‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 123 sur 273 · Tamponnet était en effet docteur de Sorbonne · texte numérisé non relu

Tamponnet était en effet docteur de Sorbonne

2. La Blétrie, à ce qu'on m'a rapporté, a imprimé que j'avais oublié de me faire enterrer

De la mode et du goût n'est jamais dépendant;

Ouvrages plus chéris que Mérope et Zaïre,

Et que n'atteindront point les traits de la satire!

Heureux qui peut chanter les jardins et les bois, Les charmes de l'amour, l'honneur des grands exploits, Et, parcourant des arts la flatteuse carrière, Aux mortels aveuglés rendre un peu de lumière! Mais encor plus heureux qui peut, loin de la cour, Embellir sagement son champêtre séjour, Entendre autour de lui cent voix qui le bénissent! De ses heureux succès quelques fripons gémissent ; Un vil cagot mitre 1 , tyran des gens de bien, Va l'accuser en cour de n'être pas chrétien : Le sage ministère écoute avec surprise; 11 reconnaît Tartuffe, et rit de sa sottise.

Cependant le vieillard achève ses moissons ; Le pauvre en est nourri : ses chanvres, ses toisons, Habillent décemment le berger, la bergère.

11 unit par l'hymen Mœris avec Glycère; H donne une chasuble au bon curé du lieu, Qui, buvant avec lui, voit bien qu'il croit en Dieu. Ainsi dans l'allégresse il achève sa vie.

Ce n'est qu'au successeur du chantre d'Ausonie De peindre ces tableaux ignorés dans Paris, D'en ranimer les traits par son beau coloris, D'inspirer aux humains le goût de la retraite. Mais de nos chers Français la noblesse inquiète, Pouvant régner chez soi, va ramper dans les cours; Les folles vanités consument ses beaux jours : Le vrai séjour de l'homme est un exil pour elle.

1. On ne sait quel est le misérable brouillon dont l'auteur parle ici; dès que nous en serons informés, nous lui rendrons toute la justice qu'il mérite. (Note de Voltaire.) — On a su depuis que c'était l'évêque d'Annecy.

Plutus est dans Paris, et c'est là qu'il appelle Les voisins de l'Adour, et du Rhône, et du Var : Tous viennent à genoux environner son char; Les uns montent dessus, les autres dans la boue Baisent, en soupirant, les rayons de sa roue. Le fils de mon manœuvre, en ma ferme élevé, A d'utiles travaux à quinze ans enlevé, Des laquais de Paris s'en va grossir l'armée. 11 sert d'un vieux traitant la maîtresse affamée, De sergent des impôts il obtient un emploi ; Il vient dans son hameau, tout fier; De par le roi, Fait des procès-verbaux, tyrannise, emprisonne, Ravit aux citoyens le pain que je leur donne, Et traîne en des cachots le père et les enfants.

Vous le savez, grand Dieu! j'ai vu des innocents, Sur le faux exposé de ces loups mercenaires, Pour cinq sous 1 de tabac envoyés aux galères.

Chers enfants de Cérès, ô chers agriculteurs! Vertueux nourriciers de vos persécuteurs, Jusqu'à quand serez-vous, vers ces tristes frontières, Écrasés sans pitié sous ces mains meurtrières?

1. Avis aux imprimeurs. On avait imprimé cinq sols, au lieu de cinq sous. Ce n'est que dans l'ancien jargon du barreau qu'on prononce sol; et encore ce n'est que dans un seul cas, au sol la livre. En toute occasion on dit et on écrit sou.

.... Mais aussi, quand il n'a pas un sou, Tu m'avoueras qu'il est amoureux comme un fou.

(Comédie du Joueur.)

L'auteur ne dit pas

Quand il n'a pas un sol.

Tu m'avoueras qu'il est amoureux comme un fol,

Le cardinal de Retz, dans ses Mémoires, parle souvent du conseiller Quatre-Sous, et jamais du conseiller Quatre-Sols.

La plupart des libraires font aussi la faute d'imprimer Westphalie, Wirtemberg, W irtzbourg, etc. Ils ne savent pas que c'est comme s'ils imprimaient Wienne au lieu de Vienne, et Wétéravie pour Vétéravie.

EPITRES. i99

Ne vous ai-je assemblés que pour vous voir périr En maudissant les champs que vos mains font fleurir? On temps viendra sans doute où des lois plus humaines De vos bras opprimés relâcheront les chaînes : Dans un monde nouveau vous aurez un soutien ; Car pour ce monde-ci je n'en espère rien.

Extremum... quod te alloquor, hoc est.

Le 3] mars 1769.

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