‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 15 sur 273 · EN TRAVERSANT LA LOIRE · texte numérisé non relu

EN TRAVERSANT LA LOIRE

Savez-vous, gentille douairière, Ce que dans Sully Ton faisait

Lorsque Éole vous conduisait D'une si terrible manière ?

Le malin Périgny rîaît, x

Et pour vous déjà préparait Une épitaphe familière, Disant qu'on vous repêcherait Incessamment dans la rivière, Et qu'alors il observerait Ce que votre humeur un peu fiera Sans ce hasard lui cacherait»

Cependant L'Espar, La Vallière, Guiche, Sully, tout soupirait; Roussy parlait peu, mais jurait; Et l'abbé Courtin, qui pleurait En voyant votre heure dernière, Adressait à Dieu sa prière, Et pour vous tout bas murmurait Quelque oraison de son bréviaire, Qu'alors, contre son ordinaire, Dévotement il fredonnait, Dont à peine il se souvenait, Et que même il n'entendait guère.

Chacun déjà vous regrettait.

Mais quel spectacle j'envisage !

Les Amours qui, de tous côtés, Ministres de vos volontés, S'opposent à l'affreuse rage Des vents contre vous irrités, Je les vois ; ils sont à la nage, Et plongés jusqu'au cou dans l'eau; Us conduisent votre bateau, Et vous voilà sur le rivage.

Gondrin, songez à faire usage Des jours qu'Amour a conservés

C'est pour lui qu'il les a sauvés :

Il a des droits sur son ouvrage *.

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