MARIE DE BARBANSON- CANI
Devant le vitrail se trouvait un mausolée élevé en l’honneur de Jacques-Auguste de Thou. Ce monument, œuvre de François Anguier, se composait d’un sarcophage, posé sur un soubassement et de pilastres, le tout en marbre, placés entre quatre colonnes ioniques également en marbre, décorées de bases et de chapiteaux en bronze. Les colonnes et les pilastres, ainsi que deux cariatides assises sur le sarcophage, supportaient un large entablement sur lequel le président de Thou et ses deux femmes^, Marie de Barbanson-Cani et Gasparde
(1) Gasparde de La Chaire , morte le 4 juin 1616. rf Son corps fut apporté le lendemain au soir dans la chapelle de Thou et le jour de la Madeleine il fut porté à Villebon, dans la chapelle.» (Reg. paroiss.) Sur le tombeau, sa statue était placée du côté de l’autel.
(2) Au moment où Le Laboureur recueillait les
épitaphes de cette chapelle , le monument de Jacques- Auguste de Thou n’existait pas encore , mais la statue de Marie de Barbanson-Cani, œuvre de Barthélemy Prieur, se trouvait ff sur la closture de la chappelle , priante , en marbre blanc , posée sur un pillier de pierre, enrichy de marbre». C’est ce que Du Breul avait aussi constaté en 1639. La
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EPITA PHIER DU VIEUX PARIS,
de La Châtre étaient représentés en marbre blanc, à genoux chacun devant un prie-Dieu. La face antérieure du sarcophage était ornée d’un bas-relief en bronze, où figuraient plusieurs génies personnifiant les qualités et les vertus de
Monument de Gasparde de La Châtre, de Jacques-Auguste de Thou et de Marie de Barba nson-Cani (1).
l'Histoire; l’un d’eux tenait un livre ouvert sur lequel il gravait ce litre : Jacobi Augusti Thuani hisloriarum sui temporis libri cxxxvm
statue, œuvre de Barthélemy Prieur, et l’inscription latine dont elle était accompagnée furent utilisées plus tard pour la décoration du monument.
(1) Réduction d’une planche insérée dans Piganiol (t. VII, p. 92). — 11 existe dans la Collection Glairamhault (1071, fol. 76), une autre reproduction de ce tombeau gravée par A. Flamen, où la position des épitaphes est indiquée par la formule D. 0. M.
(2) Les œuvres d’art qui décoraient la chapelle des de Thou furent conservées lors de la fermeture de l’église, grâce au zèle éclairé d’Alexandre Lenoir, qui les recueillit au dépôt des Petits-Augus-
tins. On lit, en effet, dans son Journal , les mentions suivantes :
rn45. Le i4 dudit mois [11e mois de l’an 11] j’écris au citoyen Chaumetle, procureur de la Commune, pour l'engager à m’autoriser à retirer de l’Arsenal un bas-relief d’Anguier représentant l’Histoire entourée de plusieurs génies et occupée à tracer les fastes de notre histoire, et deux figures académiques , par Prieur, le tout en bronze et venant du tombeau de Jacques- Auguste de Thou, à Sainf- André-des-Arcs.
ffiôy. Le 24 dudit, j’ai reçu du citoyen Chaumette, procureur de la Commune, les pouvoirs né-
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS
Les trois épitaphes suivantes étaient gravées sur des tables de marbre, placées respectivement sous la statue de la personne à laquelle elles se référaient :
cessaires pour retirer de l’Arsenal le bas-relief et les deux figures de bronze du tombeau de de Thou.
«192. Le 12 nivôse, reçu du c. Daujon, administrateur et membre de la Commune de Paris, deux figures de femme sculpte'es en marbre blanc et demi-relief, par Prieur, venant de Saint- Andrédes-Arcs. — Ce même jour Lenoir avait aussi reçu les deux petits génies en marbre blanc, du monument de Christophe de Thou. (Cf. état des objets entrés dans le dépôt, Archives du Musée , t. II, n° xci.)
fri 93. Le 12 dudit nivôse, reçu du même Daujon, en un second voyage et du même lieu, une femme à genoux, sculptée en marbre blanc par Prieur [Marie de Barbanson]; deux petits pilastres en marbre blanc sculptés avec beaucoup de soin, représentant des branches de cyprès.
«■ 1 94. Le 1 A dudit, reçu du même Daujon, par les mains du c. Sturler, agent de la Commune de Paris, de Saint-André-des-Arcs , deux figures à genoux et en marbre blanc, sculptées par Anguier, représentant Jacques-Auguste de Thou, historien de France, etc., et sa seconde femme [Gasparde de La Châtre.]
ff 196. Le i5 nivôse, reçu du même Sturler, un buste en marbre blanc par Prieur, représentant Christophe du Thou. Un cénotaphe en marbre noir. Deux cariatides en pierre de liais, de grandeur naturelle et formant académies, soutenant à un sarcophage aussi en pierre, chargé de sculptures, le tout par Anguier, et venant du tombeau de Jacques-Auguste de Thou, président au Parlement de Paris. Plus plusieurs débris de marbre provenant d’épitaphes cassées, v
Sept ans plus tard, lorsque la vieille église fut sur le point d’être démolie, Lenoir demanda au ministre de l’intérieur Chaptal l’autorisation d’acheter les débris de la chapelle de Thou, ce qui lui fut accordé; le ministre affecta à cet achat une somme de 3oo francs, prélevée sur les fonds destinés aux objets d’art pour l’an ix. ( Musée des monumens franc., t. V, p. 55; — Archives du Musée, Lettre de Chaptal, 1. 11, n° ccvii.) Cette acquisition comportait ff un encadrement d’ordre corinthien avec pilastres, corniches, fronton, le tout orné de sculptures les plus légères et les mieux exécutées, « qui formaient antérieurement le retable de l’autel
de la chapelle Saint-Augustin. Ainsi, dès 1801, le Musée des monuments français se trouvait en possession de la totalité des statues, bas-reliefs et détails d’architecture qui avaient orné la chapelle des de Thou , et il aurait été naturel que Lenoir s’attachât à reconstituer dans leur état primitif les deux mausolées de Christophe et de Jacques-Auguste. C’était d’ailleurs son intention puisqu’il écrivait luimême à Chaptal, le 17 messidor an ix : n Citoyen ministre, vous m’avez autorisé à acquérir dans l’église Saint-André-des-Arcs, des monuments précieux, vos intentions sont remplies... La partie principale de ces monuments étoit d’autant plus nécessaire à recueillir pour le Musée des monumens français qu’elle tient à la composition générale du tombeau de Christophe de Thou et de Jacques-Auguste, son fils, historien célèbre, dont j’avois heureusement conservé d’avance les statues. La délicatesse et la beauté du travail de cette sculpture me déterminent, citoyen ministre, à m’occuper sans délai du replacement et de la restauration complètede ce morceau magnifique que je place dans la salle d’introduction du musée, et qui ne pourrait que prodigieusement souffrir s’il restait plus longtemps démonté. » ( Archives du Musée, t. I , n° ccvm. ) Mais Lenoir ne donna pas suite à ce premier projet qui était le plus rationnel. Tout au contraire il mélangea les débris des deux mausolées avec d’autres marbres du Musée pour élever un cénotaphe à la famille de Thou. Le monument factice qu’il avait combiné comprenait, ainsi qu’il l’a constaté dans son Rapport au comte de Vaublanc (n° 1 65 ) ffun arrière corps d’architecture très bien sculpté d’après le dessin de Lepautre,» composé de deux pilastres corinthiens surmontés d’un entablement et d’un fronton circulaire. Entre les deux pilastres dans la partie supérieure se trouvait posé, dans un renfoncement circulaire, le buste de Christophe de Thou, entouré d’une couronne; au-dessous était placée la statue de Jacques-Auguste à laquelle le bas-relief en bronze représentant l'Histoire servait de base; les statues des deux femmes étaient placées sur des piédestaux devant les pilastres. (Cf. Musée des monumens, l. V, n01 1 65 , 166 et planche CLXXVII.) Les autres richesses artistiques de la chapelle furent utilisées par Lenoir pour diverses restaurations de tombeaux encore plus fantaisistes , ainsi que
ÉPITAPHIEIl DU VIEUX PARIS.
95. — A & D. || VlRTUTE ET GENERE NOBILISSIMAM || GASPARAM CHASTREAM || GASPARIS ChASTREI NANCEANI, || REGIÆ MAJESTATIS CUSTODUM || PRÆFECTI, FILIAM, ||J ACOBUS AUGUSTUS THU ANUS , || CHR1STOPHORI FILIUS , || REPETITO SACRAMENTO CONJUX, || CONJUGEM NONO SUPRA TRICESIMUM || ÆTATIS ANNUM CÆLO RECEPTAM, || INSOLA- P.IH QUANTUM LICU IT DES1DERIO || SECUTUS EST; || DECIMO POST MENSE, ANNO CLIMAC- TERE, || DEUS ANNUIT OPTANTI.||
De conjugio per annos decem et QUATUOR || UTRINQUE SANCTISSIME TRANSACTO,|| FILII TRES, TOTIDEM FILIÆ, || COMMUNIBUS VOTIS, OPTIMORUM PARENTUM || MEMORIÆ TUMULUM || BONA PIAQUE MENTE NUNCUPAVERUNT.
JACOBUS AUGUSTUS THUANUS, JACOBI AUGUSTI FILIUS, || ORDINIS AMPLISSIMI SE- NATOR, || TAM SUIS QU AM FRATRUM AC SORORUM || AFFECTIBUS OBSEQUENS , FACIENDUM CURAVIT. ||
Armes. La CuÀtre : D’argent à la croix ancrée de vair.
Ms. G1, p. i45; — Bianchard, Les Présidens au mortier, p. 3 5 o ; — Piganiol, t. VII, p. 97.
96. - A & Œ. - Jacobo Augusto Thuano, CHRISTOPHORI filio, in regni con-
S1LIIS ADSESSORI , AMPLISSIMI SENATUS PRÆSIDI, LITTERARUM, QUÆ RES DIVINAS ET HUMANAS AMPLECTUNTUR, MAGNO BONORUM ET ERUDITORUM CONSENSU PER1TIS- S I MO , VARIIS LEGATION IB US SUMMA SINCERITATE AC PRUDENTIA FUNCTO, A VIRIS PRINCIP1BUS ÆVO SUO LAUD ATISSIMIS EXIMIE CULTO, HISTORI ARUM SCRIPTORI QUOD 1PSÆ PASS1M LOQUUNTUR CELEBERRIMO, CH RISTIANÆ PIETATIS ANTIQUÆ RETINENTIS- SIMO. VlXIT ANNOS LXIII, MENSES VI, DIES XXIX. ÜBI1T LUTETIÆ PARISIORUM, NONIS MAII M DC XVII. — Parcissime censuisse videtur qui tali VIRO SECULUM DEFUISSE DIX 1T.
Ms. A1, p. 32 8; — Blanchard, Les Présidens au mortier, p. 3 4 9.
l’on peut en juger par quelques extraits de son Rapport au comte de Vaublanc :
ff 97. Statue couchée en bronze d’Albert Pio, comte de Carpi. Le sarcophage en marbre noir, orné de sculptures en marbre jaune, vient du tombeau de Jacques-Auguste de Thou, qui étoit à Saint-André-des-Arcs. Il a été acheté avec d’autres débris vendus lors de la destruction de celte église.
^ 1 1 5 (note). Mausolée de Catherine de Clermont- Tonnerre. Les enfants et autres accessoires de la partie supérieure proviennent du tombeau de de Thou.
(fi 91 (note). Mausolée de Jacques de Souvré. Les cariatides et le sarcophage qui portent la statue du commandeur viennent des démolitions de Saint- André-des-Arcs.
rr 289. Deux statues de bronze composées et modelées dans le goût de Michel Ange, par Barthélemy Prieur. Ces figures décorent le fronton de la porte du xvi' siècle. »
Cette dispersion des richesses artistiques de la chapelle de Thou était d’autant plus regrettable qu’elle devait se perpétuer jusqu’à nos jours. Après la suppression du Musée, le buste de Christophe, la statue de Jacques-Auguste, le bas-relief en bronze représentant l’Histoire, les deux Vertus assises et les deux génies en bronze furent transférés au musée du Louvre; — les statues de Marie de Barbanson et de Gasparde de La Châtre passèrent à Versailles; — le sarcophage et les deux cariatides qui l’accompagnaient restèrent dans le local de l'Ecole des beaux-arts.
La restauration intégrale du tombeau de Jacques- Auguste de Thou a été vainement réclamée jusqu’ici par MM. de Guilhermy, de Laborde et Courajod. Mais il est actuellement question de reconstituer par le moulage, au musée du Trocadéro, ce monument considéré à juste titre comme l’un des plus beaux spécimens de l’art funéraire au xvn° siècle.
ÉGLISE PAROISSIALE DE SAINT-ANDRÉ-DES-ARCS
97. — D. O. M. - Mariæ Barbansonæ Caniæ, || Francisci FILIA, Il Michaelis
PlCARDIÆ LEGATI NEPTIS, || QUÆ DUM VIRO M0R1GERA |j ET PATRICIÆ CURÆ DULCE LE- VAMEN, || CONCORDIAM CONJUGALEM SUAVISSIMAM || FACIENS INTERIORE AC SINCERA PIETATE, || ASSIDUA LIBRORUM SACRORUM LECTIONE, || ALACRI ET AN1MOSA || ERGA TE- NUIORES BENIGNITATE, |] IN OMNES LIBER ALITATE, || MORUM SANCTITATE, || VETER1S ET CLARISSIMÆ FAMILIÆ DEÇUS AUGET, j| IN HOC VIRTUTIS VITÆQUE CURSU, || FLOREN- TIBUS ADHUC ANNIS EREPTA EST. || JACOBUS ÂUGUSTUS ThUANUS, J] TANTÆ JACTURÆ PROPEMODUM INTOLERANS, || HOC MONUMENTUM UXORI INCOMPAR ABILI || MCESTISSI- MUS POSUIT || VlXIT ANNOS XXXII, MENSES VI, DIES XVI. || ObIIT ANNO SALUTIS MDCI, NON1S SEXTILIBUS. || AVE ET VALE, DIMIDIUM ANIMÆ MEÆ, || DIMIDIUM QUOD SUPEREST, CUM ÜEUS VOLET || IN CtELUM RECIPERATUR A.
Armes. Babbanson : D’argent à trois lions de gueules armés , lampassés et couronnés d’or.
Ms. A1, p. 828; • — Du Breul, p. 267; — Piganiol, t. VII, p. 92.