la chapelle de Saint-Nicolas. Cette situation , qui présentait de nombreux inconvénients, se prolongea, néanmoins, pendant plusieurs siècles, mais elle eut pour résultat de provoquer, dans les dispositions intérieures de l’édifice, d’importantes transformations (3).

dire la Benoiste Trinité, et de même i’autel de Saint-Benoist , l'office de Saint-Benoist et que les chanoines de l’hôpital voisin prirent aussi le nom de Saint-Benoist.

rr On n’a pas fait attention, ajoute-t-il, qu’aucun acte , aucune inscription , ni aucun monument n’avoit désigné cette église ni ses dépendances sous le nom de S. Benedicti abbalis, et que même (ce qui est plus remarquable) qu’aucune relique n’y avoit jamais paru de ce saint, ni le moindre vestige de relation avec aucune maison de Bénédictins. » (T. I, p. 212.)

(1) Voici ce que rapporte Du Breul à ce sujet : «En l’an 1 36 A , les doyens et chapitre de Notre- Dame de Paris venant en procession à Sainct-Benoist le bien tourné, l’unziesme jour de juillet, qui est le jour de la translation dudit glorieux confesseur, les chanoines de leans les advertirent qu’ils n’eussent à rien attenter au préjudice de leurs privilèges , immunitez et franchises ; qu’ils estoient un corps collegial de chanoines, exempt de temps immémorial de subjection et correction de l’Eglise cathédrale de Paris ... le tout bien auctorisé par privilèges des Roys de France et confirmé par les papes.» (P. 195.)

Le chapitre de Notre-Dame ne tint pas compte de ces observations, et sa visite provoqua des scènes de désordre, qui furent l’occasion d’un long procès, terminé le 19 février 1 3 9 5 par un arrêt du Parlement, qui rétablit les chanoines de Saint-Benoît tren leurs franchises, libertez, immunitez et sauvegarde du Roy, comme devant». (Ibid.)

(2) A la suite de ce différend, le curé de Saint- Benoît adressa une requête au pape Luce III, par l’intermédiaire d’Étienne, abbé de Sainte-Geneviève. La lettre que l’abbé écrivit à ce sujet est particulièrement instructive en ce qui concerne la topographie de l’église primitive ; rr . Ad miseri-

cordie vestre sinum recurrit dévolus filins vester Simon , capellanus sancti Benedicti , cjui a quibusdam ejusdem ecclesie canonicis inquielatur, ut, contra consuetudinem anliquam tam suis quam predecessorum suorum lemporibus observatam, ab altari, in quo parochialia divina hactenus populo celebrata sont officia, recedat, et altare novum in aliquo ecclesie ipsius angulo erigere compeliatur; ecclesie illius forma dissimilis et dissidens ab aliis ecclesiis (a parte sanctuarii respicit occidentem , ab introitu orientera), non permiltit in alio loco convenienter officia parochialia celebrari quam in eo quo priscis diebus usque ad tempora nostra priores celebrarunt. Placeat Sanctitati vestre, si condignuin vobis fuerit, ut observetur consuetudo que hactenus invaluit sacrificia pro populo oflerendi , maxime cum non officiât officiis clericorum, cum aliis horis sua célébrait officia , aliis capellanus parochialia conficiat sacromenfa.» (Bruté, Chron. hist., p. 12.)

Cette lettre, écrite entre les années 1181 et 11 85, montre que l’institution du chapelain ou vicaire perpétuel et par suite de la paroisse était déjà ancienne à cette époque.

^ Une transaction intervint à ce sujet le 3i octobre 1 3 A3 entre les chanoines et les curés et marguilliers d’autre part. Aux termes de cet acte, rr les

L’église qui était, au début, de proportions très restreintes, avait son entrée sur la rue Saint-Jacques, et le maître-autel était placé à l’occident, ce qui lui valut le surnom de Bestourné (1). Comme la plupart des Collégiales du temps elle était entourée d’un cloître^ dont l’allée principale limitait le chevet et s’étendait jusqu’au palais des Thermes; au nord et au midi deux autres allées longeaient l’édifice et communiquaient avec la rue Saint-Jacques; du côté du midi était établi un petit cimetière. A l’extrémité du grand cloître, près du Palais des Thermes, il y avait, en outre, dans le pourpris de l’église, une aumônerie ou hôpital, qui tut donné, à la fin du xue siècle, par le chapitre de Notre-Dame, aux religieux institués par saint Jean de Matha et saint Félix de Valois pour la rédemption des captifs, qui prirent dès lors le nom de Trinitaires(3h Leur maison fut appelée plus tard le couvent des Mathurins.

L’église primitive subit une première réfection au milieu du xive siècle. Vers l’année îoôo, on transporta le maître-autel du côté de la rue Saint-Jacques, et l’ancien chœur devint la nef, à l’extrémité de laquelle fut établi le grand portail ouvrant sur le cloître; dès lors le surnom de Bestourné fut remplacé par celui de Bien-tourné (4).

chanoines abandonnent aux curé, marguilliers et paroissiens de Saint-Benoit la nef, les bas-cotes et les chapelles du coté du midi de leur egiise, a condition que lesdits paroissiens seront tenus a perpétuité de reconstruire lesdits lieux ceddés a/ leurs frais et dépens, sans que les chanoines soient tenus de contribuer en rien a cesdites dépenses, et se sont réservés le chœur seul en toute propriété; et pour cette donation les chanoines se réservent seulement la moitié de ce qui seroit baillé par ceux qui éliroient leur sépulture dans lesdits lieux cédés, in signurn dominii. » (Arch. nat., S. 8qoA, Mémoii'e historique sur l'église de Saint-Benoît.)

(1) Le mot latin bestornatus, synonyme de maleversus, signifiait mal tourné, ainsi que l’a constaté Du Cange. Ce savant a cru, d’après une assertion de Sauvai, que Saint-Benoît avait été aussi appelé Bistourné : rrDicla etiam fuit Bistomata, propter banc majoris altaris in duobus locis collocationem.w Mais cette hypothèse est absolument erronée; l’appellation de Bistourné ne se retrouve dans aucun document.

(2) ftGe cloître, remarque Jaillot, était vaste; on y portoil, après la moisson et les vendanges, les redevances en grain et en vin affectées aux chanoines; le chapitre Notre-Dame y avoit aussi une grange pour mettre celle qu’il percevoit dans les environs, et l’on y tenoit un marché public dans

ceste saison. » (T. IV, art. xvm, p. 1 13.) Le cloître était fermé à ses extrémités par des portes, que les chanoines furent autorisés à reconstruire en i3ig, sous réserve de les fermer et de les ouvrir aux heures usitées dans la ville. (Arch. nat., L. 579.)

L’arcade qui se trouvait sur la rue Saint-Jacques, vis-à-vis de la place Cambrai, subsista jusqu’à la fin du xvm” siècle, rr Elle était décorée d’une figure de la Trinité, écrit Millin. On y voyait le Père éternel avec une ample chape et une tiare papale; le Saint Esprit, sous la forme d’une colombe, lui sort de la bouche, et il a à ses genoux son fils unique. Celte dernière figure est d’une grande beauté par la manière dont elle est posée; c’est une étude si bien faite que M. de Mouchy a pensé qu’elle devait être conservée; je l’ai fait dessiner.» ( Eglise de Saint-Benoit, p. 1 A ; — Cf. pl. 2, fig. 1.)

(3) Ce détail intéressant confirme l’observation de Lebeuf au sujet du véritable titre de l’église et de l’aumônerie.

(4) Du Breul , et après lui la plupart des historiens, ont reporté à la même époque les deux premières transformations de l’église, qui furent effectuées, cependant, à près de deux siècles d’intervalles. ffSous le régné du Boy François I, une partie d’icelle egiise ayant esté bastie tout de neuf, le maistre autel fut placé où estoit anciennement la porte de l'eglise, et à la place dudit autel fut basly

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Sous le règne de François Ier, l’édifice, devenu insuffisant, lut notablement agrandi. Sur l’emplacement des terrains contigus à l’église et de l’allée qui bordait le cimetière W, la fabrique fit édifier une seconde nef, dite nef de la paroisse, au fond de laquelle fut élevé un autel pour le curé. Au bas de cette nef sur le cloître, l’on ouvrit une petite porte, et l’on établit six chapelles sur le côté. En même temps, le chœur fut fermé par des murailles et par un jubé, sous lequel l’on installa deux petites chapelles : à droite celle de Sainte-Catherine, à gauche celle de Saint-Biaise; le mur septentrional de l’église fut restauré et percé d’une porte ouvrant sur la petite allée du cloître.

En 1678 , le chœur fut l’objet d’une dernière transformation, exécutée, sous la direction de l’architecte Jean Beaussire, d’après les dessins de Claude Perrault. Le jubé ayant été supprimé, la paroisse céda une travée de la nef pour avancer le chœur, et au chevet fut bâtie la chapelle de la Vierge.

Par suite des restaurations et des agrandissements successifs nécessités par sa double destination de collégiale et de paroisse, l’église Saint-Benoît, telle qu’elle subsistait au cours du xvme siècle, manquait de régularité, aussi bien dans son plan général que dans ses dispositions intérieures. Elle se présentait sous une forme à peu près rectangulaire, avec le chevet en saillie à l’extrémité du côté oriental, et comprenait le chœur des chanoines, entouré d’un collatéral, deux grandes nefs, séparées par un autre collatéral et bordées chacune par une rangée de chapelles, et une chapelle établie au bas du collatéral, entre les deux nefs, contre la façade.

La chapelle de la Vierge, à laquelle était adossée la sacristie des chanoines, occupait l’abside.

un beau portail dans le cloistre, tel qu’il se voit aujourd’huy, et pour ceste raison ladite eglise a esté depuis nommé S. Benoist le bien tourné. « (Du Breul, p. 1 94.)

Brulé a pris soin de rectifier celte erreur : rr J’observerai , dit-il , que ce n’a pas été dans le temps de François I que l’autel qui étoit à l’occident a été tourné du côté de l’orient. Ce changement d’autel avoit été fait même avant M. Ade; et dans la transaction passée entre les chanoines et M. Ade, notre eglise étoit déjà appelée Saint-Benoît le bientourné, Sanctus Benediclus bene versus. « ( Chronol. hist.j p. 29.) Lebeuf et Jaillot sont du même avis.

(1) crll paroit que le terrain, sur lequel ont été construites ces chapelles, observe Brulé, était une rue qui traversoit de la rue Saint-Jacques dans le cloître. Lorsqu’on fit dans la chapelle de Saint- Pierre la fosse ou devait être enterré M. l’abbé

Pucelle, on trouva à dix pieds de profondeur l’ancien pavé de cette rue.n ( Chronologie historique, p. 26.)

Jaillot écrit de même à ce sujet: « A l’égard de la rue de l’Oseraie, je conjecture que ce pouvoit être une ruelle comprise aujourd’hui dans l’église S. Benoit, et sur l’emplacement de laquelle ont été construites les chapelles de la nef de la paroisse.») (T. IV, art. xvn, p. i4.)

Cette supposition nous paraît erronée; ce n’était pas une rue qui fut absorbée par l’agrandissement de l’église, mais plutôt l’allée méridionale du cloître, située entre l’ancien édifice et le Petit cimetière.

D’autre part, Jaillot a cru que l’absorption de la rue n'avait eu lieu qu’en 1680, tandis qu’elle remonte au temps de François Ier, puisque la bénédiction des six chapelles fut faite, d’après Lebeuf, en i53o. (T. I, p. 217.)

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