‹ Épitaphier du vieux ParisChapitre 3 sur 323 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Entre 1901 et 1918, la Commission des travaux historiques de la Ville de Paris a fait publier par les soins d’Emile Raunié et de Max Prinet, dans l’ordre alphabétique des églises, quatre tomes de YEpitaphier du Vieux Paris A). Reconstituée en 1941 la Commission se fixait aussitôt comme premier objectif de reprendre la publication des principales séries de Y Histoire générale de Paris (1 2 3) 4 abandonnées depuis près de quinze ans : au nombre de celles-ci figurait YEpitaphier , dont il s’agissait alors de donner le tome V.

Le 30 novembre 1942, le soin d’éditer ce volume était confié à M. André Lesort, archiviste en chef honoraire du département de la Seine et de la Ville de Paris et membre de la Commission. Par ce choix on s’assurait le concours d’un collaborateur particulièrement qualifié : André Lesort allait aussitôt se mettre à la tâche avec la compétence, la conscience, le souci de perfection qu’on l’avait vu manifester dans toutes ses entreprises.

Le programme fixé comportait la publication des épitaphiers de quatre églises : Saint-Germain l’Auxerrois, Saint-Germain le Vieux, Saint-Germain des Prés et Saint-Gervais. Du 15 février 1943 au 19 février 1959, l’éditeur allait rendre compte régulièrement à la Commission de l’état d’avancement de son travail (5) 6. Le 8 juin 1959, il présentait, d’autre part, à la Commission du Vieux Paris ^ une communication dans laquelle il rappelait l’intérêt de la publication de

(1) Histoire générale de Paris. Épitaphier du Vieux Paris, recueil général des inscriptions funéraires des églises, couvents, collèges, hospices, cimetières et charniers depuis le Moyen Age jusqu à la fin du XVIIIe siècle formé et publié par Emile Raunié, t. I, Saint- André-des- Arcs-Saint-Benoît, nos 1 à 524, 1890, cxxviii-392 p.; t. II, Bernardins-Charonne, nos 525 à 980, 1893, xvi-531 p.; t. III, Chartreux- Saint-Étienne-du-Mont, nos 981 à 1511, 1901, xvi-673 p. ; t. IV, revu et mis au point par Max Prinet, Saint-Eustache-Sainte-Geneviève-la-Petite, nos 1512 à 2053, 1914 [-1918], iv-503 p.

(2) Arrêté préfectoral du 25 septembre 1941.

<3) Ce titre général recouvre, comme on le sait, la principale série de volumes publiés depuis 1866 par la Commission des Travaux historiques « sous les auspices de l’édilité parisienne ». La collection (familièrement dite « Collection verte », par référence à la couleur traditionnelle de la couverture et par opposition à plusieurs autres séries de publications de la Commission) compte à ce jour 67 volumes.

(4) La publication de V Histoire générale de Paris était alors interrompue depuis 1927, date de publi¬

cation du premier fascicule du tome XVI des Délibérations du Bureau de la Ville de Paris.

(6) Commission administrative des travaux historiques, procès-verbaux manuscrits des délibérations, registre des années 1941-1959, p. 41-42, 64-65, 79-80, 121-123, 134-135, 151-152, 158, 164-165, 170, 181, 186, 215, 245, 268, 295, 311 et 334.

(6) Commission municipale du Vieux Paris, procès-verbaux, séance du 8 juin 1959, n° 5, Communication de M. André Lesort, correspondant de l’Institut : la collection de « l’Épitaphier du Vieux Paris », dans : Bulletin municipal officiel, LXXIXe année, n° 37, 14-15 février 1960, p. 324-327.

YÉpitaphier, exposait la méthode qu’il avait adoptée et donnait, en s’appuyant sur quelques exemples, un aperçu des résultats auxquels il était alors parvenu.

Dès le départ, André Lesort avait annoncé l’intention de poursuivre deux objectifs qui, à vrai dire, risquaient d’être difficilement conciliables : d’une part, aboutir rapidement; d’autre part, pousser le plus loin possible la recherche documentaire. Quelques mois plus tard, il apparaissait — les procès-verbaux des séances de la Commission en font foi — que son zèle l’avait entraîné au-delà des limites primitivement fixées. La Commission avait souhaité un volume comparable à ceux d’Emile Raunié. André Lesort sut la persuader qu’on pouvait tenter de faire sinon mieux du moins davantage. Désireux non seulement d’enrichir le contenu de la monographie de chaque église et la collecte des épitaphes, mais encore de répondre le plus complètement possible aux diverses questions que pourrait se poser l’usager du recueil, il fit admettre qu’on donnerait plus d’intérêt à la publication en y introduisant des notices biographiques détaillées sur tous les personnages apparaissant dans l’épitaphier — ou, du moins, sur certains d’entre eux, plus précisément ceux dont la carrière était jusqu’à présent mal connue. En 1959, il soulignait lui-même devant la Commission du Vieux Paris, avec les nuances voulues, cette particularité de sa méthode (D :

Le plan primitif de la publication de l’épitaphier prévoyait seulement la reproduction des textes, sans annotation. J’ai eu l’imprudence de vouloir modifier la chose (et d’ailleurs cela a été ratifié par la Commission des travaux historiques de la Ville de Paris) en annotant les textes, de façon à vérifier les dates, à identifier les personnages, à tâcher de les faire connaître davantage.

Je suis arrivé de cette façon à un résultat qui semble paradoxal, parce que, sur de grands personnages, des ministres, des premiers présidents au Parlement, etc., je me suis borné à renvoyer aux ouvrages qui leur ont été consacrés ou aux grands dictionnaires historiques, mais, pour les personnages de second plan ou de troisième ou quatrième rang, sur lesquels on ne sait rien ou presque rien, j’ai poussé davantage mes investigations de façon à les identifier. Je crois que cela peut rendre service aux historiens.

Pour réaliser son projet, André Lesort se trouvait amené à différer rétablissement définitif, à partir des divers manuscrits, du texte même des épitaphes pour se consacrer à de longues et patientes recherches, tant aux Archives nationales qu’à la Bibliothèque nationale. Aux Archives nationales, il entreprit (sans s’interdire d’explorer d’autres fonds <2)) de dépouiller de bout en bout les registres des délibérations capitulaires de Saint-Germain l’Auxerrois *3), dont la série ne compte pas moins de vingt-sept volumes, couvrant plus de trois siècles, de l’année 1382 à l’année 1744, qui vit la réunion du chapitre à celui de

' 11 Commission... du Vieux Paris, procès-verbaux cités, p. 325.

2 Le 3 juin 1953, André Lesort signale qu’il vient de trouver aux Archives nationales « des renseignements nouveaux dans des extraits de registres du Parlement contenant des enregistrements de testaments à la fin du xve siècle et au début du xvie » (Commission... des travaux historiques, procèsverbaux, registre cité, p. 186). L’examen de ses notes manuscrites permet d’affirmer que ses recherches portèrent aussi sur plusieurs cartons de la série L (Paroisses de Paris : Saint-Germain l’Auxerrois), sur ceux de la sous-série H6 (Établissements religieux, comptabilité) concernant Saint-Germain l’Auxerrois (années 1569 à 1791), sur les registres de la série Y (Insinuations au Châtelet) et sur un carton de la série F’9. Il avait soigneusement relevé les cotes des documents à utiliser; ces cotes apparaîtront dans les notes du présent volume, au fur et à mesure de la mise en œuvre des documents.

(,) Arch. rrat., LL 394-420.

ÉGLISE DE SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS

Notre-Dame (U. Au Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque nationale il trouvait l’équivalent pour Saint-Germain des Prés dans le fonds provenant de l’ancienne abbaye : il aborda la lecture des registres des actes capitulaires, série composée de onze volumes pour la période 1600-1770 1 (2) 3 4 5 6 ; mais surtout, il s’attela à dépouiller systématiquement — au cours de multiples séances d’un travail acharné — les différentes séries du Cabinet des titres capables de fournir des informations de caractère biographique sur les personnages rencontrés au cours de ses recherches. Enfin, à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, il n’eut garde de négliger les précisions que pouvait lui apporter un registre du xvie siècle contenant la transcription, faite au jour le jour pendant un peu plus de dix ans, d’un certain nombre de testaments de paroissiens de Saint-Germain l’Auxerrois Une copieuse récolte était engrangée — sous forme de multiples fiches, dont beaucoup étaient « mises en réserve » pour être utilisées dans l’un des volumes suivants de YEpitaphier — lorsque, le 29 janvier 1960, la mort — une mort subite — vint mettre un terme aux activités du si persévérant chercheur (5). Modèle d’érudit désintéressé, André Lesort ne devait donc pas connaître la satisfaction de mettre en œuvre l’ensemble exceptionnellement riche de matériaux par lui rassemblés.

Dès le 18 février 1960, la Commission proposait de confier à Mlle Hélène Verlet, archiviste-paléographe, conservateur à la Bibliothèque historique, le soin de mener l’entreprise à son terme à partir des dossiers constitués par le

(1) Dans une note lue devant la Commission des travaux historiques le 27 novembre 1945, André Lesort s’exprime ainsi : « Pour Saint-Germain l’Auxerrois..., les délibérations m’ont procuré, pour le xve et le xvie siècles, des précisions chronologiques quant aux travaux de construction et de modification qui n’avaient pas encore été mises en lumière. » A la séance du 2 mars 1948, il annonce qu’il a terminé le dépouillement des registres pour le xvie siècle; le procès-verbal enregistre alors cette constatation : « Pour cette période, les registres, bien qu’ils contiennent des renseignements intéressants à divers titres (par exemple sur la décoration de l’église et sur les organistes) n’ont presque rien donné touchant l’histoire de l’édifice; par contre, ils ont fourni beaucoup de précisions utiles pour l’annotation des épitaphes » (..., Procès-verbaux, registre cité, p. 122 et 151-152).

(2) Bibl. nat., mss fr. 16 849 à 16 859. L’état de ses notes manuscrites fait apparaître que, dans cette série, les recherches d’André Lesort ne furent finalement qu’amorcées.

(3) Bibl. hist. Ville de Paris, ms. CP 3 565, Le registre des testamens de Monseigneur Sainct Germain de l’Auxerroys commençant le 4 octobre mil cinq cens soixante et huict (5 octobre 1568-27 septembre 1580).

(4) Rendant compte, le 3 juin 1947, de ses dépouillements aux Archives nationales et à la Bibliothèque nationale, André Lesort soulignait que certains des renseignements recueillis étaient « mis en réserve » pour être utilisés dans d’autres volumes : « Par exemple, une vingtaine d’épitaphes inédites du cimetière des Innocents retrouvées dans les registres de Saint-Germain l’Auxerrois ». Le 23 mai 1949, il ressort de son exposé que ces derniers registres ont déjà procuré « plus d’une centaine d’épitaphes du cimetière des Innocents, la plupart inédites »(..., Procès-verbaux, registre cité, p. 134 et 158).

(5) La vie et l’œuvre d’André Lesort ont fait l’objet de plusieurs notices nécrologiques, dont les plus nourries d’informations précises sont, dans l’ordre de parution, les trois suivantes : Henry de Surirey de Saint Remy, In memoriam, André Lesort ( 1876-1960 ), dans : Paris et Île-de-France, Mémoires publiés par la Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de V Île-de-France, t. XI, 1960 (1961), p. 7-15, portr.; Marcel Baudot, ...André Lesort, dans : Bibliothèque de l’École des chartes, t. CXVIII, 1960 (1961), p. 304-307; Jean de la Monneraye, ...André Lesort, président de la Société de l’histoire de Paris et de F Île-de-France ( 1946-1956 ), dans : Bulletin de la Société de l’histoire de Paris et de V Île-de-France, 87e et 88e années, 1960-1961 (1962), p. 27-31, portr.

(6) Cette mission a été officiellement confiée à Mlle Verlet par arrêté préfectoral du 7 juin 1960.

regretté disparu et remis par ses héritiers au Service des travaux historiques de ia Ville de Paris l'1'1. La même Commission ayant, en 1956 décidé, compte tenu des proportions prises par le travail préparatoire, que le tome V de Y Épitaphier pourrait être publié en plusieurs tranches successives, il était demandé au nouvel éditeur d’assurer la publication d’un premier fascicule de ce tome, qui serait consacré à la seule église Saint-Germain l’Auxerrois. Entrée en possession du précieux héritage d’André Lesort, Mlle Verlet dut commencer par dresser, au prix de multiples contrôles, le bilan du travail concernant Saint-Germain l’Auxerrois accompli par son prédécesseur. Ainsi purent être fixées les limites exactes de sa propre tâche. Celle-ci, finalement, devait apparaître plus lourde que prévue : d’où l’importance de la part qui revient au nouvel éditeur dans l’ouvrage qui paraît aujourd’hui.

L’établissement définitif du texte des épitaphes et la mise en place de l’apparat critique correspondant sont entièrement dus à Mlle Verlet. Le travail s’est fait pour l’essentiel à partir des huit épitaphiers dont les leçons avaient été relevées par André Lesort, mais, en outre, à partir de trois sources nouvelles, qui ont fourni le texte de onze épitaphes jusqu’alors inconnues *3) : un épitaphier manuscrit du XVIIe siècle acquis en 1949 par la Bibliothèque historique (4) *, les papiers de Gaignières au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale <5), enfin le manuscrit inédit d’une Histoire... de Saint-Germain V Auxerrois... rédigée dans la première moitié du xixe siècle par Nicolas-Michel Troche. Pour l’annotation, les matériaux rassemblés par André Lesort procuraient, bien entendu, les ressources les plus abondantes; quelques lacunes, cependant, demeuraient; les enquêtes menées par Mlle Verlet ont permis d’identifier plusieurs personnages et d’apporter sur tel ou tel autre des informations complémentaires (6). Le mérite lui revient encore, dans ce domaine, d’avoir harmonisé les nombreuses références bibliographiques recueillies par son prédécesseur — travail ingrat à partir duquel elle a pu, de surcroît, établir une liste alphabétique de tous les ouvrages cités qu’il a paru opportun de placer en tête de la publication (7). Restait enfin à écrire la notice historique et archéologique de l’église; Mlle Verlet l’a rédigée à partir des notes d’André Lesort, non sans ajouter, cependant, aux dossiers déjà constitués le fruit de ses recherches personnelles.

(1) Outre les dossiers relatifs à Y Épitaphier remis à la Ville de Paris, André Lesort laissait encore de nombreuses notes de travail intéressant principalement l’histoire de Paris et de la région parisienne qui ont été recueillies par les Archives départementales des Yvelines, où elles forment un « Fonds Lesort » classé et inventorié sous les cotes 18 F 1 à 299.

(2) . . ., Procès-verbaux, registre cité, p. 245.

(3) Ci-dessous, nos 2099, 2119, 2127, 2128, 2129, 2130, 2144, 2146, 2165, 2180 et 2238.

,4) Bibl. hist. Ville de Paris, ms. CP 5 489. Voir ci-dessous, p. XLVIII.

'6) Bibl. nat.. Est., Gaignières, Rés. Pe lia et 116.

!p" Ont bénéficié de ces recherches, les notices des personnages suivants : Nicolas, Pierre et Madeleine de Bellièvre (p. 137-138), François de Carnavalet (n° 2063), Jacques Duhois (nos 2232-2233), Jacques et Louise de Malezieu (n° 2099), François de Malherbe (nos 2235-2236), Pierre de Riedmatten (n° 2238), Pierre Seguin (n° 2242), Jean Stadius (n° 2234) et Jacques Stella (n° 2239).

'7' C’est aussi en raison de l’exceptionnelle richesse du texte qu’il a paru que le présent fascicule devait, contrairement à l’usage suivi pour la publication des quatre premiers tomes de Y Épitaphier, être pourvu d’un index analytique. Cet index a été établi avec le concours de MUe Anne Morel, archivistepaléographe.

ÉGLISE DE SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS

Ainsi s’est-on efforcé de mener l’œuvre à son terme de façon qu’elle fût digne de celui qui l’avait entreprise. Les prochains fascicules — même réduits, comme il est prévu, à des proportions plus modestes — devront encore beaucoup à André Lesort, puisque, comme on l’a vu, ses dossiers, recueillis par le Service, sont riches d’informations utiles pour les épitaphiers de Saint-Germain des Prés et du cimetière des Innocents. Raison de plus, croit-on devoir dire, pour que celui-ci soit offert en hommage à sa mémoire.

Henry de SURIREY de SAINT REMY.

SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS

Page 1