‹ Épitres, stances, et odes de VoltaireChapitre 123 sur 134 · YII. SUR LA MORT DE L'EMPEREUR CHARLES VL · texte numérisé non relu

YII. SUR LA MORT DE L'EMPEREUR CHARLES VL

Al tombe pour jamais ce cèdre dont la tête Défia si long-temps les vents et la tempête , El dout les grands rameaux ombrageaient tant d'états.

En un instant frappée.

Sa racine est coupée

Par la faux du trépas.

Voilà ce roi des rois et ses grandeurs suprêmes :

La mort a déchiré ses trente diadèmes,

Duu front chargé d'eiinuis dangereux ornement.

O race auguste et fiere ,

Un reste de poussière

Est ton seul monu)uent.

Son nom même est détruit, le tombeau le dévore ; Et si le faible bruit s'en fait entendre encore. Ou dira quelquefois : Il régnait , il n'est plus ;

Eloges funéraires

De tant de rois vulgaires

Dans la foule perdus.

Ah ! s'il avait lui-même en ces plaines fumantes Qu'Eugène ensanglanta de ses maips triompLautes Conduit de ses Germains les nombreux armements ,

Et raffermi l'empire ,

De qui la gloire expire

Sous les fiers Ottomans!

S'il n'avait pas langui dans sa ville alarmée, Redoutable en sa cour aux ch^fs de son armée. Punissant ses guerriers par lui-même avilis ;

S'il eût été terrible

Au sultan invinciiile

Et non pas à Vallis !

Ou si , plus sage encore, et détournant la guerre ,

Il eût par ses bienfaits ramené sur la terre

Les beaux jours, les vertus, l'abondance, et les arts.

Et cette paix profonde

Que sut donner au monde

Le second des Césars !

La Renommée alors, en étendant ses ailes, Eût répandu sur lui les clartés immortelles Qui de la nuit du temps percent les profondeurs ;

Et son nom respectable

Eût été plus durable

Que ceux de ses vainqueur*.

Je ne profane point le» dons de l'harmonie ;

ÉPITRES , etc. 12.

Le sévère Apollon défeud à mon génie

De verser, en bravant et les mœurs et les lois,

Le fiel de la satire

.Sur la tombe où respire

La majesté des rois.

Mais, ô Vérité sainte ;ô juste Renommée, Amour du genre humain dont mon ame enflammée Reçoit avidement les ordres éternels.

Dictez à la mémoire

Les lerons de la gloire

Pour le bien des mortels.

Rois, la mort vous appelle au tribunal auguste ' Où vous êtes pesés aux balances du juste. Votre siècle est témoin ; le juge est l'avenir : Demi-dieux, mis en poudre , Lui seul peut vous absoudre, Lui seul peut vous punir.

Vin. AU KOI DE PRUSSE,

sur son avènement au trûne. (1740.)

lliST-cE aujourd'hui le jour le plus beau de ma vie? Ne me trompé-je point daus un espoir si doux .•' Vous régnez. Est-il vrai que !a phdosophie Va régner avec vous.-*

Fuyez loin de son trône, imposteurs fanatiques. Vils tyraus des esprits, sombres persécuteurs, Vous dont l'ame implacable et les mains frénétiques Ont tramé tant d'Jiorreurs.

Quoi ! je t'entends encore , absurde calomnie ! C'est toi, monstre inhumain, c'est toi qui poursuiTis Et Descartes, et Bayle, et ce puissant génie Successeur de Leibnitz.

Tu prenais sur l'autel un glaive qu'on révère Pour frapper saintement les plus sages humains. Mon roi va te percer du fer que le vulgaire Adorait dans tes mains.

II te frappe, tu meurs -,11 venge notre injure; La vérité renaît, l'erreur s'évauouit; La terre élevé au ciel une voix libre et pure; Le ciel se réjouit.

Et vops, de Rorgia détestables maximes, Science d'être injuste à la faveur des lois , Art d'opprimer ;a terre, art malheureux des crimes, Qu'on nomme l'art des rois ;

Périssent à jamais vos leçons tvranniques : Le crime est trop facile, il est trop dangereux. Un espnt faible est fourbe ; et les grands pohtiques Sont les cœurs généreux.

Ouvrons du monde entier les annales fidèles, Yovoiis-y les tyrans ; ils sont tous malheureux ; l.es foudres qu'Us portaient dans leurs mains criminelles

Sont retombés sur eux.

Ils sont morts dans l'opprobre , ils sont morts dans

la rage; Mais Antonin, Trajan, Marc-Aurele , Titus, Ont eu des jours sereins, sans nuit et sans orage, Purs comme leurs vertus.

Tout siècle eut ses guerriers ; tout peuple a dans

la guerre Signalé des exploits par le sage ignorés. Cent rois que l'on méprise ont ravagé la terre ; Régnez et réclairez.

On a vu trop long-temps l'orgueilleuse ignorance , Ecrasant sous ses pieds le mérite abattu, Insulter aux talents , aux arts , à la science Autant qu'à la vertu.

Avec un ris moqueur, avec un ton de maître , Un esclave de cour, enfant des voluptés, S'est écrié souvent: Est-on fait pour connaître? Est-il des vérités.*'

Il n'en est point pour vous, ame stupide et fîere; Absorbé dans la nuit, vous méj)risez les cieux. Le Salomon du Nord apporte la lumière ; Barbare , ouvrez les yeux.

Page 1