Louis Racine, fils du grand Racine
2. Guy on, auteur de plusieurs livres, comme de l'Oracle des Phiîo~ so plies. Fréron est connu ; Nonnotte est, ainsi que Fréron, un ex-jésuite et un folliculaire ; Sorimère, nous ne savons quel est cet auteur,
Mais parmi ces faquins l'un sur l'autre expirants, Au milieu des billets exigés des mourants, Dans cet amas confus, d'opprobre et de misère, Qui distingue mon siècle et fait son caractère, Quels chants pouvaient former les enfants des neuf sœurs? Sous un ciel orageux, dans ces temps destructeurs, Des chantres de nos lois les voix sont étouffées : Au siècle des Midas on ne voit point d'Orphées. Tel qui dans l'art d'écrire eût pu te défier, Va compter dix pour cent chez Rabot le banquier : De dépit et de honte il a brisé sa lyre.
Ce temps est, réponds-tu, très-bon pour la satire. Mais quoi ! puis-je en mes vers, aiguisant un bon mot, Affliger sans raison l'amour-propre d'un sot? Des Gotins de mon temps poursuivre la racaille, Et railler un Coger dont tout Paris se raille? Non, ma muse m'appelle à de plus hauts emplois. A chanter la vertu j'ai consacré ma voix.
Vainqueur des préjugés que l'imbécile encense, J'ose aux persécuteurs prêcher la tolérance; Je dis au riche avare : « Assiste l'indigent; » Au ministre des lois : « Protège l'innocent; » Au docteur tonsuré : « Sois humble et charitable Et garde- toi surtout de damner ton semblable. » Malgré soixante hivers, escortés de seize ans 1 , Je fais au monde encore entendre mes accents. Du fond de mes déserts, aux malheureux propice, Pour Sirven* opprimé je demande justice :
1. L'auteur aurait dû dire dix-sept, mais apparemment dix-sept an* rait gâté 1b vers.
2. Sirven est cet homme si innocent et si connu dont M. de Voltaire prit la défense. Les juges l'avaient condamné lui et sa femme au dernier supplice. Le procureur fiscal de cette juridiction, nommé Trinquet, donna les conclusions suivantes : « Je requiers que l'accusé, dûment atteint et convaincu de parricide, soit banni, pour dix ans.» Ce Trinquet
Je l'obtiendrai, sans doute ; et cette même main, Qui ranima la veuVe et vengea l'orphelin, Soutiendra jusqu'au bout la famille éplorée Qu'un vil juge a proscrite, et non déshonorée. Ainsi je fais trembler, dans mes derniers moments, Et les pédants jaloux, et les petits tyrans.
J'ose agir sans rien craindre, ainsi que j'ose écrire. Je fais le bien que j'aime, et voilà ma satire. Je vous ai confondus, vils calomniateurs, Détestables cagots, infâmes délateurs; Je vais mourir content. Le siècle qui doit naître De vos traits empestés me vengera peut-être.
Oui, déjà Saint-Lambert 1 , en bravant vos clameurs, Sur ma tombe qui s'ouvre a répandu des fleurs; Aux sons harmonieux de son luth noble et tendre, Mes mânes consolés chez les morts vont descendre. Nous nous verrons, Boileau : tu me présenteras Chapelain, Scudéry, Perrin, Pradon, Coras.
Je pourrais t'amener, enchaînés sur mes traces, Nos Zoïles honteux, successeurs des Garasses*. Minos entre eux et moi va bientôt prononcer : Des serpents d'Alecton nous les verrons fesser : Mais je veux avec toi baiser dans l'Elysée La main qui nous peignit l'épouse de Thésée.
J'embrasserai Quinault, en dusses-tu crever; Et si ton goût sévère a pu désapprouver Du brillant Torquato le séduisant ouvrage,
était ivre sans doute quand il conclut ainsi; mais les juges! Et c'est de pareils imbéciles barbares que dépend la vie des hommes! A la fin M. de Voltaire est venu à bout de faire rendre justice à cette famille.
1. M. de Saint-Lambert, dans son excellent poème des Quatre Saisons.
2. Garasse, jésuite fameux par l'excès de ses bêtises et de ses fureurs. Il fut le délateur et le calomniateur de Théophile, auquel il pensa en coûter la vie, dans un temps ou il y avait beaucoup déjuges aussi absurdes que Garasse.
Entre Homère et Virgile il aura mon hommage.
Tandis que j'ai vécu, l'on m'a vu hautement Aux badauds effarés dire mon sentiment ; Je veux le dire encor dans ces royaumes sombres : S'ils ont des préjugés, j'en guérirai les ombres. A table avec Vendôme, et Chapelle, et Chaulleu, Menivrant du nectar qu'on boit en ce beau lieu, Secondé de Ninon, dont je fus légataire, J'adoucirai les traits de ton humeur austère. Partons : dépêche-toi, curé de mon hameau, Viens de ton eau bénite asperger mon caveau