FAUBOURG SAINT-HONORÉ
NOTICE HISTORIQUE
La congrégation dite des Feuillants avait pris naissance en 1673, dans l’abbaye de Notre-Dame-de-Feuillans, au diocèse de Rieux, près de Toulouse. Jean de La Barrière qui avait été pourvu de ce monastère, dès l’âge de 19 ans, à titre d’abbé commendataire, résolut de le réformer et d’y remettre en vigueur la discipline qui s’était singulièrement relâchée, en faisant revivre l’ancienne observance de saint Benoît aggravée par des pratiques d’une extrême austérité et dont il était
La vue générale du couvent des Feuillants est la reproduction d’un dessin de la collection Gaignières. Les vues de l’église et de la façade du monastère sur la rue du faubourg Saint-Honoré sont des réductions de deux estampes de Wolff
et de Lallemand. (Bibl. nat. , Topographie de Paris.)
Le plan d’ensemble du couvent a été dressé par M. Hochereau fils, d’après le plan géométral de Paris de Verniquet, et gravé par M. Sulpis.
d’ailleurs le premier à donner l’exemple. De nombreux disciples vinrent se joindre cà lui et, le 3 mai i 577, il fut béni comme abbé régulier dans l’église de la Daurade à Toulouse.
Cette réforme valut à son auteur une juste célébrité, et Henri 111, désireux de connaître le nouvel abbé dont il entendait vanter les rares mérites, lui écrivit, le 20 mai i583, pour l’appeler à Paris. La Barrière ne pouvait que s’incliner devant cet ordre et, au mois d’août suivant, il était à ParisO. Son talent pour la prédication, sa vie édifiante et le renom de ses vertus firent une profonde impression sur le public autant que sur le roi lui-même. Henri 111 ne consentit à lui permettre de rentrer à Toulouse qu’à la condition expresse qu’il reviendrait à Paris pour fonder un couvent de son ordre dont il fournirait lui -même le bâtiment.
Lorsque, au bout de quatre ans, le 7 juillet 1687, Jean de La Barrière arriva à Paris avec soixante-deux religieux le couvent promis par le roi n’avait pas encore été aménagé, et ils furent provisoirement logés au bois de Vincennes, chez les Minimes, où le roi lui-même se trouvait à ce moment. Henri III avait conçu depuis quelque temps déjà le dessein de les mettre en possession de fabbaye de Longchamps(^), dont les religieuses devaient, en ce cas, être transférées à l’abbaye
L’Estoite n’a pas manqué de consigner ce fait dans son Journal : ff Au commencement d’aoust [i583], un Bernardin, nommé de La Barre, totozain, abbé d’une abbaye des Bernardins, size à cinq ou six lieues de Toulouse, appelée Fœillans, vinst à Paris, où il prescba devant le Roy, les Boynes et les princes et seingneurs de la Court, et en quelques autres églises; où il fut suivi et admiré de tous ceux qui ouïrent ses prédications et entendirent l’austérité de sa vie. Car il ne man geoit que du pain et des berbes, alloit par les champs pieds nus et télé nue, ne beuvoit que de l’eau, coueboit ordinairement sur la dure. . . On disoit que son père, riche marchant, avoit acheté cette abbaye pour luy, estant encore jeune esebolier, esludianl àToulouze. . .
frLe Roy l’aïant fait venir à Paris pour le voir et ouïr, le voulut retenir près de lui; mais le bon abbé s’en excusa , disant que puisqu’il avoit pieu à 1 )ieu et au saint Père de le commettre à la garde de sa bergerie de Fœillans, qu’il ne pouvoit en saine conscience faire moins , que s’y en retournant , faire la veille sur sou troupeau, v (Ed. Jouaust, t. Il, p. 1 2 8 .)
Le Journal de L’Estoile, note l’arrivée des religieux, à la date du 19 juillet : rrCe raesmejour les soixante Bernardins que le Roy avoit fait venm de l’abbaye de Fœillans, près Thoulouse, arrivèrent à Paris, avec leur abbé. Et les logea le roi
premièrement au monastère du bois de Vincennes, leur fit construire uii couvent aux fauxbourg S'-Honoré. 51 (Édit. Jouaust, t. III, p. 55.)
tf Sa Majesté desire mettre au lieu et abbaye de Lougehamp, ordre de S' François, l’abbé et religieux de Feuillans, qui sont de l’Ordre de Cisteaux, afin qu’elle puisse plus commodément vacquer à ses dévotions, estant ladite abbaye de Longchamps dedans son parc et bois du chasteau de Boulongne, aussy qu’elle a volonté que les religieuses soient plus esloignées tant de son chasteau que de sa ville de Paris.
ffElle desire bailler à l’abbesse et religieuses de Lougehamps le lieu de l’abbaye du Val, estant de cinq lieues ou environs de Paris, assez proche de TIsle-Adam et de Ponthoise, qu’elle fera bien clorre de hautes murailles et accommoder selon qu’il sera necessaire jjour loger lesdites religieuses ; auquel lieu elles seront beaucoup mieux logées., tant pour estre plus esloignées de Paris que pour la commodité du heu où elles auront plus grande es tendue.
ff Et afin qu’elles n’ayeut nécessité d’aucune chose , Sa Majesté desire leur bailler six mil hvres de rente en fonds de terre, du revenu de Tabbaye du Val , au lieu de seize ou dix huit cents livres quelles ont; lequel revenu demeurera à l’abbé de Feuillans et sera annexé à sa manse et de ses religieux . . .
de Notre-Dame-du-Val, près Mériel, et il s’était assuré, à cet effet, dès le 2 5 lévrier 1687, le consentement préalable des abbés de Giteaux et de Glairvaux, supérieurs immédiats de ces deux abbayes. Les Feuillants insistaient pour la réalisation de ce projet, jugé par eux fort avantageux, et le 20 juillet le roi se transporta lui-même à Longchamps, pour signifier à la supérieure de la communauté ses volontés à ce sujetf'L Mais les religieuses, malgré cet ordre formel et malgré les avantages qui leur étaient offerts, ne pouvaient se résoudre à s’éloigner de Paris. En fin de compte elles réussirent, grâce à des appuis influents, à faire revenir le roi sur une décision qu’il avait déclarée lui-même irrévocable. Par suite, les Feuillants durent se contenter d’un modeste logis avec jardin qui avait été acquis, trois ans auparavant, par Henri III, au faubourg Saint-Honoré,
pour y installer des Hiéronymites(^). Le
ffSa Majesté entend mettre au monastère de Longchamps , du costé où les Peres confesseurs des religieuses sont à présent, ledit abbé de Feuillans avec bon nombre des religieux d’icelui , vivans selon la reformation que ledit abbé de Feuillans observe et tient, et non autrement. . . Le costé du lieu de Longchamps où sont les religieuses à présent demeurant pour loger le Roy et ceux qu’il voudra avec lui en sesdictes dévotions ...»
Ces renseignements très précis sont empruntés à un curieux document qui a pour titre : rr Mémoires pour obtenir de N. -S. père le pape la bulle authentique de la permutation et translation perpétuelle du monastère des religieuses Cordelières de Longchamps à l’abbaye du Val de l’ordre de Cisteaux , comme aussy les consentemens du general des Cordeliers en ce qui est necessaire de l’avoir de luy, le tout aiusy qu’il est ci-apres spécifié, et que toutes lesdites expéditions en bonne forme soient rendues entre les mains du Roy, s’il est possible, pour le plus tard dans le vingtiesme d’avril.» (Arch. uat., S 4207, fol. 197.)
Bertya signalé le premier ce fait, d’après une chi'onique manuscrite de l’abbaye de Longchamps. {Topogra'phie 3oo.) Mais il n’a pas
connu les diverses pièces desquelles il résulte que les projets du roi étaient antérieurs de six mois à l’arrivée des Feuillants à Paris.
Par un contrat en date du 7 novembre 1 585 , Jeanne Maufex, veuve de Pierre de Laleu, sergent royal au Châtelet de Paris, en son nom, et comme tutrice de sa fille mineure Catherine, déclarait vendre trau Roy, nostre sire, nobles hommes maistres Pierre Habert, conseiller, notaire et secre-