‹ Épîtres, satires, chansons, epigrammes, et autres pièces de versChapitre 24 sur 40 · LA GAZETTE · texte numérisé non relu

LA GAZETTE

Etbïwwes du Spectateur Canadien, 1er. JÀvnxE 1180»

Le porteur dé la iGrazettè Me demande une chanson Pour ce joyeux jour de fètc, Et voudrait qu'elle fût faitt D'une nouvelle façon.

Qn a chanté la bouteille, La table et le dieu du vin :

Laissez Bacchus sous sa treille ; Lecteurs, prêtez un6 oreille Attentive à mon refrain.

Sur le foin, et sur la paille^ Sur le fromage et le lait, Un vieux chansonnier rimaillei Et trouve, vaille que vaille, Â dire sur tout sujet.

Pourquoi pas sur la Gazette, Le premier, si je m'en crois, Lecteurs, pour votre amusctte.

Ne ferais-je une bluelte ?

Chacun n'â-t-il pas son choix ?

De cent et de mille afiaires La Gazette peut, sans tort,

Plumer ; c)u»«e« 4teMgèie««

Domestiques, passagères,

Sont tourtes de son ressort

La Gazette, champ fertile, Grenier, ma^«k$i# d9 ^hovh Offre, souskfséinhaXiik^ £t l'agr^ble et l'utile ; Instruit, Ajkiiuie, à la fois.

Veut-on connaître le monde, Ce qui s'y troùrc ou s'y fait ?

lia Gazette, en laits féconde, En refluons profonde.

Met le moyen à souiiftit.

Remarquez la différence Entre ^ptiste et Toinon :

Chez l'un, mainte connaissance ; Chez l'autre, crasse ij^norance :

Le premier lit, l'autre, non.

Dans cette saison de ^lace, C'est surtout au coin du feu.

Que la Gazette, avec grâce, Chez l'homme sage tient place De vin, d'amour et de jeu.

La Gazette a l'-avantage De venir à jour J3iarq»é :

Uè

Que j'aime à t oir ie vilitgë 6'irriter, faire tapage, Si la Gazettes a manqué.

De rendre Fâme contente Elle connaît le secret, Quand sa pacure est décentéi Et sa tournure élégante, Son ton modeste et discret.

Mais la Gazette est légère, Souvent, dans ce qu'elle dit ) Elle est, parfois, mensongère, fct,' toujours, elle exagère, Quand il s'agit de parti.

la chose était bonne à dire Chez nos ayeùx les Gauloisi|fc; Sous le rojaume et l'empirej Ou chez le peuple en délire ; Mais nous suivons d'autres lois.»

Ou moins, notre Spbctatrici:, tenant un juste milieu, Est, pour lui rendre justice, Exempte dt double vice Et du trop et du trop peu<

Évitant de faire schisme bans la population,

L'areugle patriotisme S'j convertit encÏTigmi!

Éclairé par la raiion.

Paitse ion Itumenr égale, Bar. esprit iadé pendant, Sa diction libérale.

Et aa marche impartiale.

Plaire II tons également.

c^-.LE BEAU SEXE^ <^

Foiir des hommes plus que barbares, De» plu? que sauvages tribus, Qui, de pensers sots et bizarres.

De fausses notions imbus, Prétendant que Dieu priva d'âmei ï)es humains la belle moitié, £n esclaves traitent leurs femmes^ Et leur refusent la pitié.

Plus le beau sexe est vulnérable^ Plus il doit être ménagé : bonni soit l'homme misérable Par lequel il est outragé, Ou d'actions, ou de paroles t Honni soit ces croches esprits, Qui, faisant les malins, les drôles»

Le lardonnent dans leurs écrits.

Honni soit le docteur qui prêche La controverse en son traité.

Et qui, d'un ton dur et revéche, *

Déclame contre la beauté :

S'il respecte ses Suédoises, Quelle déraison, quel écart, De lancer sur nos Canadoiseii Et son lardon «t son brocart !

^ar des remarqnes puénles.

Quand il fît la coin][)araison Entre les belles de nos Tilles, Arait-il perdu la raison ?

Oui, lorsque voyant des Françaises, Par Tair et le ton, dans Québei;, Quoiqu'il connût les Ëi^ssaises, Il nous dit tout net et tout seç :

« A Mont-réal, des sauvagesses

« J'ai vu la froideur, la fierté.»

Pauvre Kalm, <*) quoiî^tu professes

De dire ici la vérité !

Tu ne crains pas, si tu persistes

 soutenir ton avancé

Sur nos belles Mont-réalistes,

Qu'à droit l'on te dise insensé ?

Quand, dans ton jargon tu t'empêtres, In doit-on être bien surpris ?

Tu vis nos belles aux fenêtres, Et peut-être eus-tu leur mépris :

Pour les voir, approches-te d'elles, « . Ou, du moios, frottes-toi iè^ yeux ;

Tes portraits seront plus, ^èles, Et tu nous en parleras mieux«

(*) C*est le nom du docteur, ou professeur suédoîà en questictl, lequel vint dans ce pays, quelques années avant la conquête, et publia ensuite des observations sur les dames et les demoiselle* d« Québec et de Montréal, &«<

Faut-il donc appeler frivole* Celles qui, voulant amuser, Far le discours, dans leurs parolcs^^ Nous montrent l'art de bien jaser ?

far leurs noms qu'on nomme les chos^s^ Si l'on ne veut pas bredouiller ; Tenons, tenons nos bouches closes.

Plutôt qae de les embrouiller.

Qu'eût-il dit dt nos campagnardes, Toujours, mais entr'elles, s'entend, Dans leur printems, presque gaillardes, D'un esprit folâtre et riant ; Dédaignant Tart de savoir feindre, A l'attrayante hilarité, Toujours, à propos sachant joindre Le don de la naiveté ?

Pent-on nppelier haute, ahière,

La sage et prudente beauté,

Qui, par le ton et la manière.

Repousse la témérité ?

Le beau sexe serait à pkindre,

Devrait exciter la pitié.

S'il n'avait pas appris à craindre

Le jeu d'une feinte amitié.

§i quelque réflexion juste

Sortit du cerveau dérangé

De l'aateur qui me tarabuste,

Tout a, lors, pour le mieux changé:

Qui, chez nos belles Québécoista Trouve de la légèreté ? ' Â Mont-réal, des Iroquoises Qui voit, aujourd'hui, la fierté ?

Mais laissant là son verbiage ; La femme rend l'homme poli, Et modeste dans son langage'; Tout auprès d'elle est embelli ; £Ue amène la retenue Au salon, à table, au concert ; La femme est partout bien-venue i Tout, sans elle, parait désert,

O trop bizarre Asiatique, Tu ne sais pas combien tu perds.

Quand de ta force despotique Exerçant le pouvoir perters.

Tu tiens ta femme comme en cage, Et la gardes^ sous les verroux. Pour ne laisser voir son visage Qu'à tes yeux sottement jaloux.

Oui, ces hommes sont sots et bêtes Dans leur fantaisie et leur goût, Qui de leurs repas, de leurs fêtes.

Du spectacle, enfin, de partout, Éloignent leurs femmes, leurs filles, Et contre le droit, la raison^ Font de leurs maisons des bastilles,^ Pe chaque chambre une prison^

lai

J'àpprourerais presque le quouacre, Quoiqu'il semble de sa façon ; Une belle, diacre ou sous-diacre, Me débitant un beau sermon, pourrait me toucher plus, .peut-être, .Même en parlant sans passion.

Que le ministre, que le prêtre, prêchant même avec onction.

Mais, conformons-nous à l'usage, A ce que l'église défend ; C'est bien le parti le plus sage :

Le sexe, disons-le, pourtant, Â l'église, prêche d'exemple ; Oui, le sexe dérotieux De Dieu sait embellir le temple, Et rendre l'homme plus pieux,

Malheureux l'hompie solitaire \ Fi du ménage de garçon '.

Sans compagne peut-on se plaire, Se trouver bien, à la maison Où régnent l'ennui, le silence ?

Non, sans l'utile activité D'une épouse, sans sa présence, Tout languit dans l'aridité.

De voir la toilette étalée Des belles figurant au bal, Au théâtre, en une assemblée, Four l'œil clair-royant quel régal \

Pourtant, j'aime misux la natora Que l'artificieux travail, Et je préfère la figure ^u plus éclatant attirail.

f On ne peut être toujours belle \ « Souvent, on ne le fut jamais.»

Sois donc, alors, spirituelle Et gaie, ô femme, et tu nous plais^ Ne sois pas par*trop raisomiable, Et par-trop ne disputes pas ; Mais sois douce, polie, afiable \ On te trouvera d^ s^ppas.

Le travail sait rendre estimable ; Toujours il est récon^pensé ; Et, souvent, un corps criticable Par autre cbose est compensé :

Plus d'une est aimable, attrayante, par le savoir, oii par l'esprit ; Plus d'une plaît, quand elle chante ^ plus d'une autre, quand elle écrit

' Vous ne fiâtes point toutes belles.

Vous dont le lecteur est épris ; Mais vous parasses toutes telles.

Lorsqu'on vous voit en vos écrits,

VaSSÊ, GoURTEVAT, DESHOTTLICRfi,

Tbiïcin, Bkauharhais, Vill£diev; Toi, moraliste romancière,

pllK(<IS ; DX LA TotTE, MoifTOLiSU ^

Tt)i, féconde auteur à'Jlrtamène, ScuDfcaT; CoTTiN, MoNTPEjrsiER ; Toi, spirituelle Italienne, RiccoBONi ; Flahoult, Dacier i Et toi, trop célèbre marquise PuChatelet; Rolland, Chaumout; Pt toi qu'admire la Tamise, BvRifsr ; DE Staël, de Bmumont ;

SÊricNÊ, dont la renommée A brillé du plus vif éclat D'auteurs féminins quelle ahuée !

Amis, redoutons le combat f Loin de provoquer leur prouesse,^ Tombons plutôt à leurs genoux ; Par le tact, le goût, la finesse.

Les femmes l'emportent sur nous*.

Et dans la véritable guerr^ Et de Tépée et du canon, Plusieurs ne nous en cèdent guère.

Se sont fait un illustre nom :

Au nombre des belles guerrières Sont la patriote Drvcourt, Nos courageuses de Ybrchsres, Et notre admirable La Tour.

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