‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 124 sur 273 · CVI. — A M. DE LA HARPE · texte numérisé non relu

CVI. — A M. DE LA HARPE

Des dames de Paris Boileau fit la satire.

De la moitié du monde, hélas! faut-il médire? Jean-Jacque, assez oonnu par ses témérités, En nouveau Diogène aboie à nos beautés.

Il leur a préféré l'innocente faiblesse, Les faciles appas de sa grosse Suissesse Qui, contre son amant ayant peu combattu, So défait d'un faux germe, et garde sa vertu.

Ils ne savent pas que ce double W des Allemands est leur V consonne. Nous prononçons comme eux Vestphalie, Virtemberg. Nous ne nous servons jamais du double W pour écrire Ouest, Ouate, Oui, Ouais ! Nous n'avons adopté le double W que pour écrire quelques noms propres anglais; le tyran Cromwell, l'insolent Waburton, le savant Wiston, le téméraire Wolston, etc.

On fait aussi la faute d'imprimer je crois d'aller, je crois de faire. Il faut mettre je crois aller, je crois faire.

On imprime encore : qu'il aie fait, qu'il aie voyagé, etc. Il faut qu'il ait fait, qu'il ait voyagé.

On ne manque jamais de dire et d'imprimer intimement, unanimement : il faut ôter l'accent, et dire unanimement, intimement, parce que ces adverbes viennent d'unanime, à! intime, et non d'unanime, intimé.

Presque tous les livres imprimés en ce pays sont remplis de pareilles fautes. Les éditeurs doivent avoir une grande attention, afin qu'on ne dise pas

In qua scribebat barbara terra fuiU

a Mais nos dames, dit-il, sont fausses et galantes, Sans esprit, sans pudeur, et fort impertinentes; Elles ont l'air hautain, mais l'accueil familier, Le ton d'un petit-maître, et l'œil d'un grenadier. » O le méchant esprit! gardez-vous bien de lire De ce grave insensé l'insipide délire.

Auteurs mieux élevés, fêtez dans vos écrits Les dames de Versaille et celles de Paris.

Étudiez leur goût : vous trouverez chez elles De l'esprit sans effort, des grâces naturelles, De l'art de conserver les naïves douceurs, L'honnête liberté qui réforma nos mœurs, Et tous ces agréments que souvent Polymnie Dédaigna d'accorder aux hommes de génie.

Ne connaissez-vous point une femme de bien, Aimable en ses propos, décente en son maintien, Belle sans être vaine, instruite, et pourtant sage? Elle n'est pas pour vous; mais briguez son suffrage.

Après un tel portrait cherchez-vous encor plus? Avec tous les attraits vous faut-il des vertus? Faites-vous présenter par certain secrétaire Chez certaine beauté dont le nom doit se taire; C'est Vénus-Uranie, épouse du dieu Mars.

C'est elle dont l'esprit anime les beaux-arts ; Non celle qu'on voyait, sous le fils de Cynire, De son fripon d'enfant suivant l'injuste empire, Entre Adonis et Mars partager ses faveurs.

11 est vrai qu'en sa cour il est très-peu d'auteurs; Dans les palais des dieux elle vit retirée.

Vénus est philosophe au sein de l'empyrée :

Mais sa philosophie est de faire du bien ; Elle exige surtout que je n'en dise rien.

Sur mille infortunés que sa bonté console J'ai promis le secret, et je lui tiens parole.

Toi qui peignis si bien, dans un style épuré, Une tendre novice, un honnête curé; Toi dont le goût formé voudrait encor s'instruire Entre Mars et Vénus tâche de t'introduire.

Déjà de leurs bienfaits tu connais le pouvoir : Il est un bien plus grand, c'est celui de les voir. Mais ce bonheur est rare ; et le dieu de la guerre Garde son cabinet, dont on n'approche guère.

Je sais plus d'un brave homme, à sa porte assidu Qui lui doit sa fortune et ne Ta jamais vu.

Il faut entrer pourtant; il faut que les Âpelles Puissent à leur plaisir contempler leurs modèles, Et, pleins de leurs vertus» ainsi que de leurs traits, En transmettre i nos yeux de fidèles portraits.

Tes vers seront plus beaux, et ta muse plus fière D'un pas plus assuré va fournir sa carrière.

Courtin jadis en vers à Sonning dit : « Adieu, Faites mes compliments à l'abbé de Ghaulieu. » Moi, je te dis en prose : « Enfant de l'Harmonie, Présente mon hommage à Vénus-Uranie. »

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