POLITIQUE MODERNE
On sait que le prince Louis-Napoléon est hautement éclairé. Conscient d'être l'héritier du grand nom de Napoléon, il a dû, dans mille positions et vicissitudes, chercher à acquérir les lumières nécessaires pour se rendre digne d'un si auguste héritage. Aussi, ses productions littéraires prouvent -elles suffisamment qu'il s'est occupé sérieusement de presque toutes les questions qui concernent la science de l'État. Et nous pensons que, parmi les hommes d'État existants, il y en a peu qui aient ainsi cherché à approfondir scientifiquement ces grandes questions politiques. — Néanmoins, entraîné par l'erreur universelle sur la possibilité d'opérer une conciliation des partis, il a commencé sa présidence par la formation d'un ministère de juste-milieu. Sans doute, éclairé par l'expérience, conformément à ce que nous lui prédîmes dans notre Dernier Appel aux hommes supérieurs , dans lequel , après avoir caractérisé le vrai sens napoléonien des élections du dix décembre, nous lui fîmes remarquer que le système de juste-milieu était une invention de Louis- Philippe, le prince Louis-Napoléon, dans son décisif Message (du 31 octobre), adressé à l'Assemblée législative, renonça à ce système, tout à la fois, faux et impossible, reconnut son erreur, et rentra dans sa véritable vocation nationale, en déclarant que « tout un système a triomphé au dix décembre; car le nom de Napoléon est à lui seul tout un programme, n — Mais , dans l'actuelle absence universelle de véritables lumières politiques, il est forcé, pour expliquer ainsi sa haute vocation nationale , de se borner à ajouter que ce programme napoléonien veut dire « à Y intérieur, ordre, autorité, religion, bien-être du peuple; et à l' extérieur, dignité nationale. » — Malheureusement, ce n'est pas là l'exclusif programme napoléonien; c'est le progr.imme universel de tous les gouvernements. En effet, tous les gouvernements, sans la moindre exception, reconnaissent pour le salut de leurs États, à l'intérieur, les conditions de l'ordre, de l'autorité, de la religion, du bien-être du peuple, et à l'extérieur, la condition de la dignité nationale. — Mais, par quels moyens peut -on, dans l'état actuel de l'humanité, remplir ces conditions fondamentales du salut des États ?-— C'est là précisément le GRAND PROBLÈME actucl du moudc civilisé ; problème dont la solution tourmente tous les hommes éclairés et provoque ainsi le présent désordre révolutionnaire.
(Extrait du Document secret. J