‹ Épitre a Sa Majesté l'empereur de RussieChapitre 18 sur 46 · K». 1 — AVIS PARTICULIER · texte numérisé non relu

K». 1 — AVIS PARTICULIER

pour l'Epitre secrète, adressée ait iirince liOiiis-Xapoléoii ,

CONCERNAM LES DESTINÉES DE LOCCIDENT.

Pimr la parfaite intelligence de cette Épître secrète , il faut avant tout bien distinguer la science de l'État de la gestion de l'État. La première est le résultat, plus ou moins direct, de la découverte de la vérité sur la terre; et la seconde est le résultat du droit, plus ou moins fondé, qu'ont une ou plusieurs personnes de réaliser l'existence de l'État. — Ainsi, la science, lorsqu'elle sera vraie et par conséquent avouée universellement, devra présider à la gestion de l'État, dans tous les problèmes politiques que cette haute science aura déjà résolus. Et dans l'absence d'une positive et véritable science de l'État , du moins dans l'absence d'une telle préalable solution scientifique des problèmes politiques, la gestion de l'État peut et doit provisoirement donner une solution présumée de ces problèmes politiques, en laissant alors à l'expérience, plus ou moins critique, le soin de constater la vérité de ces solutions provisoires.

Mais, quelles que soient ces solutions provisoires, vraies ou fausses, qui émanent de la gestion de l'État, c'est-à-dire, de l'autorité politique, elles doivent être exécutées avec une pleine obéissance de la part des membres de l'État , parce que l'ordre social , cl par conséquent la découverte future de la solution péremptoirc des grands problèmes politiques, découverte qui ne peut se faire qu'au milieu de l'ordre social, ne sont possibles qu'à la condition de celte obéissance, comme nous l'avons prouve dans V Épître au Prince Czartoryski , nommément, dans VAiertissemenl (page 7) qui précède cette Épître. Toutefois, comme on le conçoit bien, ce caractère impératif des résolutions quelconques qui émanent de l'autorité politique, ne saurait porter aucune alleinte aux droits de la vérité. Et ce serait manifestement une telle atteinte aux droits de la vérité, si l'autorité politi(jue, non contente de l'obéissance qu'obtiendraient ses résolutions, voulait exercer une espèce de critique d'autorité contre toute production scientifique concernant des problèmes politiques, en qualifiant ces productions des noms d'titopie, d'idéologie, et d'autres noms pareils, considérés comme une réprobation, comme un blâme non motivé. El cette atteinte aux droits de la vérité serait d'autant plus déplacée qu'elle serait exercée dans des acies publics, ou même dans des écrits publics que l'on saurait avoir été dictés par l'autorité politique.

Or, une telle atteinte de l'autorité aux droits de la vérité, en outre de ce qu'elle aurait d'odieux en voulant ainsi réprouver toute recherche des vérités politiques,

nuirait nécessaireuient à la considération du gouvernement, en le rendant ridicule par la prétention qu'il manifesterait ainsi d'être le seul qui connaisse la vérité. — Pour éviter ce mortel ridicule, il faut que, dans l'actuelle absence des vérités fondamentales sur la terre, et par conséquent dans l'actuelle absence des fondamentales vérités politiques, que la science seule pourra découvrir, les gouvernements évitent soigneusement toutes discussions scientifiques de ce genre, en laissant aux tribunaux la répression des écarts auxquels pourrait conduire le libre développement de pareilles recherches scientifiques. En effet , pour qu'un gouvernement puisse prétendre qu'il connaît les fondamentales vérités politiques , il faudrait qu'il connîit le but suprême de l'État; et certes, jusqu'à ce jour, aucun gouvernement ne le connaît encore, ni ne peut le connaître, parce que cette haute connaissance, de laquelle dépend principalement l'ordre politique dans le monde, ne peut absolument être acquise que lorsque la vérité elle-même, la véiuté absolue, qui dévoilera le but de l'existence de l'humanité, sera conquise sur la terre. Et malheureusement, dans les tendances actuelles du monde civilisé, nous marchons dans une direction diamétralement opposée à celle qui conduit à la découverte de cette vérité absolue.

Nous venons de dire que c'est de la connaissance du but suprême de l'État que dépend principalement, et même exclusivement, la connaissance du véritable ordre POLITIQUE dans le monde, de cet ordre moral qui s'établit par lui-même, indépendamment du concours de la force physique. Aussi , ceux des gouvernements qui se distinguent par leur supériorité, sont ceux précisément qui, par un pressentiment génial du but suprême de l'État, tendent ainsi à réaliser, au moins par anticipation. Tordre moral de la société, c'est-à-dire, le véritable ordre politique. Et réciproquement, ceux des gouvernements qui n'ont aucun pressentiment du but suprême des États, ne conçoivent naturellement que Tordre physique de la société, cet ordre politique qui peut s'établir momentanément par le brut usage de la force armée. Et ce sont précisément ces derniers gouvernements qui, ne pouvant concevoir Tordre moral de la société, ni par conséquent le but suprême des États, duquel émane ce véritable ordre politique, réprouvent naturellement, par les susdits mots i'utopie, d'idéologie, et autres pareils, toutes les recherches scientifiques qui ont pour objet la découverte de ce haut ordre moral de la société , de ce véritable ordre politique dans le monde.

Quelques hommes, qui n'ont pu comprendre le secret politique de Napoléon, tel que nous l'avons laissé entrevoir dans nos écrits politiques, ont cru et croient toujours que le gouvernement napoléonien, celui de l'Empire, était un gouvernement de la classe de ceux que nous venons de caractériser en dernier lieu, c'est-à-dire, de la classe de ceux qui ne peuvent concevoir que Tordre physique de la société , cet ordre politique que Ton obtient par le brut usage de la force armée. — Cette idée que Ton se forme ainsi de Napoléon et de son gouvernement impérial, est une grave erreur ; nous la dissipprons complètement dans la présente Épifre secrète que nous adressons au neveu puissant de ce grand homme. Et nous y parviendrons facilement, ce nous semble, en dévoilant enfin, dans cette Épître adressée au prince

Louis-Napoléon, ces décisives vérités fondamentales de la politique, dont l'actuelle absence est la cause du désordre révolutionnaire du monde, nommément, ces hautes vérités fondamentales qui ont, pour principe, le but suprême des États, et pour conséquence, l'oidre moral de la société, c'est-à-dire, le véritable ordre politique.

Mais, tout en ayant rendu cette Épître secrète aussi populaire qu'il est possible de rendre ainsi les hautes vérités scientifiques qu'elle contient , son intelligence complète , profonde, dépend sans contredit des principes absolus dont dérivent ces vérités. Assurément, sans connaître nos ouvrages messianiques, on pourra, avec fruit, lire l'Épîlre dont il s'agit, et la comprendre sulTisamment pour apprécier la vérité des résultats qu'elle présente. Mais, pour arriver à la certitude absolue dans ce nouvel ordre de vérités, il faudra ensuite, lorsqu'oa le jugera nécessaire, remonter aux principes absolus dont dérivent ces résultats. — Ce qu'il importe principalement de connaître pour l'intelligence facile de cette Épître secrète, ce sont les principes distinctifs et caractéristiques des deux grands partis politiques, du droit divin el du droit humain, qui se partagent aujourd'hui la domination du monde civilisé. Nous les avons fixés, d'une manière didactique, déjà dans le premier de nos ouvrages, dans le Prodrome du Messianisme. Mais, on peut provisoirement, en absence de celte étude préparatoire, entrevoir suffisamment ces principes caractéristiques des deux grands partis politiques, dans les deux arguments qui forment, en quelque sorte, leurs respectifs principes généraux, nommément, d'une part, dans l'argument de Voltaire et des Encyclopédistes , qui sert de base au parti national ou du droit humain, et de l'autre part, dans l'argument de Pascal et des Jansénistes, qui sert de base au parti moral ou du droit divin; arguments que voici: Argument de Voltaire et des Encyclopédistes.

Tout ce qui est inintelligible pour l'homme, c'est-à-dire, insaisissable par les sens, est une absurdité ou du moins une chimère qui n'a point de réalité. Argument de Pascal et des Jansénistes.

L'homme, dans son état de péché originel, est incapable de concevoir, hors de la révélation, aucune vérité absolue; et cette incapacité constitue, dans ce monde, son expiation du péché originel.

De plus , pour que le lecteur ne s'ciTraie pas du pieux malentendu qui , d'après ce qui est annoncé dans le titre de la présente Épître secrète , produit malheureusement, dans notre sainte religion, une progressive dissolution politique des Étals, nous devons le prévenir que la cause de ce fatal malentendu, consistant en ce qu'il n'existe pas de science dans l'Eglise, a été reconnue dans le récent Concile de Paris et a été peut-être le motif principal de ce pieux et savant Concile. — Voici, en effet, ce que, à l'ouverture du Concile, Mgr. l'archevêque de Paris a dit à ce sujet :

D'abord , en général .

« Il est un point essentiel que nous ne perdrons pas de vue dans ce Concile :

(' dans l'impossibilité île guérir à la fois tous nos maux, votre sagesse a dû s'at- (I laquer d'abord à. celui qui semblait le plus étendu et le plus dangereux. Il « vous a paru que ce mal était l'an'aiblissement du respect de l'autorité dans les (( âmesj cet affaiblissement est au fond la rjrande maladie des temps modernes. « Les sociétés se dissolvent faute de croire à l'autorité, de l'aimer et de la reste pecter. Dans l'Église, on y croit sans doute, mais on ne la respecte pas tou- « jours. Le vent du siècle a aussi soufflé sur nous, il a apporté ses semences « funestes , des herbes folles ont poussé jusque dans le champ du père de fa- « mille; il faut les arracher au pluslôt. Nous ne voulons pas qu'elles l'infectent « de plus en plus. Heureusement, notre constitution est divine et l'Éternel est « avec nous. Pour être forte et florissante, l'Église n'a besoin que d'être libre, « c'est-à-dire, d'être elle-même. »

Ensuite, en particulier, Mgr. l'archevêque montre comment l'Église, étant libre ou elle -même, pourra de nouveau être forte et florissante:

0 L'Eglise, vous le savez, vénérables et bien -aimés Confrères, a toujours tiré « un lustre particulier de la science de ses ministres. Aujourd'hui cette science « doit être plus forte et plus étendue, à cause des circonstances au milieu « desquelles nous vivons. Nous ne sommes plus dans ces temps de foi où les « éléments des connaissances divines pouvaient sufûre au prêtre pour faire honorer « son caractère. Le développement, sous plusieurs rapports, de l'esprit humain, « la diffusion de certaines lumières, vraies ou fausses, la nature même des <.< attaques que l'incrédulité dirige contre la religion, lui font une nécessité plus « grande que jamais de s'instruire. Vous verrez s'il n'y aura pas quelque amc- « lioration à apporter dans les études ecclésiastiques. Former des prêtres savants (' autant que ineui , c'est assurer de la meilleure manière l'action salutaire de « l'Église , c'est travailler au bien commun , c'est faire ce qu'il y a peut-Hre en (' ce moment de plus important. »

Enfin, dans la lettre pastorale au Clergé de son diocèse, ce même archevêque éclairé de Paris , manifeste successivement les hautes et salutaires décisions que voici :

« Les sociétés sont arrivées en ce moment à une de ces phases douloureuses « qui troublent et déconcertent la raison humaine. On marche à tâtons, dans des « angoisses mortelles, vers un avenir couvert de nuages. »

" L'actuel renouvellement de l'Église sera produit par deux principes aussi este senliels qu'inséparables, et qui brilleront d'une clarté nouvelle dans l'Église- « LA PIÉTÉ ET LA SCIENCE, feu diviu qui éclaire et échauffe à la fois : Lucerna

« ardens et lucens Ne négligez aucun soin, cultivez avec la foi la piété,

« et AVEC LA PIÉTÉ LA SCIENCE t Omucm curam sub in fer entes , minislrate in fide « vestra mrtutem ,. in virtute autem scicntiam. »

(- La vérité est que, pour accomplir tout à fait sa mission, le Clergé doit

« se tenir constamment à la tête des esprits, et imprimer le mouvement au « lieu de le recevoir. »

Mais, ce qui est décisif dans cette grave lettre pastorale^, c'est que Mgr. l'archevêque y invoque une science qui notoirement n'existe pas encore, ni pour le public^ ni même pour le Clergé, cette grande science qui doit décider de nos destinées sur la terre et qui , promise par le Christ , n'est encore que le grand problème de l'humanité. En effet, le Christ a dit : « Paraclelus autem « Spiritus sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, « et suGGEiiET vobis OMNiA quœcumquc dixero vobis (S'. Jean, xiv, 26). Cum Cl autem venerit ille Spiritus veritatis, docebit vos omnem veritatem (S'. Jean, « XVI, 13). » — Or, c'est celte grande science encore problématique, si formellement promise par notre divin Sauveur, que Mgr. l'archevêque de Paris paraît devoir ne pas indiquer positivement à son diocèse, et qu'il invoque néanmoins, de la manière la plus solennelle, comme si tout le monde, ou du moins le Clergé, la connaissait déjà parfaitement. Par malheur, une telle invocation solennelle d'une science encore inconnue, comme d'une Vérité accomplie et connue déjà, est diamétralement opposée aux bienveillantes et salutaires intentions de cet archevêque éclairé, en ce qu'il devient inutile pour les hommes de chercher la solution de ce grand problème que le Christ nous a proposé, puisque Mgr. l'archevêque de Paris affirme que ce problème est déjà résolu et que cette grande Vérité est déjà connue. Voici, en elFet , comment Mgr. l'archevêque en parle dans sa lettre pastorale :

« La science que nous demandons au Clergé est donc plus étendue que celle « que le monde lui demande. C'est, de plus, une science bien diflerente par sa « nature et par son objet. Loin de nous la science vaine et orgueilleuse du « siècle ! Elle enfle la raison , elle égare le cœur. Loin de nous encore cette « science froide et sèche, qui glace les âmes et tarit la source des nobles in- « spirations. Notre science à nous, c'est la science du vrai et du bien, de « Dieu et des hommes; c'est la .science du salut. Elle nous fait lire dans le « grand livre de nos destinées; elle nous apprend d'où nous sommes, et ou i< nous allons. Avec elle , cette vie n'est pas un problème. Elle a des réponses « pour tous nos doutes, une règle sîire pour guider notre conscience dans les u plus difficiles situations. »

« La lumière de cette science sacrée est , pour le monde moral , comme un « soleil qui pénètre tout de ses rayons et de sa chaleur vivifiante. Si cette u grande science de la religion, (|ui touche à la nature entière, venait jamais à « s'éteindre, nous retomberions dans le chaos. Quand elle vient seulement à « s'alTaibiir dans quelques contrées, la nuit se fait; les doutes, les angoisses « mortelles naissent; on marche en aveugle; on suit des guides trompeurs. On « ne sait plus distinguer le bien du mal. La société, comme un navire dépa- « reillé , sans boussole et sans voiles , vogue à l'aventure vers des rivages « inconnus , exposée à chaque instant à se briser sur des ccueils. »

« C'est à l'étude de celte grande science que nous vous convions toujours

" -is de pratique. C'est pour voL sa, . J / „:7e TT?/^ '''''''''"' " vous devez vous y liver. Le temps press;/,! eoTnée es'^ ■ ■' T"^'" ''' « 1 arbre. Les ténèbres descendent- es notions fj ^^^ ' ^^ """« '^^

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Nous rendons justice et honneur -i Mar va u . et parfaite définition du problème .u oL o • ."de": '' '''' '''' ^^"^ ^^"« , ont il s'agit, et que Nicodème avait dé^denn " ' ''""'' '"''''' ■'^ -''j à 7); problème que notre divin Sauve ^ "/ '""^-^''"«' (^ ' ^-". HI,

denuo ». - Mais, la solution de ce pr blême V 7 ' " "™"^" "^^ "-" a réponse se.ent.nque , la questi:!'^;;:^:; .^°"^ J'''"'"-^ ''^^-'-'^-' /^m „, ou est-elle? -C'est ee que Mgr l'Arel ev . " ^""""^° ^''"""^ ^^^

C'est cependant à cette seule quest n d i "^"' 'f ^^"^ "« "''"« « Pas dit. ■^.^ 'a science du salut, que se^S^i ute a ri' ™"' '^ ^^'^"^ '^-'^'-^ réponse formelle et péremptoire à cette décTseane'"".' ''''' ^"^^ ^^^ "- "ous ne saurions connaître la voie pour r er ,':" '"'' "'" ^^'^'^"-■ q- ne saurait ainsi répondre à la grand que ion ■ n '" ;'"""" ^'^ ^^^'="-n et qu., par conséquent, ne saurL Is tZ ' ^"f™"^'^ ^^~^^ ^«^ Am », «alut, ne serait donc qu'une .21 ™""'"'' ''''' ^^"^^^ vL dj

^o-ellement l'existence irr^^gatT ZZZ::, '""' "^^'"^ ^"^ ^ ^'^-" .^efuserau à l'homme la faculté créatre d sa "^ ^"f""' ^' ''^ ''"'^"^^ q- ;' pourra résoudre ce grave problèm de s n exi 7" "'"' ''' ''^-^-"^ -"'« Ja haute importance que M^r ]'Archr> ' '''''' certainement. • d'après

religion faussée. B.en plus^ «„! .eli: '"' T' '''"^'^'^" ^ ^ P-^Ième , Ce conques, on aurait étabH et^rescn tf" ' - " ''^'""'^ ''" '^'^^ "'«''^^ '^ -tralement opposées au grand' rolme dT^f ^"""""''"^^ ^"' ^^-^ «^iade n, formellement par les mot s ™ Ils o' ' " '^""'"^ ^"^ '^ ^«^^^ «

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es Prolégomènes du Mess^Linf^l^J^^l^rr] "" ''"" '^^^ ^^-^ ^^^n e grand problème du salut, déern^né ai '• ' "'""'''''' "^"^ ''"'^ formel de -.que crUérium de ,a sanc on al 1 " '" '' '"'^^^ "' '^ -''"''^'e e "''■g'»"- apostohque, pu.sque c'est là l'unique objet de la

^'ous terminerons cet Ai :

q"; "ous a déterminés à adrCért^nr" ",'"'''"' '^ "°''^ extrêmement grave

opuscule sur le Faux Napoléonisme , nous avons dit (pages 36 à 39) sur les résultats de nos recherches métapolitiques, savoir que ces résultats se concentrent, en résumé , dans les trois découvertes suivantes :

« 1". — La découverte positive de l'elî'rayante vérité de ce que, par sa législation actuelle, fruit mystérieux de ses longues et sanglantes révolutions, la France, en détruisant avec acharnement la souveraineté morale ou de droit divin dans l'autorité du chef de l'État, pour n'admettre qu'une exclusive souveraineté nationale ou de droit humain, s'est placée, sous une forme prétenduement légale, hors DES LOIS MORALES , et qu'clIc ouvrc ainsi , par cette intentionnelle destruction de la morale, une nouvelle et subversive époque pour l'humanité, celle d'une inévitable et entière ruine du monde civilisé. »

« 2°. — La découverte positive de vérités supérieures et absolues , seules propres à dissiper cette immense erreur qui plane sur la France , et à opposer une invincible action morale et intellectuelle aux puissantes trames systématiques qui, conçues depuis longtemps dans des antres mystérieux, déploient aujourd'hui ouvertement leur lutte satanique pour amener en France l'anéantissement de la philosophie et de la religion, et, par ses propagandes, l'extinction universelle de la morale et de l'autorité politique. »

« 3°. — La découverte positive de ce que ces vérités supérieures et absolues, qui seules peuvent sauver la France, loin d'être de simples utopies ou spéculations théoriques, sont au contraire d'immenses et indestructibles réalités pratiques et même matérielles. En effet, non-seulement, comme vérités morales, elles sont impérativement pratiques , mais de plus , comme vérités politiques , elles ont déjà été réalisées matériellement par une puissante anticipation du génie de Napoléon sur I'avenir moral du monde; anticipation glorieuse par laquelle ce grand réformateur a ainsi opéré effectivement une transition de l'état funeste de la France, qui est l'objet de la première de ces découvertes , à son état salutaire , qui est l'objet de la seconde de ces trois découvertes fondamentales de notre Métapolitique messianique. »

« Nous le répétons, rien au monde, ni les résolutions quelconques des journaux français, ni même, ce qui est plus puissant, les déterniinalions quelconques des pouvoirs politiques de l'Europe, rien absolument ne saurait altérer et encore moins invalider ou anéantir ces trois infaillibles résultats de nos doctrines absolues. — C'est Là , par l'inflexible destin moral du monde , le sort inévitable de la France, et quoiqu'on fasse, cet État puissant, comme tant d'autres que l'histoire nous rappelle, subira ce sort immanquablement. Si l'on persiste à marcher dans la voie funeste qui est le premier de ces trois résultats messianiques, la France succombera, et elle pourra entraîner, dans sa ruine, celle du monde civilisé. Si l'on se réveille pour rentrer dans la voie salutaire qui est l'objet des deux derniers de ces trois infaillibles résultats , la France se placera à la tète de la civilisation européenne , et elle ouvrira ainsi , sous la bénédiction des peuples . l'immense avenir moral vers lequel l'humanité tend aujourd'hui avec une si profonde anxiété. »

« Quant à nous, notre tâche se réglera nécessairement sur les propres résolulions ultérieures de la France. — Si l'on y témoigne le désir de se diriger vers la voie salutaire que nous venons de signaler, nous nous efforcerons de rendre populaires, par tous les moyens de la publicité, les grandes vérités qui sont les guides de cette voie providentielle , et qui , en protégeant avec une égale justice les vœux sacrés des deux grands partis politiques, du droit humain et du droit divin, ne sont ni impossibles dans leur exécution, ni même difficiles dans leur application pratique, puisque déjà elles ont été réalisées suffisamment sous l'empire de Napoléon. Aussi, à proprement parler, la France ne fera-t-elle qu'exécuter son propre ouvrage, puisque c'est elle-même qui, la première, a offert au monde, dans son miraculeux empire napoléonien , ce grand modèle de la civilisation à venir. — Si au contraire, par une terrible fatalité, la France est entraînée à suivre sa voie funeste, nous nous tairons; et dans une mortelle angoisse, nous attendrons l'inévitable accomplissement de ses sinistres destinées. Nous disons inévitable; car, comme nous venons de le remarquer, ces fatales destinées sont écrites, en caractères indélébiles, dans le livre éternel de l'ordre moral du monde. ^

Eh bien , suivant cette double cl alternative résolution de notre part , nous nous trouvons aujourd'hui, plus que jamais, appelés à révéler complèlement ou plutôt à déterminer finalement , d'une manière didactique , le mystérieux secret politique de Napoléon , que nos indications antérieures , dans notre Métapolitique et dans notre opuscule concernant ce grand secret , paraissent n'avoir pas encore fait connaître suffisamment. En effet, dans les décisives élections du 10 décembre, la France a prouvé que, pour sortir de la voie funeste où l'a replacée la révolution de février, elle voulait rentrer dans la voie salutaire de la réforme politique de Napoléon, en appelant au pouvoir, par six millions de votes, l'héritier présomptif de ce grand réformateur; et cependant, depuis dix-huit mois, elle retourne progressivement, avec une manifestation de plus en plus sinistre, dans sa funeste voie révolutionnaire. Bien plus, malgré les déclarations incessantes de cet auguste héritier de Napoléon, ou peut-être à cause de ces déclarations, la France se plonge, plus que jamais, dans une inextricable confusion de toutes ses idées, politiques, économiques, philosophiques et religieuses. Et par là même, au milieu de périls croissants et de dangers imminents, reconnus et avoués universellement , par la nation et par le gouvernement , on s'y prépare ou plutôt on y est déjà prêt à braver de nouvelles et funestes catastrophes, dont on pressent bien que l'issue sera, cette fois-ci, d'une gravité immense, incomparable aux suites des révolutions antérieures

Quelle peut donc être la cause de cet énorme désappointement politique de la France dans son décisif recours final au successeur de Napoléon ? — Cependant, la volonté de la nation était éclairée par les hauts résultats de l'ordre politique de Napoléon , et elle était de plus déterminée par un pressant danger , comme le prouve son suffrage en quelque sorte unanime. Et pour ce qui concerne le successeur de Napoléon, appelé ainsi unanimement par la nation, le prince Louis-

Napoléon réunissait toutes les qualités , une haute instruction , une expérience réitérée du malheur , un naturel bienveillant , et un énergique caractère moral , toutes ces qualités qui le rendaient éminemment digne de l'honorable appel de la nation. — Comment se fait-il donc qu'avec ce concours réciproque de circonstances si favorables , la France vienne d'aboutir au terrible désappointement que nous venons de signaler ou plutôt que nous venons de remarquer, à notre tour, d'après les clameurs publiques qui, de toutes parts, demandent une solution à la périlleuse situation actuelle.

Il n'existe qu'une seule explication de ce singulier phénomène politique. — C'est que l'on connaît bien les hauts résultats de l'action politique de Napoléon , mais que l'on ignore encore complètement le principe de cette puissante et salutaire action impériale, c'est-à-dire, le principe de sa haute autorité politique. — C'est en effet ce décisif principe inconnu, ce mystérieux secret politique de Napoléon, que son génie a pu lui faire pressentir, pour guider ses actions glorieuses, mais que la science, et encore moins la routine politique, n'ont pu découvrir jusqu'à ce jour. Et dans cette profonde ignorance du mystérieux principe de la réforme politique de Napoléon, c'est en vain qu'avec les meilleures intentions, on veut imiter les salutaires actions politiques de ce grand réformateur. Bien plus, dans cette ignorance profonde, il devient dangereux de vouloir suivre les voies napoléoniennes, parce que ces voies, encore mystérieuses, ne sont pas frayées suffisamment pour que l'on puisse ne pas s'en écarter, et pour qu'alors on n'aboutisse pas au plus épouvantable désordre, tel précisément que le présente la situation actuelle de la France.

C'est donc pour sauver la France, et par là même le monde civilisé, de ce sinistre désordre révolutionnaire auquel, d'après les susdites clameurs publiques, on vient d'aboutir en France sous le gouvernement de Louis-Napoléon, que nous allons, dans la présente Épîlre secrète, dévoiler enfin complètement le mystérieux principe inconnu de la réforme politique de Napoléon, en le déduisant, d'une manière scientifique, des principes absolus du savoir humain, et en découvrant ainsi le but suprême des États, ce but décisif que Napoléon avait si vivement pressenti, et dont la recherche est aujourd'hui le motif secret des tendances révolutionnaires du monde civilisé. Et c'est ainsi conséquemment, d'après tout ce que nous venons de dire , que cette Épître secrète doit être adressée au prince Louis- Napoléon; car la chute de ce prince porterait une atteinte mortelle à la véritable gloire de Napoléon.

A côté de si hautes vérités , nous pensons qu'on ne songera pas à attribuer quelque motif d'intérêt au choix que nous faisons du prince à qui nous adressons cette Épilre secrète. Pour écarter celte supposition, nous allons extraire ici, de cette même Épître, ce que nous y disons concernant ces circonstances personnelles. Voici cet extrait :

u Pour ce qui concerne votre auguste oncle ^ ce n'est pas aujourd'hui, lorsque u vous êtes Président de la République, mais déjà en 1840, lorsque vous n'étiez u pas heureux, Prince, qu'en publiant ma philosophie de la science de l'État, la « Métapolilique , j'y ai dévoilé, pour exemple de l'application pratique de celte « doctrine nouvelle, le Secret politique de Napoléon, que je viens d'accomplir « dans la présente Épître. Et aujourd'hui , par suite de cet accomplissement, (i c'est-à-dire, par la nouvelle conviction scientifique que je viens d'introduire dans (( cette dilTicile question , surtout par les démonstrations mathématiques par lesquelles « j'établis maintenant , d'une manière irrécusable , toutes les conditions de ce (( profond secret de Napoléon, demeuré impénétrable jusqu'à ce jour, je découvre « enfin, avec évidence, la grande réforme politique qu'il avait conçue et réalisée (1 même, autant que cela était possible alors; réforme qui, comme je viens de « le prouver également dans la présente Épître, doit désormais servir de modèle (i aux progrès politiques du monde civilisé , surtout par la solution actuelle du (( grand problème napoléonien , concernant la découverte du but suprême des « États. »

(< Me serait-il permis , Prince , d'ajouter ici une preuve de ma conviction per- « sonnelle sur le grand avenir moral que, par cette réforme politique, votre « auguste oncle avait préparé pour le monde. — Eh bien, sachez que, pendant « vos préparatifs à Londres pour l'expédition de Boulogne, dont j'avais connaissance « par un membre de votre illustre famille, qui m'avait ainsi entraîné à mon insu (( dans cette fatale conspiration , par des confidences dont je parle à la fin de la « présente Épître, en y déclarant que je ne puis trahir ces confidences d'amitié, « sachez, je vous prie. Prince, que, pendant ces préparatifs pour l'expédition i( de Boulogne, je me tourmentais de crainte et d'inquiétude à Paris de ne pou- « voir empêcher cette expédition dont je prévoyais clairement le funeste résultat. (< Et alors, j'avais proposé à l'ami dont je viens de parler, de partir avec moi <i pour Londres, pour m'y introduire auprès de vous. Prince, afin de pouvoir (< vous dissuader de ce fatal projet , par le développement des vérités nouvelles (1 dont vous voyez aujourd'hui un aperçu dans la présente Épître, surtout pour « ce qui concerne la grande réforme politique de votre auguste oncle, que je « viens de dévoiler ici, et qui, par cette expédition de Boulogne, entreprise sous « les auspices démagogiques du journal le Capitole , aurait reçu, à mes yeux, « une atteinte mortelle. Comptant sur vos lumières , Prince, j'étais assuré que (( je vous aurais convaincu par ces vérités scientifiques, et par conséquent que je « vous aurais détourné de cette fatale expédition de Boulogne. J'aurais ainsi (( prévenu une fâcheuse atteinte portée à la grande réforme politique de Napoléon, » et j'aurais eu , pour récompense , la certitude de vous faire éviter plusieurs (< années d'une pénible captivité. Malheureusement, mon ami, et qui est aussi « un de vos meilleurs amis. Prince, en m'alléguant des raisons très-plausibles, « par les obstacles qu'il savait que nous rencontrerions autour de vous, et qu'il (' ne m'est pas permis de dire, après avoir d'abord consenti à faire avec moi « le voyage à Londres, s'y refusa ensuite complètement, par la crainte des

« obstacles qu'il m'alléguait, et par la nécessité d'un voyage qu'à cette même « époque il reçut la mission de faire en Corse. Le sort de cette funeste expé- « dition de Boulogne fut ainsi accompli, sans que, à mon profond regret, j'eusse « pu l'empêcher, comme j'en avais le pouvoir. »

« Il ne me restait alors que deux choses à faire, l'une, de protester contre « ces principes démagogiques du Capitale par lesquels vous avez été entraîné « dans l'expédition de Boulogne, l'autre, de produire publiquement votre défense « personnelle, Prince; et c'est ce que j'ai fait en publiant immédiatement l'opus- (( cule intitulé : Le Faur Napoléonisme , que j'ai fait remettre à MM. Berryer « et Marie, vos défenseurs officieux à la Chambre des Pairs. — Et aujourd'hui, « il ne me reste plus qu'à consolider le souvenir, par tous les moyens scien- (( tifiques en mon pouvoir, de la Réforme politique de Napoléon, dont j'avais « signalé les premiers traits, déjà en 18A0, dans mon opuscule sur le Secret (< politique de Napoléon, et dont je viens d'accomplir les conditions fondamcn- « taies et leur preuve, dans la présente Épître secnie , en y déterminant rigou- « reusement cette décisive réforme napoléonienne par des démonstrations malhé- (i matiques, de manière à ce que, dès aujourd'hui, dans notre critique époque « révolutionnaire, elle puisse servir de modèle aux progrès politiques du monde « civilisé , lorsqu'on sera parvenu à y arrêter la susdite dissolution secrète des « États, résultant d'un pieux malentendu dans notre sainte religion, dissolution « qui, tant qu'elle subsistera, non-seulement empêchera tout progrès politique, « mais amènera progressivement et immanquablement la ruine de la France et du « monde civilisé. »

Post-Scriptum. — Ce que l'on vient de lire, a été écrit bien avant que l'Assemblée législative de France ail procédé à organiser le suffrage universel par la nouvelle loi électorale, dans l'espérance que, par cette organisation, on obtiendrait une solution des dangereuses difficultés qui venaient de s'accumuler en France depuis le gouvernement du prince Louis-Napoléon. — En lisant ce que , dans XÉpltre au prince Czartoryski (pages 6 et 7 ) , nous découvrons sur le caractère politique du suffraqe universel, on reconnaît que la présente organisation législative de ce sulTrage , est tout à fait insuffisante pour le salut de l'État. — Nous ajouterons ici que, dans les actuelles conditions de l'humanité, surtout en France, aucune combinaison politique des moyens connus ne saurait rétablir l'ordre moral dans ce pays, ni par conséquent dans le monde civilisé , comme nous le prouvons rigoureusement dans VÉpltre secrète que nous adressons au prince Louis-Napoléon et que nous venons d'annoncer.

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