LA PERSPECTIVE
Étre>'nes pour le Icr. Janvier 1824,
Dans ce nouvel an qui commence.
Si je m'en fie à Tapparence, La somme du bien s'accroîtra • D'une démarche téméraire, Nommée Union par contraire, Le souvenir s'affaiblira ; Grâces à nos soins, tout ira Selon la mode coutumière, Et chacun s'en applaudira :
Plus d'un grand chemin s'ouvrira A travers la forêt première ; Maint haut coteau s'applanira ; Maint creux ravin se comblera ; Sur plus d'une large rivière Plus d'un beau pont se construira ; D'une moisson plus qu'ordinaire Maint champ nouveau se couvrira :
Par honnête et prudent négoce Plus d'un marchand s'enrichira ; Plus d'un coffre-fort s'emplira ; L'on verra maint nouveau caross* Qui la poudre soulèvera ; Maint débiteur s'acquittera :
Par heureuse et sage indastriè,
Ou par l'effort de son génie,
Maint roturier s'ennoblira :
Par médecine ou chirurgie,
Plus d'un malade guérira :
Plus d'un livre s'imprimera ;
Et, par une étude suivie,
Plus d'un ignorant s'instruira ;
Dans plus d'une lourde caboche
Le sens-commun s'introduira ;
Plus d'un fou sage deviendra :
Et, si nous regardons plus proche,
Notre cité s'embelhra ;
Maint grand palais s'y bâtira,
Où régnera l'art qui décore ;
Maint autre se réparera ;
Un beau temple s'achèvera ;
t*lus beau, du moins, plus grand eneoréi
Un autre se commencera :
Joignant le couchant à l'aurore,
Un beau canal se finira :
Plus d'un tendre amant s'unira
Avec l'objet de sa tendresse;
Plus d'une amante éprouvera
D'Hymen la joie enchanteresse ;
Maint futur citoyen naîtra :
Sous plus d'un autre point de rue,
Tout, ici, s'améliorera ;
Mais, quoique si je m'érertue, Je puisse encor rimer en ra, Sur le bien moral et physique, Ainsi que sur la politique, Même sur quoi que l'on voudrS; Je rengaine ma rhétorique, Et finis par et cetera.