‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 202 sur 273 · LXXI. — ADIEUX A LA VIE · texte numérisé non relu

LXXI. — ADIEUX A LA VIE

Adieu; je vais dans ce pays D'où ne revint point feu mon père.

Pour jamais adieu, mes amis, Qui ne me regretterez guère.

Vous en rirez, mes ennemis;

1. Voltaire avait plus de quatre-vingt quatre ans. Il mourut quelques jours après qu'il eut écrit cette dernière pièce, le 30 mai 1778.

C'est le requiem ordinaire.

Vous en tâterez quelque jour; Et lorsqu'aux ténébreux rivages Vous irez trouver vos ouvrages, Vous ferez rire à votre tour.

Quand sur la scène de ce monde Chaque homme a joué son rôlet, En partant il est à la ronde Reconduit à coups de sifflet.

Dans leur dernière maladie J'ai vu des gens de tous états, Vieux évêques, vieux magistrats, Vieux courtisans à l'agonie :

Vainement en cérémonie Avec sa clochette arrivait L'attirail de la sacristie ; Le curé vainement oignait Notre vieille âme à sa sortie; Le public malin s'en moquait; La satire un moment parlait Des ridicules de sa vie ; Puis à jamais on l'oubliait; Ainsi la farce était finie.

Le purgatoire ou le néant Terminait cette comédie.

Petits papillons d'un moment, Invisibles marionnettes, Qui volez si rapidement De Polichinelle au néant, Dites-moi donc ce que vous êtes.

Au terme où je suis parvenu, Quel mortel est le moins à plaindre?

C'est celui qui ne sait rien craindre, Qui vit et qui meurt inconnu.

Page 1