‹ Epitres, satires, chansons, epigrammes et autres pièces diversChapitre 11 sur 48 · LE VIN D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

LE VIN D'ESPAGNE

CHiJîSONj sur l'air : L'amitié vive et pure.

Comme amans qui s'engagent Sous les drapeaux de Vénus,

De même se partagent Les sectateurs de Bacchus :

Rhin, falerne ou malvoisie, Rouge ou blanc, doux ou fumem.

Le nectar et l'ambroisie, C'est le vin qui plaît le mieux.

Avec le mot Espagne^ Tout au moins sept ou huit foi».

Comment rimer en as;ne î Essayons-le, toutefois :

Que l'essai manque ou prospère, Mon plaisir sera complet, Pourvu qu'on me verse un rcrre, Au bout de chaque couplet.

Le tokai d'Allemagne (a) Est fait pour les demi-dieux;

Moi, c'est le vin d'Espagno Qui me rend vif et joyeux î

(a) De Hongrie, royaume appartenant à rempertur d'Autri^e, «i^devant empereur d'Allemagne.

Sur ce goût si quelqu'un glose»

Il ne m'en prend nul soucis, Et je ne dis autre chose, Sinon, « Je suis fuit ainsi.»

Et bourgogne et Champagne Pour moi sont vins trop coûteux ;

Je bois du vin d'Espagne, Et ma bourse en est bien mieux :

Pour un rien je me contente, Et, sans être moins joyeux.

Toujours ma tête est exempte De vertiges vaporeux.

Ami du vin d'Espagne, Je me trouve, quand j'en boi.

En pays de cocagne ; Nul n'est plus g. illard que moi :

Et du port et du madère Je ne crains pas les travaux ; Ma tête en est plus légère ; Mon corps en est plus dispos.

En ville, à la campagne, Mon sort est toujours heureux ;

Buvant du vin d'Espagne, J'en puis avoir quand je veux :

Tandis qu'un gourmet enrage.

S'il n'a ses via» favoris^

Moi, tout le long du voyag«, Je bois, je chante, je ris.

Gaîmcnt, & ma compagne, En voyage, à la maison,

J'offre du vin d'Espagne, Comme liqueur de bon ton :

Avec ma femme ou ma 611e, 6i de chez moi je suis loin, A table, comme en famille, J'en bois, j'en verse au besoin.

Près d'un flacon d'Espagne, J'aime, quand j'en ai bien bu ;

Et du père d'Ascagne, Je sens en moi la vertu : (b) De la paix, ou de la guerre.

Si, lors, on m'offrait le choix, Je prendrais le cimeterre, £n chantant à pleine voix.

Avec mon vin d'Espagne, Je suis seigpeur, je suis roi ;

De tous côtés, j'y gagne, Et me le dis, quand j'en boi :

Du côté de la finance, Du côté de la santé :

{b) La vertu guerrière, ou l« cour«£«.

Je n'invoque l'abondance, Ni ne crains la rareté, (c)

Quand je dis vin d'Eapagne, C'est bon et pur, il s'entend ;

Car si l'eau l'accompagne.

Ou quelque autre ingrédient, Ce n'est ^îus la liqueur même, Ce n'est point là ma boisson ; C'est le vin, le vin que j'aime, Et non un mortel poison.

(c) Parce que ce vin n'est jamais aiscz rarç, dama es paya, pour s'y vendre très cher.

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