LXXXI. — A M. DARGET
(0 mars 1751)
Tout mon corps est en désarroi ; Cul, tête et ventre, sont chez moi Fort indignes de notre maître.
Un cœur me reste : il est peut-être Moins indigne de ce grand roi.
C'est un tribut que je lui doi; Mais, hélas! il n'en a que faire.
Fatigué de vœux empressés, Il peut croire que c'est assez D'être bienfaisant et de plaire.
Né pour le grand art de charmer, Pour la guerre et la politique, Il est trop grand, trop héroïque, Et trop aimable pour aimer.
Tant pis pour mes flammes secrètes s J'ose aimer le premier des rois; Je crains de vivre sous les lois De la première des coquettes.
Du moins, pour prix de mes désirs, J'entendrai sa docte harmonie, Ces vers qui feraient mon envie, S'ils ne faisaient pas mes plaisirs* Adieu, monsieur son secrétaire;
Soyez toujours mon tendre appui :
Si Frédéric ne m'aimait guère, Songez que vous paierez pour lui.