‹ Épitaphier du vieux ParisChapitre 6 sur 323 · Élisabeth Chatel, Saint-Germain l’Auxer · texte numérisé non relu

Élisabeth Chatel, Saint-Germain l’Auxer

rois, dans Paris et Île-de-France..., t. XI (1960), Paris, 1960, p. 191-194 (Les anciennes églises suburbaines de Paris..., IIe partie..., 18).

5. Abbé Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, nouv. éd. [par Adrien Augier], Paris, 1883, t. I, p. 23.

6. Robert de Lasteyrie, Cartulaire général de Paris..., Paris, t. I, 1887, p. 37-40. ( Histoire générale de Paris.)

7. Abbon, Le siège de Paris par les Normands, poème du IXe siècle , éd. et trad. par Henri Waquet, Paris, 1942, p. 29 et 69.

première église aurait été édifiée dans un cimetière afin de recevoir la sépulture de l’évêque Landry.

Il paraît certain que l’église fut détruite par les Normands à la fin du IXe siècle et reconstruite par Robert le Pieux au début du xie; c’est ce qu’affirme la Vita Roberti d’Helgaud de Fleury 1 (composée vers 1041), dont le texte ( monaste rium sancti Germani Autissiodorensis) est le premier à faire apparaître le patronage de saint Germain d’Auxerre.

De cette église du XIe siècle il ne nous est rien resté, sinon peut-être un souvenir dans la topographie médiévale : le nom de rue des Fossés-Saint-Germainl’Auxerrois donné dès l’année 1300 à une rue voisine (actuellement rue Perrault) 2 permet, en effet, de supposer que le monasterium construit par Robert le Pieux était entouré de fossés. La partie la plus ancienne de l’église actuelle est la base romane du clocher qui s’élève à l’angle du chœur et du bras sud du transept ; elle remonte certainement à la première moitié du xne siècle. Le portail, le chœur et le premier bas-coté nord du chœur sont traditionnellement considérés comme étant du troisième quart du xme siècle et l’actuelle chapelle de la Vierge, au sud de la nef, semble dater de la fin du même siècle; dans une publication récente 3, on a proposé de dater des années 1220-1230 les statues du portail.

Nous sommes renseignés sur les travaux exécutés à partir du xve siècle par un Abrégé historique manuscrit, non daté, mais probablement rédigé au début du xvme siècle, qui semble relater une tradition bien établie. L’auteur, inconnu, s’exprime ainsi :

C’est... à la piété et à la généreuse émulation des princes et des seigneurs qui habitoient autrefois des hôtels qu’ils avoient fait construire sur la paroisse de Saint-Germain . . . qu’est due, depuis le commencement du xve siècle, la totale construction de tous les collatéraux de l’église, de celui de l’autel et de toute la partie de l’église où se fait le service de la paroisse, des trois chapelles qui sont de ce côté, dont une doit sa structure à la maison de Phelipeaux Pontchartrain. Toutes les chapelles et les collatéraux qui entourent ou sont derrière le chœur, soit du côté du cloître, soit sur la rue de l’Arbre-Sec, soit enfin du côté du presbitère, ont été bâties ou par les seigneurs dont elles portent le nom, comme celles de Rostaing, de Maisons, de Villeroy, d’Aligre, ou par les legs, les aumônes et les dons que la religion des paroissiens a procurés à la fabrique, et cela dans le cours du xve siècle. On ne peut même douter que la grande croisée de l’église ne soit l’ouvrage de nos rois, puisque les armes de France sont gravées en pierre sur la clef de la principale voûte du milieu... Marie de Médicis, dans les premières années de la régence, avoir fait peindre les voûtes du chœur, de la croisée et de la nef d’une couleur bleue, semée de fleurs de lis d’or ou dorées 4.

Maurice Dumolin a cité en 1936, mais sans en préciser la nature, un document qui permettrait d’affirmer qu’en 1423 on travaillait à la nef 5. Il ne semble pas,

1. Helgaud de Fleury, Vie de Robert le Pieux..., texte édité, traduit et annoté par Robert- Henri Bautier et Gillette Lahory, Paris, 1965, p. 130 et 131, n. 12.

2. Ville de Paris, Nomenclature des voies publiques et privées, 7e éd., Paris, 1951, p. 455.

3. Willibald SauerlXnder, Golische Skulptur in Frankreich, 1140-1270, Munich (1970), p. 138.

4. Arch. nat., L 646, Abrégé historique de l'origine, du progrès et de l'état présent de l’église royale, paroissiale et collégiale de Saint Germain l’Auxerrois, p. 44-46.

5. Maurice Dumolin et George Outardel, Les églises de France, Paris et la Seine, Paris, 1936, p. 66. La référence n’est pas donnée par ces auteurs de façon assez précise pour permettre de retrouver le document invoqué.

ÉGLISE DE SAINT-GERMAIN L’AUXERROIS

cependant, qu’on puisse en déduire, comme le font cet auteur et, après lui, Amédée Boinet 1, que nef et bas-côtés aient été rebâtis entre 1420 et 1425. On est certain, au contraire, que la reconstruction de la nef fut entreprise un demisiècle plus tard; les délibérations capitulaires nous renseignent de façon précise sur ce point : le 31 mai 1476, les marguilliers demandent au chapitre la permission de reconstruire la nef sur le modèle du chœur; le chapitre l’accorde, à condition de n’avoir pas à participer aux frais et de ne pas s’engager pour l’avenir2; six ans plus tard, par une délibération du 31 octobre 1482, les chanoines s’engagent à faire un don gratuit pour la poursuite des travaux de la nef entrepris par les marguilliers 3.

Le chœur avait été reconstruit avant la nef; c’est ce qu’attestent, comme on vient de le voir, les délibérations capitulaires de 1476. Au début du xvie siècle, il fallut le restaurer : le 4 octobre 1521, le chapitre décide d’en faire visiter le plus tôt possible les voûtes pour parer à un péril imminent 4. La principale réalisation du xvie siècle dans le chœur fut l’édification du jubé, chef-d’œuvre réputé de Pierre Lescot et de Jean Goujon 5; par les comptes de la marguillerie de 1539 à 1545, retrouvés par le marquis de Laborde 6, on connaît exactement les sommes versées à l’architecte chargé du dessin de ce jubé, Pierre Lescot, au directeur des travaux, Pierre Berton de Saint-Quentin, au maçon juré Louis Poireau, aux sculpteurs Jean Goujon, Simon Le Roy et Laurent Regnaudin, enfin au peintre chargé de la dorure, Louis de Bueil 7.

En 1754, ce jubé fut démoli pour permettre aux fidèles de voir le chœur. Les sculptures qui le décoraient furent dispersées. Certains morceaux en furent encastrés dans les autels des chapelles latérales. Le marquis de Laborde 8 rapporte que le bas-relief de la Mise au tombeau, œuvre de Jean Goujon, fut dérobé, pendant la Révolution, par un amateur, qui se l’appropria un temps puis le vendit à Alexandre Lenoir, sans en indiquer la provenance, si bien que ce dernier inscrivit dans son Journal que ce bas-relief provenait de l’église des Cordeliers 9. Les auteurs du catalogue des sculptures du musée du Louvre 10 affirment que cinq sculptures provenant de la démolition du jubé, la Déposition du Christ

1. Amédée Boinet, Les églises parisiennes , I. Moyen Âge et Renaissance, Paris, 1958,

2. Arch. nat., LL 398, fol. 207 (délibérations capitulaires, 31 mai 1476).

3. Ibid,., id., fol 301 v° (délibérations capitulaires, 31 octobre 1482).

4. Ibid., LL 400, fol. 273 (délibérations capitulaires, 4 octobre 1521).

5. Pierre du Colombier, les Jubés des Cordeliers et de Saint-Germain l’Auxerrois, dans Gazette des Beaux-Arts, 1934, II, p. 144- 147; id. , Jean Goujon, Paris, 1949, p. 36-41 et n. 64-73.

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