‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 4)Chapitre 98 sur 442 · CHRISTOPHE DE THOU · texte numérisé non relu

CHRISTOPHE DE THOU

Sur le mur qui faisait face à l’autel se trouvait un monument élevé à la mémoire de Christophe de Thou, qui était l’œuvre de Barthélemy Prieur. Ce monument comprenait un huste du défunt, en marbre polychrome, posé sur un piédestal de marbre noir, et entouré d’un encadrement décoratif richement sculpté. Dans la partie supérieure, sur les côtés, deux Vertus en marbre étaient assises, tenant dans leurs mains des couronnes de lauriers et des palmes; au bas deux petits génies aussi en marbre tenaient des torches allumées et renversées. Les armes de la famille, placées entre les deux Vertus, dominaient l’ensemble du monument.

(1) En l’absence de litre original, les droits de la famille de Thou étaient établis par l’acte de concession de la chapelle Saint-Jérôme, désignée comme étant ff au dessous de celle que M. Augustin de Thou, advocat au Parlement, fait editïier». Blanchard constate qu’ Augustin de Thou rrfut inhumé en la

chapelle qu’il avoit fait construire en l'eglise de Sainct-André-des-Arcs , dans les vitres de laquelle se voit encore aujourd’huy son portrait avec celuy de dame Claude de Marie, sa femme». [Les Présidens au mortier , p. 190.) Claude de Marie y avait été inhumé le 8 octobre 1 5 5 1 . (Reg. paroiss.)

Au bas, sur une lame de marbre, ou lisait cette épitaphe encadrée dans une bordure surmontée d’un fronton que décoraient deux génies funéraires en bronze:

9»î. — D. U. M. — || Christophoro Thuano, || Augustini filio, Jacobi nepoti,

EQUITI, || QUI OMNIBUS TOGÆ MUNE || RIBUS . SUMMA CUM ERUDITIONIS, INTEGRITA-

Monument de Christophe de Thon O).

T1S , PRUDENTIÆ LAUDE PERFUNCTUS , || AMPLISSIMOSQUE HONORES SUB FRANCISCO 1°,

Henrico JI°, Francisco II0, Carolo IX° || et Henrico 111° chirstianissimis regibus CONSECUTUS, || SENATUS PARI || SIENSIS PRÆSES , DEINDE PRINCEPS, SACRI CON- SISTORII CONSILIARIUS, MOX || HENRICI TUNC AU RELI ANENSIS , AC DEMUM FRANCISCI

(1) Réduction d’une estampe insérée dans les cien, mais beaucoup moins net, dans les Anli- Antiquitez de la ville de Paris, édit. Malingre, quitcz, chroniques, etc., de Bonfons-Rabel (livre II , p. 197. — Il existe un dessin analogue plus an- fol 99 v°).

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS. 55

ANDEGAVIUM DUCIS CANCELLA || RIUS ; TANDEM CUM DE JUDICIARIO ORDINE EMEN- DANDO, QUÆSTURA REGNI || A FRAUDIBUS AC RAPINIS VINDICANDA ET SCHOLARUM DISCIPLINA RES || TITUENDA COGITARET, NULLA 1NCLINATÆ ÆTATIS INCOMMODA ANTEA || EXPERTUS , EX IMPROVISA FEBRI DECESSIT. |] — UxOR LIBER1QUE MŒRENTES POSUERE. || — VlXIT ANNOS LXXIV, MENSES III, DIES V. ObIIT ANNO SALUTIS || M DLXXXII, KALENDIS NOVEMBRIS.

Armes. D’argent au chevron de sable accompagné de trois taons du même .

Ms. A1, p. 328; — Tombeaux de Gaignières (Clairambault), 1. 1, fol. 55 (reproduction figurée) (1); — Confons, fol. i64.

Antre monument de Christophe de Thou (2b

« Il existe dans le ms. D. (fol. 129) une autre reproduction quelque peu différente quant à la disposition épigraphique.

(2) Réduction d’un dessin des Tombeaux de Gaignières (Clairambault), t. I, fol. 53 et 54.

Nous avons tenu à reproduire en regard les deux

dessins du monument funéraire de Christophe de Thou, qui nous ont été conservés par Malingre et Gaignières, parce que leur rapprochement soulève une intéressante question d'archéologie qu'il convenait de ne pas passer sous silence. La différence de ces dessins semblerait indiquer qu'il exis-

ÉPI TA P H IER Dlï VIEUX PARIS.

Au-dessous du vitrail de la chapelle, à la place occupée plus lard par le monument de Jacques-Auguste de Thon, on avait apposé une autre épitaphe beaucoup plus détaillée, conçue en ces termes d) :

94. — D. O. M. — Christophoro Thuano equiti, Augustini præsidis parisien-

SIS FILIO , JACOBI CONSILIARII REGIS NEPOTI, SENATUS PARISIENSIS PRINCIPI, VIRO INCOMPARABILI, QUI PER OMNEIS VITÆ GRADUS, SUMMA CUM ERUDITIONIS , INTE- GRITATIS ET PRUDENTIÆ LAUDE VERSATUS, SACRI JURIS PUBLICI AC PRIVATI SCIENS, RITUUM PRISCORUM ET IMPERII ARCANORUM PERITISSIMUS , ORATOR FACUNDUS, POETA ELEGANS, HISTORIARUM SUI TEMPORIS, QUARUM SCHEDAS INTER SCRINIA RELIQUIT, INCORRUPTUS SCRIPTOR, SUMMÆ CITRA FASTUM GRAVITATIS, AD PROMERENDUM DE OMNIBUS NATUS, UTII.ITATIS PUBLICÆ STUDIOSUS , DOMESTICÆ NEGLIGENS, EODEM

tait deux monuments, ce qui n’est guère vraisem- 1 dable , puisque depuis Du Breul jusqu’au Procèsverbal d’Antoine, on n’en signale qu’un. D’autre part, le dessin de Pvabel et Malingre présente une indiscutable authenticité', comme étant le seul conforme aux descriptions des historiens. On pourrait inférer de là que celui de Gaignières est purement fantaisiste; mais cette explication ne saurait être admise, si l’on tient compte de l’exactitude accoutumée des reproductions qui nous ont été conservées par le savant archéologue. Ce qui nous paraît beaucoup [dus vraisemblable, c’est que le dessin de Gaignières représente un monument primitif, qui a subsisté fort peu de temps. Boulons nous apprend en elfel que l’on voyait dans ce monument tf monsieur le President eslevé en chef de marbre blanc, représentant le vif, fort bien élaboré; aux deux costez, deux colonnes de jaspe; au dessouz, deux figures de bronze « (loi. 1 68 v°). On retrouve bien là le dessin de Gaignières. Mais il y a plus; l’encadrement corinthien qu’il reproduit et les deux figures de bronze existaient encore dans la chapelle de Saint-Augustin à la fin du xviu' siècle, puisqu’ils furent recueillis, ainsi qu’on le verra ci-après, au Musée des monuments français. Tous les détails du dessin de Gaignières sont donc parfaitement exacts et le monument qu’il représente a bien existé, mais il a subi une transformation complète lors de l’érection du second monument reproduit par Rabel et Malingre. La partie supérieure est devenue le retable de l’autel de la chapelle ; le Procès-verbal d’Antoine ne laisse aucun doute sur ce point. 11 y est dit que «■ l’autel consiste en un grand retable exécuté en pierre de Tonnerre, composé de deux colonnes d’ordre corinthien , surmonté de son entablement et d’un fronton dans le timpan duquel sont les armes

de la maison de Thou. . . au-dessous est un stilobatte aussi en pierre de Tonnerre don t les panneaux sont en marbre incrusté. Toutes les parties d’architecture dudit retable sont enrichies de différents ornements» (fol. i4a ). A la place qu’occupait le buste du président, on mit un tableau; rrl’entrecolonnement dudit retable, écrit Antoine, renferme dans une bordure de pierre un tableau peint sur toile représentant Notre Seigneur et les pèlerins d’Emmaüs « {Ibid.) Quant à la partie inférieure du monument primitif, comprenant l’épitaphe elles deux génies de bronze, elle fut transportée vis à vis de l’autel, juste au-dessous du monument nouvellement construit.

Dans ces conditions , le dessin de Gaignières , fait à une époque où le monument qu’il représente n existait déjà plus depuis longtemps, ne peut être que la copie d’un autre dessin beaucoup plus ancien recueilli par le célèbre collectionneur.

(5) 11 n’est fait mention de cette épitaphe dans aucune des descriptions manuscrites de la chapelle de Thou. Bonfons ne la donne pas dans son édition de 1 5 8 6 ; mais elle a été reproduite dans les additions de Rabel (î 588 ). On la trouve également imprimée sous forme de placard dans la Collection Clairambault. De plus il est dit dans une notice relative à Jacques-Auguste de Tbou (même Coll., 1 07 1, fol. 7 k v°) que M. le président de Tbou, garde de la Bibliothèque du roi, «a fait eslever dans l’eglise Sainct-André, le magnifique monument et les inscriptions qu’on y voit à la mémoire de son pere. » Il parait donc certain qu’elle figura dans la chapelle, peut-être tout d’abord sur le mur en face de l’autel , en attendant le monument de Christophe de Thou, puis au-dessous du vitrail. Elle disparut sans doute de cet emplacement lors de l’érection du somptueux tombeau de Jacques-Auguste de Thou.

ÉGLISE PAROISSIALE DE SAÏNT-ANDRÉ-DES-ARCS

VITÆ TENORE SEMPER USUS , NON LÆTIS REBUS ELATUS , NON SEGNIORIBUS CONSTER- NATUS, SED IN ADVERSIS NEGOTIA PRO SOLATIIS ACCIPIENS; PRIMATIBUS REGNI ÆQUE AC INFIMÆ PLEBI ACCEPTUS, POTENTIUM GRATIAM CUM INFERIORUM COMMODIS ÆQUABILI LIBRANS TEMPERAMENTO ; AVARITIÆ AC RAPACITATIS ACERRIMUS HOSTIS ; AB AMBITIONE ALIENUS, HONORES VEROS, QUIA FALSOS ADFECTARE CONTEMPSER AT, VIRTUTE ET MERITIS SUB FRANCISCO 1°, HENRICO 11°, FRANCISCO 11°, CAROLO IX°, HENRICO 111°, CH R I STI A NIS SI MIS PRINCIPIBUS ADEPTUS, PARISIENSIS SENATUS PRÆSES , DEINDE TURBULENTISSIMIS GALLIÆ TEMPORIBUS, QUASI OMNIUM ORDINUM CONSENSU, AD AMPLISSIMUM DIGNITATIS FASTIGIUM EVECTUS, MOXQUE VIRTUTIS ERGO POTEN- TISSIMI PRINCIPIS FlENRICI AURELIANENSIS DUCIS AC POSTEA FrANCISCI SERENISSIMI BrABANTIÆ ANDIUM DUCIS CANCELLARIUS; TANDEM CUM DE JUDICIARIO ORDINE EMENDANDO, DE QUÆSTURA REGNI A FRAUDIBUS ET RAPINIS VINDICANDA, DISCIPLINA COLLEGIORU M RESTITUENDA COGITARET, NULLA INCLINANTIS ÆTATIS INCOMMODA HACTENUS EXPERTUS, FEBRI INOPJNA QU AM IN MUNERE ASSIDUUS FRANGERE NEQUIC- QUAM TENTA VERAT CORREPTUS, INTEGRIS ANIMI ET CORPORIS VIRIBUS, OPTIME MERI- TAM DE RE PUBLICA ANIMAM ÜEO, CUI OMNIA ACCEPTA REFEREBAT, SOLEMNI OMNIUM SANCTORUM DIE REDDIDIT. JACOBA TuLÆA INDIVIDUA VITÆ COMES MARITO DULCIS-

SIMO, Renatus nepos avo, Christophorus melodunensis præfectus, Jacobus Augustus consiliarius regius, filii patri, Philippus Huraltus Franciæ procan-

CELLARIUS, ACHILLES HARLÆUS SENATUS PARISIENSIS PRINCEPS, GENERI SOCERO MŒRENTES POSUERE. VlXIT ANNOS LXXIV, MENSES IV, DIES VII. ObIIT ANNO SALUTIS MDLXXXII, KALENDIS NOVEMBRIS. — Et QUI BENE PRECABERE, BENE TIBI EVENIAT ET VIVO ET MORTUO.

Mss. F1, p. 288; — Bibl. nat., Coll. Clairambaidt, 1071, fol. 109; — Bonfons-Rabel , liv. Il, fol. 100 v°.

GASPARDE DE LA CHÂTRE (l) 2. * JACQUES-AUGUSTE DE THOU.

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