‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 118 sur 273 · M. le comte d'Aranda · texte numérisé non relu

M. le comte d'Aranda

Les deux jumeaux divins, Jason, Orphée, Alcide. Baptisé sous mon nom, tu parles hardiment; Que ne diras-tu point des énormes sottises

Que mes chers Français ont commises

Sur l'un et sur l'autre élément !

Tu brûles de partir : attends, demeure, arrête;

Je prétends m'embarquer, attends-moi, je te joins.

Libre de passions, et d'erreurs, et de soins,

J'ai su de mon asile écarter la tempête :

Mais dans mes prés fleuris, dans mes sombres forêts,

Dans l'abondance et dans la paix,

Mon âme est encore inquiète; Des méchants et des sots je suis encor trop près : Les cris des malheureux percent dans ma retraite. Enfin le mauvais goût qui domine aujourd'hui

Déshonore trop ma patrie, filer on m'apporta, pour combler mon ennui,

Le Tacite de La Blétrie.

Je n'y tiens point, je pars, et j'ai trop différé.

Ainsi je m'occupais, sans suite et sans méthode, De ces pensers divers où j'étais égaré, Gomme tout solitaire à lui-même livré,

Ou comme un fou qui fait une ode, Quand Minerve, tirant les rideaux de mon lit, Avec l'aube du jour m'apparut, et me dit :

« Tu trouveras partout la même impertinence ;

Les ennuyeux et les pervers

Composent ce vaste univers :

Le monde est fait comme la France. »

Je me rendis à la raison ; Et, sans plus m'affliger des sottises du monde, Je laissai mon vaisseau fendre le sein de Tonde,

Et je restai dans ma maison.

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