‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 48 sur 273 · XXXIX. — A M. CLÉMENT DE DREUX · texte numérisé non relu

XXXIX. — A M. CLÉMENT DE DREUX

25 décembre 1732.

Que toujours de ses douces lois Le dieu des vers vous endoctrine; Qu'à vos chants il joigne sa voix, Tandis que de sa main divine Il accordera sous vos doigts La lyre agréable et badine Dont vous vous servez quelquefois!

Que l'Amour, encor plus facile, Préside à vos galants exploits, Comme Phébus à votre style !

Et que Plutus, ce dieu sournois, Mais aux autres dieux très-utile, Rende, par maint écu tournois, Les jours que la Parque vous file Des jours plus heureux mille fois Que ceux d'Horace et de Virgile!

A M me LA MARQUISE DU CHATELET

SUR LA CALOHNIB (1733)

Écoutez-moi, respectable Emilie :

Vous êtes belle ; ainsi donc la moitié

Du genre humain sera votre ennemie :

Vous possédez un sublime génie ;

On vous craindra : votre tendre amitié

Est confiante, et vous serez trahie.

Votre vertu, dans sa démarche unie,

Simple et sans fard, n'a point sacrifié

A nos dévots; craignez la calomnie.

Attendez-vous, s'il vous plaît, dans la vie,

Aux traits malins que tout fat à la cour,

Par passe-temps, souffre, et rend tour à tour.

La Médisance est la fille immortelle

De l'Amour-propre et de l'Oisiveté.

Ce monstre ailé paraît mâle et femelle,

Toujours parlant, et toujours écouté.

Amusement et fléau de ce monde,

Elle y préside, et sa vertu féconde

Du plus stupide échauffe les propos ;

Rebut du sage, elle est l'esprit des sots.

En ricanant, cette maigre furie

Va de sa langue épandre les venins

Sur tous états; mais trois sortes d'humains,

Plus que le reste, aliments de l'envie,

Sont exposés à sa dent de harpie :

Les beaux esprits, les belles et les grands,

Sont de ses traits les objets différents.

Quiconque en France avec éclat attire

L'œil du public, est sûr de la satire ;

Un bon couplet, chez ce peuple falot,

De tout mérite est l'infaillible lot.

La jeune Églé, de pompons couronnée, Devant un prêtre à minuit amenée, Va dire un oui, d'un air tout ingénu, A son mari qu'elle n'a jamais vu.

Le lendemain en triomphe on la mène

Au cours, au bal, chez Bourbon, chez la reine; Le lendemain, sans trop savoir comment, Dans tout Paris on lui donne un amant :

Roy la chanson ne, et son nom par la ville Court ajusté sur l'air d'un vaudeville. Églé s'en meurt : ses cris sont superflus* Consolez-vous, Églé, d'un tel outrage :

Vous pleurerez, hélas 1 bien davantage, Lorsque de vous on ne parlera plus.

Et nommez-moi la beauté, je vous prie, De qui l'honneur fut toujours à couvert.

Lisez-moi Bayle, à l'article Schomberg, Vous y verrez que la vierge Marie Des chansonniers, comme une autre, a souffert. Jérusalem a connu la satire.

Persans, Chinois, baptisés, circoncis, Prennent ses lois : la terre est son empire; Mais, croyez-moi, son trône est à Paris.

Là, tous les soirs, la troupe vagabonde D'un peuple oisif, appelé le beau monde, Va promener de réduit en réduit L'inquiétude et l'ennui qui la suit; Là, sont en foule antiques mijaurées, Jeunes oisons, et bégueules titrées, Disant des riens d'un ton de perroquet, Lorgnant des sots, et trichant au piquet; Blondins y sont, beaucoup plus femmes qu'elles, Profondément remplis de bagatelles, D'un air hautain, d'une bruyante voix, Chantant, dansant, minaudant à la fois.

Si, par hasard, quelque personne honnête, D'un sens plus droit et d'un goût plus heureux, Des bons écrits ayant meublé sa tête, Leur fait l'affront de penser à leurs yeux,

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