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Épitre a Sa Majesté l'empereur de Russie

Les Cent Pages décisives, adressées humbleiuenl à S. M. l'Empereur de Russie, et leur Supplément, ayant pour objet le salut de fOccident ou du Monde civilisé, ainsi que la présente Épître , destinée à compléter ces deux optiscules , et contenant , en outre , un aperçu scientifique de l' Accomplissement de la Réforme de la Mécanique céleste, se trouvent à Paris, à l;i librairie, française et étrangère, de A. Franck, rue de Richelieu, n". 67.

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Bien jeune encore, après l'anéantissement de la Pologne, à la défense de laquelle j'avais concouru, j'ai eu l'honneur de servir dans les armées de Russie. Et attaché à l'ctat-major de SouvaroflF, spécialement à son service du jour, j'ai eu le haut avantage de connaître, déjà alors, les hommes éminents de la Russie.

En 1797, lors de la formation des légions polonaises en Italie, j'ai cru de mon devoir de participer, dans ces légions, au rétablissement de ma première patrie. J'obtins alors. Sire, de votre auguste père, l'empereur Paul T'., la permission de quitter le service de Russie et l'autorisation , aussi rare qu'honorable , de porter l'uniforme des armées russes.

Arrivé en France, pour servir sous les drapeaux glorieux de cette grande nation, j'ai acquis, en vertu du décret du Directoire concernant de pareils services, le droit de citoyen français. Mais, à peine rentré dans les légions polonaises en France, j'ai conçu des germes de hautes vérités nouvelles, surtout de vérités scientifiques, qui me semblaient assez graves pour devoir y dévouer ma vie. En conséquence, j'ai donné immédiatement ma démission; et dès-alors, retiré en France, pour m'y livrer exclusivement à mes nouveaux travaux scientifiques , je suis resté ainsi, dans cet illustre pays, durant cinquante années.

Pendant ce long séjour en France, j'ai payé l'hospitalité que je recevais de celte nouvelle patrie, par la production de nombreux ouvrages, scientifiques et philosophiques, dont le premier, publié en 1810, portant le titre de Philosophie des Mathématiques, fut dédié par moi à S. M. l'Empereur Alexandre I, en reconnaissance de l'accueil honorable que j'avais trouvé en Russie, et dont le dernier, publié en 1847 et 18'i8, portant le titre de ïïéforme du Savoir humain, fut dédié à la France, en reconnaissance de la longue hospitalité que j'ai trouvée chez cette noble nation.

Dans le dernier ouvrage, suivant son titre, j'ai essayé d'introduire, dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre moral du monde , des vérités nouvelles , surtout des vérités fondées sur des principes absolus. En effet , dans l'actuel état intellectuel de l'humanilc, il n'existait, pour l'homme, avec certitude, d'autre vérité scientifique que celle des faits physiques, reconnus par l'expérience ; et dans l'actuel état moral de l'humanité, il n'existait non plus, pour l'homme, avec certitude, d'autre vérité politique que celle des faits sociaux, reconnus également par l'expérience. Hors de celte double certitude, purement empirique, le doute planait sur toutes les réalités supérieures de l'homme. El c'est cette funeste tendance sceptique du monde civi-

lise , prouvée par l'actuelle et inextricable confusion universelle des idées , qui est manifestement le caractère dislinctif de notre présente époque historique.

Votre Majesté concevra donc, si Elle reconnaît ce caractère critique de notre époque, la nécessité de vérités nouvelles, pour sortir de l'état aussi périlleux que fatal, auquel l'humanité, à force de civilisation, est parvenue actuellement. Et observant surtout que ce sinistre état actuel de l'humanité est considéré universellement , par les hommes éclairés et seuls influents aujourd'hui , comme étant le suprême triomphe de la civilisation. Votre Majesté concevra en outre l'urgence morale, c'est-à-dire, obligatoire pour les Souverains, de répondre à cette nécessité actuelle de vérités nouvelles, pour éclairer le monde civilisé et pour l'arrêter ainsi au bord de l'abîme où il se précipiterait infailliblement.

La confusion universelle des idées, que je viens de mentionner et qui règne maintenant, d'une manière indomptable, dans tout le monde civilisé, suffit sans doute pour prouver cet actuel état sinistre de l'humanité que je viens de prendre la liberté de signaler à Votre Majesté. En effet, pourquoi, dans l'état intellectuel et dans l'état moral du monde, ne peut-on sortir des limites étroites où nous enchaîne l'expérience, et pourquoi, dans l'un et dans l'autre de ces deux états caractéristiques de l'homme, ne pouvons- nous , en suivant l'appel incessant de notre infaillible raison, nous élever vers ces régions supérieures où paraissent être nos véritables et augustes destinées ? — Ainsi, déjà dans l'ordre intellectuel, spécialement dans l'ordre scientifique, qui cependant ne dépasse guère nos régions physiques, les hautes sciences, même les mathématiques, malgré l'évidence qui forme leur certitude, n'ont pu résoudre aucun de leurs grands problèmes, au point qu'on avait fini par désespérer de la possibilité de ces décisives solutions. El dans l'ordre moral, spécialement dans l'ordre politique , une confusion chaotique et tellement inextricable s'est établie dans toutes les idées du monde civilisé , qu'à l'instar des animaux, la force brute peut seule faire triompher, les unes sur les autres, les diverses opinions politiques, toutes également et absolument erronées. Pour preuve de cette sinistre assertion, je dois, vu l'extrême gravité de ce désordre social, supplier Votre Majesté de me permettre de reproduire ici, comme résultat de mes longs travaux, les deux phénomènes politiques qui malheureusement caractérisent notre époque présente, savoir:

1". Le fait singulier de ce que, par les lumières existantes, personne ne peut éclairer les souverains sur la cause mystérieuse de l'actuel et incessant désordre révolutionnaire du monde civilisé.

2". Le fait non moins singulier de ce que, par aucune combinaison des moyens politiques connus, les souverains ne peuvent ni ne pourront plus, dans le monde civilisé, rétablir un permanent ordre moral.

Oscrais-je prier humblement Votre Majesté, oserais-je La supplier à genoux, d'arrêter un instant son auguste attention sur ces deux faits singuliers de l'actuel monde politique; faits terribles et funestes dont dépend évidemment le salut de l'humanité, parce que, si l'on ne peut y apporter le remède par des lumière.* nouvelles, ils entraîneront nécessairement la ruine du monde civilisé I

Or, ce fut sous de tels auspices sinistres que parut la susdite Réforme du Savoir humain, apportant ces urgentes vérités nouvelles que demande notre critique époque.

Je ne me permettrai pas de fatiguer et sans doute d'affliger Votre Majesté par le récit des résistances perversives avec lesquelles, comme à toutes les époques pareilles, ces hautes et décisives vérités nouvelles furent accueillies par mes contemporains, surtout dans le pays où elles ont été produites. Je me bornerai à dire que, pour la première fois, ces vérités philosopiiiques se trouvaient en quelque sorte garanties par de grandes vérités scientifiques qui en découlaient avec profusion. En effet, j'avais compris que des vérités philosophiques qui prétendent remonter aux principes créateurs du monde, doivent, pour le moins, embrasser les réalités créées qui font l'objet des sciences. Bien plus, la vraie philosophie, celle qui prétendrait avoir dévoilé la vérité, devrait connaître, nonseulement les réalités créées, mais aussi leurs principes créateurs, et par conséquent les principes des sciences, et les voies intellectuelles par lesquelles ces principes arrivent à leurs dernières conséquences. Elle devrait donc, au lieu d'un stérile bavardage, poser la législation positive des sciences, propre à indiquer les procédés qui conduisent à la solution de tous leurs grands problèmes, de ces problèmes que, dans l'ignorance de leurs principes créateurs, les sciences n'ont pu résoudre jusqu'à ce jour, et n'auraient jamais pu résoudre par elles-mêmes, sans le secours d'une telle philosophie absolue, qui aurait enfin apporté la vérité sur la terre. — Or, ce sont de pareils résultats scientifiques que la susdite Réforme du Savoir humain a produits effectivement, dans chacun des trois grands problèmes du monde physique; et en réalisant ainsi l'idéal des sciences, cet idéal qu'à peine on pouvait concevoir et croire possible, elle a offert, par cette réforme positive des sciences, une garantie incontestable des nouvelles vérités morales, concernant l'accomplissement de la politique, et j'ose le dire, l'accomplissement du christianisme, en un mot, la garantie de toutes les hautes vérités philosophiques qui en étaient l'objet principal.

Néanmoins, malgré cette irrécusable garantie scientifique, qu'aucun savoir humain existant ne pouvait ni ne peut produire aujourd'hui , les vérités philosophiques dont il s'agit et desquelles émanaient ces résultats scientifiques, formant ainsi leur garantie, furent étouffées par un silence concerté et universel. Bien plus, les résultais scientifiques, que tôt ou tard on n'aurait pu méconnaître , furent déniés en silence par les savants brevetés, pour pouvoir, sous leur nom, les dérober insensiblement à leur profil, comme on l'a fait effcclivemenl dans maintes productions, principalement, d'abord à Londres, en publiant, sous le nom (lu secrétaire du Bureau des Longitudes, la rectification des erreurs que j'avais adressée à ce Bureau sur sa prétendue Ihcorie des réfractions astrononuqucs, et ensuite à Paris , en produisant , sous le nom d'un membre de l'Institut de France, ra|>plicotion de mes nouvelles lois de la Mécanique céleste à la prétendue découverlc de la planète Neptune. — Encore dois-je ici, à côlé de si graves questions, taire les incessantes calomnies cl les cruelles persécutions personnelles

que me valurent ces travaux. — On aurait dit que le plus grand ennemi du genre humain était l'homme qui lui apportait la vérité !

Je demande humhlement pardon à Votre Majesté de celte véhémence de mes expressions. Mais, je vous supplie. Sire, vous que la Providence a chargé de représenter Dieu sur la terre, et par conséquent de faire découvrir et triompher la Vérité, je vous supplie de concevoir les sentiments de l'homme qui, dans ses mains, voit périr, peut-être pour toujours, et certainement pour longtemps encore, cette Vérité absolue, ce but suprême de l'existence des êtres raisonnables, cet idéal infini dont l'humanité cherche en vain la réalisation depuis tant de siècles ! — Vous me pardonnerez alors. Sire, de m'être oublié un instant en votre auguste présence.

Tai résumé ces hauts résultats, aussi rapidement que cela était possible, dans un dernier opuscule, intitulé : Les Cent Pages décisives, que je prends la liberté de soumettre à Votre Majesté. — Si cet opuscule parvient à sa haute destination, vous pourrez y voir. Sire, tout à la fois, l'avenir politique, l'avenir religieux, et l'avenir philosophique de notre terre. Vous y verrez surtout, vers la fin de cet opuscule , que le Vrai absolu et le Bien absolu sont maintenant conquis par l'humanité, et par conséquent que la Vérité se trouve enfin fondée péremptoirement sur la terre. — Mais, Votre Majesté y remarquera, avec douleur, que ce glorieux avenir ne peut plus se réaliser dans l'Occident, au milieu du monde civilisé, par suite du désaveu de la A''érité absolue, désaveu qui y est maintenant le dernier et suprême résultat de la civilisation. Et par conséquent, comme je l'ai déjà reconnu dans les Cent Pages que je viens de nommer, IL EST TROP TARD pour faire triompher la Vérité dans l'Occident, parce que les principes absolus de l'établissement de la Vérité y sont universellement méconnus et même formellement repoussés. Il ne reste donc de salut pour l'humanité que dans l'Orient, dans un vaste empire nouveau, formé, sous les auspices de la Russie, principalement par les nombreuses nations slaves , encore vierges de toute destination publique , et accessoirement par les anciens peuples byzantins , encore purs de toute modification artificielle du christianisme.

Toutefois, dans un Supplément ajouté iiostérieurement aux Cent Pages décisives, j'ai signalé une voie providentielle par laquelle, au milieu du désaveu actuel de la vérité absolue dans l'Occident, les peuples civilisés pourraient encore être sauvés de leur inévitable ruine , par la découverte du but suprême des États, consistant dans l'urgente mais Irès-diCQcile identification de la souveraineté du droit divin avec la souveraineté du droit humain. Et j'ai cru apercevoir cette voie providentielle dans la mission du prince Louis-Napoléon , aujourd'hui président de la république française. Malheureusement, cette découverte du but suprême des États, cette identification absolue des deux souverainetés, du droit divin et du droit humain, quand même, contre toute vraisemblance, on en concevrait déjà le problème, ne saurait être réalisée que par l'aveu et même par le concours de la Vérité absolue. Et alors , en désavouant formellement cette Vérité suprême , comme on le fait surtout en Fraoce universellement, l'illustre nation française a

peu de chance d'opérer ainsi son salut, lors même que le prince Louis-Xapoléon , par quelque inspiration céleste, concevrait tout-à-coup ces hautes vérités nouvelles et saurait les réaliser en découvrant publiquement le but suprême des États, parce qu'il éprouverait, à cet égard, de la part de la nation, une résistance invincible. Ce n'est donc que par une longue suite de nouvelles et sanglantes catastrophes que cette grande nation pourra, au milieu de ses errements révolutionnaires de civilisation, parvenir à poser et à résoudre le grand problème du but suprême des États , cet unique moyen du salul du monde civilisé ; si toutefois, malgré sa haute et distinctive intelligence, cette illustre nation y parvient jamais, au milieu des incessants troubles révolutionnaires de l'Occident.

C'est donc dans l'Orient que j'ai dû chercher un immanquable salut futur de l'humanité, en me confiant dans la sagesse de la Providence, qui aura su prémunir ainsi le monde moral contre son inévitable et imminente ruine actuelle. Et j'y ai trouvé, en effet, tous les éléments pour la réalisation future du glo- Fieus avenir que l'humanité peut atteindre actuellement, à l'aide des hautes vérités qui viennent d'être dévoilées. Ces éléments, je les ai trouvés surtout dans les dispositions pieuses des susdites nations slaves et byzantines, principalement dans l'aveu formel et universel de Dieu, aveu auguste sur lequel, comme sur une base inébranlable, est fondé l'empire de Votre Majesté. Malheureusement, à côté de ces puissants éléments religieu.\, je n'ai pu y trouver encore des éléments intellectuels, et surtout, j'ose le dire, des éléments philosophiques, ceux nommément de la philosophie absolue , avec lesquels on pourra réaliser les hautes vérités nouvelles qui doivent constituer le grand empire d'Orient. Et ce qui est plus malheureux, c'est que, pendant longtemps encore, pour le salut de l'humanité, l'empire de Russie doit conserver sa constitution actuelle, afin de pouvoir, par sa puissance , protéger l'aveu de Dieu sur la terre et empêcher ainsi l'abrutissement que , dans cette critique époque , la funeste direction actuelle de la cinlisation amènerait immanquablement pour toute l'humanité. Je ne puis donc pas désirer l'introduction , dans votre empire providentiel , Sire , des vérités nouvelles que je viens de signaler à Votre Majesté , de ces vérités messianiques ou absolues qui , dans l'avenir, formeront la base de la constitution du grand empire d'Orient ou l'humanité trouvera son salut et son glorieux accomplissement.

Il s'ensuit , et l'expérience vient de confirmer cette conclusion , que , pour le triomphe des vérités nouvelles dont il s'agit , il est TROP TÔT pour les introduire dans l'Orient , et TROP TARD pour les faire valoir dans l'Occident. Il devient donc raisonnable de cesser actuellement leur production ultérieure , leurs dévicloppements et leur accomplissement définitif.

Ainsi, je reconnais aujourd'hui, par l'expérience que je viens de mentionner, qu'il serait inutile de produire les deux ouvrages qui sont annoncés dans l'opuscule formant les Cent Pages décisives, savoir, VEpitre secrète, adressée au prince Louis-JNapoléon , qui devait faire connaître les mystérieuses conditions présentes , politiques et religieuses, de l'Occident ou de l'ancien monde civilisé, en y donnant surtout la solution du grand problème du but suprême des États , et le Document

secret, soumis à Votre Majcslc, qui devait faire connaître également les mystérieuses conditions futures, politiques et religieuses, de l'Orient ou du nouveau monde éclairé, en y réalisant' surtout les promesses paraclétiques de Jésus-Christ, notre divin Sauveur. Bien plus, considérant l'inopportunité de toutes ces hautes vérités messianiques ou absolues, en tant qu'elles viennent trop tard pour l'Occident Bt TROP TÔT pour l'Orient, je dois renoncer entièrement à leur production, à moins que des hommes éclairés ne me la demandent expressément, ce qui accuserait un appel de la Providence, mais ce qui, d'après toutes les probabilités, n'arrivera pas de mon vivant.

Toutefois, ayant la conviction absolue de ces hautes vérités, car c'est là leur caractère distinclif, je crains qu'il ne soit contre mon devoir de les laisser périr entièrement, parce que, quand il en sera temps, il faudrait peut-être quelques siècles pour les retrouver, surtout au milieu du désordre révolutionnaire qu'aucune puissance ne saura plus faire cesser désormais. On peut donc laisser subsister ces ^érités messianiques dans les ouvrages ou elles sont consignées. Mais, pour ne pas faire oublier tout à fait ces ouvrages, il faudra les faire rappeler sans cesse par les grands résultats scientifiques qui, en partie, s'y trouvent déjà produits, et qui , dans une plus grande partie , restent encore manuscrits entre mes mains. Ces résultats scientifiques, que mes contemporains peuvent déjà comprendre, suffiront certainement pour ne pas laisser oublier les vérités philosophiques par lesquelles de pareils résultais ont été obtenus, ces hautes vérités qui un jour seront peut-être indispensables à l'humanité.

En conséquence, ayant cpui.sé les moyens pécuniaires dont j'ai pu disposer pour la production coûteuse de mes ouvrages , je me vois aujourd'hui forcé d'appeler à cette œuvre le concours d'autres hommes. Et dans celte occasion , où il s'agit peut-être de sauver la vérité , cl cerlainemcnl au moins d'apporter de nouvelles et importantes vérités scientifiques, je croirais manquer aux égards que je dois à vos lumières et à votre auguste munificence , Sire , si , comme membre de la grande nation des Slaves , je m'adressais à tout autre personne qu'au Chef virtuel de toutes les nations Slaves, à ce Chef du futur empire d'Orient, pour lequel peut-être il faudrait conserver les hautes vérités nouvelles dont il s'agit, .le prie donc Votre Majesté de daigner concourir à la production de mes ouvrages scientifiques ultérieurs, en me metlanl à même de les publier. — Toutefois, quelqu'honorable qu'il soit sans doute d'obtenir une grâce de Votre Majesté, ce n'est pas une simple grâce que je demande. Toutes ces nouvelles productions scientifiques auront une immédiate utilité pratique; et cette utilité, qui est déduite de la solution des trois grands problèmes du monde physique, cl que, ce me semble, rien autre ne saura remplacer aujourd'hui , aura surloul une immédiate application au vaste empire de Russie. — Permellcz-moi donc. Sire, d'en faire ici une rapide énuméralion.

En premier, lieu , pour ce qui concerne la solution du problème de la construction du monde par les corps célestes^ j'ai déjà produit, dans mes ouvrages {*), les

(♦) Nommément, d'abord, dans les Proh'gomènes du Messianisme, aux pages 252 à 300, sous les marques (1) a (82), ensuite, dans le Toiiic I de la Réforme du Savoir humain, aux pages liy à

lois principales de celte haule construction , et surtout j'y ai établi enlicrement à priori , la nouvelle loi fondamentale qui , précisément par la solution de ce premier grand problème du monde physique, opère une véritable réforme de la Cosmogcnie physique, de cette difficile science que l'on a nommée récemment Mécanique céleste. En effet, cette loi nouvelle et suprême, telle qu'elle est produite aux marques (1) et (G5), élève cette grande science au rang d'une véritable science rationnelle, en lui étant son précaire caractère empirique , dont elle se trouve entachée , encore aujourd'hui , par suite de ses lois purement expérimentales de Keppler et de Newton. De plus, dans cette nouvelle Mécanique céleste^ pour ce qui concerne la stabilité du monde, j'ai découvert sa loi téléologique , son modérateur universel; loi qui, telle qu'elle est produite sous les marques (58) à (03), sert effectivement à élever cette grande science au rang d'une véritable science de l'ordre dans la construction de l'univers, à la place de la science du désordre que, par le calcul de prétendues perturbations, la Mécanique céleste forme aujourd'hui. Et ce sont évidemment ces deux qualités éminentes, celle de rationalité ( I ) et (65), et celle i' ordre (58) à (63), qui caractérisent la réforme de celle haute science, et qui, tout aussi évidemment, sont les conditions par lesquelles il a été possible d'obtenir la solution que cette nouvelle science a donnée de tous ses grands problèmes. Ainsi, pour en citer un exemple, la théorie lunaire, cet écucil contre lequel venaient se briser tous les efforts des savants, cette théorie, en quelque sorte invincible , de laquelle dépend le salut de la navigation , comme le prouve le grand prix que le Parlement britannique a offert pour sa réalisation , se trouve exposée, dans le Tome I de la Réforme du Savoir humain, aux pages CLXVJ à CXXXViij , sous les marques (197) à (220), en un détail minutieux et avec des démonstrations telles qu'aux yeux de savants éclairés, ce grand prix britannique m'appartient incontestablement, du moins dans sa plus grande partie, puisque ce qu'il reste à y faire pour son application pratique, n'est plus, de l'aveu de tous les savants, qu'un travail purement mécanique (*). — Eh bien, oserais-je offrir à Votre Majesté cet accomplissement final de ma Réforme de la Mécanique céleste?

— Vous êtes. Sire, juge compétent de l'importance qui résultera de ces travaux pour le développement ultérieur de la marine russe. Quant aux moyens scientifiques, daignez. Sire, faire demander à l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg, si elle peut elle-même exécuter de pareils travaux et offrir à Votre Majesté, pour sa marine, une rigoureuse Ihéorie lunaire. Dans le cas ou

Ixvij, sous les marques (83) à (113), et de plus ,iu\ pages exxii à ccvj , sous les marques (114) à (259). — Pour éviter des répélilions , ec sera lnujuurs par les marques (|ue l'on indiquera ici les diverses lois de cette lléforme de la Mécanique céleste.

( * ) Les savants anglais, spécialement ceux du Bureau des Longitudes de Londres , en avouant franchement leur incompétence scientiliquc , ont déclaré dov<iir drcliner (c'est leur mot) de s'occuper de cette théorie lunaire que, sur la demande du Parlomeni britannique, j'avais apportée en .Angleterre.

— Cette théorie remontait à un principe supérieur à celui que, depuis un siècle, otTrail la loi ncwtonienne. — Inde irœ ! — Toutefois, ces mêmes savants n'ont pas dtcliné de violer, aui douanes de Londres, le secret des nouveaux instruments nautiques et geodésiqucs que, pour pouvoir constater promptement mes théories, j'avais également apportés en Ani:leterre.

cctlc savante Académie répondrait qu'elle peut le faire et qu'elle le fera effectivement, l'offre que je fais ici humblement à Votre Majesté, sera inutile; et je doiSj par respect pour celte illustre Académie, y renoncer entièrement. — Toutefois, pour faire quelque chose d'agréable et d'utile au Corps impérial de l'artillerie russe, auquel j'ai eu l'honneur d'appartenir et dont je porte quelquefois l'uniforme, je prie Votre Majesté de me permettre de dédier, à ce Corps illustre, une sommaire application de la nouvelle Mécanique céleste au mouvement des projectiles à la surface de la terre, pour y résoudre enfin le difficile problème de la Ballistique, en y tenant compte rigoureusement de la résistance de l'air. Cette théorie pourra, par ses résultats, donner une idée de la nouvelle Mécanique céleste. Et ces résultats peuvent être appliqués immédiatement à la pratique, par la construction de tables pour tous les genres de projectiles, et pour tous les modes de leur projection. — Je dois, dans ma pénible position, me réserver de donner plus tard la démonstration de ces importants résultats, en montrant alors comment ils dérivent immédiatement des nouvelles lois de la Mécanique céleste.

En second lieu , pour ce qui concerne la solution du problème de la construction des globes célestes, spécialement de la terre, par la matière, j'ai produit déjà, dans mes ouvrages (*), les lois principales et même les lois fondamentales qui, par la solution de ce deuxième grand problème du monde physique , opèrent , à leur tour, une véritable réforme dans cette Mécanique terrestre ou Géogénic physique. — Ici tout était erreur : l'ellipsoïde homogène de Newton , l'ellipsoïde central de Huyghens , l'ellipsoïde moyen ou le fameux théorème de Clairaut , étaient tous fondés sur des principes faux, spécialement sur la fausse théorie mathématique des tluides qui, encore aujourd'hui, subsiste et prédomine dans le monde savant. — Les nouvelles lois de la construction mécanique de la terre, spécialement ses lois fondamentales, telles qu'elles sont produites, principalement sous les marques (XVII), (LVI), (LXI), et accessoirement sous les marques (XXVII), (XXXVII), (LXIII) et (CVII), ont conduit à la solution rigoureuse du problème difficile de cette construction de la terre, telle qu'elle se trouve donnée, pour la forme extérieure de la terre, sous les marques (LXXXIII), (XCV), finalement (CVIII), et pour la structure intérieure de la terre, sous les marques (LXXI), (LXXII), finalement (LXXVIII), où l'on découvre, pour la densité centrale de notre globe, en prenant pour unité la densité de l'eau, la valeur 11, 8G, qui est entre celle de la densité du plomb fondu et celle de la densité du mercure. — Quant à l'importante théorie des marées, qui appartient au même problème de la construction mécanique de la terre, elle dérive également des présentes lois fondamentales, combinées avec les susdites lois nouvelles de la Mécanique céleste, et elle a été réalisée ainsi dans toute sa perfection, comme il est dit dans les Prolégomènes, aux pages 368 à 378, et indiqué

(•) Nommcriicnl, dans les susdits Prolégomènes, aux pages (306J à (378), sous les marques (l) à (■lxxxi), dans le tome I de la Réforme du Savoir humain, aux pages ccvj à ccxxviij, sous les marques (LXXXIl) à (cix), et pour les marées, dans le Supplément à l'Épitre au Prince Czartoryski, aux pages VI à XII, sous les marques (1) à (32). — Encore ici, pour éviter la répétition dans la citation des ouvrages, on se bornera à alléguer les marques sous lesquelles se trouvent les lois que l'on signalera.

formellement dans le Supplément à l'Épître au Prince Czartorijski. Dans ce Supplément, on a montré les erreurs de la prétendue théorie des marées dont se sert le Bureau des Longitudes de Paris pour calculer annuellement, dans ses Éphémérides, les principaux phénomènes des marées, en induisant ainsi la marine française dans de graves et périlleuses erreurs. Et pour le prouver, on y a produit la vraie loi de l'heure de la pleine mer, en montrant ainsi que la formule de Laplace, dont se sert le Bureau des Longitudes de France, est fausse. Bien plus, dans ce même Supplément, on a fait connaître positivement les conditions absolues de la vraie solution de ce mystérieux et compliqué problème des marées, spécialement sur les côtes maritimes, où l'on a surtout besoin de connaître les résultais de cette solution difficile; conditions absolues qui consistent en ce que, dans tout lieu maritime, en pleine mer ou sur les côtes, il existe toujours, durant un jour donné, un point fixe autour duquel oscille la surface de la mer ; de sorte que , par la connaissance de ce point, on peut déterminer facilement toutes les circonstances des marées dans la durée de ce jour donné. Et pour la détermination perpétuelle de ce point fixe, dont la position est variable pour des époques différentes, il suffira, dans des parages inconnus, de faire, dans dix-huit heures, trois observations consécutives de la hauteur de la mer, savoir, aux deux pleines mers successives et à la basse mer intermédiaire. — Eh bien, oserais-je offrir à Votre Majesté l'accomplissement de cette théorie générale de la construction mécanique de notre globe? — L'utilité positive qui en résulterait pour le vaste empire de Russie, consisterait dans les deux avantages majeurs que voici. D'abord, pour ce qui concerne le continent, on pourra, par les lois de cette nouvelle théorie mathématique, nommément, par les lois indiquées expressément sous les marques (XCVIII; à 'CVIl, déterminer l'ellipsoïde osculateur de toutes les portions principales du vaste empire de Russie, pour pouvoir en dresser des cartes gcodésiques exactes et en conclure un véritable et permanent système métrique de la Russie, en évitant ainsi les erreurs qui, par suite d'une fausse connaissance de la forme de la terre, se sont, à cet égard, établies légalement en France. Ensuite, pour ce qui concerne la mer, la marine russe, par la connaissance de la vraie théorie des marées, pourra déterminer, non-seulement pour les côtes maritimes de la Russie , mais généralement pour tous les parages de notre globe , des règles précises et exactes pour la prompte détermination des marées dans tous ces lieux maritimes. Et à cet égard, en y joignant la susdite théorie lunaire, la marine russe obtiendrait une supériorité incontestable sur la marine de toutes les autres nations. — Encore ici , Votre Majesté est juge compétent pour apprécier ces avantages pour son vaste et providentiel empire. Et quant aux moyens scientifiques qui sont requis pour cela, je vous prie, de nouveau. Sire, de daigner faire demander à l'Académie impériale des Sciences do Saint-Pétersbourg, si elle peut elle-même donner celte théorie exacte de la construction mécanique de la Terre , et par conséciuenl si elle peut otTrir à Votre Majesté, d'abord, la haute détermination géodésique des dilTérentes portions de la Russie, en y fixant, avec exactitude, les correspondants ellipsoïdes osculatcurs, et ensuite, la détermination exacte et générale des marées sur toutes les cotes

maritimcs, pour la sûreté et la gloire de la marine russe. Dans le cas où celle savante Académie répondrait qu'elle pourra le faire et qu'elle le fera effectivement, l'offre qu'à cet égard, je fais humblement à Votre Majesté, serait de nouveau inutile; et, par respect pour ce Corps savant, je la retirerais entièrement. — Toutefois,'pour présenter également un aperçu de la solution de ce deuxième grand problème du monde physique, je joindrai ici la détermination mathématique de ce point fixe autour duquel oscille la surface de la mer dans un jour donné, et dont la connaissance peut servir à la détermination des marées sur les côtes maritimes et dans tous les parages de notre globe. J'y ajouterai la démonstration de la nouvelle loi fondamentale et de la finale loi téléologique de la Mécanique céleste, pour poser une base inébranlable à la nouvelle théorie lunaire. Et je prierai Votre Majesté de me permettre de dédier cet important aperçu à l'illustre Corps de la

marine russe.

Enfin , pour ce qui concerne la solution du problème de la construction de la matière par ses forces primitives, et de la détermination des diverses conditions qui en résultent pour la matière, j'ai également donné déjà, dans mes ouvrages (*), les lois principales de cette construction mystérieuse ou de cette constitution intime de la matière et de toutes ses modifications majeures. J'y ai même indiqué déjà, sous les marques (LXVI) et (LXVI)', la loi fondamentale de la genèse de la MATIÈRE, dans le développement progressif de ses qualités de plus en plus élevées, depuis la génération de la chaleur, indiquée sous les marques (XXI), (XXII) et (XXIII), jusqu'à la haute genèse organique et vitale de la matière, fixée, de même, par la loi fondamentale (LXVI) et (LXVI)'. Mais, ces genèses supérieures de la matière n'offrent pas encore des données suffisantes pour que , par les lois que je viens de signaler, on puisse déjà les soumettre à des déterminations mathématiques rigoureuses, quoique ces lois fondamentales les fixent déjà, par anticipation, avec ime clarté et une précision suffisantes. Toutefois, on a pu déjà déterminer, avec une exactitude mathématique, les conditions élémentaires de la matière, nommément, sous les marques (III) et (VI), la masse élémentaire des substances chimiques, et sous la marque (IX) à (XI), \ élément mécanique de la matière, dont l'iNDivisiBiLiTÉ a induit les chimistes dans l'erreur grave de considérer cet élément comme un atome, et d'envisager ainsi la genèse de la matière sous le grossier et inexplicable point de vue atomistique, où l'on s'était placé déjà au berceau de la science. Et avec ces hautes et nouvelles considérations dynamiques de la matière, j'ai pu , même dans les combinaisons systématiques de la matière , découvrir déjà une nouvelle affinité mécanique entre les corps, qu'il faut distinguer de leur affinité

(•) Nommément, dans les Prolégomènes, aux pages 379 à 441, sous les marques (l) à (Lxxxvii), de plus, pour la théorie des fluides, aux pages 311 à 318, sous les marques (283) à (34b); dans le Tome I de la Réforme du Savoir humain, aux pages ccixxij à ccxliv, sous les marques (lxxsviii) à (cvi); et antérieurement dans un ouvrage industriel sur les Nouveaux Systèmes de Machines à Vapeur, ronlcnanl les Nouietlcs lois physif/ues , aux pages 9 à 64. sous les marques (1) à (110); enfin, pour la reforme de la locomotion, dans le Tome I de la Réforme du Savoir humain, aux pages ccxcv à cccxxvij. — Pour éviter des répétitions, on indiquera simplement les furmulcs |iar leurs marques.

thimique, telle qu'elle est connue. Bien plus^ par cette affinité mécanique, je suis parvenu à expliquer enfin le singulier phénomène d'isomorphie, dont les chimistes ne pouvaient découvrir la cause. C'est surtout la détermination mathématique de toutes les modifications du phénomène de la chaleur, dans son excitation propre, dans sa communication et dans sa propagation , que je suis parvenu à fixer complètement, pour servir, non -seulement dans ses applications industrielles, où je découvre la vraie thermométrie (*), et une exacte pyrométrie, mais surtout dans l'application de la loi fondamentale (LXYIj et XXVI)' aux genèses supérieures de la matière, pour lesquelles les lois (XXI), (XXII) et (XXIII) de la genèse de la chaleur ofl'rent la première réalisation. — A propos de l'utilité industrielle, c'est principalement dans les conditions mécaniques de la matière que j'ai pu découvrir une utilité très-majeure pour l'industrie moderne, surtout dans son application au vaste empire de Russie. — Pour cela, je dois faire savoir que, conformément à la philosophie des mathématiques , les conditions mécaniques de la matière constituent trois classes distinctes, savoir: dans la 1". classe, le mouvement tirtuel et le mouvement réel, formant les objets respectifs de la statique et de la dynamique; dans la 2*. classe, le mouvement élémentaire et le mouvement systématique, formant les objets respectifs de la stéréophorie et de Vhydrophorie ; et dans la 3'. classe, le mouvement par impulsion extérieure et le mouvement par impulsion propre ou intérieure, formant les objets respectifs de la locomotion inerte et de la locomotion spontanée. — Or , pour ce qui concerne la première de ces trois classes , pour laquelle j'ai donné, aux marques (LXXXI) à (LXXXIV), la loi fondamentale de la statique, et aux marques (LXXXV) à (LXXXVII), la déduction de la loi fondamentale de la dynamique , en la faisant dériver de la loi fondamentale de la Mécanique céleste, qui est la loi suprême de tout mouvement de la matière, dans cette classe, dis -je, où toutes les combinaisons principales de mouvements sont déjà épuisées, il n'existe, ce me semble, pour l'industrie moderne, aucune utilité supérieure qui puisse faire époque , si ce n'est peut-être la susdite théorie des projectiles, qui appartient à la dynamique. — Dans la seconde classe des conditions mécaniques de la matière, tout ce qui concerne le mouvement élémentaire, celui des corps solides, rentre dans la classe précédente, dans la statique ou dans la

(*) Les thermonièlres actuels, où la mesure du degré de la chaleur s'établit sur les parties orales de la ditatatiun de substances liquides , sont entièrement faux. Et celle fausseté est prouvée par les degrés dilTércnts quindiquent ces thermomètres, construits par des substances différentes. — Suirar.t les vrais principes présents de la manifestation de la chaleur, j'ai fait constraire deux thermomètres, l'un en mercure et l'autre en alcool , qui indiquent toujours le môme desré de chaleur. Ces thermomètres philosophiques ont été eiposés publiquement à Paris pendant dii annces. dans les burcaui de notre locomotion spontanée, d'abord, à l'-Mlec des Veuves, n». 17, et ensuite, rue Paradis- Poissonnière, no. 32, et ils sont actuellement déposes chez M. Dossaris , Boulevard Bonne-Xouvellc, n". 23.— Mais, ce qui doit nous étonner c'est que, malgré la production publique de ces résultats, l'.Vcadémie des Sciences de Paris , qui n'a pas des notions exactes sur la chaleur, puisqu'elle se sert encore de thermomètres qui . pour la même température, indiquent des degrés différents, propose pompeusement do grands prix pour l'intégration de la prétendue équation connue de la propagation de la chaleur, sans se douter de la question , ou plutôt pour persister à faire accroire au public que les prétendues théories de la chaleur . de Fourrier, de Poisson, etc., qui sont erronées dans leurs principes sont vraies absolument.

dynamique; mais le mouvement systemalique , celui des corps fluides, est demeuré entièrement méconnu. On a traité les fluides comme un amas de poussière subtile, en considérant leurs éléments indéfiniment petits (les fameux parallélipipèdes dx, dy, dz) comme des corpuscules solides; et c'est ainsi que toutes les théories existantes, hydrostatiques et hydrodynamiques, se trouvent être erronées. Dans les Prolégomènes du Messianisme, aux pages 311 à 315, j'ai fait connaître les vraies lois de l'équilibre des fluides; et dans le Tome I de la Re'forme du Savoir humain, aux pages CCXXXiij à CCXXXYij, j'ai fait connaître les vraies lois générales du mouvement et de l'équilibre des fluides, en tenant compte de l'intime connexion systématique qui existe dans les corps fluides. De plus, dans l'un de mes brevets, pris en France pour la locomotion, j'ai donné, d'après ces nouveaux principes, la solution de la difficile question de la résistance des fluides, où l'on voit que, dans certaines circonstances, les bateaux peuvent remonter le courant des fleuves , avec plus de facilité qu'ils ne peuvent le descendre , comme l'a prouvé l'expérience. — Enfin, dans la troisième classe des conditions mécaniques de la matière , le mouvement inerte , celui qui résulte d'une impulsion extérieure , rentre de nouveau dans les deux classes précédentes; mais le mouvement spontané qui est opéré par une impulsion propre ou intérieure des corps, était entièrement méconnu. On l'assimilait en tout au mouvement inerte, et l'on ignorait complètement les lois spéciales et distinctes qui président au mouvement spontané. Ce fut l'établissement des chemins de fer qui me rendit attentif à ce mouvement spontané, tel qu'on le pratiquait sur ces voies métalliques. J'ai reconnu bientôt que les lois spéciales de ce mouvement extraordinaire étaient inconnues; et je parvins à les découvrir, telles que je les ai fait connaître en partie dans le Tome I de la Réforme du Savoir Inmain , aux pages CCCiij à CCCXXVij , et en totalité , dans quatre Mémoires manuscrits qui ont été présentés au Conseil général des Ponts et Chaussées de France, ou malheureusement on ne connaît pas les hautes mathématiques. Aussi , en s'excusant sur cette incompétence scientifique, ce Conseil savant n'a même pas ouvert les Mémoires qu'on lui avait présentés ; et le secret des nouveaux procédés de locomotion , formant une véritable réforme générale de la locomotion , fut ainsi gardé heureusement. — Quoiqu'il en soit de cette savante administration des intérêts publics, il résulte des nouvelles lois de la locomotion spontanée, de celles que je viens de signaler, que le mode de cette locomotion que l'on pratique aujourd'hui sur les chemins de fer, forme la locomotion spontanée la plus fausse que l'on puisse imaginer. Aussi, les frais énormes qu'exige ce mode barbare de locomotion, où il faut renverser ou percer les montagnes et combler les vallées, suffiraient-ils pour indiquer que le problème de la vraie locomotion spontanée n'était pas résolu, ni même conçu encore. Et en effet, il résulte des nouvelles lois de la locomotion spontanée, la possibilité et même la facilité d'opérer cette locomotion , non-seulement sur les routes ordinaires, mais môme sur des terrains quelconques, en franchissant toutes les hauteurs praticables et en descendant sans danger dans tous les bas-fonds ou l'on peut descendre avec des chars. Et il en résulte surtout l'avantage immense de la modicité des frais qu'exigent les procédés de cette nouvelle et vraie locomo-

(ion spontanée; frais qui sont en quelque sorte nuis comparativement à ceux que coûte la fausse locomotion spontanée que l'on pratique sur les chemins de fer. — Le programme de cette réforme générale de la locomotion qui, pendant la dernière révolution, a été imprimé à Paris, sans y avoir été distribué, et qui indique tous les nouveaux procédés de locomotion, inerte et spontanée, formant cette réforme, se trouve joint à la présente Épître. — Eh bien, oserais-je offrir humblement à Votre Majesté ces nouveaux procédés de locomotion, inerte et spontanée, pour être réalisés dans le vaste empire de Russie, soit pour un établissement prompt et peu coûteux des chemins de fer, du moins de plusieurs lignes principales , soit pour leur application immédiate et universelle sur les routes ordinaires, en vue d'une grande célérité et d'une sécurité à toute épreuve dans la locomotion générale de votre grand empire? — Encore ici, vous êtes. Sire, juge compétent de cette utilité majeure; et quant aux moyens scientifiques que demandent la créalion et la réalisation de cette réforme de la locomotion, je supplie de nouveau Votre Majesté de daigner faire demander à l'Académie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg si elle peut elle-même opérer cette réforme générale de la locomotion. Car, dans le cas où cette savante Académie répondrait qu'elle peut le faire et qu'elle le fera eflfeclivement, comme dans les deux cas précédents, mon offre présente serait de nouveau inutile; et, toujours par respect pour cette illustre .Académie, je me retirerais alors entièrement. — Toutefois , désirant aussi faire quelque chose d'utile et d'agréable dans ce troisième problème du monde physique, je joindrai ici, d'abord, pour le nouveau mode de production de la vapeur, la loi générale de sa force élastique , correspondant à des températures quelconques , quelque grandes qu'elles puissent être; loi qu'à Vienne, M. Artzberger, et à Paris, MM. Dulong et Arago , ont cherché à déterminer par l'expérience , en ne portant la pression qu'à vingt atmosphères, parce qu'il était impossible d'opérer avec des pressions plus grandes; et cependant, c'est surtout à ces pressions supérieures qu'il importera désormais de connaître la température requise de la vapeur. D'ailleurs, les résultats de ces observations, faites à Vienne et à Paris, diffèrent déjà sensiblement pour les hautes pressions. — Je joindrai de plus, à la présente Épitre, un aperçu des deux machines principales qui, dans cette réforme de la locomotion, sont destinées, l'une, formant un chemin de fer perpétuel, pour l'accomplissement de la locomotion inerte, et l'autre, formant un moteur propre, pour l'accomplissement de la locomotion spontanée; machines dont la réunion forme, sous le nom de dynamophore , le plus haut degré concevable de perfection pour la locomotion quelconque , soit sur les chemins de fer , soit surtout sur les routes ordinaires et même sur des terrains quelcon(iucs. — Votre Majesté daignera sans doute , en considérant au moins ma bonne intention, me permettre de dédier à l' illustre Corps des Ponts et Chausses de l'empire russe, ce troisième manuscrit, qui aura principalement pour objet la réforme scientifique de la locomotion.

Tels sont. Sire, les résultats, peut-être utiles de mes longues veilles, depuis plus de cinquante années. — ■ Je crains que leur annonce ne paraisse une exagéra-

lion '*) : et cependant, par cette crainte même, surtout par le sentiment pénible de parler de soi-même, j'ai dû taire ceux des résultats, du moins ceux de leurs principes, qui étaient essentiels, mais qui dépassaient trop la sphère des connaissances actuelles, et par là même la sphère des convenances usitées. Les lecteurs de mes ouvrages, peut-être aussi la postérité, si ces ouvrages lui parviennent, me rendront probablement cette justice.— Quoi qu'il en arrive, j'ai dii dire tout cela à Votre iMajcslé, pour sauver les travaux qu'il me reste encore à produire et qui, sans la protection providentielle de A^olre Majesté, périraient immanquablement, comme ont péri déjà tous mes ouvrages purement mathématiques, qui tous ont été détruits en France. Loin d'avoir pu obtenir une protection pour mes travaux, une protection quelconque, nationale ou étrangère, j'ai été constamment repoussé partout; et je ne puis, au milieu de tant et de si perversives résistances, expliquer la possibilité de la production de mes nombreux et coûteux ouvrages, autrement que par une haute influence immédiate de la Providence. C'est aussi sur l'espérance de ce concours providentiel que je fonde principalement l'humble démarche que je fais ici auprès de Votre Majesté. Je sais très-bien qu'à moins d'un miracle, aucune voix savante ne se fera entendre en ma faveur, et que la Providence seule pourra vous inspirer. Sire, l'idée pénible de ce que, pendant que vous étiez, dans ce monde, le Chef virtuel des nations slaves, de ces nations providentielles qui sont appelées maintenant à de hautes destinées, les travaux d'un de leurs membres, contenant peut-être de grandes et décisives vérités pour l'accomplissement de ces destinées, où l'humanité doit trouver son salut , ont péri sur la terre. Cette porte , si elle était irréparable, ne serait peut-être pas, aux yeux du Créateur, un litre à ces glorieuses destinées qui nous sont réservées par la Providence; et nos nations slaves ne seraient peut-être pas bien dignes de ces hautes destinées, si elles n'avaient pas, pour le triomphe de la vérité , un sentiment assez élevé pour mépriser de viles intrigues de la part des savants brevetés , qui , pour conserver l'autorité attachée à leur science , brisent nécessairement et toujours les bases de loule science supérieure, et deviennent ainsi naturellement les ennemis titrés de la vérité. L'histoire nous a appris que c'est toujours par l'étendue et le degré de la persécution qu'il faut juger le mérite de ce qui est persécuté. Aussi dans le cas ou , à côté de choses si graves, je pourrais admettre quelque sentiment de vanité, je me glorifierais de ce que, parmi mes contemporains, tous les savants brevetés, peut-être sans exception, sont tous mes ennemis déclarés. Pour donner à Votre ISIajesté une idée de la manière dont ces hommes, sans doute éclairés et justement considérés, réagissent sur le public , je me bornerai à mentionner qu'après être parvenus à faire détruire mes ouvrages mathématiques, ils disent maintenant au public qu'il n'y a pas en Europe un savant qui lise mes ouvrages. — Votre Majesté daignera me pardonner de reproduire ici, devant elle, ces misères humaines, en considérant que plus que partout ailleurs, c'est ici le lieu de le faire pour mettre, dans leur véritable jour, les puis- Ci Un savant, feu .M. Pond, direclear de I Observatoire royal de Groenwich , disait que si je n'avais apporté que la millicme partie de tout ce que j'avais apporté en Angleterre , j'y aurais réussi immanquablement.

santés et immanquables influences des savants brevetés; influences qui s'exercent surtout au pied des trônes.

Il me reste à vous prémunir. Sire, contre des influences non moins puissantes et plus respectables encore , par lesquelles on cherchera sans doute à mal interpréter les résultats, politiques et religieux, de la Doctrine du Messianisme, de cette philosophie absolue par laquelle, j'ose l'affirmer devant Votre Majesté, la vérité est enfin fondée péremptoirement sur la terre. — Je ne saurais le faire mieux qu'en joignant ici le Programme des Conférences que, sur la demande de quelques personnes honorables, je viens de tenir dans la ville de Metz, où je me trouve provisoirement; Conférences que je tiendrai dans d'autres villes, partout ou l'on me le demandera.

Je suis, avec un respect profond, et avec une entière soumission aux décisions de votre auguste autorité souveraine,

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