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Doit-on laisser en paix le calomniateur,
Le ladre, le trigaud, l’envieux, l’imposteur,
Quiconque de l’honneur et se joue et se moque ?
Que n’ai-je, en ce moment, la verve d’ArcHILCQUE ? (c} Mais qu'importe cela, puisque je suis en train,
Si je ne suis BorLeau, (d) je serai CHareLain : (ce) Pourvu que ferme et fort je bâtonne, je fouette,
En dépit d’Apollon, je veux être poëte,
En dépit de Minerve, en dépit des neuf Sœurs :
Les Muses ne sont rien, quand il s’agit de mœurs.
Si je ne m’assieds point au sommet du Parnasse,
A côté de Rrienier, et de Porg et d'Horace, (f)
Je grimperai tout seul sur un de nos côteaux :
Là, sans gène, sans peur, sans maîtres, sans rivaux,
Je pourrai hardiment attaquer l’ararice,
La vanité, l’orgueil, la fourbe, l'injustice,
La ruse, le mensonge, ou plutôt le menteur,
Xit l’oppresseur barbare, et le vil séducteur.
A tous les vicieux je déclare la guerre ;
Dès ce jour, dès cette heure... «Ami, qu’allez-vous faire ? Va me dire un ami: « de tous les vicieux
« Vous rendre l’ennemi ! craignez, c’est sérieux :
« Ah! si vous m’en croyez, redoutez leur vengeance ;
« Peut-être vous pourriez... »—Je sais que leur engcanes
{c) Ancien poête grec, auteur de satires très mordantes,, (d) Les poésies de Boileau sont si généralement connues, qu’il est presque inutile de dire ici que ses satires sont les meilleures qu’il y ait en notre langue.
(e) . . . « Auteur dur, dont l’âpre et rude verve, « Son cerveau tenaillant, rima malgré Minerve. » (f) Poëtes setiriques très cstimés et à juste titre.
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à À la peau délicate, est fort sensib's aux coups, I É Se dresse de dépit, et s’enfle de courroux. ; Eh bien ! je leur verrai faire force grimaces ;
Puis après, je rirai de toutes leurs menaces : Leur colère ressemble à celle du serpent, Qui menace de loin, et se sauve en rampant. | Allons, point de quartier, commencons par l’avare : Cet homme, comme on sait, parmi nous n’est pas rare : Du golfe de Gaspé jusqu’au Côteau du Lac ; À Du fond de Beauharnois jusque vers T'adoussac,
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Traversez, descendez, ou remontez le fleuve, En vingt et cent façons vous en aurez la preuve.
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Veyez cet homme pâle, et maigre et décharné ; De tous nos bons bourgeois c’est le plus fortuné ;
Il a de revenus quatre fois plus qu’un juge ; Mais la triste avarice et le ronge et le gruge : | Plus mal que son valet vous le voyez vêtu ;
A le voir vous diriez du dernier malotru.
De quels mets croyez-vous que se couvre sa table ? | De gros lard, de babeurre et de sucre d'érable. « Tous les mets délicats font tort à la santé,» Dit-il, « et trop longtems manger, c’est volupté ; we « Jamais, surtout, jamais il ne convient de boire... .»
Un homme fut ici d’épargnante mémoire : Ù Aux bucheurs de son bois il offrait les copeaux, (g) Et, par grâce, y joignait les plüs petits rameaux. |
(g) Pour paiement, s'entend. Au reste, je ne cite ce trait À qu’à cause du côté plaisant qu’il peut présenter, et non comme | une preuve réclle d’avarice ; puisque l'individu, d’ailleurs très
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