‹ Épîtres, satires, chansons, epigrammes, et autres pièces de versChapitre 26 sur 40 · LE TEMPS · texte numérisé non relu

LE TEMPS

S'il est un être irrésistible, Dans ce qu'il fait, indépendant,

Impartial, indifférent, A la prière inaccessible, jContempteur d'un flatteur encens.

Sourd aux accens les plus touchans, A tout, en un mot, insensible, Cet être, certes, c'est le Temps,

Le Temps flétrit la fleur brillante, Fane l'herbe au milieu du champ, Gâte le fruit appétissant, Sèche la plante nourrissante.

Pourrit l'arbre, ronge le fer, Use l'argent, brise la pierre, Fait d'une ville un cimetière, Une solitude, un désert ; Change le printems en automne, En vieillards les vermeils enfants.

Non, le Temps n'épargne personne, Ne ïespecte petits ni grands, Moissonne les lâches, les braves ; Ne ménage pas plus les roii Que les derniers de leurs esclaves.

Rien ne peut soustraire à ses lois :

Il ne sait point, par complaisance,

Ou par respect pow la grandeuri, La beauté, l'esprit, la naissance, Agir avec moins de rigueur ; Le teint frais, la taille élégante Ne peurent jamais, par malheur^, Rallentir sa marche constante.

Alors qu'on fait réflexion Qu'il n'est point de distinction.

Point d'^âceeption de personne.

Le roi fait pitié sur son trône, Le grand soiis ses riches lambris ;

La belle parait moins aimable, (C'est ^ regret que je l'écris,) La laide, moins désagréable.

Le rieillard, moins caduc pu gris ; Le paurre semble moins à plaindre. Far cela qu'il a moins à craindre, YX moins à perdre au changement.

Et même slvl dépérissement ; Le riche, moins digne d'enirie.

L'unique espoir est l'autre vie, Où, dans un étemel printemps.

Le corps tout bnllant de jeunesse.

Et l'àme pleine d'allégresse, î^e redouteront plus le Temps.

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