SUR LA VICTOIRE REMPORTÉE PAR LL ROI A LAWLFELT
Auguste fille et mère de héros,
Vous ranimez ma voix faible et cassée,
Et vous voulez que ma muse lassée
Gomme Louis ignore le repos.
D'un crayon vrai vous m'ordonnez de peindre
Son cœur modeste et ses brillants exploits,
Et Gumberland, que l'on a vu deux fois
Chercher ce roi, l'admirer, et le craindre.
Mais des bons vers l'heureux temps est passé ;
L'art des combats est l'art où l'on excelle.
Notre Alexandre en vain cherche un Apelle,
Louis s'élève, et le siècle est baissé.
De Fontenoy le nom plein d'harmonie
Pouvait au moins seconder le génie.
Boileau pâlit au seul nom de Voêrden.
Que dirait-il si, non loin d'Helderen,
Il eût fallu suivre entre les deux Nèthes
Bathiani, si savant en retraites;
Avec â'Estrée à Rosmal s'avancer?
La Gloire parle, et Louis me réveille ; Le nom du roi charme toujours l'oreille; Mais que Lawfelt est rude à prononcer !
Et quel besoin de nos panégyriques, Discours en vers, épîtres héroïques, Enregistrés, visés par Crébillon \ Signés Marville \ et jamais Apollon ?
De votre fils je connais l'indulgence; Il recevra sans courroux mon encens; Car la Bonté, la sœur de la vaillance, De vos aïeux passa dans vos enfanta.
Mais tout lecteur n'est pas si débonnaire ; Et si j'avais, peut-être téméraire, Représenté vos fiers «carabiniers Donnant l'exemple aux plus braves guerriers ; Si je peignais ce soutien de nos armes, Ce petits-fils, ce rival de Condé ; Du dieu des vers si j'étais secondé, Gomme il le fut par le dieu des alarmes, Plus d'un censeur, encore avec dépit, M'accuserait d'en avoir trop peu dit.
Très-peu de gré, mille traits de satire, Sont le loyer de quiconque ose écrire :
Mais pour son prince il faut savoir souffrir; Il est partout des risques à courir; Et la censure, avec plus d'injustice, Va tous les jours acharner sa malice Sur des héros dont la fidélité L'a mieux servi que je ne l'ai chanté.
Allons, parlez, ma noble académie :
1. M. Crébillon, de l'Académie française, examinateur des écrits en une feuille présentés à la police.