‹ Épitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire, suivis de fragments de la PucelleChapitre 66 sur 273 · A SON AVÈNEMENT A LA COURONNE · texte numérisé non relu

A SON AVÈNEMENT A LA COURONNE

Quoi! vous êtes monarque, et vous m'aimez encore! Quoi ! le premier moment de cette heureuse aurore Qui promet à la terre un jour si lumineux, Marqué par vos bontés, met le comble à mes vœux! O cœur toujours sensible! âme toujours égale ! Vos mains du trône à moi remplissent l'intervalle. Citoyen couronné, des préjugés vainqueur, Vous m'écrivez en homme, et parlez à mon cœur. Cet écrit vertueux, ces divins caractères, Du bonheur des humains sont les gages sincères. Ah ! prince i ah ! digne espoir de nos cœurs captivés! Ah ! régnez à jamais comme vous écrivez.

Poursuivez, remplissez des vœux si magnanimes : Tout roi jure aux autels de réprimer les crimes ; Et vous, plus digne roi, vous jurez dans mes mains De protéger les arts, et d'aimer les humains.

Et toi * dont la vertu brilla persécutée, Toi qui prouva» un Dieu, mais qu'on nommait athée, Mar.yr de la raison, que l'envie en fureur

1. Le professeur Wolf, persécuté comme athée parles théologiens de l'université de Hall, chassé par Frédéric II, sous peine d'être pendu, et l'ait chancelier de la même université, à l'avènement de Frédéric III.

Chassa de 'son pays par les mains de Terreur, Reviens, il n'est plus rien qu'un philosophe craigne; Socrate est sur le trône, et la Vérité règne.

Cet or qu'on entassait, ce pur sang des États, Qui leur donne la mort en ne circulant pas, Répandu par ses mains, au gré de sa prudence, Va ranimer la vie, et porter l'abondance.

La sanglante injustice expire sous ses pieds : Déjà les rois voisins sont tous ses alliés; Ses sujets sont ses fils, l'honnête homme est son frère; Ses mains portent l'olive, et s'arment pour la guerre. Il ne recherche point ces énormes soldats, Ce superbe appareil, inutile aux combats, Fardeaux embarrassants, colosses de la guerre, Enlevés, à prix d'or 1 , aux deux bouts de la terre; Il veut dans ses guerriers le zèle et la valeur, Et, sans les mesurer, juge d'eux par le cœur. Ainsi pense le juste, ainsi règne le sage.

Mais iï faut au grand homme un plus heureux partage Consulter la prudence, et suivre l'équité, Ce n'est encor qu'un pas vers l'immortalité.

Qui n'est que juste est dur ; qui n'est que sage est triste. Dans d'autres sentiments l'héroïsme consiste. Le conquérant est craint, le sage est estimé : Mais le bienfaisant charme, et lui seul est aimé; Lui seul est vraiment roi; sa gloire est toujours pure; Son nom parvient sans tache à la race future. A qui se fait chérir faut-il d'autres exploits? Trajan, non loin du Gange, enchaîna trente rois : A peine a-t-il un nom fameux par la victoire : Connu par ses bienfaits, sa bonté fait sa gloire. Jérusalem conquise, et ses murs abattus,

1. Un de ces soldats, qu'on nommait Petit-Jean, avait été acheté vingt-quatre mille livres.

N'ont point éternisé le grand nom de Titus; U fut aimé : voilà sa grandeur véritable.

O vous qui l'imitez, vousj son rival aimable, Effacez le héros dont vous suivez les pas : Titus perdit un jour, et vous n'en perdrez pas.

LVH. — A UN MINISTRE D'ÉTAT * sur l'encouragement des arts

Toi qui, mêlant toujours l'agréable à l'utile, Des plaisirs aux travaux passes d'un vol agile: Que j'aime à voir ton goût, par des soins bienfaisants, Encourager les arts à ta voix renaissants!

Sans accorder jamais d'injuste préférence, Entre tous ces rivaux tiens toujours la balance. De Melpomène en pleurs anime les accents; De sa riante sœur chéris les agréments; Anime le pinceau, le ciseau, l'harmonie, Et mets un compas d'or dans les mains d'Uranie. Le véritable esprit sait se plier à tout :

On ne vit qu'à demi quand on n'a qu'un seul goût. Je plains tout être faible, aveugle en sa manie, Qui dans un seul objet confina son génie, Et qui, de son idole adorateur charmé, Veut immoler le reste au dieu qu'il s'est formé. Entends-tu murmurer ce sauvage algébriste, A la démarche lente, au teint blême, à l'œil triste, Qui, d'un calcul aride à peine encore instruit, Sait que quatre est à deux comme seize est à huit?

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