‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 16 sur 273 · XI. — A M- DE · texte numérisé non relu

XI. — A M- DE

De cet agréable rivage Où ces jours passés on vous vit Faire, hélas ! un trop court voyage, Je vous envoie un manuscrit Qui d'un écrivain bel esprit

1. Après le dernier vers de cette pièce, on lit, dans on© capio manuscrite, ceux qui suivent :

Daignez pour moi vous employer N

Près de ce duc aimable et sage, '

Qui fit avec tous ce voyage

Où vous pensâtes vous noyer; ;

Et que votre bonté l'engage

A conjurer un peu l'orage

Qui sur moi gronde maintenant;

Et qu'enfin au prince régent

Il tienne à peu près ce langage :

c Prince, dont la vertu va changer nos destins, Toi qui par tes bienfaits signales ta puissance, Toi qui fais ton plaisir du bonheur des humains, Philippe, il est pourtant un malheureux en Franco. Du dieu des vers un fils infortuné Depuis un temps fut par toi condamné A fuir loin de ces bords qu'embellit ta présence : Songe que d'Apollon souvent les favoris ;

D'un prince assurent la mémoire :

Philippe, quand tu les bannis, ■

Souviens-toi que tu te ravis

Autant de témoins de ta gloire.

Jadis le tendre Ovide eut un pareil destin; Auguste l'exila dans l'affreuse Scythie :

Auguste est un héros ; mais ce n'est pas enfin

Le plus bel endroit de sa vie.

Grand prince, puisses-tu devenir aujourd'hui Et plus clément qu'Auguste, et plus heureux que lui 1 s

N'est point assurément l'ouvrage, Mais qui vous plaira davantaga Que le livre le mieux écrit :

C'est la recette d'un potage.

Je sais que le dieu que je sers, Apollon, souvent vous demande Votre avis sur ses nouveaux airs; Vous êtes connaisseuse en vers ; Mais vous n'êtes pas moins gourmande.

Vous ne pouvez donc trop payer Cette appétissante recette Que je viens de vous envoyer.

Ma muse timide et discrète N'ose encor pour vous s'employer.

Je ne suis pas votre poète, Mais je suis votre cuisinier.

Mais quoi ! le destiu, dont la haine M'accable aujourd'hui de ses coups, Sera-t-il jamais assez doux Pour me rassembler avec vous Entre Momus et Melpomène, Et que cet hiver me ramène Versifiant à vos genoux ?

des soupers charmante reine, Fassent les dieux que les Guerbois Vous donnent perdrix à douzaine, Poules de Caux, chapons du Maine I Et pensez à moi quelquefois, Quand vous mangerez sur la Seine Des potages à la Brunois.

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