EPITAPHE DU CANADIEN
Ci-gît qni fat un mortel admirable,
Qui posséda mille talens divers ;
Mais qui, frappé d'un funeste revew,
A fait, naguère, une fin déplorable.
Venu, je crois, du pays des Brut-iens,
Ne jugeant pas comme jugent les autres,
Ne parlant pas con)m<^ parlent les nôtres.
Il différa de tous les Canadiens,
Par son savoir et par sa sapicnce :
Le beau dessein qu'il avait entrepris,
De dire tout sans avoir rien appris,
Donnait de lui la plus grande espérance.
S'il n'eût été moissonné par la mort,
Il aurait fait, un jour, un grand tapag« ;
Des Canadiens ignorant le langage,
Il s'en fit un plus sublime et plus fort,
(Il est plus beau d'inventer que d'apprendre,)
Noble jargon, admirable patois.
Fort ressemblant à notre ancien g^ulojs^
Qu'on entend bien, mais qu'on né peut comprendra
N'ayant le sens ni le goût qu'a chacun, '
Far une sage et savante méthode,
Il sut former l'un et l'autre à sa mode,
Et son bon-sens choqua le sens-cettmun.
Mu^i d'un toi, d'un goût et d'une langue
Tout diâërents de ttnx que nous avions^
Il nous St voir que noua déraiioDiutHit,
far maint discours et par mainte hiraagac.
Il nous montra que nous n'y vojion» rien ;
Qu'il faut louer ce qu'on croyait blâmable,
Et condamner ce qu'on croyait louable,
Mettant le mal à la place du bien.
Il promettait déjà monts et merveilles i
Hélas! sitôt devait-il donc périr!
Oui, ses efibrti, ses travaux et ses veilles.
Avant la temps, l'ont forcé de mourir ;
Car sous les coups de la mort tout succombe \
Sur son destin, passant, verse des pleurs :
Si lu ne veux y répandre d«s iUurs,
Jette du moins des chardons sur sa tombe.
A*ofa béjié : J'en pourrais dire plus.
Mais je ne veux épuiser l.i matière ;
Libre à chacun de fournir la cnrriâre,
^t d'exalter mieux qae moi ses vertm.