XIV. STANCES IRREGULIERES, A Madame LA DAUPHINE
INFASTE d'esPAGNE.
Souvent la plus belle princesse Langu;t dans l'âge du bonheur; L'étiquette de la gi-andeur,
STANCES. ■ 2i5
Quand rien n'occupe et n'intéresse , Laisse un vide affreux dans le cœur.
Souvent même un grand roi s'étonne, Entouré de sujets soumis.
Que tout l'éclat de sa couronne Jamais en secret ne lui donne Ce bonheur qu elle avait promis.
On croirait que le jeu console ; Mais l'ennui vient à pas comptés , A la table d'un cavagnole , S'asseoir entre des majestés.
On fait tristement grande chère
Sans dire et sans écouter rien ,
Tandis que l'hébété vulgaire
"Vous assiège, vous considère.
Et croit voir le souverain bien. ^
Le lendemain , quand l'hémisphère Est brûlé des feux du soleil , On s'arrache aux bras du sommeil Sans savoir ce que l'on va faire.
De soi-même peu satisfait , On veut du monde, il embarrasse ; Le plaisir fuit , le jour se passe Sans savoir ce que l'on a fait.
O temps , ô perte irréparable !
Quel est l'instant où nous vivons !
Quoi ! la vie est si peu durable , Et les jours paraîtraient si longs!
Princesse , an-dessus de votre âge,
ai6 * STANCES.
De deux cours anguste ornement ^ Vous eir.ploTez utiieiiient Ce temps qui si rapidement Trompe la jeune^sse volage.
Vous cultivez, l'esprit charmant Que vous a donné la nature ; Les réflexions, la lecture, Eu font le solide aliment , Et sou usage est sa parure.]
S'occuper c'est savoir jouir :
L'oisiveté pesé et tourmente.
L'anie est un feu qu'il faut nourrir, Et qui s'éteint s'il ne s'augmente.