‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 117 sur 273 · CIL — A MON VAISSEAU · texte numérisé non relu

CIL — A MON VAISSEAU

vaisseau qui portes mon nom, Puisses-tu comme moi résister aux orages!

L'empire de Neptune a vu moins de naufrages

Que le Permesse d'Apollon.

Tu vogueras peut-être à ces climats sauvages Que Jean-Jacque a vantés dans son nouveau jargon.

Va débarquer sur ces rivages

Patouillet, Nonnotte et Fréron ;

A moins qu'aux chantiers de Toulon

Ils 11e servent le roi noblement et sans gages. Mais non, ton sort t'appelle aux dunes d'Albion. Ta verras, dans les champs qu'arrose la Tamise, La Liberté superbe auprès du trône assise :

Le chapeau qui la couvre est orné de lauriers; Et, malgré ses partis, sa fougue et sa licence, Elle tient dans ses mains la corne d'abondance Et les étendards des guerriers.

Sois certain que Paris ne s'informera guère

Si tu vogues vers Smyrne où l'on vit naître Homère,

Ou si ton breton nautonier Te conduit près de Naple, en ce séjour fertile Qui fait bien plus de cas du sang de saint Janvier

Que de la cendre de Virgile.

Ne va point sur le Tibre : il n'est plus de talents,

Plus de héros, plus de grand homme ;

Chez ce peuple de conquérants

Il est un pape, et plus de Rome.

Va plutôt vers ces monts qu'autrefois sépara

Le redoutable fils d'Alcmène, Qui dompta les lions, sous qui l'hydre expira, Et qui des dieux jaloux brava toujours la haine. Tu verras en Espagne un Alcide nouveau 1 ,

Vainqueur d'une hydre plus fatale, Des superstitions déchirant le bandeau,

Plongeant dans la nuit du tombeau De l'inquisition la puissance infernale.

Dis-lui qu'il est en France un mortel qui l'égale; Car tu parles, sans doute, ainsi que le vaisseau

Qui transporta dans la Golchide

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