‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 5)Chapitre 260 sur 356 · CHAPELLE DE SAINT-CHARLES · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE SAINT-CHARLES

Le 1 2 août i6i 1, Charles, marquis de Rostaing, avait payé quinze cents livres aux Feuillants pour la concession de cette chapelle dont la propriété lui fut attribuée par contrat du 28 janvier 1612. Après l’avoir décorée avec profusion de dorures, de revêtements de marbre, d’ornements variés et surtout d’armoiries destinés à servir de cadre aux bustes et aux statues qu’il y avait fait placer pour perpétuer le souvenir de sa maison, il la dota de fondations importantes d). Elle devint ainsi une des curiosités de l’église des Feuillants et fut communément désignée sous le nom de chapelle de Rostaing. Il y fut inhumé en 1660 ainsi que ses deux fds morts sans postérité d); sa fdle, devenue son unique héritière, transmit la propriété de l’oratoire à la famille de Beaurnanoir-Lavardin dh

Aux angles de la chapelle, quatre colonnes de marbre noir, d’ordre ionique, avec bases et chapiteaux de bronze, portaient des bustes en marbre blanc drapés à l’antique, posés sur des piédoucbes décorés des armes de la maison de Rostaing. Ces bustes représentaient l’aïeul, le bisaïeul et le trisaïeul du fondateur de la chapelle, Gaston, Antoine et Jean de Rostaing, et sa sœur Charlotte de Rostaing W.

On trouvera relaté avec une prolixité' quelque peu fastidieuse dans les inscriptions de la cliapelle le détail de ses diverses fondations qui paraissent avoir été beaucoup moins inspirées au marquis de Rostaing par une piété sincère que par un désir immodéré de perpétuer, par tous les moyens dont il pouvait disposer, l’iiisloire généalogique de sa famille et de ses alliances, et de donner sur ce point à sa postérité un exemple qu’elle devait suivre.

Dans le préambule du contrat de fondation du 18 mars 1 645, il déclarait ff qu’ayant de tout temps eu une inclination particulière de servir Dieu en l’eglise des religieux Feuillans et pour la grande dévotion et pieté qu’il leur a recongnue parmi les religieux, ayant pour cela, longtemps y a, acquis en ladicte eglise le droict d’une cbappelle appellée maintenant la cbappelle de Rostaing, en laquelle il destinoitsa se])ulture, l’ayant à cet effect nagueres faict enricbir et decorer de deux représentations à genoux, de marbre blanc, de deilunct hault et puissant seigneur messire Tristan , marquis de Rostaing , son pere, et de luy, avec plusieurs autres figures et autres choses convenables, il desireroit pour recognoistre une partie des obligations qu’il a à ses ayeulz , dont la vertu lui est en très grande recommandation , fonder en leurs mémoires quelques

prières perpetueUes en ladicte eglise et en joindre d’autres pour le salut de son ame et de deffuncte dame AnneHurault, son espouse, instruire pai- son exemple leurs enfans et postérité d’employer à mesme fin les prières et suffrage de l’eglise et les porter à des exercices continuels de dévotion et de cbaiïté, pour s’acquérir à eux mesmes le repos eterneU. (Arcli. nat., S 4907, fol. 190 v°.)

Par la mort de Henri-Louis de Rostaing, qui arriva le 1 1 mai 1666, nia branche du cadet des Rostaing se trouve éteinte, les aisnés s’estant arrestés dans leForest, y ont leur demeure et leurs biens et les terres de ce dernier se trouvent , aussi bien que la chapelle, dans la maison du seigneur marquis de Lavardiim. (Chronique, p. 955.)

Par contrat du 8 juillet 1681, Marguerite- Renée de Rostaing, veuve de Henri de Beaumanoir, marquis de Lavardin, pour se conformer aux volontées exprimées par son frère, dans un codicille du i4 avril 1676, paya comptant aux Feuillants la somme de cinq mille livres pour la fondation d’une messe basse quotidienne et d’un service annuel qui devait être célébré le 18 avril, lendemain du décès du testateur. [Ibid., S 49o8, fol. 80.)

Ces bustes n’étaient accompagné d'aucune inscription. Piganiol a prétendu qu’ils représentaient Louis, Jean, Antoine et Gaston de Rostaing,

TRISTAN 'i' CHARLES DE ROSTAING.

Au fond de la chapelle, une grande arcade en plein cintre, toute revêtue, à l’intérieur comme à l’extérieur, de solîites et de panneaux de marbre, formait

Bustes de Gaston, Antoine, Jean et Charlotte de Rostaing

l’encadrement du vitrail. Elle était décorée extérieurement de deux cariatides représentant des Hercules engainés et armés de leur massue qui, d’un bras replié sur leur tête, soutenaient deux consoles, à la hauteur du plancher établi pour

qui, d’après iui, avaient e'té rrlous inhumés dans cette chapelle n. (T. II, p. 167.) Cette dernière affirmation est inexacte, sauf en ce qui concerne Louis de Rostaing; mais pour celui-ci, par contre, il paraît fort peu vraisemblable que son effigie ou celle de son frère François ait été placée à côté de celle de ses trois ancêtres. Le marquis de Rostaing avait présidé , vers 1 6 5 0 , à la décoration de la chapelle, du vivant de ses deux fds; il n’a pas eu par suite à faire mention d’eux dans les inscriptions , et, dans ces conditions , on ne peut s’expliquer qu’il lui soit venu à l’idée de faire sculpter le portrait de r un ou de l’autre. D’autre part, si l’on examine avec attention le troisième huste reproduit sur l’es- • tampe de Millin, il n’est pas douteux, en raison de la figure imberbe du personnage, de l’arrangement de la chevelure, du développement de la gorge et du vêtement, que l’on ait voulu l’eprésenter une femme, le collier dont il est paré n’étant qu’un simple ornement et non l’insigne d’un ordre du roi. Le blason sculpté sur le piédouche indiquant de toute évidence qu’il s’agit d’une personne de la famille de Rostaing, il est permis de conjectui’er que ce buste doit se rapporter à Charlotte de Rostaing, sœur du fondateur de la chapelle, dont il est question dans l’inscription n° 1878. Comme elle ne fut jamais mariée, elle avait conservé intacts

le nom et les armes de sa famille, auxquels la vanité de son frère attachait un si haut prix, et c’est sans doute pour ce motif qu’elle fut appelée à figurer à côté de ses ancêtres. Ainsi que nous le constaterons ci-après, les quatre bustes dont il s’agit furent recueillis au Dépôt des Petits-Augustins , où ils perdirent probablement, avec leur piédouche, le blason qui attestait leur personnalité. Toujours est-il que ceux de Jean et d’Antoine furent seuls exposés au Musée des monuments français. Des deux autres, il n’est question ni dans les Catalogues , ni dans les papiers de Lenoir, du moins avec leur véritable attribution. Nous avons tout lieu de supposer qu’il crut retrouver dans l’un d’eux le buste de Médéric de Barbezières, qui, contrairement à ce qu’il supposait, n’avait jamais existé dans l’église des Feuillants. Quant à l’autre, celui de Charlotte de Rostaing, il devait faire partie des deux bustes de femme que Lenoir avait inexactement signalés dans son Journal, sous le n° 306, comme venant des Célestins , et il reçut évidemment par la suite quelque dénomination arbitraire qui a toujours fait obstacle depuis à la constatation de sa véritable identité.

Reproduction d’une estampe de Millin. (Les Feuillans, pl. 111, fig. 3, A, 5 et 6, Brion del. ; Demairon sculp. )

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lE NATIONALE.

séparer l’arcade en deux parties. Ces consoles, dont la frise portait une tête d’ange ailée, se rattachaient en retour d’éqnerre à l’entablement dont le bord antérieur du plancher était revêtu; le tout avait reçu une décoration uniforme de moulures et de denticules. Les statues de marbre blanc qui représentaient Tristan et Charles de Rostaing occupaient la partie supérieure de l’arcade. Elles étaient placées l’une derrière l’autre, à genoux sur un coussin, et les mains jointes. Le père était revêtu du grand manteau et du collier de l’ordre du Saint-Esprit; le fils, du costume militaire. Entre les deux, un cartouche aux armes de la famille, timbré de la couronne de marquis et entouré des colliers des ordres du Roi, avait été sculpté sur le mur de clôture de l’arcade. Les mêmes armoiries étaient reproduites sur le vitrail. A côté des statues, deux petits génies debout sur les consoles tenaient l’un un livre ouvert, l’autre un heaume à lambrequins, etc., s’appuyant sur des cartouches armoriés.

Au-dessous, contre la frise, les inscriptions suivantes, séparées par une tête de mort, étaient gravées sur de petites tables de marbre noir :

4869. — Cy dessus est la REPRESENTATION DE HAUT ET PUISSANT SEIGNEUR MESSiRE Tristan de Rostaing, chevalier des Ordres du Roy, décédé le vu mars

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