‹ Épitaphier du vieux Paris (volume 5)Chapitre 261 sur 356 · CHARLES DE ROSTAING + ANNE HERAULT DE CHEVERNY · texte numérisé non relu

CHARLES DE ROSTAING + ANNE HERAULT DE CHEVERNY

Une niche oblongue, pratiquée dans le mur de la chapelle qui faisait face à l’autel, encadrait une colonne de marbre noir, d’ordre ionique, avec base et chapiteau de bronze, soutenue par un large piédestal et surmontée d’un entablement sur lequel avait été placée une urne funéraire de bronze qui renfermait le cœur d’Anne Hurault de Gheverny. A côté de l’urne, deux Amours étaient assis au bord de l’entablement, accoudés sur une tête de mort et les pieds appuyés sur un cartouche armorié. Deux statues de pierre figuraient des pleureuses, peintes en couleur de bronze, debout sur le socle, éteignant leurs flambeaux.

Sur la frise de l’entablement, l’inscription suivante était gravée en lettres d’or :

4874. — 1609 - Euge viator. Geminum cor meo[?], gemellorum cor unum

CONJUNCTISSIMORUM CONJUGUM, CaROLI, MARCHIONIS RoSTINGENSIS, TrISTANI [FILII]

La mention de celte date ne parait avoir laing; avait pris possession de la chapelle de Saintancune raison d’être, puisque le manpiis de Ros- Charles seulement en 1612.

ET ANNÆ, PhILIPPI HuRALTI, COMITIS ChEVERNENSIS, FRANCIÆ CANCELLARII [FILIÆ], EADEM COLUMNA SUSTINET, EADEM CAPIT URNA ET QUOS MUTUUS AMOR ARCTISSIMO

Monument funéraire d’Anne Hnrault de Clieverny

SUPRA EIDEM VINCULO IN VITA JUNXIT, MORTE DIVELLI NON PASSUS, HOC UNO IN CIPPO, POST FATA, ÆTERNO FŒDERE PARIBUS VOTIS VINXIT. ViR OBIIT ANNO SALUTIS

Reproduction d’une estampe de Miiiin. {Les Feuülans, pl. IV, fig. i; Brion del. ; Carpentier sculp.)

Le Dépôt des Petits-Augustins s’enrichit en 1799 des dépouilles de la chapelle de Rostaing,

ainsi que le constatent les mentions suivantes du Journal de Lenoir :

(T 22. Trois colonnes en marbre grand antique venant des tombeaux de la famille des Rostaing. rr3i. Deux bustes médiocres en marbre blanc

M DC [LX], die [IV''] ISIENSIS [jANUARIl]. UXOR DECESSIT ANNO SALUTIS M DC XXXV, ÆTATIS LVIII, XVU DIE APRILIS, QUA DIE ILLIUS COR IN HAC URNA DEPOSITUM FUIT'*).

Armes. Huravlt : D'argent à In croix d'azur, cantonnée de quatre soleils de gueules.

Mss A\ p. 869 ; — IP, p. 670.

représentant des personnages de la famille des Rostaing.

ffSâ. Une statue à genoux et en marbre blanc représentant Tristan de Rostaing en habit de chevalier de l’ordre du Saint-Esprit.

(T 36. Autre figure en marbre blanc et à genoux représentant Charles de Rostaing. Plus deux enfants venant de ce tombeau.

ff53. Deux colonnes de portor avec chapiteaux et bases et plusieurs débris de marbre provenant du tombeau des Rostaing. Plus deux espèces de gaines formant cariatides en pierre de Tonnerre provenant du même tombeau. 51 [Alexandre Lenoir, t. I. p. 3, h. 6.)

L'indication fournie par le n” 92 se retrouve plus complète sous le n° 9 7 de la Notice succincte de 1798 : tr Trois colonnes de marbre noir antique ornées de chapiteaux et bases de bronze doré, d’ordre corinthien, venant de la chapelle des Rostaing. •n 11 est permis d’inférer de ces détails que l’origine attribuée à ces colonnes est inexacte, puisque celles de la chapelle étaient d’ordre ionique, et qu’il faut sans doute rechercher les vraies sous les n"’ 87 et 3i de la même notice : ffQuatre moyennes colonnes de marbre noir, chapiteaux et bases en bronze d’ordre ionique. — Une colonne de marbre rance avec chapiteau et base, d’oialre ionique en cuivre.^ [Ibid., t. II, p. 989.)

D'autre part, Lenoir a catalogué sous le n" 38 (rquatre bustes en marbre blanc représentant des Rostaingn , tandis que précédemment il n’en signalait que deux; plus tard aussi il en exposa seulement deux au Musée, qui lui servirent avec les statues priantes à reconstituer un monument factice, tandis (pie la colonne seule en formait un second (n“’ 196 et 9o4).

La planche i83 du Musée des monuments français présente le dessin du monument principal. (T. V, p. 89.)

Dans les notes qui complètent l’état des monuments, dressé en 1816, Lenoir a consigné d’utiles indications sur la provenance des diverses pièces (pi’il avait utilisées et dont la plupart n’avaient jamais figuré dans la chapelle des Feuillants.

rrN° 186. Le bas-relief eu pierre de Vernon,

qui forme le sarcophage, vient des démolitions de l’église Saint-Père de Chartres; le piédestal, qui porte les attributs de ces deux guerriers, a été fait avec des marbres du musée et les beaux émaux qui le décorent ont été achetés au sieur Sellier, marchand , rue de Seine. Les cariatides en pierre et les bustes en marbre viennent des Feuillants, comme les statues, et les deux colonnes en marbre blanc qui portent les bustes achetés au sieur Gorbel fils, viennent du château de Gaillon.i) (Un simple examen de la planche i83, signalée ci-dessus, permet de constater ipie, malgré l’adirmation de Lenoir, les deux cariatides utilisées par lui n’avaient rien de commun avec celles du mausolée des Rostaing. ) ff9o/i. La colonne en marbre de Flandre, dite colonne des Rostaing , qui était aux Feuillants ayant été brisée, j’ai acheté à M. Balleux, par échange, celle en campan rose ainsi que les bronzes dorés qui l’accompagnent pour la remplacer. « (Archives du Musée, t. III, p. 181 et i83.)

Somme toute, en 1816, de toutes les richesses artistiques de la chapelle de Rostaing, il ne connaissait plus au musée que deux statues priantes et deux bustes ; tout le reste avait disparu ou avait peut-être été dénaturé par des attributions inexactes. La fabrique de Saint-Roch réclame, sans succès d’ailleurs, les deux monuments qui étaient censés venir des Feuillants, En vertu d’une décision ministérielle du ih janvier 189 4, Lenoir remit, le 1" février, au marquis de Rostaing rrle mausolée de la famille, composé d’une colonne (juadrangulaire sur les faces de laquelle sont gravées des inscriptions, de deux statues en marbre à genoux et de deux bustes en marbre n. [Ibid., t. III, p. 3 10. ) Ils ont été replacés depuis dans l’ancienne chapelle que le comte de Rostaing possédait à Saint-Germain-l’Auxerrois.

Cette épitaphe, transcrite seulement dans les mss A^ et R\ avait été placée sur la colonne aussitôt après la mort d’Anne Hurault, mais elle dut être supprimée plus tard , étant donné quelle ne répondait pas à la réalité des faits. Ainsi que l’indique l’inscription suivante, le cœur du marquis de Rostaing ne se trouva jamais réuni avec celui de sa femme, puisqu’il fut déposé dans l’église de Tbieux.

Une table rectangulaire de marbre noir, fixée contre le dé du piédestal, portait cette autre inscription :

4872. — Voyez, passans, qu’il y a dans geste chappelle le corps de messire Charles, marquis et comte de Rostaing, fils de messire Tristan, marquis de

RoSTAING, REPRESENTEZ Cl DEVANT; ET AU DESSUS DE GESTE COLONNE EST LE CŒUR

DE DAME Anne Hurault, espouse dudict Charles et fille de messire Philippe Hurault, comte de Cheverny, chancelier de France, de laquelle le corps EST DANS l’eGLISE DE VAUX ApENIL, PRES DE MeLUN, ET LE CŒUR DUDICT SEI¬ GNEUR, SON ESPOUX, EN SON EGLISE DE ThIEUX, PRES DAMPMARTIN; LESQUELS, d’un COMAÎUN CONSENTEMENT, ONT ESTABLI LEUR SEPULTURE AINSY.

Et ledïct Charles, marquis et comte de Rostaing, a fondé une messe basse POUR estre dicte tous les jours, a dix heures du matin, en geste chappelle,

ET QUE LES ViP DE MARS, XVP APVRIL, X^ NOVEMBRE ET A PAREIL JOUR QU’iL SERA DECEDDÉ, IL Y SERA DICT EN CHASCUN DESDICTS JOURS TROIS MESSES BASSES DE

Requiem, avec la représentation et cierges allumez, a dix heures du matin,

TOUS LES ANS, A PERPETUITE, MOYENNANT LA QUANTITÉ DE DIX HUICT SEPTIERS DE BLED FROMENT, MESURE DE PARIS, ET RENDUS DANS CE CONVENT, A PRENDRE SUR LE REVENU DUDICT ThIEUX, SUIVANT LE CONTRACT DE FONDATION ET d’ACCEPTA- TION FAICTES PAR LESDICTS SIEURS RELLIGIEUX FeUILLANS, PASSÉ PAR DEVANT

Pierre de Beaufort, notaire au Chastellet de Paris, le xviiP mars m d xlv

ET XiP FEBVRIER M D XLVI, CONTENANT ENCORE LEDICT CONTRACT UNE AULTRE FON¬ DATION DE DEUX MESSES LA SEPMAINE ET DE DEUX SERVICES COMPLETS, TOUS LES ANS, POUR ESTRE CELLEBREZ A PERPÉTUITÉ, DANS l’eGLISE DUDICT VAUX PAR LES

Peres Recollets ou Carmes dudict Melun, moyennant huict autres septiers,

DOUBLE MESURE DE MeLUN, A PRENDRE SUR LE REVENU DUDICT VAUX.

LadICTE DAME AnNE HuRAULT DECEDA A PARIS, LE XVP APVRIL M DC XXXV, AAGÉE DE LVIII ANS ET LEDICT SEIGNEUR, SON ESPOUX, EST DECEDDÉ LE [iV JANVIER M DC LX, AAGÉ DE LXXXVII ANS].

Priez Dieu pour eulx.

Millin, Les Feuillans, p. 19. — Recueil mémorial, p. 76.

Cette inscription et les suivantes ont été publiées, du vivant du marquis de Rostaing, dans un curieux volume qui a pour titre : Recueil mémorial des fondations que messire Charles, marquis de Rostaing, etM^^ Anne Hurault, son épouse, ontfaictes. Paris, Pierre Variquet, i656. Elles se trouvent transcrites dans le volume 292 du Nouveau d’Hozier. (Bibl. nat. , Gab. des titres.)

L’auteur de ces inscriptions, toujours prétentieuses à l’excès et parfois volontairement inexactes, fut l’avocat poitevin Henry Chesneau de la Guische, qui s’était constitué le panégyriste du mar(|uis de Rostaing et de la famille. 11 leur a consacré, d’autre part, sous le titre de Trophées médalliques , une série de curieuses planches symboliques, qui se trouvent réunies dans le volume 1 1 iG de la Collée-

tion Glairambault (Saint-Esprit). Au bas de celle qui concerne le marquis (fol, 28), l’écrivain a consigné cette déclaration significative :

Grand Rostaing, ma muse et moy Parlerons toujours de toy.

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